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dimanche 5 octobre 2014

LE CARDINAL MARC OUELLET RÊVE TOUJOURS À LA PAPAUTÉ





Quelques jours avant le conclave : Marc Ouellet et Jorge Bergoglio
Lorsqu'une image vaut mille mots

Nous nous souvenons tous, particulièrement au Québec, de cette fièvre qui s’était emparée d’un grand nombre de croyants et de Québécois devant la perspective de l’élection à la papauté du cardinal Marc Ouellet. S’il n’a pas été élu, ce n’est pas qu’il ait manqué d’initiatives pour qu’un tel destin lui soit réservé. On se souviendra, entre autres, de cette grande célébration à Ste-Anne de Beaupré, marquant son départ pour Rome où il était appelé à diriger le Secrétariat pour les évêques, un poste clef dans la gérance de l’Église. Il devenait ainsi celui qui assurerait, par le choix des futurs évêques, la continuité de la pensée dominante du Vatican sur les destinées de l’Église et du monde. Proche de Benoît XVI, il en partageait les vues et savait dans quelle direction assurer la relève de cette autorité.

Les circonstances ou l’Esprit Saint, ou les deux à la fois, ont fait en sorte que sa candidature à la papauté n’obtienne pas les votes nécessaires pour prendre la relève de Benoît XVI. Ce fut plutôt un inconnu qui se présenta au balcon de la Place St-Pierre dont les premières paroles furent de demander à la foule et aux chrétiens du monde de le bénir et de prier pour lui. Un homme qui venait de la fin du monde, de cette Argentine lointaine dont l’histoire contemporaine aura été marquée par de grands espoirs, mais aussi par de grandes souffrances. Il fut présenté sous le nom de François, ce François (1182-1226) à qui la voix de Jésus s’était fait entendre pour qu’il rebâtisse son Église, devenue une maison de débauche et de corruption. C’est ce à quoi allait se consacrer le pape François.

                    
En peu de temps, il est devenu une des personnalités les plus respectées et aimées de la communauté humaine. Ce fut d’abord, d’abord, par sa simplicité et sone style de vie. Il a sortie la papauté de la principauté pour la ramener à sa plus simple expression. Il a fait du message évangélique le fondement de sa prédication. Les pauvres, les pécheurs, les humbles, les pauvres sont devenus  ses proches, ceux à qui il pense et qu’il veut servir. Il a modifié l’ordre de priorité des sujets à aborder. Il parle moins de sexualité, d’avortement, d’homosexualité et beaucoup d’amour, de compassion, de miséricorde, d’humilité, de solidarité humaine. Ce n’est pas que les autres thèmes ne sont pas importants, ils ont été amplement traités par le passé au détriment, bien souvent, de ceux à qui il donne priorité.   

Si la loi et la doctrine sont importantes, les Évangiles le sont encore davantage. Ils sont son inspiration. Le Jésus qui s’y révèle est son guide. L’Exhortation apostolique Evangelii Gaudium qu’il a livré à l’humanité se présente un peu comme le Sermon sur la montagne dans lequel il nous livre le regard qu’il porte sur notre monde. Cette intervention marque un tournant dans le discours de l’Église. Un discours qui va directement au but et qui nomme les choses par leurs noms. Sa diplomatie ne consiste pas à envelopper ce qu’il a à dire de tournures de phrase à en perdre le sens. Elle en est plutôt une de vérité et de grande liberté. Son maître n’est pas de ce monde.

Sur des questions aussi importantes que celles de la famille, du mariage, de l’avortement, de l’homosexualité, de la communion des divorcés remariés, etc., il ouvre le débat à l’ensemble de la communauté chrétienne tout en mettant l’accent sur l’esprit qu’a toujours eu Jésus à l’endroit des pécheurs, des laissés pour compte, des blessés de la vie. Il fait appel à la compassion, à la miséricorde, à l’amour capable de partager la détresse des uns et les angoisses des autres. Il incite ainsi les gestionnaires des lois canoniques et les juges des cours vaticanes à aller au-delà des textes de loi pour se laisser porter davantage par l’Esprit de la foi et l’humanité dont a fait preuve Jésus à l’endroit de tous ces gens.

