PENSÉE

LA DÉMOCRATIE QUI NE FAIT PAS DU PEUPLE LE RESPONSABLE DE SES DÉCISIONS EST UNE TROMPERIE.

LA RELIGION QUI NE RECONNAÎT PAS LA FOI COMME UN DON PERSONNEL DE DIEU EST UNE MANIPULATION.

LE BIEN COMMUN QUI NE SE FONDE PAS SUR LA JUSTICE ET LA VÉRITÉ EST UNE ESCROQUERIE.

Oscar Fortin

Blog espagnol

mardi 12 février 2013

LE VATICAN ET L'ÉGLISE


LE VATICAN ET L’ÉGLISE

Ici Jean-Paul II admonestant le père Ernesto Cardenal, prophète et alors ministre de la culture

Avec la démission de Benoît XVI, les commentaires fusent de partout. Les médias font appel à leurs spécialistes des questions religieuses pendant que les journalistes vont surprendre monsieur et madame tout le monde pour leur demander ce qu’ils en pensent.

Sans m’être cloué à mon téléviseur ou à ma radio, je puis dire, sans me tromper, que la grande majorité des intervenants ont parlé du Vatican, comme si ce dernier était l'Église, et du Pape, comme s’il en était la « tête ». 

Or le Vatican est un État avec plein de fonctionnaires, prêtres, évêques, cardinaux, qui y assument des fonctions bien centralisées autour de celui qui en est le chef.  Il est également le centre qui a main mise sur la doctrine et la foi comme si ces dernières relevaient de leur pouvoir exclusif. À s’y arrêter de plus près, c’est comme si en lui s’incarnaient l’Esprit Saint et le Christ ressuscité et qu’en dehors de lui ce n’était que des brebis égarées en attente de la bonne nouvelle et des consignes du bon pasteur.

Nous sommes bien loin de l’Église dont nous parle l’apôtre Paul dans ses lettres aux Romains, aux Éphésiens et aux Corinthiens. Que nous dit-il ?

« Car, de même que notre corps en son unité possède plus d'un membre et que ces membres n'ont pas tous la même fonction, ainsi nous, à plusieurs, nous ne formons qu'un seul corps dans le Christ, étant, chacun pour sa part, membres les uns des autres. Mais, pourvus de dons différents selon la grâce qui nous a été donnée, si c'est le don de prophétie, exerçons-le en proportion de notre foi ; si c'est le service, en servant ; l'enseignement, en enseignant ; »   Rm 12,4-6

« Il y a, certes, diversité de dons spirituels, mais c'est le même Esprit ; diversité de ministères, mais c'est le même Seigneur ; diversité d'opérations, mais c'est le même Dieu qui opère tout en tous. A chacun la manifestation de l'Esprit est donnée en vue du bien commun. A l'un, c'est un discours de sagesse qui est donné par l'Esprit ; à tel autre un discours de science, selon le même Esprit ; ()  Mais tout cela, c'est l'unique et même Esprit qui l'opère, distribuant ses dons à chacun en particulier comme il l'entend. » Cor. 1 : 12,4-11

« Cependant chacun de nous a reçu sa part de la faveur divine selon que le Christ a mesuré ses dons. C'est lui encore qui » a donné » aux uns d'être apôtres, à d'autres d'être prophètes, ou encore évangélistes, ou bien pasteurs et docteurs, organisant ainsi les saints pour l'œuvre du ministère, en vue de la construction du Corps du Christ () Mais, vivant selon la vérité et dans la charité, nous grandirons, de toute manière, vers Celui qui est la Tête, le Christ, dont le Corps tout entier reçoit concorde et cohésion par toutes sortes de jointures qui le nourrissent et l'actionnent selon le rôle de chaque partie, opérant ainsi sa croissance et se construisant lui-même, dans la charité. » Éphés. 4, 11-16

Ces citations simposent du fait quelles mettent en évidence, entre autres, trois réalités fondamentales dans la vie de l’Église : lEsprit saint qui agit comme il lentend, le Christ qui est toujours la tête de l’Église et que les dons sont distribués par ces derniers de manière à mettre à contribution toutes les articulations du corps sans quaucune nen ait le contrôle exclusif.

