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lundi 15 mai 2017

LE CONSEIL ÉPISCOPAL LATINO AMÉRICAIN (Celam)



VIT TOUJOURS AVEC SES CONTRADICTIONS


Le Conseil épiscopal latino-américain (Celam), fondé en 1955, regroupe les présidents des Conférences épiscopales nationales des pays de l’Amérique latine et des Caraïbes. Tous les 4 ans, il y a une assemblée générale ordinaire pour définir les orientations pastorales et élire les différents dirigeants de l’assemblée. Du 3 au 9 mai 2017, s’est réalisée à San Salvador la XXXVIe assemblée générale pour célébrer le centième anniversaire de Mgr Romero, assassiné le 24 mars 1980.

On peut dire, sans trop se tromper, que l’ensemble de l’épiscopat latino-américain se démarque, entre autres, par un certain conformisme religieux qui fait d’eux des personnages prestigieux et importants dans l’Église, mais aussi dans la société. Ils font partie de l’élite sociale et leur environnement de vie s’ajuste à celle de ce milieu.

Il faut toutefois reconnaître qu’un certain nombre de ces évêques ont eu la grâce de répondre, par leur vie et leurs engagements, à la clameur de leur peuple, soumis à des conditions de vie inhumaines,  n’ayant d’autres voix pour se faire entendre que celle de leurs propres souffrances.  Au Brésil, Don Helder Camara est un de ceux-là, tout comme Mgr Oscar Romero au San Salvador. Ces évêques, convertis à la pauvreté avec les pauvres pour en devenir une voix qui éveille les consciences des nantis et des puissants, ne sont pas légion. Par contre, beaucoup de prêtres, religieux et religieuses, ont répondu à cet appel et sont devenus d’authentiques militants au service de la cause des pauvres et des humiliés de la terre.

Ces quelques évêques et missionnaires engagés auprès des pauvres ont redécouvert une lecture des évangiles et une compréhension de l’engagement de foi. Ce fut l’émergence de ce qu’on a dénommé la théologie de libération que le père Gustavo Gutierrez a formalisée de manière à ce que la mission de l’Église conduise inévitablement à la promotion et à la libération des pauvres et des humbles.

En 1968, à Medellin, il y eut la rencontre du Conseil épiscopal de l’Amérique latine avec la présence du pape Paul VI, grand ami de Don Helder Camara du Brésil. Ce fut une rencontre où beaucoup d’éléments de cette approche théologique d’être avec les pauvres et en solidarité avec ces derniers ont donné une lueur d’espoir à ceux et celles qui avaient fait le choix d’être avec les plus démunis et d’être solidaires, avec ces derniers, dans leur combat de libération d'une pauvreté inhumaine. C’était, pratiquement, la sortie d’une Église confinée à la sacristie, pour rejoindre une Église d’hommes et de femmes parlant le langage des Évangiles par leurs souffrances, les injustices qui les retenaient dans la misère, mais aussi par leur solidarité humaine qui en faisait de véritables communautés.

Ce tournant d’une certaine force vive de l’Église a généré bien des peurs et mis en branles les lobbies nécessaires pour que les plus hautes autorités de l’Église mettent fin à ces missionnaires militants qui œuvrent avec ces milieux de vie pour qu’ils en sortent et retrouvent toute leur dignité. Washington n’aimait pas ça et c’est avec grand soulagement qu’il a vu l’arrivée d’un nouveau pape en la personne de Jean-Paul II. Avec ce dernier, anticommuniste jusqu’à la moelle des os, cette théologie de libération qu’il confondait avec ce communisme ne ferait pas long feu. De 1978 à 2005, il a pu prendre en main le choix des évêques qui allaient prendre la relève. La lutte contre ce virus malsain allait devenir l’objectif premier de l’action de l’église hiérarchique. On continuera de parler des pauvres et de l’amour de l’Église à leur endroit, mais la sacristie redeviendra l’endroit des retrouvailles de l’Église avec son peuple.

