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lundi 17 juin 2019

Sans le soutien de l'Église, il n'y aurait pas cette crise au Venezuela




Il y a un dicton qui a de quoi nous interpeler : "En Amérique latine, aucun coup d'État ne serait  possible sans le soutien de l’Église. "  L’histoire des 50 dernières années confirme cette phrase. Cela se confirme encore davantage dans le cas du Venezuela où l'épiscopat, soutenu par le Vatican, mène la lutte contre la révolution bolivarienne. Voyez ce que le cardinal Porrasa récemment déclaré:

"L’institution qui a le plus affronté le régime vénézuélien est l’Église."Plus clair que cela, ce n’est pas possible.

DE QUEL RÉGIME S’AGIT-IL?

Hugo Chávez, grand croyant de cette église, définit ce régime de la façon suivante: humaniste, socialiste, chrétien, avec une démocratie participative et anti-impérialiste. On peut se demander en quoi ces caractéristiques vont à l’encontre de la doctrine sociale de l’Église. Le socialisme dont on parle est un socialisme qui place les intérêts du peuple avant les intérêts des oligarchies et des multinationalesqui opèrent dans le pays. Les richesses du pays doivent avant tout servir les intérêts du bien commun du peuple comme la santé, l'éducation, le logement, le travail avec des salaires justes, entre autres font partie de ces priorités.

QU'EST-CE QUE LA DOCTRINE SOCIALE DE L'ÉGLISE?

En substance, l'ensemble des encycliques sociales de l'Église des cinquante dernières années, que ce soit celles du pape Jean XXIII, du pape Paul VI, du pape  Jean-Paul II, du pape Benoît XVI auxquelles s’ajoute l’Exhortation apostoliqueÉvangilii Gaudium du pape François vont toutes dans cette direction du régime de Chavez. S’affranchir de  l'impérialisme, donner priorité au bien commun de tous, assurer la défense des droits de la personne, transformer le capitalisme sauvage en un socialisme humain et juste.

QU'ATTEND LE PAPE FRANÇOIS POUR  REMÉDIER À CETTE CRISE?

L’Église, y compris le Vatican et les épiscopats, ne peut promouvoir une doctrine sociale, condamnant le capitalisme sauvage tout en luttant contre ceux-là mêmes qui veulent le transformer en socialisme humain. C'est exactement ce qui se passe au Venezuela. L'épiscopat et le Vatican vont de pair avec les oligarchies et l'empire pour empêcher que cette transformation du capitalisme sauvage devienne réalité et que l'empire ne puisse plus intervenir dans les affaires internes d’autres pays.  Sans cette présence active, de l'épiscopat vénézuélien, soutenu par l'État du Vatican, l’opposition et l’empire, ne ferait pas ce qu’ils font présentement. Il n'y aurait pas de crises au Venezuela, comme celle que nous voyons. S'il y a une crise, c'est parce qu'ils sont pleinement impliqués pour que le régime socialiste, tel que défini par Chávez, soit éliminé, par tous les moyens possible. En aucun cas, ils n'élèvent la voix pour condamner l'interventionnisme des É.U. et encore moins les sanctions et la guerre économique qui affectent directement le peuple. La raison est simple, ils font partie de toute cette opération.

Nous avons déjà une idée de ces moyens utilisés : mensonges, manipulations, appel à la désobéissance civile, violence de rues, sanctions de toute nature, guerre économique, menace d'invasion militaire, etc.Tout cela pour que les gens qui accompagnent la révolution et les autres qui ne les accompagnent pas souffrent suffisammentpour blâmer le régime Chavez de tous les malheurs qui leur tombent dessus et pour qu’ils se révoltent contre le gouvernement et soutiennent l’opposition et l’empire dans leurs projets de prise en main de l’État  et de celui du  plein contrôle sur les richesses du pays.

Il y a un jésuite, au Venezuela, curé d'une paroisse de Caracas, qui a eu, la semaine dernière, une rencontre avec le pape Francisco pour lui dire la vérité sur le Venezuela.Je vous invite à lire  ici le résumé qui en a été fait.

Je ne saurais croire que le pape François soit complice de tout ce montage. Je suis plutôt enclin à penser qu’il a été manipulé et induit en erreur par ses collaborateurs à la Secrétariat du Vatican et par un épiscopat, sans scrupule. Quelque chose qui ressemblerait un peu à ce qui s’était passé au Chili, lors de son voyage.  Il est donc urgent, suite aux révélations que le père Numa Molina lui a confié qu’il fasse une enquête sérieuse et qu’il mette fin à cette coopération avec l’opposition et Washington en dénonçant avec vigueur les sanctions et toutes les formes d’interventionnisme qui vont à l’encontre du droit international.  Il faut que le monde sache qu’il a été victime d’une manipulation interne et qu’il est bien décidé à tirer toute cette histoire au clair. Il s’agit d’un problème politique, économique et social  aux conséquences très lourdes pour l’Église et les peuples qui en sont les premières victimes. 

S’il n’est pas complice de ces manœuvres, il est urgent qu'il intervienne pour identifier et condamner ces manipulateurs, tout comme il est urgent qu’il dise aux É. U. de mettre fin aux sanctions, à la guerre économique et à toutes les entraves de nature à nuire au bon fonctionnement de l’État et au bien-être du peuple. Le silence du pape François, sur ce drame dont le peuple vénézuélien est victime, en ferait un complice. Ce serait de quoi à ébranler les murs du temple.