Une telle approche vient heurter de plein front ceux qui vivent de la loi, des doctrines sans toujours y être fidèles eux-mêmes un peu comme c’était le cas au temps de Jésus avec les scribes, les docteurs de la loi et les pharisiens. On n’a qu’à relire ce passage de l’Évangile de Mathieu au chapitre 23 de son Évangile pour réentendre le discours que Jésus leur a tenu. Ce même discours est toujours d’actualité et ne peut laisser indifférents ceux et celles qui ont la responsabilité d’accompagner le peuple de Dieu et le développement de l’humanité.

Force est de constater que les dissensions au sein des Évêques et cardinaux se font toujours plus éloquentes et à visage découvert.

Suite à une prise de position du cardinal Kasper, président émérite du Conseil pontifical pour l’unification des chrétiens, en faveur de la communion pour les divorcés remariés, un groupe de cinq cardinaux, ayant à leur tête le Préfet pour la doctrine de la foi ont écrit un livre pour s’y opposer. Le cardinal Kasper leur donne la réplique rappelant que la vérité catholique n’est pas un système fermé.

Tout récemment, un journaliste italien, Antonio Socci, a publié un livre qui remet en question la légitimité de l’élection du pape François. Un livre qui se présente plus pour faire sensation que pour livrer du contenu.

Cette semaine, ce fut au tour du cardinal Franc Rodé de prendre position contre le pape disant qu’il était à l’extrême gauche et qu’il parlait beaucoup sans vraiment agir. Une critique directe et sans retenue. Il faut dire que ce cardinal est un personnage assez spécial et dont la trajectoire de vie n’est pas sans soulever bien des questions. Il a été proche des Légionnaires du Christ et de son fondateur, Marcial Maciel.

Tout ceci pour dire qu’il y a de fortes oppositions au pape François et que ces dernières sont à s’organiser et à se coordonner. On peut même les soupçonner d’avoir planifié et encadré toutes ces déclarations et prises de position dans le but d’influencer les débats du présent synode des évêques et laïcs sur la famille.

C’est dans ce contexte qu’apparaît notre cardinal Ouellet, celui qui peut regrouper toutes ces tendances en faisant appel à l’unité des évêques et cardinaux pour qu’ils parlent tous d’une même voix. Tout en étant du groupe des défenseurs de la doctrine et du droit canonique, il se présente comme quelqu’un qui peut rapprocher les dissidents et les promoteurs d’une Église renouvelée. De quoi lui permettre de gagner des appuis chez les uns et chez les autres. Lorsqu’il se réfère à l’apôtre Paul pour inviter ses collègues à ne parler que d’une seule voix pour qu’il n’y ait pas de divisions entre eux, il ne précise pas de quelle voix avec laquelle il faut faire unité. Cette voix peut être celle des conservateurs, celle des libérateurs, celle de la compassion, celle du pape etc.

Pour le moment, personne ne sait le temps que durera le pontificat du pape François, mais tous savent qu’il  peut partir à n’importe quel moment. Nous avons toujours en mémoire ce qui est advenu du pape Jean-Paul Ier. Le pape François dérange beaucoup avec ses réformes, d’abord à la banque du Vatican, puis dans les dicastères de la Curie romaine. Plus que tout, sa forme de vie, la simplicité et la pauvreté qu’il s’applique à vivre le plus possible en dérangent un grand nombre, habitués qu’ils sont à la vie de Princes de l’Église. Il ne fait pas de doute que le courant conservateur de l’Église catholique tout comme le courant néo-libéral  des dirigeants des dirigeants  politiques se concertent pour contenir les initiatives du pape François ou encore mieux de l’en dissuader. Sur ces deux fronts, les menaces peuvent surgir n’importe quand et sous bien des formes.

L’intervention du cardinal Marc Ouellet se réalise à un moment stratégique où la majorité des évêques du monde sont réunis  à Rome pour le consistoire  ayant pour thème la famille et tout ce qui s’y rattache. Son intervention s’est faite devant les évêques de la vieille Europe, actuellement en Italie.

Comme dans toute campagne électorale, il faut parfois s’y prendre plus tôt que trop tard. Nous n’en sommes sans doute pas au dernier conclave et l’espoir y est toujours pour ceux qui rêvent du Siège de Pierre. Il ne fait pas de doute que le cardinal pourra compter sur l’appui de Washington et de nombreux collègues conservateurs anxieux de revenir à leur vie normale de grands personnages dans l’Église et dans la Société.

