PENSÉE

LA DÉMOCRATIE QUI NE FAIT PAS DU PEUPLE LE RESPONSABLE DE SES DÉCISIONS EST UNE TROMPERIE.

LA RELIGION QUI NE RECONNAÎT PAS LA FOI COMME UN DON PERSONNEL DE DIEU EST UNE MANIPULATION.

LE BIEN COMMUN QUI NE SE FONDE PAS SUR LA JUSTICE ET LA VÉRITÉ EST UNE ESCROQUERIE.

Oscar Fortin

Blog espagnol

lundi 13 octobre 2008

LE CARDINAL OUELLET SERAIT-IL EN CAMPAGNE?


Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il sait préparer ses sorties de manière à profiter des tribunes internationales pour rayonner son message et son image. On se souviendra de son MEA CULPA, en 2007, juste avant de partir pour Rome. C’est de là qu’il commenta à l’intention des journalistes de la planète le sens et la portée de ce geste. Cette fois-ci, c’est la traduction et la publication dans la revue Vita y pensiero de l’Université de Milan du Mémoire présenté à la Commission Bouchard-Taylor, qui lui donne l’occasion d’occuper une place de choix dans nos médias et ceux du monde entier. Cette publication coincide avec sa présence au Synode des évêques. Rappelons que dans son mémoire, le cardinal Ouellet accusait les médias de propager le discours des opposants au catholicisme. Il croit que le Québec est mûr pour une nouvelle évangélisation en profondeur

Si tout cela est bon pour sa visibilité, ce l’est beaucoup moins pour la vitalité de l’Église. En effet, les commentaires que ses diverses interventions ont pu susciter chez de nombreux chrétiens, ne semblent pas l’avoir influencé. Il se fait la voix d’une l’Église qui réjouit les courants conservateurs et traditionalistes, mais laisse en marge les courants de pensée renouvelés par une relecture des Évangiles et des réalités du monde contemporain. Bien des prophètes, des docteurs, des pasteurs et des évangélistes ne trouvent pas leur place dans pareil discours.

Il y a toujours un risque pour un membre de l’Église, peu importe ses fonctions, de se prendre pour l’Église elle-même. C’est oublier qu’elle est avant tout un CORPS VIVANT dont les membres disposent de dons qui leur viennent de Celui qui en est la Tête, le Christ lui-même. « À chacun de nous la grâce a été donnée selon la mesure du don du Christ…Il a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme pasteurs et docteurs. » (Éphésiens 4…)

Depuis son arrivée à Québec, le Cardinal Ouellet a eu de nombreuses interventions, faites au nom de l’Église et sans que les membres de cette même Église aient été écoutés dans leur diversité et selon les dons de chacun. Il donne l’impression de quelqu’un qui porte tous les dons : apôtre, prophète, évangéliste, pasteur, docteur. En 2005, plus de 40 croyants, porteurs de ces divers dons, lui écrivaient une lettre ouverte pour lui rappeler que l’Église débordait de beaucoup sa personne et sa fonction et qu’ils ne partageaient pas la compréhension qu’il se faisait de l’Église et du modèle ecclésial qu’il mettait de l’avant:

« Depuis votre nomination comme archevêque de Québec, plusieurs de vos prises de position, répercutées par les médias, nous indisposent. Elles donnent en effet à notre Église un visage que nous refusons. Membres à part entière et de plein droit de l’Église catholique qui est au Québec, nous jugeons nécessaire d’intervenir publiquement pour manifester notre désaccord avec le modèle ecclésial que vous mettez de l’avant. Nous le faisons sur la base du « sens de la foi » que nous confère notre baptême. » (Le Devoir du 25 février 2005, p. A9)

Trois ans ont passé depuis cette lettre et force est de constater, qu’en dépit des demandes de pardon, notre cardinal en rajoute, cette fois sur la scène internationale, en laissant, du Québec et de son Église, une image qui est loin d’être partagée par ces derniers. Nous sommes loin de cette recommandation de ce vieux Pierre dont la fougue en avait fait un être imprévisible mais que le temps et le vécu avaient transformé en pasteur humble et ouvert :

« Paissez le troupeau de Dieu qui est sous votre garde, non par contrainte, mais volontairement, selon Dieu; non pour un gain sordide, mais avec dévouement; non comme dominant sur ceux qui vous sont échus en partage, mais en étant les modèles du troupeau. » (P.5, 2-3)

Je me refuse, comme croyant et témoin d’Évangile, à ce que l’Église soit l’otage d’une certaine élite qui souhaite en contrôler les principaux rouages y incluant celui, exclusif au Christ et à son Esprit, de la distribution des dons. L’Église sera toujours plus que l’addition de tous ses membres et à plus forte raison, de cette élite qui ne demanderait pas mieux que d’en être le maître. Heureusement, il y aura toujours des prophètes, des docteurs et des pasteurs pour en dénoncer la perversité. Et, monsieur le Cardinal, si c’était le Vatican et l’organisation ecclésiale qui étaient mûrs pour une nouvelle conversion!

Oscar Fortin, théologien et croyant

http://humanisme.blogspot.com/

Québec, le 13 octobre 2008

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