Oscar Fortin
17 juin 2019






lundi 18 février 2019

LETTRE OUVERTE AU PAPE FRANÇOIS



LE VENEZUELA ET LE DROIT INTERNATIONAL

Cher papa Francisco,

Je n’arrive pas à comprendre comment, vous, auteur de l’Exhortation apostolique Evangelii gaudiumdans laquelle vous dénoncez avec force et vigueur le capitalisme sauvage, source des grands conflits de ce monde,ait pu se laisser entrainer dans les rangs de celui qui en est le grand maitre, l’Empire étasunien. Vous n’en êtes pas à vos premières expériences de ces conflits qui mettent en confrontations les forces de l’Empire avec celles des peuples qui veulent s’en libérer. Vous avez connu de près ce qui s’est passé au Chili sous le régime de Salvador Allende et sous la dictature d’Augusto Pinochet. Vous avez également vécu en Argentine sous le régime de la dictature des trois généraux. Une expérience que peu de papes ont eue pour mieux comprendre sur le terrain les véritables intentions tant de l’Empire pour dominer que  des peuples pour s’en libérer. Les souvenirs du Plan Condorque vous avez vu en action devraient vous donner la mesure d’humanité de ceux et celles qui en furent les exécutants et devrait également vous rappeler le courage, les souffrances de ceux et celles qui en furent les victimes.

Votre arrivée à Rome, cher papa Francisco, aura été un véritable souffle d’espérance, pour ceux et celles dont les témoignages et le vécu n’avaient, à Rome, ni oreilles pour entendre leur histoire ni yeux pour voir les atrocités dont les leurs avaient été victimes. Le message livré dans votre Exhortation apostolique Evangelii gaudiuma été reçu avec enthousiasme par ceux et celles en lutte contre ce capitalisme sauvage, si désastreux pour les humbles de la terre et néfaste pour l’ensemble de l’humanité. Le président de Bolivie, Evo Morales, s’est exclamé en disant « enfin j’ai un papa à Rome ». À l’époque, je vous avais écrit une lettre ouverte pour vous remercier du courage que vous aviez eu pour dénoncer ce capitalisme sauvage. On pouvait y lire ceci, entre autres :

« Nous ne pouvons plus compter sur les forces aveugles et la main invisible du marché. La croissance de l'équité exige plus que la croissance économique, bien qu'elle implique des décisions, des programmes, des mécanismes et des processus visant spécifiquement une meilleure répartition des revenus, une création d'emplois, une promotion globale des plus pauvres qui dépassent la simple assistance "(204). "Jusqu'à ce que les problèmes des pauvres soient résolus de manière radicale, renonçant à l'autonomie absolue des marchés et à la spéculation financière et s'attaquant aux causes structurelles de l'inégalité [173], les problèmes du monde et, en définitive, aucun problème ne sera résolu. L'inégalité est la racine des maux sociaux »(202)

On peut dire, sans exagération, que les gouvernements d’Hugo Chavez et de Nicolas Maduro se caractérisent particulièrement par un effort constant de redistribution de la richesse au bénéfice des classes sociales les moins bien nanties. Il m’est arrivé de faire un lien entre ces politiques du socialisme du XXIe  et la pensée sociale du pape Jean XXIII. À l’époque, j’avais écrit ce texte en espagnol.

Avec tout ce qui précède, vous comprendrez que le tournant qu’ont pris vos propos et actions en ces dernières semaines a de quoi inquiéter ceux et celles qui ont cru, un moment, que l’Église sous le pape François allait prendre ses distances d’avec les pouvoirs de l’Empire.  Lors de votre séjour aux journées mondiales de la jeunesse, à Panama,  vous avez clairement exprimé que les problèmes du Venezuela devaient se résoudre entre Vénézuéliens et Vénézuéliennes, dans la paix et la justice. C’est suite à cette déclaration que le Président du Venezuela, Nicolas Maduro, vous a écrit une lettre dans laquelle il partageait cette idée d’une solution par le dialogue entre les partis en conflit et vous demandait, par la même occasion, votre présence comme médiateur. Votre réponse s’est fait attendre jusqu’à ce que l’épiscopat vénézuélien et votre secrétaire d’État, Pietro Parolin, vous disent que tout dialogue ne servirait à rien, que Maduro ne tenait pas ses engagements. Je suppose que vous avez vérifié ces dires auprès de l’ambassadeur du Venezuela auprès du Vatican. Il faut dire que Washington avait déjà donné l’ordre à l’opposition de ne pas s’engager dans des opérations de dialogue.

Votre réponse est finalement arrivée avec une double surprise. La premièreest ce changement de cap dans la façon de résoudre les problèmes, le dialogue ne fait plus partie de la voie à suivre. Il faut croire que d’autres voies ont été portées à votre connaissance.  La seconde, beaucoup plus sérieuse et grave, est celle de ne plus reconnaître Maduro comme président élu,substitué en cela par  le député autoproclamé président, Juan Guaido, en disgrâce de pouvoir constitutionnel, comme président transitoire. Sans doute, une manière diplomatique de passer dans le groupe de Lima.  À ceci s’ajoute le fait, en tant que chef d’État du Vatican, vous avez dérogé à la Charte des droits des peuples en intervenant dans les affaires internes du Venezuela

Le 26 janvier dernier, le Conseil de Sécurité des Nations Unies  s’est prononcé majoritairement contre toute forme d’intervention au Venezuela. La Charte des Nations Unies est bien claire sur cette question et c’est en référence à cette loi fondamentale et à son respect qu’il fallait mettre un terme aux prétentions interventionnistes de Washington d’envahir le Venezuela pour en devenir le maitre. 