Ce ne sera qu’avec l’arrivée du pape François que certains de ces théologiens pourront retrouver leur place dans l’Église. C’est le cas, entre autres, de Leonardo Boff, de Miguel d’Escoto et Gustavo Gutierrez dont j’ai parlé plus haut. Si le pape François apporte un air frais avec son mode de vie, son Exhortation apostolique Evangelii gaudium et son Encyclique Laudato si, il doit composer avec des évêques dont un grand nombre sont là depuis Jean-Paul II. Tout ce qui résonne comme socialisme devient vite du communisme et du marxisme. Ces derniers peuvent maintenir leurs discours pour les pauvres et au service des pauvres, mais ces derniers ne sont pas crédibles, en raison du fait que leurs actions vont à l’encontre des politiques qui favorisent le bien commun de l’ensemble du peuple. Le cas de l’épiscopat du Venezuela en est une illustration parfaite.

Le régime politique, mis en place sous la gouvernance de Chavez, s’inspire d’un socialisme,  dit du XXIe siècle.  Pour faire court, il s’agit d’un régime dont la constitution a été élaborée avec le peuple et reconnue par ce dernier dans le cadre d’un référendum, gagné avec 71% des voix. Cette constitution fait appel à une démocratie participative et non représentative. Le peuple, par diverses voies, est pris en considération dans les décisions prises et il peut de lui-même, moyennant les signatures requises, demander la destitution du Président ou de toute autre personne en autorité. Le bien commun du peuple est l’objectif premier du partage des richesses du pays, dont le pétrole occupe une toute première place. La Constitution prévoit les dates des élections.  Pendant les 17 années sous direction du chavisme, l’accès aux services de santé a été établi dans toutes les régions du pays et ces soins sont gratuits. Il en va de même avec l’éducation devenue accessible à tous et toutes, du primaire à l’universitaire. Plus de 1 600 000 logements ont été livrés à autant de familles.

Le conflit qui fait rage actuellement au Venezuela est en fermentation depuis l’arrivée de cette révolution. L’opposition de l’époque qui s’était aventurée en 2002 pour renverser le président Chavez est toujours les mêmes aujourd’hui. Ils sont dominés par les oligarchies nationales et guidés par  Washington qui n’a pas renoncé aux ressources abondantes de pétrole ainsi que des mines, dont celles d’or. L’épiscopat vénézuélien demeure toujours opposé à ce régime du socialisme du XXIe siècle qu’elle décrit comme « système totalitaire, militariste, policier, violent et oppresseur, lequel est à la source de tous les maux dont souffre notre pays. » Cette compréhension de ce socialisme du XXIe siècle est, pratiquement, partagée par l’ensemble des conférences épiscopales de l’Amérique latine et des Caraïbes.

L’Oncle Sam est bien heureux d’avoir à ses côtés ces épiscopats pour donner une valeur morale à ses interventions pour renverser ce régime et y implanter un nouveau sur lequel il aura tous les pouvoirs. En cela, le Celam porte une profonde contradiction : celle de ne pas reconnaître dans le régime chaviste le visage humain de la doctrine sociale de l’Église telle qu’exprimée, entre autres,  par Jean XXIII dans ses Encycliques Mater et Magistra et Pacem in terris et d’autre part d’ouvrir grande ouverte les portes à une intervention de Washington pour s’emparer de l’État et de ses richesses. Ce dernier représente ce que la pape François a qualifié de capitalisme sauvage dans Evangelii gaudium.

Dans ce scénario du Venezuela, la conférence épiscopale et le Celam jouent un rôle semblable à celui de l’Organisation des États américains (OEA). Ils ont pris parti pour l’opposition violente qu’ils se sont bien gardés de dénoncer dans leurs conclusions. Ils ont plutôt nommé un comité pour suivre le déroulement des évènements. Aucun appel n’a été fait pour donner suite à la convocation du Président pour une Assemblée nationale constituante et encore moins pour dénoncer les crimes commis par une opposition devenue terroriste.

