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mardi 1 octobre 2013

JEAN XXIII ET HUGO CHAVEZ



 « PAIX SUR TERRE »-« SOCIALISME DU XXIe s.»

Voilà un titre qui va en faire sursauter plus d’un. Pourtant, le rapprochement de la pensée de ces deux hommes de foi ne peut que conduire à ce rapprochement. Jean XXIII, avec son encyclique PACEM IN TERRIS (PAIX SUR TERRE), et Hugo Chavez, avec son Socialisme du XXIe s.

Il y a 50 ans, le monde et tout particulièrement l’Église eurent un PAPE dont les qualités en ont fait un PASTEUR aimé de tous.

On le connaît surtout pour avoir convoqué le Concile Vatican II, véritable fenêtre d’ouverture sur le monde, mais aussi pour son encyclique sociale, Paix sur terre, véritable testament, laissé à l’humanité peu de temps avant sa mort.

Si le monde des humbles de la terre y a vu l’expression d’une espérance pour un monde plus juste, plus vraie, plus humain et solidaire, les puissances de ce monde et les apôtres du néolibéralisme sans frontière y ont plutôt vu un document subversif, voir communiste.

Ce n’est donc pas par hasard que cette encyclique de Jean XXIII ait été ignorée, non seulement par les hommes et les femmes politiques de notre Occident chrétien, mais aussi par ses successeurs sur le siège de Rome. Benoit XVI, dans son encyclique sociale, Caritas in Veritate (Charité dans la vérité) ne fait aucune référence explicite au contenu de cette encyclique, alors qu’il se réfère amplement à celles de ses autres prédécesseurs.

Que dit donc cette encyclique pour qu’elle ait été mise sur les tablettes tant par les successeurs de Jean XXIII que par les gouvernements de notre Occident chrétien ?

JEAN XXIII : PAIX  SUR TERRE

En voici les principaux extraits


11 - Tout être humain a droit à la vie, à l'intégrité physique et aux moyens nécessaires et suffisants pour une existence décente, notamment en ce qui concerne l'alimentation, le vêtement, l'habitation, le repos, les soins médicaux, les services sociaux. Par conséquent, l'homme a droit à la sécurité en cas de maladie, d'invalidité, de veuvage, de vieillesse, de chômage et chaque fois qu'il est privé de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté (8).

Droits relatifs aux valeurs morales et culturelles

12 - Tout être humain a droit au respect de sa personne, à sa bonne réputation, à la liberté dans la recherche de la vérité, dans l'expression et la diffusion de la pensée, dans la création artistique, les exigences de l'ordre moral et du bien commun étant sauvegardées ; il a droit également à une information objective.

32 - Ainsi, il ne suffit pas de reconnaître et de respecter le droit de l'homme aux moyens d'existence ; il faut s'employer, chacun selon ses forces, à les lui procurer en suffisance.

35 - Voilà pourquoi une société n'est dûment ordonnée, bienfaisante, respectueuse de la personne humaine, que si elle se fonde sur la vérité, selon l'avertissement de Saint Paul : « Rejetez donc le mensonge ; que chacun de vous dise la vérité à son prochain, car nous sommes membres les uns des autres (25). » Cela suppose que soient sincèrement reconnus les droits et les devoirs mutuels. Cette société doit, en outre, reposer sur la justice, c'est-à-dire sur le respect effectif de ces droits et sur l'accomplissement loyal de ces devoirs ; elle doit être vivifiée par l'amour, attitude d'âme qui fait éprouver à chacun, comme siens, les besoins d'autrui, lui fait partager ses propres biens et incite à un échange toujours plus intense dans le domaine des valeurs spirituelles. Cette société, enfin, doit se réaliser dans la liberté, c’est-à-dire de la façon qui convient à des êtres raisonnables, faits pour assurer la responsabilité de leurs actes.

56 – (…) citant Léon XIII : « On ne saurait en aucune façon permettre que l’autorité civile tourne au profit d'un seul ou d'un petit nombre, car elle a été instituée pour le bien commun de tous (40). » Mais des considérations de justice et d'équité dicteront parfois aux responsables de l'État une sollicitude particulière pour les membres les plus faibles du corps social, moins armés pour la défense de leurs droits et de leurs intérêts légitimes (41)