Les faits nous démontrent, cher papa Francisco, que le recours aux lois n’est utile aux grands et puissants que lorsque cela leur convient. En dehors de leurs intérêts, aucune loi ne les dérange. C’est triste à dire, mais vos dernières décisions vont dans ce sens. Vous n’avez dénoncé, en aucun moment,  les ingérences des É.U. au Venezuela. Il en fut de même pour ses politiques de sanctions et de guerre économique qui font tant de mal aux peuples qui en sont les premières victimes. Ces silences à l’endroit de Washington se comprennent par la complicité que le Vatican a avec ce dernier qui vise la reconquête des pouvoirs en Amérique latine.

Je m’excuse d’avoir été aussi long, mais le sujet l’exigeait. 

Ma prière vous accompagne et j'espère qu'il en sera de même de vous à mon endroit

Oscar Fortin

Québec, le 18 février 2019


samedi 12 août 2017

RÔLE DE L’ÉPISCOPAT VÉNÉZUÉLIEN DANS LA CRISE QUE VIT LE PAYS






Si nous nous en tenions à ce que notre presse officielle nous raconte sur le Venezuela, nous en serions à n’y voir qu’un dictateur sanguinaire, qui prend plaisir à faire souffrir son peuple en le privant de nourriture et de médicaments. Un peuple, finalement, au plus bas de la misère humaine, avec des ressources en pétrole et en minerais comme pas un au monde. Qui, devant un tel tableau, ne crierait pas au scandale et à une intervention de la communauté internationale pour mettre fin à un tel génocide. Déjà les États-Unis, ces gardiens fiables du respect des droits des personnes et des peuples dans le monde se disent prêts à une intervention militaire si nécessaire. Nous savons ce dont ils sont capables de faire: l’Irak, la Libye, la Syrie, l’Ukraine en sont de bons exemples. Avec des bombardements humanitaires, ils ont fait plus d’un million de morts en Irak, des centaines de milliers en Libye et tout autant ou sinon plus en Syrie.

MAIS QU’EN EST-IL VRAIMENT ?

Le Venezuela vit sous un régime de droit démocratique à laquelle sont invités à participer toutes les composantes de la société. Il est un des rares pays de s’être donné une constitution en y faisant participer des représentants de tous les milieux. En 1999, cette Constitution était validée par un vote référendaire majoritaire. Sa particularité est qu’elle définit  sa révolution dans le cadre d’un projet où la démocratie représentative, propre au néolibéralisme, est caractérisée par une démocratie participative à l’intérieur de laquelle le pouvoir du peuple a toujours un espace pour faire valoir son point de vue. Par exemple, le peuple, moyennant certaines conditions prévues à la Constitution, peut décider d’un référendum révocatoire pour déloger un président  ou n’importe quelle personne en autorité, s’il le juge nécessaire. Cette révolution se définit également dans le cadre d’un socialisme du XXI, inspiré des valeurs de Bolivar, le père de l’indépendance, et d’un humanisme qui rejoint sous bien des aspects la doctrine sociale de l’Église. Il s’agit également d’une révolution anti-impérialiste au sens ou le peuple et l’État sont souverains et n’ont de compte à rendre à aucun autre État qui se réclamerait de sa supériorité pour en faire un vassal.


Dans pareil contexte, pas surprenant que ceux qui ont toujours considéré l’Amérique latine et les Caraïbes comme leur Cour arrière l’aient mal pris, d’autant plus que le Venezuela regorge de pétrole, comme pas un pays au monde, et de riches minerais, dont l’or, en grande quantité. Cette révolution s’est amorcée par des élections libres, réalisées en 1998, lesquelles ont porté au pouvoir le charismatique Hugo Chavez. Dès le départ de ce nouveau règne, les forces de l’empire, jointes à celles des oligarchies nationales et de l’épiscopat vénézuélien, font front commun pour faire de cette révolution un échec, de quoi faire réfléchir les autres peuples à ne pas aller dans cette direction.

En avril 2002, il y eut un coup d’État militaire qui n’aura duré que quelques heures, le temps que le peuple et une partie de l’armée, restée fidèle au Président, se mobilisent spontanément pour venir à la rescousse de leur Président et pour y chasser les envahisseurs complotistes au milieu desquels se trouvait le cardinal de l’époque. Il y a eu, en 2004, un référendum révocatoire contre Chavez que ce dernier a gagné haut la main. L’offensive des adversaires a maintenu la pression avec des sabotages orchestrés pour affecter sérieusement l’industrie pétrolière et l’économie dans son ensemble. 

Le 5 mars 2013, Chavez meurt d’un cancer dont l’origine criminelle nous sera révélée un jour. On pensait qu’avec la mort de Chavez tout allait s’écrouler et que la vie normale de l’Empire allait reprendre ses fonctions de grand patron, mais tel ne fut pas le cas. C’était ignorer le peuple vénézuélien et son niveau de conscience sociale, politique, économique et militaire.

En novembre 2013, des élections à la présidence ont lieu et tout fut mis par les forces de l’opposition pour que le candidat de la révolution ne puisse gagner. Malheureusement pour eux,  Nicolas Maduro, candidat suggéré par Chavez, avant sa mort, a gagné cette élection avec 200 000 voix de plus que son adversaire, un certain Henrique Capriles, bien connu pour ses interventions criminelles à l’ambassade de Cuba, lors du coup d’État militaire de 2002. Il est également reconnu pour être un homme clef de Washington.