Ces évêques peuvent toujours maintenir leurs discours d’une Église pauvre avec les pauvres, mais leurs engagements politiques avec les oligarchies et l’empire en annulent toute la crédibilité.


Oscar Fortin
Le 15 mai 2017


Je vous laisse avec cette dernière référence aux deux pactes signés entre le Vatican et Washington.


J'y ajoute cette autre référence au pacte des Catacombes

http://nsae.fr/2015/11/30/limpact-du-pacte-des-catacombes-sur-leglise-daujourdhui/






dimanche 7 mai 2017

DÉCLARATION DE LA CONFÉRENCE ÉPISCOPALE DU VENEZUELA QUI NOUS RAMÈNE AU SIÈCLE DERNIER


SUITE À LA CONVOCATION DE L’ASSEMBLÉE NATIONALE  CONSTITUANTE



Le 1er mai dernier, le président du Venezuela, Nicolas Maduro, conformément aux dispositions de l’article 347 de la constitution, a signé le décret par lequel il convoque à une Assemblée nationale constituante, comme voie de sortie à une situation où les représentants de l’opposition officielle se refusent à s’asseoir à une table de concertation y de négociation avec les représentants du gouvernement.

Il faut dire que l’actuation de cette opposition va plus dans le sens de créer les conditions pour renverser le gouvernement par un coup d’État, fomenté de l’extérieur, que de procéder par les voies politiques  et constitutionnelles. La convocation de l’Assemblée nationale constituante se veut une réponse pacifique à cette situation de fait. Elle constitue le pouvoir suprême du peuple qui sera en mesure d’étudier les alternatives et de procéder aux ajustements institutionnels nécessaires de manière à résoudre les problèmes qui se présentent. Selon l’article 349, aucun pouvoir institutionnel ne pourra en modifier les décisions.


Il importe de rappeler que l’opposition vénézuélienne maintient des relations privilégiées avec Washington et le secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA), Luis Almagro. Ces relations lui permirent, d’une part,  le promouvoir l’actualisation de la Charte démocratique de l’OEA, ouvrant ainsi la porte à une intervention militaire étrangère et , d’autre part , diffuser à grande échelle à travers les médias, au service des intérêts de l’Empire, une image du gouvernement de Nicolas Maduro qui en fait le grand responsable de tous les maux que connaît le pays.

À ces deux alliés de l’opposition, il faut également ajouter l’appui infatigable et persistant de la Conférence épiscopale du Venezuela. Elle sait utiliser tous les moyens à sa portée pour dénigrer l’actuel gouvernement, en confirmer la faillite dans sa tâche gouvernementale, incapable de résoudre les problèmes que vit la population vénézuélienne. Voici ce qu’on peut lire dans leur Déclaration que je me permets de traduire : « Pt 6 : On ne peut oublier ni laisser de coté la tristesse et la souffrance que ce régime génère chez à notre peuple. »

Dans ce scénario de l’opposition et de l’Épiscopat, on ne parle évidemment pas des conquêtes révolutionnaires  dans les secteurs de la santé, de l’éducation, du logement, pas plus, qu’on parle des autres facteurs qui génèrent ces problèmes d’accès aux produits essentiels, tels ceux de l’alimentation et des médicaments. Ils ne disent rien de cette guerre économique qui joue un rôle important dans la distribution de ces biens essentiels, dans le climat social, politique et économique.  Tout est dit et fait pour couvrir ces facteurs extérieurs par leur silence et pour reporter sur le gouvernement la source de tous ces maux. L’objectif recherché est que le peuple se retourne contre son gouvernement et rende plus facile le changement de régime recherché. Il y a un coupable, un seul coupable et c’est le gouvernement bolivarien et socialiste.