64 - II est donc indispensable que les pouvoirs publics se préoccupent de favoriser l'aménagement social parallèlement au progrès économique ; ainsi veilleront-ils à développer dans la mesure de la productivité nationale des services essentiels tels que le réseau routier, les moyens de transport et de communication, la distribution d'eau potable, l'habitat, l'assistance sanitaire, l'instruction, les conditions propices à la pratique religieuse, les loisirs. Ils s'appliqueront à organiser des systèmes d'assurances pour les cas d'événements malheureux et d'accroissement de charges familiales, de sorte qu'aucun être humain ne vienne à manquer des ressources indispensables pour mener une vie décente. Ils auront soin que les ouvriers en état de travailler trouvent un emploi proportionné à leurs capacités ; que chacun d'eux reçoive le salaire conforme à la justice et à l'équité ; que les travailleurs puissent se sentir responsables dans les entreprises ; qu'on puisse constituer opportunément des corps intermédiaires qui ajoutent à l'aisance et à la fécondité des rapports sociaux ; qu'à tous enfin les biens de la culture soient accessibles sous la forme et au niveau approprié.

65 - L'intérêt commun exige que les pouvoirs publics, en ce qui concerne les droits de la personne, exercent une double action : l'une de conciliation et de protection, l'autre de valorisation, tout en veillant soigneusement à leur judicieux équilibre. D'une part, on veillera à ce que la prédominance accordée à des individus ou à certains groupes n’installe dans la nation des situations privilégiées ; par ailleurs, le souci de sauvegarder les droits de tous ne doit pas déterminer une politique qui, par une singulière contradiction, réduirait excessivement ou rendrait impossible le plein exercice de ces mêmes droits. « Une chose demeure acquise : l’action de l'État en matière économique, si loin qu'elle porte, si profondément qu'elle atteigne les ressorts de la société, ne peut supprimer la liberté d'action des individus ; elle doit au contraire la favoriser, pourvu que soient sauvegardés les droits essentiels de chaque personne humaine (48). »
Voilà l’essentiel de la vision du pape Jean XXIII quant aux responsabilités de l’État à qui revient le pouvoir d’assurer le respect des droits des personnes et des peuples et le devoir de promouvoir le bien commun de tous et de toutes.


Lorsqu’ Hugo Chavez prend le pouvoir en 1999, le pays est déjà depuis longtemps un riche producteur de pétrole qu’il expédie aux quatre coins du monde. Les ressources sont abondantes et les revenus ne manquent pas.

Les gouvernements qui se succédèrent tout au long de ces trente années ont été bénis par les Conférences épiscopales vénézuéliennes. Les églises célébraient l’amour de Dieu, la liberté des biens nantis et la compassion pour les pauvres. La paix régnait, l’argent circulait au sein des classes privilégiées et le Venezuela était devenu une terre où il faisait bon vivre pour ceux et celles qui en avaient les moyens. Pour les autres, les oubliés des médias et des gouvernements, c’était l’enfer de la pauvreté et de la misère. La paix des uns générait frustration, souffrance, humiliation des humbles et des laissés pour compte. Les soulèvements étaient réprimés avec force et les morts n’étaient plus des humains, mais des révolutionnaires, des fauteurs de trouble, des ennemis de la paix.

Le fossé des revenus

Une étude, menée en 2003 par l’Institut national de la statistique, établit la relation entre la valeur d’un panier de base nécessaire pour une famille de 5 personnes et le revenu de cette même famille. Cette approche considère comme extrêmement pauvre « " toute personne qui, avec son revenu, ne parvient pas à se procurer un panier alimentaire de base (lequel équivaut en fait à la moitié du panier de base). Le tableau qui suit donne un aperçu de la distribution de la richesse et de la pauvreté. On peut réaliser que ceux qui doivent se partager 20%, 25% et un panier complet totalisent 15 millions de personnes et ceux qui peuvent se partager 4, 5 et 6 paniers totalisent 1 700 000.

À l'aide de ces données, on constate que le groupe des personnes extrêmement pauvres est très important, alors que celui des riches est extrêmement restreint.


Il apparaît que 2,9 millions de personnes ne sont pas en mesure de satisfaire un quart de leurs besoins élémentaires (= la moitié de leurs besoins alimentaires), 7,9 millions de personnes sont extrêmement pauvres et ont à peine assez à manger. À l'autre bout du spectre, les personnes qui peuvent couvrir plus de cinq fois leurs besoins de base sont à peine plus de 300 000, sur une population totale de 25 millions d'habitants (soit 1,2 %).
Conscient de ces clivages entre les classes dirigeantes et oligarchiques et le peuple, Hugo Chavez passe à l’action en réalisant une de ses promesses électorales, à savoir la création d’une constituante et la rédaction d’une nouvelle constitution.