Celui que les médias officiels de l’Empire appellent le dictateur, n’est autre que ce Nicolas Maduro Moros, né un 23 novembre 1962 à Caracas, ancien chauffeur de bus puis leader syndical, il fut secrétaire d’État pour les relations extérieures sous la gouvernance de Chavez.  Il fut élu président, conformément aux dispositions de la constitution, par le peuple pour présider les destinées du Venezuela jusqu’en 2019. Inutile de dire que lui, pas plus que Chavez, n’a connu de répit. Il est vite devenu l’homme à abattre. Ce fut la mise en place d’une guerre économique, comme seul l’empire sait les préparer, en vue d’affecter directement les secteurs les plus démunis et une partie importante de la classe moyenne. L’objectif est de créer le plus de mécontentement dans la population par ces mesures de rationnement, en nourriture et en médicaments, voulues et planifiées par les forces de l’opposition dans le but d’en rendre responsable le gouvernement et de créer ainsi le rejet de cette révolution qui se révèle être un grand échec. Les médias s’acharnent à relever ces  files d’attente insupportables et à en accuser le gouvernement de crimes contre le droit des personnes à une alimentation saine. Il faut dire qu’au Venezuela, les médias privés de communication sont nombreux et bien encadrés par les oligarchies locales. À ce climat de désespérassions,  les forces de l’opposition ont ajouté des actes de violence que l’on présentait au national et à l’international comme étant des soulèvements du peuple qui n’en pouvait plus de cette révolution.

En 2015, il y a eu des élections législatives qui, pour une fois, assurèrent la majorité à des députés  de l’opposition. Contre mauvaise fortune, le gouvernement fit bon cœur et accepta sans questionnement les résultats de l’élection. Toutefois, les choses se gâtèrent lorsque le nouveau président de l’Assemblée nationale, Ramon Allup, déclara dès ses premiers mots que le sort de l’actuel président était décidé et qu’il ne serait plus là dans six mois. Une manière offensante de s’arroger un pouvoir qui n’appartient d’aucune manière à l’Assemblée nationale. Entre temps, le Conseil national électoral (CNE) a identifié trois députés, de la banquette de l’opposition, ayant été élus frauduleusement. Le tribunal suprême de justice (TSJ) ordonna la mise en place des dispositions nécessaires pour procéder à de nouvelles élections pour remplacer ces trois députés, élus frauduleusement. Plutôt que de donner suite à cette décision du plus haut tribunal du pays, le président de la l’Assemblée nationale, assermenta ces trois députés n’y ayant pas droit. Ce fut par la suite  la procédure pour un référendum révocatoire qui n’aboutit tout simplement pas pour des motifs d’irrégularités. De cette manière, la majorité de l’AN se plaçait hors la loi et rendait inopérantes les décisions qu’elle pouvait prendre. Il faut dire que cette situation entraîna de nombreux autres problèmes. Le message de l’opposition a toujours été que le gouvernement était responsable de tout, que Maduro contrôlait le TSP, le CNE  et qu’il ne reconnaissait pas le pouvoir de l’A.N.

En avril dernier, plus de trois millions de Vénézuéliens et Vénézuéliennes se sont regroupés dans les rues de Caracas pour apporter tout leur soutien au président Maduro et lui rappeler que le peuple était avec lui.Il faut dire qu’à ce moment le président Maduro faisait l’objet de critiques sévères à l’interne comme à l’externe et que des actions violentes, financées à même l’opposition, dirigée depuis Washington, avaient commencé à faire passablement de dommage.  Pour remédier à cette situation de violence, le Président, invoquant les dispositions de Constitution, décide, le 1er mai,  de convoquer une Assemblée nationale  constituante dans le but de mettre un terme à cette violence. Le 30 juillet, seront jour d’élection de cette ANC qui comprendra 545 personnes, lesquelles disposeront d’un pouvoir plénipotentiaire sur tous les autres pouvoirs.

L’Épiscopat vénézuélien a été un des premiers à dire qu’il ne reconnaîtrait pas cette ANC, suivi de près par l’opposition. Pendant que les forces gouvernementales mobilisaient  les divers secteurs de la société pour donner forme à cette ANC, la violence, fomentée par l’opposition, allait en s’accentuant.

Plus de 50 000 personnes présentèrent leur intérêt à participer, comme représentantes à cette ANC. Sur ce nombre près de 6 000 candidats purent remplir, à temps, les formulaires requis. Le 30 juillet, l’élection s’est réalisée en dépit de tous les efforts déployés par l’opposition et ses alliés nationaux et internationaux pour que cette élection ne puisse se réaliser. Plus de 8 089 023 Vénézuéliens et Vénézuéliennes parvinrent aux urnes pour y déposer leur bulletin de vote. Des milliers ont dû traverser montagnes, rivières, vaincre la pluie et faire la file pendant des heures. Un moment magique d’un peuple qui marche debout, la tête haute, le cœur gonflé pour sa révolution et sa démocratie, clairement exprimée dans cette ANC plénipotentiaire.  Je vous laisse sur la déclaration de l’épiscopat vénézuélien à l’annonce de cette convocation.


 ASSEMBLÉE NATIONALE CONSTITUANTE DU VENEZUELA
30 JUILLET 2017

Il importe de signaler, ici, que ceux qui se proclament démocratiques ont tout fait, en ce jour, pour que le peuple ne puisse aller voter. Des milliers de témoignages ont été recueillis de personnes dont on  a menacé de brûler leur maison, de tuer leurs enfants.  En somme, des choses incroyables. Ce sont ces mêmes personnes qui diffusent mondialement le portrait du Venezuela que je vous ai tracé dans le premier paragraphe de cet article. Mentir, manipuler, menacer, font partie de la morale de ces gens.

C’est triste à dire, mais l’épiscopat vénézuélien fait partie de ces mensonges, de cette manipulation, de ces menaces et s’il y a guerre il fera partie de cette guerre.  L’opposition a beau jeu avec cet épiscopat de la bouche duquel ne sortira rien de négatif à son endroit. Il ne relèvera jamais la violence, les mensonges, les tricheries de cette dernière. Dans ses déclarations, il s’applique à rendre responsable le gouvernement de Maduro de tous les maux dont souffre le pays. IIl s’agit d’un épiscopat qui peut compter sur le Secrétaire général de l’État du Vatican, le cardinal Pietro Parolin, ex-Nonce apostolique du Venezuela.

