Messages triés par pertinence pour la requête médaille de la liberté à Jean Paul II. Trier par date Afficher tous les messages
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dimanche 30 janvier 2005

LA MÉDAILLE DE LA LIBERTÉ REÇUE PAR JEAN-PAUL II DES MAINS DE BUSH


G.W. BUSH a remis avec un certain décorum la médaille de la LIBERTÉ à Jean-Paul II, reconnaissant ainsi le rôle important qu’il a joué au service de cette « liberté » dont son Administration se fait l’apôtre un peu partout dans le monde. Hommage qu’a reçu avec humilité le Saint-Père. Cette remise se fait au moment même où les États-Unis se préparent à célébrer en grande pompe les funérailles de l’ex-président des États-Unis, Ronald Reagan, avec qui Jean-Paul II a entretenu des relations privilégiées et que Bush a qualifié, pour sa part, de mentor spirituel et politique de son Administration.

L’importance de l’évènement, en raison des personnages impliqués, ainsi que la notion même de liberté qui prend autant de sens qu’il y a d’idéologies, de groupes sociaux et de croyances religieuses nous incitent à questionner le sens de cette liberté dont le président Bush a honoré Jean-Paul II. Ne sommes-nous pas en droit de nous demander de quelle liberté s’agit-il, liberté de qui et pour qui ? Rejoint-elle vraiment cette liberté à laquelle nous convie le Nazaréen: « Si vous demeurez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples, vous connaîtrez la vérité et la vérité fera de vous des hommes libres. » (Jn. 8,31-32). N’est-il pas quelque peu paradoxal que la remise de cette médaille de la liberté soit faite par celui-là même qui a couvert d’un mensonge énorme l’invasion de l’Irak dont les morts se comptent à ce jour par centaines de milliers et dont le mentor politique a été, pour sa part, le principal instigateur de l’ « Irangate »? On se souviendra de toutes les magouilles financières et autres qui ont été utilisées, à cette époque, pour camoufler le financement de ces mercenaires regroupés sous la bannière des « Contras ». Un scandale qui aurait pu conduire à la destitution du président Reagan et embarrasser certains gestionnaires de la « Banque du Vatican ».

Ma réflexion ne se veut pas un retour sur la liste des horreurs commises « au nom de cette liberté ». Inutile de rappeler le Chili de Pinochet, l’Argentine des généraux, les conflits sanglants au Salvador, au Nicaragua, au Guatemala, les tentatives d’invasion de Cuba et le maintien d’un blocus économique criminel qui dure depuis plus de 45 ans, l’invasion de la Grenade de même que les dizaines de dictatures entretenues dans les bonnes grâces de l’Empire un peu partout à travers le monde. Ce sont des milliers de morts, de prisonniers, de torturés et d’enfants laissés orphelins dont il faudrait compter l’histoire. À tout cela, il faudrait mentionner la pauvreté de millions de personnes soumises aux lois du marché, fixées par les conglomérats qui disposent dans ces domaines de la plus entière liberté. Il ne faut surtout pas contraindre ces derniers à des restrictions de nature à ralentir leur développement et leur rendement financier. Ils ont en horreur des mesures sociales dans les secteurs de la santé, de l’éducation, de l’environnement, pour ne mentionner que ceux-là. Leur liberté est celle qui doit prédominer sur toutes les autres.

Ceci dit, je voudrais plutôt interpeller ceux et celles qui se disent les porteurs des valeurs fondamentales du christianisme et dont la mission est d’en témoigner sans équivoque. Nous savons le rôle important joué par bon nombre de nos évêques et cardinaux auprès des régimes répressifs de l’Amérique latine. Si le Salvador a eu son martyr en la personne de Mgr Romero, le Brésil son apôtre avec Don Elder Camera, le Chili son défenseur du peuple avec le cardinal Sylva Enriquez, il faut reconnaître que la grande majorité de l’Épiscopat latino-américain est plutôt un fief conservateur sur le plan religieux et un allié fiable des régimes répressifs et des gouvernements d’idéologie néolibérale. Nous n’avons qu’à penser au rôle important joué par le cardinal Ovando du Nicaragua qui a été un allié actif de Ronald Reagan dans sa lutte contre le gouvernement sandiniste. Il ne s’est fait aucun scrupule de son engagement politique en appui aux orientations de Washington et aux activités terroristes des « contras ». Le discours de la non violence et de la conversion des cœurs avait laissé la place au discours de lutte contre le communisme et pour le renversement du gouvernement sandiniste. Ce n’est pas pour rien qu’il organise des célébrations spéciales pour signaler la mort de Ronald Reagan. Aujourd’hui, plus que jamais, il y a des Ovando dans tous les pays de l’Amérique latine.

Qui ne se souvient de la visite de Jean-Paul II au Chili, plutôt silencieux sur les crimes de Pinochet, alors que celle réalisée au Nicaragua s’est amorcée à l’aéroport même où il en a profité pour sermonner devant les caméras du monde entier le père Ernesto Cardenal, membre influent du gouvernement. Trois autres prêtres participaient également à ce gouvernement et y occupaient des postes ministériels importants. L’objectif d’un tel gouvernement était d’assurer la santé à tous, rendre l’éducation accessible au plus grand nombre et s’assurer que les intérêts du peuple soient respectés et développés. Comment la lutte contre ce « communisme compris à la Reagan » pouvait-elle être plus importante et porteuse de plus de liberté que celle visant la libération de tout un peuple de l’analphabétisme, des injustices, de la pauvreté et de la dépendance ? Qu’a-t-elle en commun cette liberté d’un peuple avec celle dont l’administration Bush honore Jean-Paul II ?