Ce que doit savoir ce cardinal c'est que  l’Église ne sera plus jamais la même. Le passage providentiel du pape François aura permis de sortir l'Église du Vatican et de la remettre entre les mains du peuple de Dieu. Heureusement que l'Esprit Saint n'a pas à demander la permission à qui que ce soit pour distribuer ses dons et ses charismes comme bon il l'entend. Le peuple des croyants retrouvent une liberté et leur conscience la responsabilité qui les engage. 

Oscar Fortin

mardi 19 avril 2016

LE CARDINAL OUELLET SERAIT-IL EN EAU TROUBLE ?




Cette photo, prise quelques jours avant le conclave pour l’élection du pape, nous montre le cardinal Ouellet, candidat potentiel largement mentionné par les médias, et le cardinal Bergoglio,  peu connu du grand public. Comme on le voit, il pleut sur la Place Saint-Pierre et le cardinal Ouellet, plus prévoyant que son homologue argentin, dispose d’un parapluie à la mesure de son statut. Par contre, le cardinal Bergoglio n’a pas eu cette même prévoyance et doit se résigner à la pluie qui lui tombe dessus.

Le destin, étant ce qu’il est, a fait en sorte que le cardinal Bergoglio soit l’élu de l’ensemble des cardinaux pour occuper le siège de Pierre. Une surprise pour l’Église entière, mais aussi pour ceux qui pouvaient espérer un tel poste. Comment ce cardinal jésuite argentin, venu de la fin du monde, pouvait-il  assumer ce haut poste dans l’Église universelle et dans l’État du Vatican ?

Le cardinal Ouellet, qualifié d’homme d’Église et de doctrine, avait pour ainsi dire le vent dans les voiles et ses fidèles alliés n’attendaient que le signal de la fumée blanche et la proclamation de son nom, pour célébrer avec tous les honneurs ce nouveau pape, issu d’une humble famille du Nord-ouest québécois. Tous les ingrédients pour en faire un pape, sachant valoriser l’autorité institutionnelle et la doctrine de l’Église, étaient là. Malheureusement, pour lui et ses promoteurs, l’Esprit-Saint, comme on aime s’y référer dans le milieu,  en a décidé autrement.

Le cardinal Bergoglio, peu connu au moment de son élection au Pontificat,  avait la réputation, en Argentine, d’être un cardinal proche de ses concitoyens et concitoyennes. Il vivait humblement dans un petit appartement, se cuisinant lui-même les repas. Il prenait les transports en commun pour se déplacer d’un coin à l’autre de son diocèse. Il savait se faire proche des humbles et laissés pour compte.

Son élection a donc été une grande surprise pour le monde, mais sa première apparition a été la révélation d’un pasteur « nouveau style » dans cette enceinte de la Curie romaine et de l’État du Vatican. Il a commencé par demander à la communauté chrétienne, présente sur la Place Saint-Pierre, de le bénir et de prier pour lui. Un geste qui remet la pointe de la pyramide ecclésiale au plus bas et sa partie opposée, le peuple croyant, au plus haut. Il s’est par la suite identifié comme évêque de Rome pour ensuite révéler le sens que prendrait son Pontificat, placé sous le patronage de François d’Assise à qui le Seigneur avait demandé de rebâtir son Église.

Depuis maintenant trois ans qu’il agit comme Pasteur de l’Église de Rome et de l’Église universelle. Nous commençons à saisir le sens de ses premiers gestes et paroles.  Pour ceux et celles qui le suivent de plus près, il est de ceux qui remettent l’Évangile au cœur de l’Église et qui lui donnent la primauté sur les institutions et les doctrines. Ainsi, il restitue l’Église à l’Humanité entière, faisant du témoignage de Jésus et de son enseignement le ferment pouvant lui assurer la paix, la justice, la solidarité, la compassion, la vérité et la miséricorde gratifiante et humanisante.

Dans sa première entrevue, accordée à une revue jésuite, il répondit à la question de savoir qui était Jorge Bergoglio, « Je ne sais pas quelle est la définition la plus juste... Je suis un pécheur. C’est la définition la plus juste... Ce n’est pas une manière de parler, un genre littéraire. Je suis un pécheur. »  Poursuivant sa réflexion, il ajoute toutefois: «Si, je peux peut-être dire que je suis un peu rusé , que je sais manœuvrer,  mais il est vrai que je suis aussi un peu ingénu. Voilà les quatre traits principaux par lesquels il se définit : pécheur, rusé, ingénu et bon manœuvre.