Cette alliance des intérêts du Vatican avec les intérêts de Washington peut se comprendre dans le cadre de deux Pactes qui les unissent l’un à l’autre.  Pour le Vatican, en la personne de Pietro Parolin, et pour l’épiscopat vénézuélien, il s’agit d’une lutte à finir contre le communisme et le marxisme qu’ils continuent de voir dans toutes les révolutions sociales.  Pour Washington, il s’agit d’une reprise du pouvoir perdu sur l’État vénézuélien et ses richesses. L’épiscopat et le Vatican, en voulant se débarrasser du soi-disant communisme marxiste, deviennent un allié de première main de Washington pour soutenir le capitalisme sauvage dont parle le pape François dans son Exhortation apostolique Evangelii Gaudium. Une autre des grandes contradictions d’une Église demeurée accrochée au siècle dernier pour les uns et déjà engagée dans le  XXIe siècle pour les autres.

Je vous laisse avec un texte portant sur ces deux pactes secrets du Vatican avec Washington.


Mon point de vue est que l’Église, l’authentique Église n’est plus avec ces hiérarchies ecclésiales, transformées en complices de pouvoirs que dénoncent les Évangiles et la Doctrine sociale de l’Église. En Amérique latine, aucun coup d’État ne serait possible si l’Église s’y opposait avec fermeté. Ce n’est évidemment pas le cas, Washington le sait et les peuples comptent de moins en moins sur cette Église contaminée par le pouvoir. Il retrouve en lui une Église vivante et confiante pour mener à bien sa destinée.

Pour ceux et celles qui se débrouillent en espagnol,  je recommande deux liens sur internet qui vous ouvrent les portes au Venezuela à deux centres de nouvelles télévisuelles qui vous diront ce que nos médias ne nous disent pas.



Oscar Fortin
Le 12 juillet 2017



lundi 15 mai 2017

LE CONSEIL ÉPISCOPAL LATINO AMÉRICAIN (Celam)



VIT TOUJOURS AVEC SES CONTRADICTIONS


Le Conseil épiscopal latino-américain (Celam), fondé en 1955, regroupe les présidents des Conférences épiscopales nationales des pays de l’Amérique latine et des Caraïbes. Tous les 4 ans, il y a une assemblée générale ordinaire pour définir les orientations pastorales et élire les différents dirigeants de l’assemblée. Du 3 au 9 mai 2017, s’est réalisée à San Salvador la XXXVIe assemblée générale pour célébrer le centième anniversaire de Mgr Romero, assassiné le 24 mars 1980.

On peut dire, sans trop se tromper, que l’ensemble de l’épiscopat latino-américain se démarque, entre autres, par un certain conformisme religieux qui fait d’eux des personnages prestigieux et importants dans l’Église, mais aussi dans la société. Ils font partie de l’élite sociale et leur environnement de vie s’ajuste à celle de ce milieu.

Il faut toutefois reconnaître qu’un certain nombre de ces évêques ont eu la grâce de répondre, par leur vie et leurs engagements, à la clameur de leur peuple, soumis à des conditions de vie inhumaines,  n’ayant d’autres voix pour se faire entendre que celle de leurs propres souffrances.  Au Brésil, Don Helder Camara est un de ceux-là, tout comme Mgr Oscar Romero au San Salvador. Ces évêques, convertis à la pauvreté avec les pauvres pour en devenir une voix qui éveille les consciences des nantis et des puissants, ne sont pas légion. Par contre, beaucoup de prêtres, religieux et religieuses, ont répondu à cet appel et sont devenus d’authentiques militants au service de la cause des pauvres et des humiliés de la terre.

Ces quelques évêques et missionnaires engagés auprès des pauvres ont redécouvert une lecture des évangiles et une compréhension de l’engagement de foi. Ce fut l’émergence de ce qu’on a dénommé la théologie de libération que le père Gustavo Gutierrez a formalisée de manière à ce que la mission de l’Église conduise inévitablement à la promotion et à la libération des pauvres et des humbles.

En 1968, à Medellin, il y eut la rencontre du Conseil épiscopal de l’Amérique latine avec la présence du pape Paul VI, grand ami de Don Helder Camara du Brésil. Ce fut une rencontre où beaucoup d’éléments de cette approche théologique d’être avec les pauvres et en solidarité avec ces derniers ont donné une lueur d’espoir à ceux et celles qui avaient fait le choix d’être avec les plus démunis et d’être solidaires, avec ces derniers, dans leur combat de libération d'une pauvreté inhumaine. C’était, pratiquement, la sortie d’une Église confinée à la sacristie, pour rejoindre une Église d’hommes et de femmes parlant le langage des Évangiles par leurs souffrances, les injustices qui les retenaient dans la misère, mais aussi par leur solidarité humaine qui en faisait de véritables communautés.

Ce tournant d’une certaine force vive de l’Église a généré bien des peurs et mis en branles les lobbies nécessaires pour que les plus hautes autorités de l’Église mettent fin à ces missionnaires militants qui œuvrent avec ces milieux de vie pour qu’ils en sortent et retrouvent toute leur dignité. Washington n’aimait pas ça et c’est avec grand soulagement qu’il a vu l’arrivée d’un nouveau pape en la personne de Jean-Paul II. Avec ce dernier, anticommuniste jusqu’à la moelle des os, cette théologie de libération qu’il confondait avec ce communisme ne ferait pas long feu. De 1978 à 2005, il a pu prendre en main le choix des évêques qui allaient prendre la relève. La lutte contre ce virus malsain allait devenir l’objectif premier de l’action de l’église hiérarchique. On continuera de parler des pauvres et de l’amour de l’Église à leur endroit, mais la sacristie redeviendra l’endroit des retrouvailles de l’Église avec son peuple.