Les Constitutions précédentes avaient toutes été élaborées et votées par les classes dirigeantes et  les mandarins de l’État. Dans le cas présent, ce sont les différentes composantes de la société qui participent avec l’État à sa rédaction et c’est le peuple qui lui donne le poids de son autorité en l’acceptant par la voie référendaire. Le 15 décembre 1999 le peuple dira oui et le 20 décembre de la même année elle sera promulguée comme loi fondamentale du pays.

Sur le plan du contenu, la constitution renforce la participation de la population en stipulant également, outre la démocratie représentative, la démocratie participative. Elle s'oppose au néolibéralisme et se fait la promotrice d’une économie mixte, comprenant, entre autres, le modèle coopératif et la possibilité d'autogestion. De plus, elle met particulièrement l'accent sur la mise en place d'un important volet social : soins de santé, enseignement, emploi, etc.


Sur le plan économique, le tout nouveau président déclare en février 1999: " Notre projet ne veut pas une étatisation de l'économie, mais il n'est pas non plus néolibéral. Nous cherchons une voie moyenne, où la main invisible du marché collabore avec la main visible de l'État : autant d'État que nécessaire, autant de marché que possible. " (19 Richard Gott, Hugo Chávez and the Bolivarien Revolution, Verso, Londres, 2005, p. 175)

Dans la vision d’Hugo Chavez, LE BIEN COMMUN constitue la référence principale de l’État et l’objet central de sa responsabilité par rapport à l’ensemble de la Société. L’État est là pour assurer ce BIEN COMMUN et ordonner les interventions de l’ensemble des autres acteurs.


Ce socialisme n’est pas le produit d’une idéologie, mais de la mouvance d’une société qui fonde son développement sur des valeurs de justice, de vérité, de solidarité et qui fait de l’État l’outil du peuple pour assurer le Bien commun de l’ensemble de la société. La démocratie participative dont il se fait le promoteur prend forme et se développe avec la conscientisation et l’organisation des divers intervenants sociaux pour qu’ils soient impliqués dans les décisions et les orientations politiques et économiques. Il est foncièrement anticapitaliste, sans être toutefois contre l’entreprise privée qui accepte de subordonner ses intérêts individuels et mercantiles à ceux de la collectivité.

Ceux qui ramènent ce socialisme aux expériences socialistes du siècle dernier ou qui utilisent le spectre du marxisme-léninisme pour discréditer le socialisme du XXIe s. font preuve de mauvaise foi intellectuelle. C’est évidemment le cas de la Conférence épiscopale du Venezuela et des oligarchies nationales et internationales. Ils en sont encore avec l’épouvantail de la lutte contre le communisme et le marxisme pour contrer les changements de nature à  modifier les relations de pouvoir ainsi que leurs privilèges.


QUE CONCLURE ?
Le rappel du 50e anniversaire de la publication de l’encyclique de Jean  XXIII permet d’éclairer de façon particulière les engagements inspirés par la théologie de libération ainsi que les changements profonds amorcés par les dirigeants des pays émergents. 
À lire les extraits plus haut mentionnés de Paix sur terre,  on y reconnaît les mots et les accents d’un Hugo Chavez, d’un Rafael Correa et d’un Evo Morales. Tous les trois se déclarent croyants et socialistes du XXIe s. . Tous les trois ont été soumis aux critiques de leurs épiscopats respectifs. Tous les trois sont les cibles virulentes des oligarchies et de l’Empire.
Le pensée de Jean XXII est parvenue, en dépit des silences entretenus par ses adversaires, à percer jusqu’en Amérique latine et à porter ses fruits.
De quoi faire réfléchir le nouveau secrétaire d’État du Vatican, Pietro Parolin.
Oscar Fortin
6 octobre 2013


vendredi 13 septembre 2013

LE VATICAN A UN NOUVEAU SECRÉTAIRE D’ÉTAT




LA BONNE FOI INTELLECTUELLE SERA-T-ELLE AU RENDEZ-VOUS ?



Pendant que l’ancien secrétaire d’État, Tarcisio Bertone, se voit indiquer la porte de sortie, le nouveau, Pietro Parolin, se voit confier la prestigieuse fonction de Secrétaire d’État du Vatican ou, si l’on veut, celle de Premier ministre.

Tarcisio Bertone, suite aux révélations des Vatileaks, se devait d’être écarté de ce poste de grande influence et, il faut espérer, de tous les autres où des réformes majeures s’imposent. D’ailleurs, à l’âge de 78 ans, il est plus que temps qu’il aille se recueillir dans un monastère pour y prier pour son salut et celui des autres.

Le second, peu connu, est un diplomate de carrière, présentement en fonction, au Venezuela. Il y est comme Nonce apostolique depuis 2009. Il a bien connu Hugo Chavez et a reçu, à quelques occasions, les recommandations de ce dernier quant aux pasteurs, évêques ou cardinaux, que le Vatican devrait nommer pour le Venezuela.