La catholicité, dans son sens universel, dont les Églises se targuent tant, qu’est-elle devenue ? Qu’ont-ils à dire ces deux tiers de l’humanité qui croupissent sous la misère et la pauvreté ? Où est-elle leur liberté ? Où sont-ils ceux et celles qui s’identifient à cette tranche d’humanité et qui prennent en leur nom la parole pour parler aussi de LIBERTÉ, mais cette fois de cette liberté qui affranchit et permet à chaque être humain, à chaque personne humaine d’occuper toute la place à laquelle elle a droit ? Où sont-ils ces prophètes qui ont le courage de prendre la parole pour dénoncer les hypocrisies, les manipulations, les mensonges déguisés en vérité, les lois et les conventions qui génèrent et entretiennent la discrimination et l’injustice ? On se rencontre entre grands et puissants, on se fait de petites remontrances pour mieux se donner bonne conscience et à la fin on se retrouve pour célébrer des réconciliations et se distribuer des médailles. Le langage des béatitudes et celui contre le pharisaïsme sous toutes ses formes ne trouvent pratiquement plus d’écho: la diplomatie et la délicatesse entre alliés étant de mise.

Nous avons évidemment des prophètes, de vrais prophètes. Nous pouvons penser à Gandhi, à Martin Luther King, à Salvador Allende, à l’abbé Pierre, à Mgr Romero, à Ernesto Cardenal, aux théologiens de la libération dont plusieurs ont payé de leur vie leur témoignage, à Nelson Mandela et à combien d’autres au Moyen-Orient, en Asie, en Afrique et en Amérique. Sauf quelques rares exceptions, ces prophètes sont soit condamnés au silence, soit emprisonnés ou encore tout simplement exécutés comme ce fut récemment le cas à l’Université de San Salvador avec l’assassinat de sept jésuites et de deux laïcs. Déjà on avait passé par les armes l’évêque du lieu, Mgr Romero et combien d’autres avant lui.

On peut se demander, à la lumière de tout ce qui se passe aujourd’hui, si Jésus se serait prêté à pareil compromis. Aurait-il accepté de partager une même médaille de liberté avec ce Vernon Walters, ex-sous-directeur de la CIA, celui-là même qui donna son aval à Pinochet pour aller de l’avant avec le Plan Condor et qui allait devenir dans les années suivantes l’informateur officiel de Reagan auprès de Jean-Paul II? Lui aussi a été honoré de cette médaille de la liberté.

Une méditation sur la deuxième tentation de Jésus au Désert aurait sûrement conduit à une autre approche.



Oscar Fortin

dimanche 16 janvier 2011

LA BÉATIFICATION DE JEAN-PAUL II

UNE BÉATIFICATION QUI NE REJOINT PAS TOUT LE MONDE DE LA MÊME MANIÈRE, MÊME PAS LES CROYANTS QUI SONT SOUVENT TRÈS LOIN IDÉOLOGIQUEMENT LES UNS DES AUTRES. UNE BÉATIFICATION QUI EN RÉJOUIRA CERTAINS ET EN LAISSERA D’AUTRES DANS LA PLUS TOTALE INDIFFÉRENCE. MAIS AUSSI UNE BÉATIFICATION QUI N’EST PAS SANS SOULEVER DE SÉRIEUSES QUESTIONS SUR LES ENGAGEMENTS POLITIQUES DE JEAN-PAUL II ET DE SES LIENS PRÉVILÉGIÉS AVEC LES ADMINISTRATIONS AMÉRICAINES.

 


1. 1. La joie de gens humbles et sincères


Il ne fait pas de doute que la Béatification de Jean-Paul II, comble de joie des milliers d’admirateurs et d’admiratrices qui l’ont vu ou suivi dans ses bains de foule lors de ses nombreux voyages à travers le monde. À n’en pas douter, il était investi d’un charisme qui lui gagnait facilement l’admiration et la sympathie des gens humbles, des gens de bonne foi, tous heureux et toutes heureuses de voir et d’entendre de si près l’homme et le pasteur. Sous bien des aspects, il était devenu une « star » comme le deviennent les chanteurs, les groupes musicaux, les grands sportifs, les vedettes de cinéma. Sa personnalité et son charisme en faisaient naturellement un personnage qui atteignait le sommet de sa forme lorsqu’en présence de foules enthousiastes.

1. 2. La joie de croyants intégristes et traditionnalistes

Cette béatification réjouira particulièrement ceux et celles dont la foi s’exprime et se reconnaît davantage dans les formes traditionnelles de l’Église que dans celles, plus modernes, générées par Vatican II. Jean-Paul II aura su mettre à l’ombre certaines réformes pour redonner de la vigueur à des formes plus traditionnelles de la pratique religieuse. Sur le plan doctrinal, il a mis à l’avant scène de ses grands combats, entre autres, les contraceptifs, le mariage des personnes de même sexe, l’avortement, le mariage des prêtres, l’ordination des femmes, le communisme et la théologie de libération. Sur le plan administratif, il n’aura pas donné beaucoup de substance à la collégialité, voulue par Vatican II. Pendant ses 27 années de son Pontificat, il aura renouvelé presqu’en totalité l’ensemble des évêques et des cardinaux. Inutile de dire que les orientations doctrinales et pastorales de ces nouveaux élus correspondaient, autant faire se peut, à celles du Pape. D’ailleurs, à partir de 1989, tous les élus à ces fonctions devaient faire un serment dans lequel ils reconnaissent, même sur des questions non définitivement clarifiées, « qu’ils adhèrent aux doctrines énoncées par le Pontife Romain ou par le Collège des Évêques, lorsqu’ils exercent le magistère authentique, même s’ils n’entendent pas les proclamer par un acte définitif. » Tout, en somme, pour rassurer et plaire aux tendances les plus conservatrices de l’Église et faire taire toute dissension au sein de l’épiscopat. Plusieurs y verront une influence directe de l’Opus Dei dont la présence est grande au Vatican et que certains considèrent comme la main cachée qui décident des nominations, y incluse de celle des papes. En somme, le pouvoir avec tout ce qu'il y a de plus humain, mais aussi, de plus malsain.