Il faut croire que ces quatre caractéristiques mentionnées l’ont bien servi au cours des trois années de son Pontificat. Il a su manœuvrer la gestion du personnel sans faire trop de vagues dans les dicastères. Il en fut de même avec ses principales nominations qui ont été relativement bien acceptées. Au nombre de ces dernières, on peut mentionner celle de Pietro Parolin en tant que secrétaire d’État du Saint-Siège. Beaucoup d’autres, comme ce fut le cas pour le cardinal Ouellet, ont été reconduits dans leurs fonctions. La composition du comité spécial de cardinaux (G.8 puis G-9) pour conseiller le pape n’a pas projeté l’image de personnes déterminées à brasser la cage de la Curie romaine. Ils sont, dans leur ensemble, de profil plus conservateur modéré que libéral déterminé au changement. La présence du cardinal Maradiaga à tête du G-9 est à ce titre passablement rassurante pour les conservateurs et surtout pour l’influent lobby de Washington auprès du Saint-Siège. Tout en donnant l’image d’un progressiste, il demeure foncièrement conservateur et emblématique.

Le pape François, pendant que les analyses de réforme de la Curie et de la Banque du Vatican se poursuivent, se déplace dans le monde, fait entendre le message évangélique en l’inscrivant dans les réalités humaines, sociales, politiques et économiques. Sa première encyclique qui lui est exclusive, Evangelii-gaudium, ne fait pas usage de la langue de bois pour parler du système économique capitaliste qui domine actuellement le monde. Son langage direct,  ses références précises ne laissent personne indifférent. Dans sa seconde encyclique, Laudato si, il approfondit le sens de cette grande maison commune où tout ce qui vit est relié et se conditionne mutuellement. La vie porte avec elle la diversité tout en générant la solidarité. Sa toute dernière intervention, « Amoris Laetitia » renvoie aux évêques locaux le pouvoir de décider de l’accès ou non de la communion aux personnes divorcées et remariées. Par ce geste, il décentralise le pouvoir de la Curie.

Dans un article du jour, on y signale le malaise que ressentirait le cardinal Ouellet à travailler avec le pape François.  Il est évident que le point de vue  de ce dernier va beaucoup plus dans le sens de l’ouverture des esprits aux réalités du monde contemporain et de l’accueil des personnes telles qu’elles sont et avec ce qu’elles ont. Le Seigneur reçoit qui veut bien s’en approcher.

On peut comprendre que le cardinal Marc Ouellet, soucieux de l’Institution et de la doctrine, se retrouve en terrain étranger avec ce pape qui place ces deux éléments au service d’une humanité en quête de justice, de vérité, de solidarité et de paix. Là où le pape met l’esprit évangélique avant tout, le cardinal met la doctrine. Lorsque les deux concordent, il n’y a pas de problème, mais lorsqu’ils ne concordent pas, il y a un problème.  Pour le pape, l’esprit évangélique passe avant toute doctrine qui ne s’y harmonise pas.

L’article en question laisserait entendre que le cardinal se plaindrait du fait que le pape ne suit pas toujours ses conseils quant au choix des candidats proposés à l’épiscopat.  Sur ce point, le cardinal n’a pas voulu parler de cette question avec les journalistes. C’est sans doute qu’il réalise que ce n’est pas le pape qui doit s’ajuster à lui, mais plutôt lui, comme conseiller, qui doit s’ajuster à ses attentes et orientations. Il lui appartient de saisir certains signaux que les décisions du pape lui envoient, Il est évident que s’il réalise qu’il ne peut pas s’ajuster aux orientations du pape, il n’a pas autre chose à faire que de donner sa démission.





Les voies de Dieu sont mystérieuses et font souvent appel à beaucoup d’humilité, de compassion et de miséricorde. Trois composantes qui s’accommodent mal avec la doctrine, les lois et le pouvoir. On peut comprendre que le cardinal Ouellet  puisse se retrouver en eau trouble.

Oscar Fortin

Le 19 avril 2016

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lundi 21 juin 2010

LE CARDINAL OUELLET À ROME

Que le cardinal Ouellet accède à une des plus hautes fonctions de l’administration Vaticane est en soi un honneur pour lui et pour le Québec. Dans ce monde d’hommes où les ambitions cachées et les luttes de pouvoir en sourdine alimentent le quotidien, c’est déjà tout un exploit de s’y tailler une place pour en partager l’ «autorité ». Ça démontre que le personnage a un certain sens du pouvoir et qu’il sait en disposer en fonction de ses ambitions.

