PENSÉE

LA DÉMOCRATIE QUI NE FAIT PAS DU PEUPLE LE RESPONSABLE DE SES DÉCISIONS EST UNE TROMPERIE.

LA RELIGION QUI NE RECONNAÎT PAS LA FOI COMME UN DON PERSONNEL DE DIEU EST UNE MANIPULATION.

LE BIEN COMMUN QUI NE SE FONDE PAS SUR LA JUSTICE ET LA VÉRITÉ EST UNE ESCROQUERIE.

Oscar Fortin

Blog espagnol

lundi 9 décembre 2013

L'ÉGLISE DE QUÉBEC INNOVE AVEC UNE "PORTE SAINTE"


DE QUOI S’INTERROGER SUR SON RENOUVEAU PASTORAL
Je n’en reviens tout simplement pas. Lorsque j’ai pris connaissance de l’inauguration de cette porte à la basilique de Québec et de l’importance qu’on lui accordait dans certains milieux religieux, j’en fus estomaqué.
Pendant que le pape François s’évertue à dire à temps et à contre temps qu’il faut ouvrir les portes de l’Église pour aller aux périphéries, là où sont les exclus, les pauvres,  les victimes d’un système qui ravale la personne humaine à une simple marchandise, là où sont les malades, les personnes âgées, les jeunes laissées à eux-mêmes, etc. l’Église de Québec s’attarde à faire percer un mur de la basilique pour y installer une porte qui sera appelée « Porte sainte ». C’est tout simplement scandaleux et une offense à cette conversion à laquelle le pape François convie toute l’Église.
Voici ce qu’il dit dans sa toute première et récente exhortation apostolique en relation avec le devoir pastoral et l’évangélisation :
« 46. L’Église “en sortie” est une Église aux portes ouvertes. Sortir vers les autres pour aller aux périphéries humaines ne veut pas dire courir vers le monde sans direction et dans n’importe quel sens. Souvent, il vaut mieux ralentir le pas, mettre de côté l’appréhension pour regarder dans les yeux et écouter, ou renoncer aux urgences pour accompagner celui qui est resté sur le bord de la route.
Le diocèse de Québec agit comme s’il n’avait pas réalisé que l’Église à restaurer dont parle le pape François n’est pas l’église de pierre, mais l’Église de la communauté humaine. Il s’agit de l’Église dont chaque personne est une pierre vivante et avec laquelle les pasteurs doivent vivre en osmose et en accompagnateur.
« 24. La communauté évangélisatrice, par ses œuvres et ses gestes, se met dans la vie quotidienne des autres, elle raccourcit les distances, elle s’abaisse jusqu’à l’humiliation si c’est nécessaire, et assume la vie humaine, touchant la chair souffrante du Christ dans le peuple. Les évangélisateurs ont ainsi “l’odeur des brebis” et celles-ci écoutent leur voix. Ensuite, la communauté évangélisatrice se dispose à “accompagner”. Elle accompagne l’humanité en tous ses processus, aussi durs et prolongés qu’ils puissent être. »   
25       J’espère que toutes les communautés feront en sorte de mettre en œuvre les moyens nécessaires pour avancer sur le chemin d’une conversion pastorale et missionnaire, qui ne peut laisser les choses comme elles sont. Ce n’est pas d’une « simple administration »[21] dont nous avons besoin. Constituons-nous dans toutes les régions de la terre en un « état permanent de mission ».
Ce qu’il faut sauver ce ne sont ni les églises de pierres, ni ces pratiques religieuses qui donnent bonne conscience, mais qui n’apportent rien dans la transformation des milieux de vie où elles s’expriment. Dans son exhortation Evangelii Gaudium, le pape François dénonce cette mondanité de l’Église  en ces termes.
« 93. La mondanité spirituelle, qui se cache derrière des apparences de religiosité et même d’amour de l’Église, consiste à rechercher, au lieu de la gloire du Seigneur, la gloire humaine et le bien-être personnel (…) Du moment qu’elle est liée à la recherche de l’apparence, elle ne s’accompagne pas toujours de péchés publics, et, extérieurement, tout semble correct. Mais si elle envahissait l’Église, “elle serait infiniment plus désastreuse qu’une quelconque autre mondanité simplement morale”. 
Il poursuit sa réflexion sur cette mondanité en y relevant ses effets pervers. 
97. «Celui qui est tombé dans cette mondanité regarde de haut et de loin, il refuse la prophétie des frères, il élimine celui qui lui fait une demande, il fait ressortir continuellement les erreurs des autres et est obsédé par l’apparence. (…) C’est une terrible corruption sous l’apparence du bien. (…)Que Dieu nous libère d’une Église mondaine sous des drapés spirituels et pastoraux.» 
Derrière cette décision du Vatican, de donner une porte sainte au diocèse de Québec, je ne puis voir que l’intervention du cardinal Marc Ouellet, tout à fait indiqué pour se faire le promoteur d’une telle initiative. Je vois mal le pape François donner une priorité pastorale transcendante à cette initiative, plus près des dévotions d’une Église accrochée à ses cultes et dévotions qu’à ceux des exclus de la société. 
Pour plusieurs, dont le je suis, le temps des portes, ouvertes ou fermées, est périmé. L’église est appelée à faire sa demeure au milieu des humbles de la terre et de là à proclamer la bonne nouvelle du royaume, inaugurée en Jésus de Nazareth. 
Avec cette initiative, de la porte sacrée, c’est comme si nous revenions au temps des indulgences où tout pouvait se négocier. L’évangile et l’évangélisation ne peuvent se négocier qu’à travers un cœur repenti et engagé au service de ce monde nouveau, inauguré en Jésus de Nazareth. Voilà ce que disait le prophète Isaïe il y a plus de 2600 ans : 
 « Cessez d'apporter de vaines offrandes : j’ai en horreur l'encens, les nouvelles lunes, les sabbats et les assemblées; je ne puis voir le crime s'associer aux solennités. Quand vous étendez vos mains, je détourne de vous mes yeux; quand vous multipliez les prières, je n'écoute pas : vos mains sont pleines de sang. Apprenez à faire le bien, recherchez la justice, protégez l'opprimé; faites droit à l'orphelin, défendez la veuve. (Is.1, 13-17) » 
Pour reprendre les paroles de Jésus, en relation avec la destruction du temple de Jérusalem (Luc 21,5-19), nous pouvons dire avec cette même certitude que ces temples de pierre que sont nos églises, il n’en restera pas pierre sur pierre et encore moins de portes pour y entrer et y sortir. Tout ceci, pour rappeler qu’on doit revenir à l’essentiel du message évangélique ainsi qu’à une pastorale plus axée sur l’accompagnement que sur la doctrine et la morale. 
La pastorale de proximité est celle qui nous fait sentir la douleur, les inquiétudes, les angoisses et les joies des autres et qui permet un accompagnement humain et fraternel. Pour cela il faut sortir et vivre la proximité de chair avec les humbles et les blessés de la terre. 
Oscar Fortin
Québec, le 9 décembre 2013

1 commentaire:

Marius MORIN a dit...

Mgr Gérald Cyprien Lacroix, archevêque de Québec, ne veut pas créer d'attentes en ce qui concerne la venue du pape à Québec, pour inaugurer la nouvelle porte sainte… mais avoue que la tentation est là. D’après moi, la décision à été prise par le pape émérite Benoit XII et son collabo, le cardinal Marc Ouellet. Le pape François a d’autres préoccupations comme au temps du saint d’Assise : convertir l’Église qui tombe en ruine et devenir le serviteur des pauvres. Voilà une feuille de route quelque peu distincte. Alléluia.