Ce ne sera qu’avec l’arrivée du pape François que certains de ces théologiens pourront retrouver leur place dans l’Église. C’est le cas, entre autres, de Leonardo Boff, de Miguel d’Escoto et Gustavo Gutierrez dont j’ai parlé plus haut. Si le pape François apporte un air frais avec son mode de vie, son Exhortation apostolique Evangelii gaudium et son Encyclique Laudato si, il doit composer avec des évêques dont un grand nombre sont là depuis Jean-Paul II. Tout ce qui résonne comme socialisme devient vite du communisme et du marxisme. Ces derniers peuvent maintenir leurs discours pour les pauvres et au service des pauvres, mais ces derniers ne sont pas crédibles, en raison du fait que leurs actions vont à l’encontre des politiques qui favorisent le bien commun de l’ensemble du peuple. Le cas de l’épiscopat du Venezuela en est une illustration parfaite.

Le régime politique, mis en place sous la gouvernance de Chavez, s’inspire d’un socialisme,  dit du XXIe siècle.  Pour faire court, il s’agit d’un régime dont la constitution a été élaborée avec le peuple et reconnue par ce dernier dans le cadre d’un référendum, gagné avec 71% des voix. Cette constitution fait appel à une démocratie participative et non représentative. Le peuple, par diverses voies, est pris en considération dans les décisions prises et il peut de lui-même, moyennant les signatures requises, demander la destitution du Président ou de toute autre personne en autorité. Le bien commun du peuple est l’objectif premier du partage des richesses du pays, dont le pétrole occupe une toute première place. La Constitution prévoit les dates des élections.  Pendant les 17 années sous direction du chavisme, l’accès aux services de santé a été établi dans toutes les régions du pays et ces soins sont gratuits. Il en va de même avec l’éducation devenue accessible à tous et toutes, du primaire à l’universitaire. Plus de 1 600 000 logements ont été livrés à autant de familles.

Le conflit qui fait rage actuellement au Venezuela est en fermentation depuis l’arrivée de cette révolution. L’opposition de l’époque qui s’était aventurée en 2002 pour renverser le président Chavez est toujours les mêmes aujourd’hui. Ils sont dominés par les oligarchies nationales et guidés par  Washington qui n’a pas renoncé aux ressources abondantes de pétrole ainsi que des mines, dont celles d’or. L’épiscopat vénézuélien demeure toujours opposé à ce régime du socialisme du XXIe siècle qu’elle décrit comme « système totalitaire, militariste, policier, violent et oppresseur, lequel est à la source de tous les maux dont souffre notre pays. » Cette compréhension de ce socialisme du XXIe siècle est, pratiquement, partagée par l’ensemble des conférences épiscopales de l’Amérique latine et des Caraïbes.

L’Oncle Sam est bien heureux d’avoir à ses côtés ces épiscopats pour donner une valeur morale à ses interventions pour renverser ce régime et y implanter un nouveau sur lequel il aura tous les pouvoirs. En cela, le Celam porte une profonde contradiction : celle de ne pas reconnaître dans le régime chaviste le visage humain de la doctrine sociale de l’Église telle qu’exprimée, entre autres,  par Jean XXIII dans ses Encycliques Mater et Magistra et Pacem in terris et d’autre part d’ouvrir grande ouverte les portes à une intervention de Washington pour s’emparer de l’État et de ses richesses. Ce dernier représente ce que la pape François a qualifié de capitalisme sauvage dans Evangelii gaudium.

Dans ce scénario du Venezuela, la conférence épiscopale et le Celam jouent un rôle semblable à celui de l’Organisation des États américains (OEA). Ils ont pris parti pour l’opposition violente qu’ils se sont bien gardés de dénoncer dans leurs conclusions. Ils ont plutôt nommé un comité pour suivre le déroulement des évènements. Aucun appel n’a été fait pour donner suite à la convocation du Président pour une Assemblée nationale constituante et encore moins pour dénoncer les crimes commis par une opposition devenue terroriste.

Ces évêques peuvent toujours maintenir leurs discours d’une Église pauvre avec les pauvres, mais leurs engagements politiques avec les oligarchies et l’empire en annulent toute la crédibilité.


Oscar Fortin
Le 15 mai 2017


Je vous laisse avec cette dernière référence aux deux pactes signés entre le Vatican et Washington.


J'y ajoute cette autre référence au pacte des Catacombes

http://nsae.fr/2015/11/30/limpact-du-pacte-des-catacombes-sur-leglise-daujourdhui/






dimanche 7 mai 2017

DÉCLARATION DE LA CONFÉRENCE ÉPISCOPALE DU VENEZUELA QUI NOUS RAMÈNE AU SIÈCLE DERNIER


SUITE À LA CONVOCATION DE L’ASSEMBLÉE NATIONALE  CONSTITUANTE



Le 1er mai dernier, le président du Venezuela, Nicolas Maduro, conformément aux dispositions de l’article 347 de la constitution, a signé le décret par lequel il convoque à une Assemblée nationale constituante, comme voie de sortie à une situation où les représentants de l’opposition officielle se refusent à s’asseoir à une table de concertation y de négociation avec les représentants du gouvernement.