Si le Vatican a de moins en moins de poids dans le quotidien de la vie des chrétiens, il continue d’en avoir beaucoup pour les grandes puissances de l’Occident chrétien. Ces dernières savent se l’associer dans leurs projets de conquêtes et de domination. On dit, par exemple, qu’en Amérique latine aucun coup d’État n’est possible sans l’accord tacite du Vatican et de ceux qui en assurent la représentation dans ces pays. Il en fut ainsi, à quelques exceptions près, pour l’ensemble de ces pays qui ont vécu sous des régimes militaires et des dictatures. Le Vatican y représente un poids politique incontestable dont les oligarchies et les puissances qui les couvrent se gardent bien de se le mettre à dos. Le dernier cas est celui du cardinal du Honduras qui s’est porté à la défense du coup d’État militaire du 28 juin dernier.

La nomination du cardinal Marc Ouellet comme Préfet à la Congrégation des évêques constituera donc une bonne nouvelle pour les Puissances politiques du bloc occidental. Elles trouveront en lui l’homme qui saura faire le tri entre les candidatures à risques et celles sur lesquelles ces Puissances pourront compter. Elles n’auront pas à craindre l’arrivée de nouveaux évêques susceptibles de soutenir la flamme de changements radicaux dans l’organisation sociale, politique et économique des pays pauvres et émergents. Avec Marc Ouellet, elles pourront dormir tranquilles.

Du point de vue de l’institution ecclésiale, il ne fait pas de doute que les fidèles de l’Opus dei et ceux qualifiés de « traditionnalistes » se réjouiront également de l’arrivée du cardinal Ouellet à la tête de la Congrégation des évêques. Par lui et avec lui ils pourront garder le contrôle sur la nomination des évêques tout autant que sur les orientations doctrinales et pastorales de ces derniers. Que les communautés chrétiennes se le tiennent pour dit : ils auront des évêques « clonés » qui reproduiront la même image, le même contenu et la même ouverture d’esprit à laquelle l’institution ecclésiale nous a habitués depuis la mise en veilleuse de l’ouverture au monde amorcée par le concile Vatican II.

Pour ceux et celles qui vivent dans leur quotidien l’Évangile, qui se frottent aux dures réalités de la pauvreté, du désespoir, de l’isolement, de la souffrance et qui cherchent cette communauté de vie et d’espérance, cette nomination ne présage rien de bon. Cette dernière est encore très loin de ces premières communautés chrétiennes qui choisissaient elles-mêmes leurs évêques et qui participaient à l’organisation et à la vie de l’Église.

Entre l’État du Vatican et l’Église, il y a un fossé qui, loin de se rétrécir, s’agrandit de plus en plus. Le premier parle de la nécessaire conversion des chrétiens à la nomenclature ecclésiale avec ses personnages, sa doctrine, ses liturgies, son fonctionnement de haut en bas. Les communautés chrétiennes (Église), pour leur part, parlent de conversion aux valeurs évangéliques et à la modernité où elles doivent se vivre. Dans ce dernier cas le mouvement va de bas en haut.

Deux mondes dont la réconciliation ne saurait être possible qu’à deux conditions : d’abord un retour radical aux sources fondamentales du christianisme, à savoir Jésus de Nazareth et les Évangiles et en second lieu une ouverture active au monde dans lequel nous vivons.

Un long et profond travail de décapage s’impose pour retrouver l’original de la révélation chrétienne et l’inspiration première de l’Humanité nouvelle à bâtir.

Oscar Fortin

Québec, le 21 juin 2010


dimanche 22 juin 2014

Le pape François au coeur de la tourmente






De son Argentine natale, le pape François s’est retrouvé du jour au lendemain, il y a un peu plus d’une année, à la tête d’un État, l’État du Vatican, et à la tête d’une Église, toujours prisonnière d’une Institution ecclésiale encore profondément marquée par ses alliances impériales et les doctrines qui en surgissent. Les scandales de toute nature franchissaient la barrière du secret pour rejoindre les grands réseaux de communication. Les crimes financiers et sexuels s’étalèrent devant une opinion publique toujours plus surprise et scandalisée que de tels méfaits puissent exister dans une institution qui se présente comme la caution morale de l’Humanité.