En dépit de tous ces camouflages, le peuple vénézuélien maintient un appui fort à son gouvernement et sur le régime sur lequel il s’appuie. La Conférence épiscopale, dans sa Déclaration, ne voit pas les trois millions de vénézuéliens et Vénézuéliennes qui  ont gonflé les rues du centre de Caracas, le 19 avril dernier. Ils n’étaient pas là pour tirer des pierres à Nicolas Maduro,  mais pour le conforter de leur appui dans la lutte qu’il mène pour assurer la paix et le mieux-être du peuple vénézuélien. Ils sont également là pour l’appuyer dans son appel incessant à l’opposition pour qu’elle vienne s’asseoir à une table de concertation et de discussion en vue de trouver des solutions constitutionnelles pour résoudre les problèmes et retrouver la paix.

Il faut noter que ce qui intéresse le plus cette opposition et ses principaux alliés,  auxquels figure au premier rang Washington, c’est la prise de contrôle de l’État par une intervention militaire qui peut compter avec la quatrième flotte étasunienne à proximité dans le Pacifique et les sept bases militaires étasuniennes en Colombie, pays voisin du Venezuela. Par cette action militaire,  la constitution serait remplacée par une autre, rédigée, cette fois, depuis Washington, de sorte que l’État serait entièrement sous contrôle de l’Empire et ses richesses  seraient gérées en fonction des intérêts  de ce dernier.

La violence dont est victime le Venezuela est de même nature que celle utilisée dans d’autres pays, telles l’Ukraine, la Libye, la Syrie, entre autres. L’empire ne peut tolérer des gouvernements récalcitrants à ses volontés et à ses intérêts, surtout s’ils disposent de grandes richesses. Contrairement aux guerres anciennes, l’approche privilégiée est de créer subtilement le mécontentement de la population et générer par diverses astuces le chaos dans le pays. Il faut voir ce qu’on en dit dans le cadre des révolutions de couleurs, fabriquées de toute pièce.

Dans le cas présent du Venezuela, le président Maduro met à l’épreuve la démocratie de ceux qui veulent intervenir militairement au nom même de la démocratie. Sa convocation à une Assemblée nationale constituante est une manière de faire appel au peuple lui-même,  fondement de toute démocratie, pour résoudre les problèmes. Cette constituante sera formée de 500 personnes, élues par vote direct. Elles viendront de toutes les régions, de tous les secteurs d’activité sociaux, politiques, économiques. Cette Assemblée disposera du pouvoir suprême du peuple pour résoudre les problèmes qui se retrouvent dans un cul-de-sac. Aucun autre pouvoir ne pourra s’opposer aux décisions prises qui tiendront lieu de constituantes (art.349). Quoi de plus démocratique que le pouvoir du peuple pour le peuple?

C’est dans ce contexte que la Conférence épiscopale a transmis, ce 5 mais 2017, ses commentaires relatifs à cette Assemblée constituante, réclamée par le président Maduro. Dans sa Déclaration,  elle considère que l’immense majorité de la population perçoit cette initiative comme une diversion pour détourner les yeux des urgentes nécessités du pays et comme un pas de plus  dans la remise en cause de l'État de droit prévu par la Constitution actuelle ( Pt.2)


À la lumière de cette approche, tout laisse entendre qu’elle n’a rien vu passer de ces trois millions de personnes qui ont apporté leur soutien au Gouvernement, pas plus qu’elle n’a vu les centaines de milliers de travailleurs et travailleuses se joindre au Président pour célébrer la fête du Travail.