QUI EST-IL VRAIMENT?

Il appartient à l’aile conservatrice de l’Église. Son séjour au Venezuela comme Nonce apostolique en témoigne.  

Il a côtoyé Hugo Chavez à quelques reprises et il a pu observer pendant ces années les va-et-vient du gouvernement, de l’opposition et surtout de l’épiscopat vénézuélien.

De quoi lui permettre de comprendre et de placer dans sa véritable perspective le socialisme du XXIe siècle, de constater la multiplication des consultations populaires tant sous la forme de référendums que d’élections. Il a été témoin de ces mobilisations populaires et de ces appels de Chavez et de ses lieutenants pour que le peuple participe à cette grande révolution, inspirée d’un plus grand souci de justice à l’endroit des plus défavorisés, de plus de vérité dans les communications, de plus compassion et de solidarité pour les plus éprouvés. De quoi lui rappeler l’encyclique sociale, PACEM IN TERRIS, que le pape Jean XXIII a laissé au monde peu de temps avant de mourir.

De l’opposition, il aura été à même de constater le traitement qu’elle fait de l’information à travers les grands médias privés qu’elle contrôle, de voir comment elle dénigre Chavez et son gouvernement, comment elle passe sous silence les actions de sabotage et les révélations des complots pour assassiner le Président.

Il sait déjà, en arrivant en poste, que l’Épiscopat vénézuélien a participé activement au coup d’État militaire  de 2002, visant le renversement du gouvernement Chavez et l’élimination de ce dernier. Il sait également toutes les pressions qu’a dû exercer le Vatican pour faire accepter, en 2006, la nomination du nouvel Archevêque de Caracas en la personne Jorge Liberato Urosa Savino.

Les objections de Chavez pour cette nomination se fondaient sur le fait que ce dernier avait été impliqué dans le coup d’état militaire de 2002. Chavez disait aux envoyés du Vatican qu’il ne pouvait pas accepter que ce collaborateur des oligarchies qui ont voulu renverser le gouvernement et l’éliminer physiquement devienne l’archevêque de Caracas et, par la suite, le cardinal du Venezuela.

En tant que Nonce apostolique et diplomate, il a certainement vu les actions clandestines tramées par les forces de l’opposition pour créer le chao en paralysant la distribution de l’alimentation dans les grands marchés, en sabotant les réseaux électriques à des moments de grande consommation. Il ne pouvait ignorer les efforts déployés par Washington et les oligarchies locales pour éliminer physiquement le président Chavez.

Il a pu suivre l’évolution de la maladie de Chavez, constater le courage de ce dernier pour vaincre ce cancer mystérieux. Il a été témoin de sa dernière campagne électorale qui l’a conduit à une éclatante victoire, le 7 octobre 2012. 

Il a été témoin du témoignage de millions de personnes qui ont pleuré sa mort et défilé pendant des jours devant son cercueil. La grande foi de ce dernier qu’il n’a jamais caché au monde a dû normalement le toucher.

Son poste et sa fonction lui permettaient donc de voir tout cela et d’agir en conséquence. Qu’en a-t-il fait?