Jorge Bergoglio sortit de la chapelle Sixtine avec le nom de François, cet homme à qui le Jésus des Évangiles avait demandé par des voies mystiques de rebâtir son Église. C’est en étant pauvre avec les plus pauvres que ce François du Moyen Âge rappela aux Princes d’une Église, envoûtée par les honneurs et les richesses de ce monde, que le Ressuscité les attendait, dépouillés de leurs grandeurs et de leurs richesses, là où sont les plus pauvres et laissés pour compte.

 En choisissant le nom de François, le nouveau pape donnait le ton et le sens de sa mission tout autant  comme chef d’État que comme pasteur universel de l’Église.

Il s’est attelé à la tâche avec foi, humilité et un grand détachement de tout ce qui représente pouvoir, honneur et prestige. Il fait de Jésus de Nazareth, le ressuscité, le fondement de son être et des Évangiles la source première la source première de son enseignement. Il assume sans artifice sa condition de pécheur qui en fait un être fragile, mais aussi profondément humain. Son témoignage de vie donne à sa parole la crédibilité d’un pasteur humblement au service des Évangiles et des humbles de la terre.

Dans une entrevue qu’il accordait à un collègue jésuite, il se définissait lui-même comme quelqu’un d rusé, qui sait manoeuvrer, mais aussi comme quelqu’un d’ingénu et, plus que tout, pécheur. Il est fort probable que chacune de ces caractéristiques ait été à l’origine du choix de ses collaborateurs les plus rapprochés. Des interrogations surgissent lorsque nous regardons le profil de certaines de ces nominations avec ce grand objectif de rebâtir l’Église. Force est de reconnaître que le profil premier des personnes choisies n’est pas de nature à inspirer les grandes transformations qu’il s’apprête à réaliser. Un grand nombre de ceux qui ont accédé à des postes reliés à la réforme de la Curie romaine et de l’Institut des oeuvres pontificales (Banque du Vatican) viennent de l’Opus Dei en sont des amis rapprochés. On ne peut pas dire qu’il s’agit de l’organisation le plus d’avant-garde de l’Église. Pour le moment Il n’y a pas de véritables visages nouveaux qui émergent au niveau de la Curie romaine et qui marquent par leur vie et leurs engagements la voie pour retrouver une Église soutenue par l’Esprit de Jésus et les Évangiles. La grande majorité de ces nominations vont plus dans le sens de la continuité que dans celui de la transformation. Nous n’en sommes pas encore à une véritable conversion.

Je me permets de signaler, entre autres, le cardinal Oscar Andrés Rodriguez Maradiaga du Honduras, nommé à la tête du G8, ce comité de huit cardinaux formé pour conseiller le pape sur la réforme de la Curie romaine. Il est le cardinal qui a soutenu le coup d’État militaire au Honduras, en 2009, chassant du pouvoir par les armes le président légitimement élu, Manuel Zelaya. Il est un personnage proche de l’Opus Dei et de Washington ainsi que des politiques interventionnistes de ce dernier en Amérique latine. Une nomination qui fut loin de donner une espérance au Continent latino-américain qui compte le plus de catholiques et d’où émergent des peuples et des gouvernements toujours plus indépendants économiquement et politiquement.

Il en va un peu de même avec la nomination de Pietro Parolin comme Secrétaire d’État du Vatican. Nonce apostolique au Venezuela, de 2008 à 2013, proche de l’Opus Dei, il n’était pas de nature à ouvrir une brèche dans les interventions des cupules épiscopales et de l’État du Vatican en Amérique latine et dans le monde. Nous connaissons particulièrement l’interventionnisme de la cupule épiscopale vénézuélienne contre la révolution bolivarienne et le rôle joué par celle-ci dans les tentatives de coups d’État contre Chavez et maintenant contre Maduro.

Sans faire le tour de toutes les nominations, j’ajouterai la confirmation dans ses fonctions du cardinal Marc Ouellet, nommé par son prédécesseur à la tête du Secrétariat d’État pour les évêques. Le choix des évêques est fondamental pour assurer la continuité des orientations idéologiques et doctrinales de l’institution ecclésiale. Déjà nous savons que la majorité des évêques en fonction dans le monde ont été choisis sous le règne du pape Jean-Paul II et de Benoît XVI.  Ils répondent à un formatage d’une Église conforme aux visions de ces deux papes qui ont fait la guerre aux théologiens de la libération et qui ont couvert, par leur silence, l’Église des scandales qui la rongeaient. Le fait de maintenir le cardinal Marc Ouellet à la  tête du Secrétariat d’État pour la sélection et la nomination des évêques, le papa François donne ainsi son aval à ce que ces nominations se réalisent avec le même formatage. Même si certaines directives ont été données pour des pasteurs proches des pauvres, la tendance déjà prises ne pourra que se poursuivre. On ne fait pas du neuf avec du vieux.

