PENSÉE

LA DÉMOCRATIE QUI NE FAIT PAS DU PEUPLE LE RESPONSABLE DE SES DÉCISIONS EST UNE TROMPERIE.

LA RELIGION QUI NE RECONNAÎT PAS LA FOI COMME UN DON PERSONNEL DE DIEU EST UNE MANIPULATION.

LE BIEN COMMUN QUI NE SE FONDE PAS SUR LA JUSTICE ET LA VÉRITÉ EST UNE ESCROQUERIE.

Oscar Fortin

Blog espagnol

dimanche 19 décembre 2010

JÉSUS DE NAZARETH

UN RETOUR QUI DÉRANGE

Il n'y a pas encore si longtemps, la foi et la religion catholiques se résumaient aux sacrements de l’Église, aux Commandements de Dieu, aux dogmes formulés tout au long des deux millénaires qui séparent le Jésus de l’histoire de cette Église que nous connaissons aujourd’hui. Le petit catéchisme était la Bible de nos connaissances et de notre foi. Les Évangiles n’étaient accessibles que dans leur version latine de sorte que peu pouvaient y accéder. Nous avions évidemment quelques notions de ce Jésus qui était descendu d’auprès de son Père afin de prendre sur lui les péchés du monde en se laissant crucifier sur une croix pour ensuite ressusciter et monter auprès de son Père jusqu’à son retour en vue de réaliser l’avènement d’un ciel nouveau et d’une terre nouvelle. Entre temps les croyants et croyantes se devaient d’observer les enseignements de l’Église, d’être fidèles à la célébration des sacrements, de reconnaître dans le pape, les évêques et les prêtres les représentants directs de Dieu sur terre. Ainsi, le temps venu, ils auront droit aux bienfaits du Royaume de Dieu.

Aujourd’hui, cette vision de la foi et de l’Église éclate de tout bord et de tout côté. D’abord, le monde ne vit plus dans un isoloir, mais sur la place publique d’un grand village qui regroupe tous les Continents. En second lieu, le développement des connaissances font s’évaporer bien des certitudes qui n’avaient de fondements que des croyances plus près du mythe que de l’histoire. En troisième lieu la relecture des Évangiles, éclairée par les connaissances modernes de l’exégèse, nous révèlent tout à la fois un Jésus profondément engagé dans l’histoire humaine et un monde toujours plus dominé par des forces qui en évacuent tout ce qu’il y en a d’humain. En quatrième lieu, la nature des conflits qui divisent les peuples, les nations et les personnes mettent davantage en évidence les véritables intérêts des belligérants ainsi que les effets dévastateurs de leurs actions sur l’ensemble de l’humanité. Dans ce monde, il y a d’une part des forces impériales qui dominent, par leurs armements, leur richesse et leurs influences, l’ensemble des États de la terre et une grande partie des églises et des religions. D’autre part, il y a également cette réalité, encore plus frappante aujourd’hui que ce ne l’était hier, plus des deux tiers de l’humanité vivent dans la misère et élèvent la voix pour réclamer justice, vérité, respect, solidarité, compassion.

Ce panorama, à l’échelle de la planète, a quelque chose de semblable, cette fois, à l’échelle de l’Empire romain, à celui qui existait au temps de Jésus. Tibère, le grand Empereur romain régnait sur toutes les régions accessibles à l’étendu de son pouvoir. Le monde d’alors vivait sous le règne de l’empereur Tibère. Les problèmes humains et sociaux directement générés par cet empire étaient, pour ainsi dire, à leur échelle, ceux que nous connaissons aujourd’hui. L’Empereur d’alors pouvait compter sur les pouvoirs religieux, comme c’est le cas aujourd’hui, pour garder les peuples dans ses bonnes dispositions tout en se couvrant de leurs richesses. Dans les écrits anciens on personnifiait l’esprit de cet empire comme appartenant au Règne de Mammon, dont le nom renvoie à richesse, argent, bénéfice, cupidité etc. En somme, un monde sous le « règne de la cupidité ».