1. 3. L’indifférence d’un grand nombre

Pour plusieurs autres, il faut le dire, cette béatification, comme toutes les autres, ne signifie vraiment plus rien. C’est là une pratique héritée de siècles passés qui ne cadre plus avec les temps que nous vivons. D’ailleurs, quelle crédibilité peut-elle avoir alors qu’elle laisse de côté de véritables martyrs comme c’est le cas de Mgr Romero au Salvador et de nombreux autres prêtres et laïcs, assassinés pour la cause de leurs engagements, au nom des Évangiles, auprès des pauvres, et qu’elle a déployé un zèle rarement vu pour placer sur les autels le fondateur de l’Opus Dei, Josemaría Escrivá de Balaguer, proche de Franco et de dictateurs latino-américains?

Les gens ne sont pas sans se rendre compte qu’il y a là, comme dans tous les pouvoirs, des jeux de coulisse, d’influence qui conduisent certains, plus vite que d’autres, aux honneurs d’une médaille, d’une promotion honorifique et, dans le cas de l’Église, d’une béatification et d’une canonisation. Cette procédure de l’Église n’a pas pour effet de modifier le sort réservé aux défunts dans l’autre monde où les conduit leur destin. S’ils sont avec Dieu, ils y demeurent, et s’ils n’y sont pas, ils ne le seront pas plus avec la béatification. L’objectif est de donner des modèles de vie au monde, mais cela ne peut se faire sans qu’interviennent des considérations idéologiques et, du fait même, partisanes. Le prêtre ou l’évêque assassiné en Pologne par des communistes sera vite considéré comme un martyr à imiter. Par contre, ce même prêtre ou évêque assassiné par des dictatures militaires latino-américaines sera plutôt considéré comme suspect. En faire un exemple de foi serait malsain pour la communauté.

1. 4. Des engagements politiques discutables

Un des points fort discutable du règne de Jean-Paul II est celui du rôle politique qu’il a joué en Amérique latine. Il aura été un ardent collaborateur des politiques du président Reagan, entre autres, dans sa lutte contre le gouvernement Sandiniste et les forces révolutionnaires dans les autres pays de la région. On se souviendra de sa visite au Nicaragua, en 1983, où il s’est présenté comme un véritable chevalier qui allait remettre ce pays sur la voie de la démocratie et de la liberté. Les trois prêtres, participant à ce gouvernement à des postes ministériels importants (éducation, culture, relations extérieures) et cautionnant par leur présence, toujours selon Jean-Paul II, le caractère "soi disant" communiste et athée de ce dernier, seraient mis au pas. Comment ne pas se souvenir de ce ministre de la Culture, ce prêtre poète, Ernesto Cardenal, qui l’attendait à sa descente d’avion? Agenouillé pour recevoir sa bénédiction, il a plutôt eu droit à une remontrance et à une démonstration d’autorité qui ne témoignait pas beaucoup du bon pasteur que nous présente le Jésus des Évangiles. Quant à la célébration eucharistique, devant des dizaines de milliers de personnes, elle ne fut guère mieux. Son discours, inspiré par les opposants au régime, devenait tout autant une insulte pour les partisans et partisanes du gouvernement et qu’une ingérence inacceptable pour le gouvernement. Il n’a eu aucun mot pour condamner les « contras », cette force de mercenaires, financée par le gouvernement Reagan et l’Irangate, cherchant à renverser le gouvernement sandiniste. La veille, seize personnes avaient été tuées par ces mercenaires et les mères de ces victimes souhaitaient que le Pape leur dise quelques mots d’encouragement et prie pour leurs fils et leurs filles tombées sous les balles de ces mercenaires. Il n’en fut rien. La cérémonie s’est terminée dans la confusion et il est vite reparti bredouille prendre son avion. Ces croyants et croyantes n’avaient pas reconnu le messager de l’Évangile, mais celui de Reagan.

Le père Ernesto Cardenal a raconté par la suite cette visite pas tout à fait comme les autres. Un récit fort intéressant à lire sous le lien placé plus haut.

Un autre moment fort aura été sa visite à Santiago du Chili, en 1987, toujours sous la direction du dictateur Augusto Pinochet. Le monde était en attente d’un Jean-Paul II capable, comme il l’avait été en Pologne, de parler haut et fort. Il s’attendait qu’il dénonce ces milliers d’assassinats, ces dizaines de milliers de torturés, de prisonniers et d’expatriés. Il a plutôt parlé du respect des libertés fondamentales, une manière bien diplomatique de ne pas entrer dans les détails. Le peuple Chilien s’attendait à ce qu’il parle de la démocratie, bafouée depuis 1973. Il n’en fut rien. Il a plutôt réservé une bénédiction spéciale à Pinochet et à ses proches.

Dans ses interventions publiques il s’est fait très discret. Si ce n’eut été de cette intervenante, lors de la messe papale, qui, laissant soudainement de côté le texte qu’on lui avait préparé, se mit à raconter au Saint-Père la douleur d’un peuple qui avait été victime d’un coup d’État militaire suivi d’une répression sanglante comme jamais auparavant, personne n’aurait entendu parler des arrestations arbitraires, des assassinats, des disparitions, des tortures, des emprisonnements et des dizaines de milliers d’expatriés. La foule a applaudi comme si une rosée du matin leur tombait dessus. Cette femme avait dit ce que Jean-Paul II n’avait osé dire, lui qui s’était pourtant montré si brave devant le peuple du Nicaragua et si courageux devant les dirigeants de sa Pologne natale.

Inutile de dire que tous ces beaux personnages sur la tribune d’honneur ne savaient plus où se mettre. Il fallait que ce soit cette femme toute frêle qui dise ces choses au risque même de sa propre sécurité.

1. 5. La Médaille de la liberté

C’est sans doute cette collaboration apportée aux politiques des États-Unis dans le monde et particulièrement en Amérique Latine et en Union Soviétique qui lui aura mérité cette médaille de la liberté que G.W. Bush lui a remise lors d’une visite planifiée à cette fin au Vatican, en 2001. Les partisans de ce type de liberté s’en sont réjouit, mais ceux qui en sont les victimes et les exclus, n’ont pu qu’en être profondément tristes. Le Seigneur n’a-t-il pas dit que « seule la Vérité vous rendra libre », mais voilà que cette médaille est remise par celui-là même qui allait mentir ouvertement au monde pour justifier l’invasion de l’Irak. Un mensonge qui s’ajoutait à bien d’autres.