Il faut dire que l’actuation de cette opposition va plus dans le sens de créer les conditions pour renverser le gouvernement par un coup d’État, fomenté de l’extérieur, que de procéder par les voies politiques  et constitutionnelles. La convocation de l’Assemblée nationale constituante se veut une réponse pacifique à cette situation de fait. Elle constitue le pouvoir suprême du peuple qui sera en mesure d’étudier les alternatives et de procéder aux ajustements institutionnels nécessaires de manière à résoudre les problèmes qui se présentent. Selon l’article 349, aucun pouvoir institutionnel ne pourra en modifier les décisions.


Il importe de rappeler que l’opposition vénézuélienne maintient des relations privilégiées avec Washington et le secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA), Luis Almagro. Ces relations lui permirent, d’une part,  le promouvoir l’actualisation de la Charte démocratique de l’OEA, ouvrant ainsi la porte à une intervention militaire étrangère et , d’autre part , diffuser à grande échelle à travers les médias, au service des intérêts de l’Empire, une image du gouvernement de Nicolas Maduro qui en fait le grand responsable de tous les maux que connaît le pays.

À ces deux alliés de l’opposition, il faut également ajouter l’appui infatigable et persistant de la Conférence épiscopale du Venezuela. Elle sait utiliser tous les moyens à sa portée pour dénigrer l’actuel gouvernement, en confirmer la faillite dans sa tâche gouvernementale, incapable de résoudre les problèmes que vit la population vénézuélienne. Voici ce qu’on peut lire dans leur Déclaration que je me permets de traduire : « Pt 6 : On ne peut oublier ni laisser de coté la tristesse et la souffrance que ce régime génère chez à notre peuple. »

Dans ce scénario de l’opposition et de l’Épiscopat, on ne parle évidemment pas des conquêtes révolutionnaires  dans les secteurs de la santé, de l’éducation, du logement, pas plus, qu’on parle des autres facteurs qui génèrent ces problèmes d’accès aux produits essentiels, tels ceux de l’alimentation et des médicaments. Ils ne disent rien de cette guerre économique qui joue un rôle important dans la distribution de ces biens essentiels, dans le climat social, politique et économique.  Tout est dit et fait pour couvrir ces facteurs extérieurs par leur silence et pour reporter sur le gouvernement la source de tous ces maux. L’objectif recherché est que le peuple se retourne contre son gouvernement et rende plus facile le changement de régime recherché. Il y a un coupable, un seul coupable et c’est le gouvernement bolivarien et socialiste.

En dépit de tous ces camouflages, le peuple vénézuélien maintient un appui fort à son gouvernement et sur le régime sur lequel il s’appuie. La Conférence épiscopale, dans sa Déclaration, ne voit pas les trois millions de vénézuéliens et Vénézuéliennes qui  ont gonflé les rues du centre de Caracas, le 19 avril dernier. Ils n’étaient pas là pour tirer des pierres à Nicolas Maduro,  mais pour le conforter de leur appui dans la lutte qu’il mène pour assurer la paix et le mieux-être du peuple vénézuélien. Ils sont également là pour l’appuyer dans son appel incessant à l’opposition pour qu’elle vienne s’asseoir à une table de concertation et de discussion en vue de trouver des solutions constitutionnelles pour résoudre les problèmes et retrouver la paix.

Il faut noter que ce qui intéresse le plus cette opposition et ses principaux alliés,  auxquels figure au premier rang Washington, c’est la prise de contrôle de l’État par une intervention militaire qui peut compter avec la quatrième flotte étasunienne à proximité dans le Pacifique et les sept bases militaires étasuniennes en Colombie, pays voisin du Venezuela. Par cette action militaire,  la constitution serait remplacée par une autre, rédigée, cette fois, depuis Washington, de sorte que l’État serait entièrement sous contrôle de l’Empire et ses richesses  seraient gérées en fonction des intérêts  de ce dernier.

La violence dont est victime le Venezuela est de même nature que celle utilisée dans d’autres pays, telles l’Ukraine, la Libye, la Syrie, entre autres. L’empire ne peut tolérer des gouvernements récalcitrants à ses volontés et à ses intérêts, surtout s’ils disposent de grandes richesses. Contrairement aux guerres anciennes, l’approche privilégiée est de créer subtilement le mécontentement de la population et générer par diverses astuces le chaos dans le pays. Il faut voir ce qu’on en dit dans le cadre des révolutions de couleurs, fabriquées de toute pièce.

Dans le cas présent du Venezuela, le président Maduro met à l’épreuve la démocratie de ceux qui veulent intervenir militairement au nom même de la démocratie. Sa convocation à une Assemblée nationale constituante est une manière de faire appel au peuple lui-même,  fondement de toute démocratie, pour résoudre les problèmes. Cette constituante sera formée de 500 personnes, élues par vote direct. Elles viendront de toutes les régions, de tous les secteurs d’activité sociaux, politiques, économiques. Cette Assemblée disposera du pouvoir suprême du peuple pour résoudre les problèmes qui se retrouvent dans un cul-de-sac. Aucun autre pouvoir ne pourra s’opposer aux décisions prises qui tiendront lieu de constituantes (art.349). Quoi de plus démocratique que le pouvoir du peuple pour le peuple?

C’est dans ce contexte que la Conférence épiscopale a transmis, ce 5 mais 2017, ses commentaires relatifs à cette Assemblée constituante, réclamée par le président Maduro. Dans sa Déclaration,  elle considère que l’immense majorité de la population perçoit cette initiative comme une diversion pour détourner les yeux des urgentes nécessités du pays et comme un pas de plus  dans la remise en cause de l'État de droit prévu par la Constitution actuelle ( Pt.2)


À la lumière de cette approche, tout laisse entendre qu’elle n’a rien vu passer de ces trois millions de personnes qui ont apporté leur soutien au Gouvernement, pas plus qu’elle n’a vu les centaines de milliers de travailleurs et travailleuses se joindre au Président pour célébrer la fête du Travail.