L’arrivée de Jésus de Nazareth s’inscrit donc dans l’histoire de cet empire dominé par MAMMON. Par ses actions, ses paraboles, son enseignement il présente une alternative à ce type d’empire qui s’impose au monde par la richesse, la force des armes, le mensonge, l’exploitation et la corruption. C’est alors qu’il parle d’un nouvel empire, d’un autre royaume, celui-là, non plus dominé par le règne de Mammon, mais par celui de Dieu. Dans ce contexte Dieu est tout à l’opposé de Mammon. Il représente et signifie tout ce qu’il y a de bon, de vrai, de juste, d’humain. Sans en changer vraiment le sens, nous pourrions parler de la confrontation du règne de la « cupidité » avec celui de la « solidarité ». Jésus de Nazareth se fait le témoin par excellence de la « solidarité » auprès des pauvres, des pécheurs, des persécutés pour la justice et également auprès de toutes les personnes de bonne volonté. Il se dissocie par contre et avec la même vigueur des hypocrites, des menteurs, de tous ceux qui mettent sur le dos des autres des fardeaux qu’ils ne peuvent eux-mêmes portés.

Sa venue, il y a deux mille ans, a secoué les colonnes des temples, bâtis de mains d’hommes, et a donné un souffle d’espérance à cette partie de l’humanité toujours à la recherche de paix, de justice, de vérité, de solidarité et de compassion. Les autorités et les puissances d'alors ne se sentent pas à l’aise avec ses paraboles sur les ouvriers de la dernière heure, sur le bon samaritain, sur le père de l’enfant prodigue, sur Lazare. Ils sont inquiétés par ses attitudes à l’endroit de la samaritaine, par celles à l'endroit de la prostituée et des pécheurs. Ils sont scandalisés par ses propos béatifiant les persécutés pour la justice, par ceux exigeant que les plus grands se fassent les plus petits et que les maîtres se transforment en serviteur, ou encore par son discours fleuve sur l'hypocrisie des pharisiens et des docteurs de la loi. Ils sont finalement complètement déstabilisés par l’annonce du règne de Dieu qui est déjà là et qui croîtra inexorablement, comme une semence mise en terre. À la manière d’un véritable rouleau compresseur ce règne de Dieu se substituera aux empires de la cupidité et du mensonge en instaurant un règne de solidarité, de justice, de compassion et de vérité.

Moins de trois ans de vie publique auront suffi pour que les pouvoirs en place, tant religieux que politiques et économiques, se rendent compte que ce Jésus de Nazareth devait être éliminé au plus vite. Sa présence , ses attitudes et son enseignement devenaient des plus dérangeants, mettant en cause l'ordre établi sur le pouvoir de l'argent et des armes. Il fallait qu'il disparaisse. 
Deux mille ans se sont écoulés depuis ce passage de Jésus dans le temps et pourtant le monde, avec ses conflits et ses contradictions, ne cesse de nous interpeller. Serait-ce par une sorte de miracle de l’histoire que la figure de ce Jésus reprenne une place prédominante dans la conscience de millions de personnes qui œuvrent toujours, souvent au risque de leur vie, pour un monde de solidarité, de justice et de vérité? N'est-il pas de nouveau l'inspiration et le soutien de ces millionz de militants et militantes qui oeuvrent toujours pour un monde nouveau, pour une humanité nouvelle? N’est-ce pas lui qui revient pour dénoncer l’hypocrisie et la cupidité des puissants et rappeler à ceux et celles qui ont pour mission d’annoncer aux pauvres la Bonne nouvelle du règne de Dieu qu'ils n’y arriveront jamais en étant, tout à la fois, complaisants et complices de ces puissances de domination? Personne, nous a-t-il dit,  ne peut servir Mammon et Dieu à la fois. Inévitablement, il aimera l’un et détestera l’autre.

Ces réflecteurs qui se posent acutellement sur ce monde du secret et des intrigues ne sont-ils pas un signe des temps annoncé par Jésus lui-même:

« Rien de secret qui n’apparaîtra au jour, rien de caché qui ne doive être connu et venir au grand jour. » (Mt. 8, 17)

Je ne saurais terminer cette réflexion sans référer le lecteur et la lectrice à cet excellent article du théologien José Antonio Pagola sur l’ « alternative » que représente Jésus de Nazareth pour l'humanité toute entière. Cet article est pour l'instant en espagnol.


Oscar Fortin

Québec, 19 décembre 2010

http://humanisme.blogspot.com

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