CONCLUSION

Jean-Paul II est certes un monument que l’histoire ne saurait ignorer. Bien des questions demeurent toutefois sans réponse et bien des interventions demandent des éclaircissements. Le temps permettra d’y voir plus clair. Il est toutefois dommage qu’il ait demandé, avant de mourir, que l’on détruise ses archives personnelles. Sans doute une source d’information importante pour comprendre ces moments de l’histoire à laquelle il a été si étroitement associé.

Pour sa part, Benoît XVI a été particulièrement pressé de procéder à cette béatification, dérogeant ainsi à la règle qui prévoit un délai de 5 ans avant d’entreprendre toute procédure de béatification et de canonisation. Bien des croyants s’interrogent sur le pourquoi de cette urgence. À ce que nous sachions, il n'y a pas feu dans la demeure ni de quoi justifier pareille dérogation à la procédure. Alors, d’où vient donc cette urgence?

Entre temps, le peuple du Salvador a déjà béatifié et canonisé Mgr Oscar Romero, mort sous les balles de militaires obéissant aux ordres de leurs supérieurs. Il était et vivait avec les pauvres et sa parole portait leurs souffrances et inspirait leur espérance.
Oscar Fortin

Québec, le 16 janvier 2011

Articles sur J.P. II du même auteur sur internet

http://humanisme.over-blog.com/arti...

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vendredi 1 avril 2005

JEAN-PAUL ll :HOMME AUX MULTIPLES FACETTES

Jean-Paul II laisse un héritage dont la véritable portée se mesurera dans les années à venir. Sa conception de l’Église et de l’unité des chrétiens tout autant que celle du monde et de sa libération alimenteront pour encore longtemps historiens et théologiens, Sa forte personnalité, ses convictions profondes et son sens de la communication en ont vite fait un personnage central à la croisée des deux siècles. Associé à la chute de l’Union soviétique et à la fin des régimes communistes dans les pays de l’Est tout autant qu’à la mise au pas des évêques et des prêtres engagés dans l’action inspirée par la théologie de libération en Amérique latine, ses prises de position politique ne sont pas sans soulever de nombreuses interrogations. Certains n’hésitent pas à parler de deux poids deux mesures selon que la lutte porte sur l’élimination du communisme dans les pays de l’est ou selon qu’elle porte sur la mise au pas des théologiens de la théologie de la libération et des mouvements qu’elle inspire particulièrement en Amérique latine.

Ses interventions en Pologne ont été autant d’appuis au regroupement des classes ouvrières et à l’action des chrétiens pour se défaire du régime communiste. Ses nombreux voyages dans sa terre natale et ses appuis sans équivoques à Lech Walesa et Solidarnosc en témoignent amplement. Nous y voyons un Jean-Paul II engagé et mobilisateur, aucunement préoccupé des frontières entre l’action ecclésiale et l’action politique. Le ton et les références ne sont pas à l’effet de travailler d’abord et avant tout à la conversion des cœurs et au respect de l’ordre établi mais bel et bien de faire valoir l’importance des libertés fondamentales et l’obligation de lutter pour les faire respecter. Il n’a pas manqué d’initiatives pour soutenir ce mouvement et tous ceux qui s’y engageaient. Nous connaissons les résultats de cette action menée avec courage et détermination. Elle a débordé les frontières de la Pologne pour s’étendre à tous les pays sous l’emprise de l’Union Soviétique. La chute du mur de Berlin en est un symbole historique.

Cette lutte anti-communiste de Jean-Paul II a vite rejoint les préoccupations anti-communistes des administrations étasuniennes des années 1980 en Amérique latine, particulièrement celle de Reagan. Il a vite été perçu comme un allié potentiel. Sa visite au Nicaragua nous rappelle cette réprobation, à sa descente d’avion, faite au père Ernesto Cardenal , alors ministre de la Culture dans le gouvernement sandiniste. Ce dernier, ancien moine, prêtre et poète bien connu participe avec trois autres prêtres au gouvernement sandiniste. Après avoir renversé le dictateur Somoza, allié de l’administration étasunienne, ce jeune gouvernement s’attaque à des réformes visant un changement profond de nature à enrayer la pauvreté et à développer une plus grande justice sociale. Les « Contras », bras armé de Washington ne lui laisse pas grand répit.
C’est donc avec beaucoup d’espoir que le peuple nicaraguayen attendait la visite de ce pape qui n’avait pas craint de s’allier à Solidarnosc pour combattre les puissants des pays de l’Est. Mais plutôt que de condamner avec force et sans ambiguïté l’action terroriste des « Contras » et à faire appel à la nécessité d’une plus grande justice social, il s’évertue à faire ressortir les dangers de systèmes politiques qui privent le peuple de sa liberté et le soumettent à des programmes athées ou à un matérialisme pragmatique qui lui enlève sa richesse transcendantale. Il assimile ainsi le gouvernement sandiniste, intégré par quatre prêtres et plusieurs croyants, à un gouvernement porteur du germe de l’autoritarisme et de l’athéisme. C’est ainsi que Jean-Paul II ouvre le dialogue avec ce jeune gouvernement désireux de plus grande justice sociale dans une partie du monde où la pauvreté et l’exploitation sont les plus criantes. Depuis lors nous avons eu accès à tous les dessous de ce qui a été défini comme le scandale de l’Irangate.

Au Salvador, le sort de, Mgr Oscar Romero assassiné par les militaires alors qu’il célébrait la messe n’a guère soulevé de façon percutante les réactions du Vatican. Cet assassinat n’était pas un acte gratuit mais bel et bien un acte prémédité contre une figure qui dérangeait dans ce petit pays dominé par l’oligarchie et contrôlé par les Etats-Unis. D’ailleurs, peu de temps avant, il s’était présenté à Rome avec un rapport étoffé sur les assassinats et les conditions de vie dans le pays. Toujours est-il que Jean-Paul II et le Vatican se sont fait alors bien discrets sur ce rapport et l’héroïcité de cet Évêque. On n’en a pas fait un martyr et encore moins un candidat à la sainteté.