À la lumière de ces extraits, on  ne peut que constater que le Vatican a pris le plein contrôle du corps quest l’Église en sappropriant lui-même, par la voie de la doctrine et des sacrements,  le pouvoir de lEsprit saint de distribuer ses dons comme bon il lentend. Si nous prenions un langage politique bien connu dans les pays du Tiers-monde, nous parlerions dun coup d’État. 

L’évangéliste Luc raconte que lorsque Jésus, le Nazaréen, amorça sa mission en Galilée, il se rendit au temple où on lui demanda de lire un passage du livre sacré. Ce fut un texte dIsaïe :

« L'esprit du Seigneur Yahvé est sur moi, car Yahvé m'a donné l'onction; il m'a envoyé porter la nouvelle aux pauvres, panser les cœurs meurtris, annoncer aux captifs la libération et aux prisonniers la délivrance, proclamer une année de grâce de la part de Yahvé et un jour de vengeance pour notre Dieu, pour consoler tous les affligés. » Isaïe 61,1-4

Il ne fait aucun doute que l’Église, celle dont parle lapôtre Paul, est toujours bien vivante à travers le monde. Elle nattend pas que le Vatican sajuste à elle pour agir, pas plus que Jésus na attendu le Sanhédrin pour annoncer la bonne nouvelle du royaume. Aucune puissance terrestre, pas même le Vatican, le Pape, les cardinaux et les évêques ne peuvent se substituer à ce pouvoir de lEsprit saint qui agit comme il lentend. Il na pas à demander la permission à qui que ce soit pour distribuer ses dons, nen déplaise aux autorités vaticanes et religieuses.

Au nombre des quelques commentaires que jai écoutés, il y en avait qui insistaient beaucoup pour dire que la fonction du Pape en était une de rassembleur et quil se devait de trouver un dénominateur commun pour assurer lunité de l’Église. Il ne pouvait pas se permettre d’être trop à gauche ou trop à droite pour éviter de profondes divisions. Il lui fallait, à les entendre, quil fasse un peu plaisir à tout le monde.

Pareil commentaire mapparaît tout à fait hors contexte dune Église vivante dont la mission nest pas de garder uni ce qui ne peut l’être, mais daffirmer haut et fort la radicalité du message évangélique qui appelle à une conversion à la vérité, à la justice, à la bonté, à la compassion, à la solidarité

Mgr Oscar Romero la fait au Salvador et on la tué. Il savait quil mettait sa vie en danger en prêchant le message évangélique et il la fait. Dautres, en Amérique latine et en Afrique, pour ne citer que ces deux continents, ont livré ce même combat sans être rattachés à quelque bannière religieuse. Déjà, pour eux lEsprit leur avait fait découvrir que ces grands objectifs étaient des biens sacrés indispensables à une humanité qui se respecte. Ils ont été faits prisonniers, ont été torturés et tués. Des martyrs inconnus qui ne connaîtront jamais ici-bas les honneurs des autels, mais qui recevront, en son temps, ceux de lEsprit-Saint et du Nazaréen.

Je ne sais pas ce qui va se passer avec le Vatican et ceux qui ont usurpé les pouvoirs de lEsprit Saint et du Christ. Chose certaine, cest que lEsprit Saint et le Christ ne sont pas prisonniers du Vatican et quils poursuivent, à travers des millions de personnes, leur œuvre de libération dune humanité soumise à la cupidité et aux ambitions doligarchies sans scrupules. Ils suscitent des hommes et des femmes de bonne volonté pour mener ce combat et rassembler dans un même esprit ceux et celles qui aspirent à un monde tout autre de celui que nous servent les forces dun monde de consommation, dexploitation et de mensonge.

À moins que Pierre ne revienne à la base de sa véritable mission au service de cette bonne nouvelle dune Humanité libérée des prédateurs et placée sous la gouverne du Nazaréen et de l'Esprit-Saint, le Vatican demeurera une référence culturelle et un sujet de choix pour les historiens. Il sera également courtisé par les pouvoirs politiques qui y rechercheront la caution morale de leurs conquêtes.

Pendant ce temps, l'Église vivante poursuivra son oeuvre et les dons de l'Esprit continueront à être distribués comme bon il l'entend. 



Oscar Fortin
Québec, le 12 février 2013


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