Dans une entrevue accordée à un journal local du Venezuela, Ultimas noticias, il s’exprime sur divers sujets dont je ne retiendrai que certains points qui nous éclairent un peu sur sa pensée. La traduction est de l’auteur.
« L’arrivée du pape François se situe dans la mouvance d’une Église toujours en transformation. Son style et son option pour les pauvres ont aussitôt transformé l’état de morosité et de déprime de l’Église en un état de réveil et d’optimisme. »
« L’Église a une option préférentielle pour les pauvres, mais cette option n’est ni excluante ni exclusive. »
Sur la théologie de libération et le marxisme, il dit ceci : « L’Église ne peut pas assumer les catégories marxistes de luttes des classes. C’est un des points qui posa problème avec la théologie de libération qui s’appuie sur cette doctrine de la lutte des classes pour développer sa doctrine. »
Selon lui, l’Église propose toujours, comme premier pas, la conversion des cœurs et l’éducation des personnes à la solidarité, permettant ainsi de surmonter non seulement les problèmes personnels, mais aussi les problèmes structurels de la société. Sur la pauvreté, l’Église a un patrimoine énorme qu’est sa doctrine sociale. »
Dans une autre entrevue rapportée par Religion Digital, il répond à la question de ce qu’il pense du capitalisme sauvage dont a parlé le pape François.
« C’est effectivement préoccupant. L’Église ne cesse de demander que l’économie soit plus humaine, plus éthique et plus morale. Elle demande que soit corrigé les lois de l’économie qui privent la personne humaine. De là naît ce sentiment d’amour aux pauvres, de solidarité, d’une économie véritablement humaine qui aide au développement des personnes et non à les humilier, à les blesser dans leur dignité. C’est un discours fondamental pour l’Église et nous avons toutes les encycliques papales de Léon XII, jusqu’à la Caritas in Veritate (2009) de Benoît XVI. »
Voilà une réponse qui illustre bien une tournure d’esprit qui permet d’esquiver les vraies questions et qui se perd dans des généralités. Pourtant, il sait bien que le capitalisme est un système qui sert les privilégiés de la société au détriment des travailleurs et des plus démunis. Il sait que Chavez, au Venezuela, cherche à briser ce cercle vicieux d’une économie qui oublie le bien commun de la société. DE CELA IL NE DIT RIEN.
Personnellement, je suis scandalisé d’entendre cet homme de grande culture et d’expérience diplomatique tenir un discours du siècle dernier, fondé sur des perceptions dépassées et sur une théologie également dépassée.
N’a-t-il pas vécu quatre années au Venezuela et n’a-t-il pas constaté que le socialisme du XXIe siècle se comprend dans le combat concret d’un peuple à la conquête de sa dignité? N’a-t-il pas réalisé, lui qui a parcouru le monde, que ce ne sont pas les pauvres, ni les travailleurs, ni les immigrés qui excluent les riches, mais les riches qui, par leur cupidité, en font des exclus?
Il épouse en tout point la pensée du cardinal de Caracas pour qui le socialisme de Chavez est un projet marxiste totalitaire. Il suit en cela la tradition de ses prédécesseurs. Qu’il y ait des élections et des référendums plus que partout ailleurs, la démocratie n’existe pas. Que la participation du peuple soit à tout moment sollicitée pour répondre à des impératifs de bien commun, fait de Chavez un dictateur. Que les oligarchies se refusent à participer à la solidarité du bien commun, c’est la faute du gouvernement qui les exclue.
Le Nonce apostolique parle de ce patrimoine extraordinaire de l’Église à travers sa doctrine sociale. À l’écouter, on dirait qu’il n’a jamais lu l’encyclique « Pacem in terris » (Paix sur terre) du pape Jean XXIII. Autrement, il aurait découvert que la pensée sociale de cette encyclique rejoint sur de nombreux points le socialisme du XXIe siècle de Chavez.
Je me suis prêté à cet exercice, en décembre 2007, et voici ce que ç’a donné.
Pour terminer, je vous offre cette vidéo, prise en juillet 2010, où Chavez s’en prend à son cardinal en présence du nonce apostolique Pietro Parolin. Avec ce que je viens de vous dire, vous comprendrez que les propos de Chavez sont amplement justifiés.
(Pour obtenir les sous-titres en français, il faut d’abord, en pointant sur cc, demander sous-titres en espagnol, puis, en pointant une autre fois sur cc, demandez traduction en français des sous-titres)





CONCLUSION

Le pape François aura beaucoup à faire pour que tels collaborateurs aient à tout le  moins l’honnêteté intellectuelle de présenter le portrait de la réalité telle qu’elle existe. En ce qui a trait au nouveau Secrétaire d’État, son parti pris antimarxiste et son adhésion, à peine voilée, au néolibéralisme est de nature à influencer ses perceptions et ses analyses.  

Sa nomination vient sans doute de nombreuses influences dont, à n’en pas douter, celle du pape émérite Benoît XVI, toujours soucieux de garder à distance de la théologie de libération une chrétienté qui s’y reconnaît toujours de plus en plus.

Il faudra voir. Le nouveau secrétaire d’État va-t-il saisir, au contact du pape François, qu’il ne suffit pas de donner un sandwich à manger aux pauvres, mais qu’il faut que justice soit faite et, pour se faire, que les structures politiques et économiques soient changées?

Pour le moment, Washington peut dormir tranquille. Le nouveau Secrétaire d’État ne sera pas celui qui lui causera du trouble en Amérique latine. S’il y a un changement de régime au Venezuela par des voies autres que la démocratie, il faudra comprendre que le gouvernement en aura été le premier responsable.

À moins, évidemment qu’il convainc les oligarchies et Washington d’appliquer la méthode de la conversion des cœurs et à développer une éducation à la solidarité humaine. Méthode, développée surtout pour retenir les mouvements et les gouvernements révolutionnaires.



Oscar Fortin
Québec, le 22 septembre  2013

Le silence de Benoît XVI sur l’encyclique du pape Jean XXIII