Dix années plus tard, le 16 novembre 1989, ce sera au tour du recteur de l’université des jésuites (UCA) ainsi que six de ses collègues et deux employés laïcs d’être assassinés par une vingtaine de militaires commandités par le gouvernement salvadorien et Washington. En d’autres circonstances et dans d’autres lieux ces morts seraient vite devenus des martyrs et des saints. À Rome, le saint-père a plutôt exprimé beaucoup de peine et « assuré de sa prière ces âmes dont il souhaite que leur sacrifice n’ait pas été en vain, mais qu’il soit le germe de l’amour fraternel et de paix pour ce pays martyrisé d’El Salvador. » Nous sommes loin de la condamnation des assassins et du régime de terreur qui les soutient.

Qui ne se souvient de sa visite à Santiago du Chili, alors sous le régime dictatorial du général Pinochet. Le monde s’attendait à une condamnation sans équivoque des tortures, des assassinats et de la privation des libertés fondamentales. Jean-Paul II s’est plutôt fait réconciliateur. Il s’est présenté en compagnie de Pinochet lui faisant l’honneur de sa bénédiction. Si ce n’eût été du courage d’une jeune femme pour dénoncer devant le Saint Père et le monde entier, lors de la messe papale, les assassinats, les tortures, les emprisonnements arbitraires et les manquements aux droits humains, ces sujets n’auraient pas percé le petit écran de millions de foyers dans le monde. Là aussi des chrétiens et des prêtres ont été assassinés pour leur foi en l’Évangile des pauvres. Ne mentionnons que ce missionnaire français, le père Dubois, tué d’une balle à la tête en provenance d’un militaire alors qu’il lisait sa bible dans sa petite résidence située dans un bidonville de Santiago.

Cette attitude de Jean-Paul II, plutôt contrastante d’avec celle observée en Pologne, et peu évoquée dans les présents reportages, reposerait-elle sur une entente tacite intervenue entre le Vatican et Washington ? Le père Pedro Miguel Lamet, jésuite et historien, rapporte dans son livre biographique « Jean-Paul II, le Pape aux deux visages » (Éditions Golias, 1998, p. 371)) une rencontre entre Jean-Paul II et l’homme de la CIA, Vernon Walters. Ce dernier raconte que « lors de cette rencontre, en date du 30 novembre 1981, ils parcoururent la géopolitique du monde et parlèrent de la théologie de la libération qui se répandait en Amérique centrale. Tous les deux se sont mis d’accord pour que les Etats-Unis et le Saint-siège s’emploient à exercer leur pouvoir afin d’empêcher son développement. »

Si une telle alliance s’avérait fondée elle expliquerait tout autant les silences du Vatican sur les régimes répressifs des militaires en Amérique latine que ses condamnations répétées de la théologie de la libération et de ceux qui s’en inspiraient. Bien sur on dira que le Pape a condamné le capitalisme et le communisme et fait appel à plus de justice sociale…. Mais ce qu’il faut voir ce sont les dispositifs mis en place par l’Institution ecclésiale pour contrer ces injustices et ces excès. Le Pape a condamné le blocus américain maintenu sur Cuba, comme il l’a fait également pour la guerre en Irak. Cependant dans un cas comme dans l’autre l’ensemble des leviers institutionnels n’ont pas été mis à contribution comme ils l’ont été pour lutter contre les meures contraceptives, le mariage des personnes de même sexe et la lutte contre le communisme. Encore tout récemment, au moment où l’administration Bush durcissait ce même blocus, il acceptait du Président américain la médaille de la liberté. De quoi faire réfléchir sur cette liberté partagée par le Vatican.

Au moment où cet homme nous quitte et que les cardinaux s’interrogent sur celui qui lui succèdera, l’évocation de ces prises de position contradictoires doit rappeler à tous que la liberté dont jouit le véritable prophète vient de Dieu et qu’elle fait bien mauvais ménage avec les compromis liés au pouvoir des puissants. Il en va de la crédibilité et de la catholicité même de l’Église, dans sa mission évangélisatrice et prophétique. Il est important que les pauvres de la terre et toute personne de bonne volonté puissent compter sur une parole et un engagement de l’Église qui ne soient pas dictés par les puissants de ce monde. La parole de l’Église doit être une parole signifiante pour tous les peuples de la terre et non pour quelques uns seulement.

Oscar Fortin
Note : Le lieutenant général Vernon Walters, de la CIA, a eu une longue entrevue avec le pape. Cette entrevue se trouve relatée dans les moindres détails dans le livre de Malinski, C. Berstein et M.Politi, Sumo Pontifice, pp. 334-344 .

« Walters étudie comment le pape peut être utile pour les Etats-Unis et pour l’Administration Reagan, notamment sur les questions concernant l’Amérique Centrale, le Proche-Orient, le terrorisme, le contrôle des armes et les affaires liées aux mœurs dans les affaires publiques. Walters est convaincu que le pape est un excellent conbustible pour les avions américains. »

samedi 27 octobre 2012

JEAN-PAUL II ET BENOÎT XVI



DES ALLIÉS INCONDITIONNELS DE L’EMPIRE


Je suis croyant de la foi catholique et c’est avec une certaine gêne empreinte de colère et de honte que je dénonce cette alliance scandaleuse de la Papauté avec les forces de l’Empire qui domine actuellement le monde. Même si les églises se vident et que de nombreux croyants ont fait leur deuil d’une institution dans laquelle leur foi évangélique ne se reconnait plus, le Vatican avec toutes ses institutions et, tout particulièrement, le Pape continuent d’avoir une grande influence dans l’opinion occidentale. Il est une force que les pays de l’Occident, dits chrétiens, préfèrent avoir avec eux. Or ce que font les pays de l’Occident, l’Empire, va tout à l’opposé de la voie tracée et enseignée par Jésus de Nazareth.

