PENSÉE

LA DÉMOCRATIE QUI NE FAIT PAS DU PEUPLE LE RESPONSABLE DE SES DÉCISIONS EST UNE TROMPERIE.

LA RELIGION QUI NE RECONNAÎT PAS LA FOI COMME UN DON PERSONNEL DE DIEU EST UNE MANIPULATION.

LE BIEN COMMUN QUI NE SE FONDE PAS SUR LA JUSTICE ET LA VÉRITÉ EST UNE ESCROQUERIE.

Oscar Fortin

Blog espagnol

jeudi 14 juin 2012

LE MÉTIER DE JOURNALISTE




Je viens de lire le témoignage de John Swinton, ancien rédacteur en chef du New York Time qui s’est permis, lors de son discours d’adieu, de dire la vérité sans craindre de perdre son emploi. Son histoire, à n’en pas douter, rejoint le vécu de nombreux journalistes. Ces derniers sont souvent mis dans une situation telle, que pour ne pas perdre leur emploi et assurer leur gagne-pain, doivent sacrifier la vérité des faits pour celle du patron.

“Chaque semaine, on me paie pour ne pas exprimer mes opinions sincères dans le journal auquel je suis lié. D’autres parmi vous reçoivent un salaire semblable pour faire des choses semblables. Celui d’entre vous qui serait assez fou pour écrire ce qu’il pense vraiment se retrouverait à la rue, contraint de chercher un autre emploi. Si je me laissais aller à exprimer ce que je pense dans une des éditions de mon journal, mon activité professionnelle prendrait fin au bout de 24 heures. Le travail du journaliste consiste à détruire la vérité, à mentir autant que nécessaire, à déformer les faits, à diffamer, à ramper au pied du Veau d’or et à trahir sa famille et son pays pour gagner son pain quotidien. Vous le savez tout comme moi. C’est très bête de se réjouir de la liberté de la presse. Nous sommes des fantoches qui dansent tout en tirant les ficelles. Nos capacités, nos moyens et nos vies sont la propriété d’autres personnes. Nous sommes des prostitués intellectuels

Ce que disait cet ancien rédacteur du New York Times, il y a plus d'un siècle (1880), garde toute son actualité.

Encore une fois, le monde demeure confronté à un sérieux problème d’information crédible de la part des médias dominants de nos sociétés. Il n’est pas question, ici, de l’anecdote du fait divers qui se passe au coin de la rue ou dans le village voisin, mais de celle qui conditionne notre façon de voir et de comprendre ce qui se passe dans le monde.  Le Québec, pas plus qu’ailleurs, n’échappe à cette distorsion de l’information aux fins voulues par ceux qui en ont le plein contrôle.  Il suffit de penser à la couverture faite par nos médias de la grève des étudiants. Tout a été fait avec grand soin : le choix des images à présenter au grand public, le choix des invités pour les entrevues, le discours des commentateurs, la répétition de certains mots qui frappent l’imagination. Ce sont là autant d’éléments qui conditionnent l’orientation que l’on souhaite donner à la nouvelle.

Pas plus tard que cette fin de semaine ci, Benoît XVI dans la tourmente d’une crise qui frappe actuellement le Vatican, découvre tout d’un coup que les médias ne sont pas toujours paroles d’évangile. Il a exprimé “son désarroi devant une information qui n’a plus rien à voir avec l’éthique de la vérité et de la reconnaissance objective des faits.” Parlant sans texte, il dénonça “une culture où compte l’esprit de calomnie et où le mensonge se présente sous les habits de l’information. Il y a une culture du mal, une domination du mal dont il convient de s’émanciper et de se libérer. Il a demandé aux chrétiens de dire non à un type de culture où la vérité ne compte pas, où compte seulement la sensation, l’esprit de calomnie et de destruction, une culture qui ne cherche pas le bien, dont le moralisme est un masque pour confondre et détruire, où le mensonge se présente sous les habits de la vérité et de l'information.”
Par ces propos, il rejoint ce que plusieurs pensent et dénoncent depuis longtemps. Il n’est jamais trop tard pour en prendre conscience.
Je pense qu’il faut rendre hommage à tous ceux et à toutes celles qui  rappellent, sans se lasser, aux journalistes de s’en tenir à leur véritable mission d’information et d’analyses, permettant ainsi de mieux faire comprendre ce qui se passe dans notre monde. J’ai pour ces derniers une très grande admiration. J’ajouterai pour finir que si certains journalistes prennent plaisir à sacrifier la vérité des faits au profit des intérêts du patron, d’autres y résistent ou le font à contrecœur, les impératifs de leur gagne-pain y étant conditionnés. De véritables problèmes de conscience se posent et à chacun d’y répondre en étant fidèle à lui-même.
Oscar Fortin
Québec, le 13 juin 2012



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