Il faut reconnaître que derrière tous ces discours, il y a toujours cette obsession idéologique contre tout ce qui peut s’apparenter à communisme, socialisme, marxisme, etc. Là se trouve l’objectif principal des interventions de cet épiscopat.  Il lutte pour faire disparaître, ce que Chavez a qualifié de  « socialisme du XXIe siècle ». Au point 4 de leur intervention, la Conférence épiscopale qualifie ce socialisme du XXIe s. et, par le fait même, le gouvernement,  « de système totalitaire, militariste, policier, violent, oppresseur qui est à l’origine de tous les maux dont souffre le pays. »

Avec cette déclaration, les évêques nous renvoient au siècle dernier. Comment peuvent-ils confondre le gouvernement du Venezuela avec un régime totalitaire, militariste, policier, violent et oppresseur ? On a comme l’impression de revenir à l’époque de Reagan et de Jean-Paul II dans leur combat conjoint contre le communisme. Aujourd’hui, nous savons tous ces crimes auxquels cette lutte anticommuniste a donné lieu. À cette époque, les dictateurs étaient les bienvenus, les tortionnaires et les assassinats faisaient partie des dommages collatéraux. Les femmes en blanc d’Argentine nous rappellent avec force en ces jours-ci, les drames vécus, la douleur supportée, souvent sans réconfort de ces autorités épiscopales, plus près des dictateurs que de leurs victimes. Ce que nous révèle le Plan Condor devrait faire réfléchir ces nouvelles générations d’évêques. Il faut bien admettre que celle qui préside présentement l’Épiscopat au Venezuela est loin d’avoir tiré les conclusions de ces drames.

Cette complicité de l’Église avec l’Empire pour lutter contre le communisme est confirmée par un premier pacte signé, en juin 1982, entre le pape Jean-Paul II et le président Reagan. La levée du secret sur ce pacte nous permet d’en connaître le contenu.  Le second pacte, signé en mars 2014, nous en suggère plus qu’il nous en révèle le contenu. Toutefois, selon l’analyse que j’en fais, tout semble aller dans la même direction. Il ne fait pas de doute que la position des évêques du Venezuela et ceux dans les pays émergents vont en ce sens.

Dans ce contexte et dans l’esprit suggéré par ces Pactes, comment comprendre une telle coopération de l’Église avec le grand maître du capitalisme sauvage que condamne avec force le pape François dans son Exhortation apostolique Evangelii Gaudium ? D’une part, l’Église s’attaque à ceux qui luttent justement contre ce capitalisme sauvage, ce qui est le cas du Venezuela, de la Bolivie, de l’Équateur et d’autre part elle dénonce avec force ce capitalisme et invite les peuples et les gouvernements à y mettre fin. Il faut dire que l’Église n’en est pas à ses premières contradictions.

Les positions prises par la cupule de la Conférence épiscopale vont totalement dans le sens inverse de l’Exhortation apostolique du pape François. Plutôt que d’appuyer un gouvernement qui vise à détruire ce capitalisme sauvage, elle se place en situation de collaboration pour ouvrir la voie aux grands acteurs de ce capitalisme sauvage.

N’est-il pas scandaleux que ces évêques, que l’on considère comme instruits, voués à la proclamation du message des Évangiles et à la promotion de la doctrine sociale de l’Église n’aient pas trouvé le temps pour approfondir cette doctrine sociale de l’Église pas plus d’ailleurs pour approfondir ce socialisme du XXIe siècle que le catholique Chavez voyait comme une expression concrète de la doctrine sociale de l’Église?

Je m’exprime de cette manière parce que je me suis prêté à l’exercice visant à approfondir le lien entre ce socialisme et la doctrine sociale de l’Église. Pour se faire, j’ai ’analysé les politiques développées par la révolution bolivarienne et je les ai confrontées avec la pensée sociale du pape Jean XXIII, tel qu’exprimé dans ses deux Encycliques,  Mater et Magistra et dans celle portant le titre merveilleux de Pacem in terris. Vous trouverez tous les liens pertinents à cet exercice en lisant cet article sous le titre : JEAN XXIII PRÉCURSEUR DU SOCIALISME DU XXIe s.


De toute évidence ,l’idée que se font les évêques vénézuéliens du socialisme du XXIe siècle est loin de la réalité. Quant à la pensée sociale du pape Jean XXIII, on peut  se demander s’ils en ont pris connaissance.

En conclusion de leur intervention, les évêques ordonnent de ne pas respecter cette décision constitutionnelle du président Maduro et terminent en présentant, hypocritement, le gouvernement comme source de la violence que vit le pays.

  Nous rejetons la convocation à cette Assemblée constituante, et nous exhortons la population en générale à ne pas se résigner, à élever sa voix de protestation, sans tomber toutefois dans le jeu ce ceux qui génèrent cette violence dans le but de conduire le pays dans un scénario de plus grandes confrontations en vue d’aggraver la situation et de garder le pouvoir. » Pt. 7

UNE POSITION QUI VA COMPLÈTEMENT À L'ENCONTRE DE L'INTERVENTION DU PAPE FRANÇOIS QUI LEUR DEMANDE DE SERVIR DE PONT ENTRE LE GOUVERNEMENT ET L'OPPOSITION.


À vous d’en juger !



Oscar Fortin
Le 7 mai, 2017



LA VERSION ESPAGOLE DE CET ARTICLE PEUT ÊTRE LUE ICI ET