DE QUEL EMPIRE S’AGIT-IL ?

Peu de personnes doutent, aujourd’hui, du fait que nous vivons dans un monde dominé par la puissance d’un empire qui se révèle tout autant par la force de ses armements les plus sophistiqués que par sa main mise sur les richesses et les systèmes financiers qui contrôlent l’économie des peuples. Un véritable Empire qui commande les principaux leviers des pouvoirs politiques, économiques, médiatiques, judiciaires et financiers.

Il s’agit, pour l’essentiel, des grandes oligarchies qui s’imposent aux principaux gouvernements de l’Occident et du monde. Leurs pouvoirs s’expriment politiquement et prioritairement à travers le gouvernement des États-Unis, celui d’Israël et par ceux qui en sont les principaux alliés que sont la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, le Canada, l’Italie et l’Espagne. Inutile d’ajouter que ce modèle de domination s’étend à toutes les oligarchies qui ont mainmise sur les institutions politiques, économiques, médiatiques et culturelles de leurs propres pays.

Au cœur de cet Occident, dit chrétien, il y a le Vatican, dominé par la figure de la papauté. Au cours des 33 dernières années, 1978-2012, la papauté a joué un rôle politique particulièrement intense, d’abord dans la lutte contre le communisme de l’Union Soviétique et, par la suite, dans celle contre les mouvements sociaux et politiques des pays du tiers-monde qui cherchent à briser l’hégémonie des oligarchies sur leur propre devenir. Dans ces deux cas, le Vatican et la Papauté ont été des alliés fiables tout autant des Administrations Reagan, Clinton, Bush père, Bush-fils et d’Obama que des oligarchies.

Jean-Paul II


La figure de Jean-Paul II est à jamais liée à cette victoire de l’Occident sur le régime de l’Union Soviétique. Le président Reagan aura trouvé en lui un allié sur lequel il pouvait compter et nous pouvons en dire tout autant de Jean-Paul II à l’endroit du président Reagan. Tous les deux voulaient en finir avec le communisme et quoi de mieux que de joindre les ressources des uns et des autres pour y parvenir. Nous connaissons maintenant comment l’argent et l’information passaient par le Vatican pour rejoindre les mouvements subversifs en Pologne et plus officiellement le syndicat Solidarnosc. Nous connaissons la suite.

Cette collaboration s’est également poursuivie en Amérique latine, cette fois pour faire taire la voix des peuples réclamant plus de démocratie et de justice. De nombreux prêtres et chrétiens, inspirés par les documents du Concile Vatican II (1965), par ceux de Medellín (1968) et par les réflexions développées par les théologiens de la libération se retrouvaient au cœur de ces remises en question du système qui enfermait les peuples dans la pauvreté. Il y a donc eu tout un pan important de l’Église qui s’est engagé avec les pauvres pour transformer ce système générateur de pauvreté, d’analphabétisme, de discrimination, d’autoritarisme et d’injustice.

C’est ce que l’Unité populaire, au Chili, sous la présidence de Salvador Allende s’était proposé dans les années 1969 à 1973. Ce fut également ce que les Sandinistes, sous la direction de Daniel Ortega, s’étaient également proposé, fin des années 1970 et début des années 1980. Dans de nombreux autres pays, la conscience des peuples prenait de plus en plus de vigueur sous l’influence d’organisations sociales, mais aussi d’une Église populaire toujours plus présente  et  porteuse d’une compréhension nouvelle de l’engagement de foi. Les oligarchies et  l’Empire n’aimaient pas beaucoup ça.

Encore là, ils ont trouvé danse la Papauté, incarnée, par J.P. II, une collaboration qui s’est faite d’autant plus engagée que ces divers mouvements des peuples ont été vite placés sous le vocable de « communisme ». C’était donc, pour ce dernier, la poursuite d’un même combat. Un combat, sans doute plus facile puisqu’il serait en mesure de faire appel à son autorité papale pour remettre ses pasteurs et ouailles dans le droit chemin de l’obéissance et de la pratique sacramentelle et religieuse de la foi.

 
On se souviendra de son voyage au Nicaragua. Il était alors un allié de Reagan qui soutenait les Contras, mercenaires à la solde de l’Administration étasunienne, pour combattre les Sandinistes. Rien de mieux, pour saisir le sens de cette visite, que de lire ce que nous en dit un des principaux acteurs de cet évènement, le père Ernesto Cardenal, alors ministre de la Culture..





On se souviendra également de son passage au Chili où il s’est fait à la fois très conciliant avec le général Pinochet, ce dictateur sanguinaire, et plutôt silencieux sur les crimes commis par ce dernier. Il était plus incisif et explicite lorsqu’il se trouvait devant les siens en Pologne. Il savait, alors, interpeller les autorités politiques et faire valoir les droits de ses concitoyens polonais.





Toute cette collaboration lui a valu de partager la médaille de la Liberté, haute distinction de reconnaissance offerte par la Présidence des États-Unis avec, entre autres, Vernon A. Walters, qui avait donné l’accord de la CIA au général Pinochet, dans les années 1974-1975, pour aller de l’avant avec l’opération Condor. Une initiative qui allait faire des milliers de morts et de disparus dans toute l’Amérique latine. C’est ce même Vernon Walters que Reagan avait délégué auprès de Jean-Paul II, fin 1979 début 1980, pour le tenir informé sur les politiques de la Maison Blanche en rapport avec l’Union Soviétique et l’Amérique latine. Comme on dit dans le langage des communications, il briefait Jean-Paul II, une fois par mois, lors de rencontres programmées à l’avance.