Le pape se retrouve pratiquement seul dans son entourage immédiat à promouvoir et à témoigner d’une Église ouverte aux périphéries tout en faisant prendre conscience que tous et toutes « nous sommes Église ». Cette dernière n’est pas l’affaire d’une institution ni d’une hiérarchie ecclésiale, mais d’une communauté de baptisés engagés et vivant de la foi et de l’Esprit de Jésus.

Il y a d’une part son engagement personnel, les gestes qu’il pose, les paroles qu’il prêche, ces millions de gens qui se reconnaissent en lui et, d’autre part, ceux qui poursuivent dans la continuité leurs engagement traditionnels au service d’une Institution ecclésiale hiérarchisée, préoccupée avant tout de doctrine et de droit canon. Les collaborateurs que sont les évêques et les cardinaux laissent le pape François avec ses homélies à Santa Marta et ses choix de vie personnelle sans toutefois mettre la main à la barre des changements profonds qu’il réclame. Pas surprenant qu’il se retrouve souvent seul à l’intérieur de l’Institution et parfois la cible de critiques acerbes. S’il est à la fois astucieux et naïf, il faut dire que la frontière entre les deux est parfois très proche. Déjà nous pouvons poser un certain nombre de questions.

Quel support reçoit-il de l’ensemble des épiscopats du monde? Quelle place ont-ils accordée et accordent-ils à son Exhortation apostolique Evangelii Gaudium? Combien de ces évêques avec leur clergé ont diffusé largement dans leur diocèse les enseignements de cette exhortation apostolique? Combien de ceux-ci se sont activés pour mobiliser leur communauté chrétienne en faveur de la paix lorsque le pape fit un appel solennel de prière pour la paix en Syrie? Quelle place ces évêques ont-ils laissée aux catholiques de leur diocèse respectif pour faire connaître et discuter le questionnement du pape sur la famille ?  Quels efforts ont-ils déployés pour diffuser le plus largement possible ce questionnement et en respecter l’intégralité des réponses apportées?

Si certains diocèses se font un devoir de donner suite aux demandes du pape et à ses exhortations d’autres font plus souvent que moins la sourde oreille. Ils s’en tiennent à certains changements cosmétiques dans les attitudes et comportements, mais rien de radical ni de profond. Ils continuent à se comporter comme si l’Institution à laquelle les rattachent leurs fonctions étaient l’Église, celle qui sait et qui décide de tout et non, comme le dit à maintes reprises le pape François, d’humbles pasteurs, dépouillés de tout apparat, de retour auprès des pauvres pour servir et accompagner humblement les hommes et les femmes de notre temps. Des pasteurs qui portent en eux l’odeur des brebis avec qui ils sont et vivent. Des pasteurs témoins de la  miséricorde et de la douceur de Jésus pour  les hommes et les femmes de notre temps.

Si le pape François ne reçoit pas tout le soutien souhaité auprès des évêques et cardinaux, il le trouve par contre amplement auprès des catholiques, chrétiens et laïcs du monde. La flamme qu’il porte en lui est de nature à rejoindre au-delà les murailles institutionnelles et doctrinales des centaines de millions de personnes dans le monde. Ils sont de ceux qui élèvent la voix pour proclamer qu’ils sont Église et auxquels s’associe le pape François..

Comme un vase d’argile, le pape François porte en lui la flamme capable d’enflammer par son intérieur l’humanité entière. Elle est cette conscience pouvant donner vie à une Humanité nouvelle. Je crois en cet homme qui vit et dit vrai. Il est temps que les Évêques donnent la parole à tous les croyants et croyantes et qu’il y ait des plateformes libres de tout contrôle institutionnel  qui favorisent cette prise de parole. Pour le moment la structure hiérarchique avec ses principaux acteurs gardent le plein contrôle des forums qui peuvent exister. Il est plus que temps qu’ils réalisent que l’Église c’est nous tous et toutes. Le « NOUS SOMMES ÉGLISE » doit s’imposer et devenir l’exclamation de joie de toutes les personnes de bonne volonté.

Oscar Fortin
Le 21 juin 2014

http://humanisme.blogspot.com