Un dernier point qu’il faut toutefois mentionné c’est sa condamnation de l’invasion de l’Irak par les États-Unis, en 2003. Ce fut  une condamnation qui n’avait rien pour mobiliser l’Église tout entière. Ce fut davantage une déclaration pour l’histoire que d’une véritable mobilisation de toute les instances ecclésiales, nonciatures, conférences épiscopales, prêtes et croyants pour dénoncer cette guerre. Rien de ces mobilisations dont il s’était montré capable dans ses luttes contre les contraceptifs, le mariage des personnes de même sexe et l’avortement. D’ailleurs, le fait qu’il n’ait pas été écouté ne l’a pas empêché de recevoir la « médaille de la liberté » des mains de celui qui avait utilisé le mensonge pour entrer en guerre contre le peuple irakien.  

Enfin, sa porte ne s’ouvrait pas facilement à ceux qui dérogeaient à ses consignes. Mgr Romero, porteur d’un rapport accablant sur les crimes commis au Salvador par les forces de l’ordre, avait dû patienter pendant des jours et ce n’est qu’en usant d’astuces qu’il est parvenu à obtenir une rencontre avec le pape pour lui remettre ce rapport qui ne sembla pas l’intéresser outre mesure. Le père Ernesto Cardenal, de passage à Rome, à l’automne 1978, avait demandé à rencontrer le pape. Ce fut en vain. Ce sera plus facile pour Lech Walesa. 


Benoît XVI


Sa personnalité est évidemment différente de celle de J.P. II, grand communicateur et homme d’action. Benoît XVI se fait moins flamboyant. Son charisme lui vient surtout de son intelligence et de sa capacité de manier les mots, les logiques, les systèmes de penser lui permettant de développer des doctrines en appui à ses engagements et à ses alliances. Il saura jongler avec les citations, les principes tout autant qu’avec les silences un peu, comme le jongleur fait danser ses anneaux dans tous les sens sans en perdre aucun.

Sa contribution au service de l’empire se révélera, entre autres, sur deux fronts particuliers : d’une part, celui de l’affermissement du lien entre islamisme et terrorisme, et d’autre part, celui du discrédit de la théologie de libération et de l’opposition institutionnelle de l’Église aux pays émergents de l’Amérique latine.

1— Islamisme et terrorisme

Nous nous souvenons tous du discours prononcé par le pape Benoît XVI, le 12 septembre 2006, à l'Université de Ratisbonne, devant des représentants du monde scientifique. Il avait alors cité l'empereur byzantin Manuel II Paléologue au XIVe siècle qui, s'adressant à « un Persan cultivé, » s’était exclamé : « Montre-moi donc ce que Mahomet a apporté de nouveau, et tu y trouveras seulement des choses mauvaises et inhumaines, comme son mandat de diffuser par l'épée la foi qu'il prêchait. »
Par cette citation qui a soulevé la colère des musulmans à travers le monde, le pape apportait de l’eau au moulin de la politique des États-Unis et de ses alliés à l’endroit des terroristes le plus souvent associés à l’islamisme. D’ailleurs, on peut se demander comment il a pu s’en tenir à cette seule référence, alors que l’histoire du christianisme est elle-même marquée par des histoires d’horreurs. Il y eut évidemment l’inquisition, mais aussi ces conquêtes coloniales qui se réalisèrent sous la bannière de la croix et de l’épée en Amérique latine et en Afrique. Plus près de nous, il y a ces guerres menées par les Administrations étasuniennes au nom du Bien, tel que défini par les intérêts de la grande puissance qui se réclame de la bénédiction de Dieu.
« En septembre 2002, George W. Bush dévoile dans un document officiel le programme de stratégie de sécurité nationale que son administration compte défendre. Il y réaffirme la volonté de son pays à gagner la guerre contre le terrorisme. Le président Bush affirme que la guerre au terrorisme ne fait que commencer. Il exprime son intention de privilégier l’action militaire, incluant les frappes préventives, pour gagner cette guerre. La doctrine Bush marque un virage important dans la politique étrangère américaine. Pour la première fois, les États-Unis annoncent qu’ils ne permettront pas que leur suprématie militaire soit défiée comme elle le fut pendant la Guerre froide. Cette doctrine redéfinit en profondeur la stratégie de défense américaine afin d’assurer qu’aucune attaque nucléaire, chimique, biologique, etc. — ne puisse être lancée contre les États-Unis. Dans cette optique, tout pays qui n’agit pas contre des groupes de terreur à l’intérieur de ses frontières sera dans un état de guerre virtuel avec Washington. Se basant sur le principe du droit à l’autodéfense, Bush fait de ces frappes un élément central de sa doctrine. L’intervention en Irak y trouve sa justification. Derrière cette vision, se dessinent aussi les visées des néoconservateurs qui souhaitent remodeler le Moyen-Orient »

À ce jour, Benoît XVI n’a jamais mis en question cette doctrine du bien et du mal telle que présentée par Bush-fils. Il n’a jamais développé les divers visages que peut prendre le terrorisme et les aberrations auxquelles il peut conduire. Son idée du terrorisme est alignée sur celle de Washington qu’il renforce en maintenant la pression sur les pays arabes et musulmans. S’il a condamné, du bout des lèvres, l’invasion de la Libye, il ne s’est guère transformé en un militant pour l’empêcher. Lorsque l’Amérique latine et l’Afrique demandaient que le problème de la Libye se règle par la voie politique, le Vatican est demeuré bien silencieux. La voie des armes, lorsque portée par l’Occident, dit chrétien, ne semble pas le perturber outre mesure. Cela fait partie de ses divers systèmes de pensée. L’Église est même là pour accompagner et bénir le courage des soldats qui se battent en Afghanistan.
Le jour de la clôture des Journées mondiales de la jeunesse en Espagne, alors qu’il avait une tribune exceptionnelle pour dénoncer avec vigueur l’intervention militaire de l’OTAN en Libye, il n’en fit rien. Il était pourtant au fait que des crimes et des massacres humains se commettaient et que d’autres allaient se produire dans les heures à venir. Ce fut justement en ce même jour que l’OTAN et les rebelles firent cette mise en scène trompeuse de la prise de la Place verte à Tripoli. Ils n’en étaient pas à leur première tricherie et Benoît XVI le savait grâce au Patriarche épiscopal de Tripoli qui lui avait demandé à plusieurs reprises de dénoncer cette intervention criminelle de l’OTAN. Il faut croire que les croisés de l’Occident donnent à la violence une certaine odeur de sainteté puisqu’il n’en fut pas question tout au long des trois jours passés en Espagne pour ces célébrations des JMJ.
 2— Contre la théologie de libération et les pays émergents
Benoît XVI a poursuivi sa chasse aux théologiens de la libération qu’il identifiait, dans son système de pensée, à des marxistes en soutane, vidant la foi de son contenu religieux et les églises de leurs fidèles. Une idéologie sans consistance, portée par du pur placotage. 
« À une observation plus attentive, tout ce raisonnement s’avère être un bavardage utopique sans contenu réel, à moins de postuler sans le dire que ce sont les doctrines partisanes qui devront déterminer le contenu de ces concepts que chacun sera obligé d’accepter. » (p.75)
Cet extrait est tiré de son livre sur Jésus de Nazareth. Dans ce livre, il parle de la théologie de libération à mots couverts et sans jamais s’y référer explicitement. Un trait, sans doute de sa personnalité qui lui permet d’esquiver des répliques tout en disant ce qu’il veut dire.
Dès son premier voyage au Brésil il avait dénoncé cette théologie comme une idéologie sans fondement.
« Hostile à la Théologie de la Libération, née en Amérique latine dans les années 1960, Benoît XVI a affirmé que le catholicisme “n'est pas une idéologie politique ni un mouvement social ni un système économique”, mais “la foi en un Dieu amour”. Il a néanmoins critiqué les “gouvernements autoritaires” et le retour de “certaines idéologies que l'on croyait dépassées et qui ne correspondent pas à la vision chrétienne de l'homme et de la société”.

Tous les observateurs y ont décelé une attaque contre la gauche antilibérale et procubaine qui domine le Venezuela d'Hugo Chavez et la Bolivie du président amérindien Evo Morales, que le pape n'a toutefois pas cités. »
Nous savons que dans ces deux pays, Bolivie et Venezuela, l’église institutionnelle, par ses nonces apostoliques, ses évêques et cardinaux ont joué un rôle actif pour faire échouer ces gouvernements. De mèche avec les oligarchies locales, elles ont été actives auprès des populations et divers organismes sociaux pour discréditer ces gouvernements. Plus récemment, en 2009, nous avons vu le cardinal du Honduras s’impliquer directement dans le coup d’État militaire qui allait sortir par les armes le Président, légitimement élu, pour le remplacer par un des leurs. Rome n’a pas semblé particulièrement scandalisé par cet engagement politique. Pourtant voici ce qu’écrivait Benoît XVI dans son encyclique Veritas in Caritate, pensant cette fois aux prêtres et membres de l’église engagée avec les peuples.
« 27-a a) L’ordre juste de la société et de l’État est le devoir essentiel du politique. » « 28-a La doctrine sociale de l’Église argumente à partir de la raison et du droit naturel, c’est-à-dire à partir de ce qui est conforme à la nature de tout être humain. Elle sait qu’il ne revient pas à l’Église de faire valoir elle-même politiquement cette doctrine : elle veut servir la formation des consciences dans le domaine politique et contribuer à faire grandir la perception des véritables exigences de la justice et, en même temps, la disponibilité d’agir en fonction d’elles, même si cela est en opposition avec des situations d’intérêt personnel. »
Selon ce texte, la justice n’est pas un impératif évangélique, mais une question de droit naturel. À ce titre, il ne revient pas à l’Église de s’engager dans l’action politique. Or, les exemples ne manquent pas de ces engagements de la part des plus hautes autorités religieuses. Ce qu’elles se permettent, elles le défendent à ceux et celles qui ne partagent pas leur vision des choses, entre autres, les théologiens de la libération. Le mot justice est un des mots qui revient le plus souvent dans l’Ancien et le Nouveau Testament. La justice fait partie de ces impératifs  évangéliques et à ce titre l’Église ne peut se contenter d’en être une simple observatrice. Le raisonnement de Benoît XVI pourrait sans doute s’appliquer aux préservatifs et au mariage des personnes de même sexe, mais certainement pas à la justice. Lorsque les théologiens analysent les systèmes politiques et économiques et en expliquent le fonctionnement, ils font œuvre de formations des consciences. Lorsqu’ils dénoncent les injustices que ces systèmes génèrent, ils font œuvre d’évangélisation.

CONCLUSION
Il y a dans la foi comme dans tout engagement de vie une radicalité qui vient chercher la totalité de l’être. Sur les questions de fond, il ne peut y avoir de demi-mesures. Les réponses de Jésus aux trois tentations auxquelles il a été soumis au désert nous en disent long à ce sujet. On ne peut servir à la fois, d’une part la justice, la vérité, la solidarité, la compassion, la paix, la liberté et d’autre part l’injustice, le mensonge, l’individualisme, l’intransigeance, la guerre, la domination. On ne peut servir « Dieu » et « Mammon » à la fois.
La papauté, le Vatican et ses représentants dans le monde sont prisonniers d’une idéologie qui en fait d’une part des alliés des forces oligarchiques qui dominent l’Occident et d’autre part, qui transforme les impératifs évangéliques de l’avènement du « règne de Dieu sur terre » en cultes religieux et sacramentels qui renvoient à un monde d’un au-delà insaisissable.
Cette Église doit de nouveau se convertir à l’Humanité comme l’a fait le fils du Père en la rejoignant là où sont les plus faibles, les plus oubliés, les plus rejetés, les plus dominés. Elle doit retrouver la liberté de la parole prophétique qui permet de dénoncer l’hypocrisie, les injustices, la cupidité, les guerres de conquête et de domination, les mensonges qui les couvrent d’actions humanitaires, empoisonnant ainsi les consciences.

Oscar Fortin
Québec, le 27 octobre 2012