Il faut reconnaître que derrière tous ces discours, il y a toujours cette obsession idéologique contre tout ce qui peut s’apparenter à communisme, socialisme, marxisme, etc. Là se trouve l’objectif principal des interventions de cet épiscopat.  Il lutte pour faire disparaître, ce que Chavez a qualifié de  « socialisme du XXIe siècle ». Au point 4 de leur intervention, la Conférence épiscopale qualifie ce socialisme du XXIe s. et, par le fait même, le gouvernement,  « de système totalitaire, militariste, policier, violent, oppresseur qui est à l’origine de tous les maux dont souffre le pays. »

Avec cette déclaration, les évêques nous renvoient au siècle dernier. Comment peuvent-ils confondre le gouvernement du Venezuela avec un régime totalitaire, militariste, policier, violent et oppresseur ? On a comme l’impression de revenir à l’époque de Reagan et de Jean-Paul II dans leur combat conjoint contre le communisme. Aujourd’hui, nous savons tous ces crimes auxquels cette lutte anticommuniste a donné lieu. À cette époque, les dictateurs étaient les bienvenus, les tortionnaires et les assassinats faisaient partie des dommages collatéraux. Les femmes en blanc d’Argentine nous rappellent avec force en ces jours-ci, les drames vécus, la douleur supportée, souvent sans réconfort de ces autorités épiscopales, plus près des dictateurs que de leurs victimes. Ce que nous révèle le Plan Condor devrait faire réfléchir ces nouvelles générations d’évêques. Il faut bien admettre que celle qui préside présentement l’Épiscopat au Venezuela est loin d’avoir tiré les conclusions de ces drames.

Cette complicité de l’Église avec l’Empire pour lutter contre le communisme est confirmée par un premier pacte signé, en juin 1982, entre le pape Jean-Paul II et le président Reagan. La levée du secret sur ce pacte nous permet d’en connaître le contenu.  Le second pacte, signé en mars 2014, nous en suggère plus qu’il nous en révèle le contenu. Toutefois, selon l’analyse que j’en fais, tout semble aller dans la même direction. Il ne fait pas de doute que la position des évêques du Venezuela et ceux dans les pays émergents vont en ce sens.

Dans ce contexte et dans l’esprit suggéré par ces Pactes, comment comprendre une telle coopération de l’Église avec le grand maître du capitalisme sauvage que condamne avec force le pape François dans son Exhortation apostolique Evangelii Gaudium ? D’une part, l’Église s’attaque à ceux qui luttent justement contre ce capitalisme sauvage, ce qui est le cas du Venezuela, de la Bolivie, de l’Équateur et d’autre part elle dénonce avec force ce capitalisme et invite les peuples et les gouvernements à y mettre fin. Il faut dire que l’Église n’en est pas à ses premières contradictions.

Les positions prises par la cupule de la Conférence épiscopale vont totalement dans le sens inverse de l’Exhortation apostolique du pape François. Plutôt que d’appuyer un gouvernement qui vise à détruire ce capitalisme sauvage, elle se place en situation de collaboration pour ouvrir la voie aux grands acteurs de ce capitalisme sauvage.

N’est-il pas scandaleux que ces évêques, que l’on considère comme instruits, voués à la proclamation du message des Évangiles et à la promotion de la doctrine sociale de l’Église n’aient pas trouvé le temps pour approfondir cette doctrine sociale de l’Église pas plus d’ailleurs pour approfondir ce socialisme du XXIe siècle que le catholique Chavez voyait comme une expression concrète de la doctrine sociale de l’Église?

Je m’exprime de cette manière parce que je me suis prêté à l’exercice visant à approfondir le lien entre ce socialisme et la doctrine sociale de l’Église. Pour se faire, j’ai ’analysé les politiques développées par la révolution bolivarienne et je les ai confrontées avec la pensée sociale du pape Jean XXIII, tel qu’exprimé dans ses deux Encycliques,  Mater et Magistra et dans celle portant le titre merveilleux de Pacem in terris. Vous trouverez tous les liens pertinents à cet exercice en lisant cet article sous le titre : JEAN XXIII PRÉCURSEUR DU SOCIALISME DU XXIe s.


De toute évidence ,l’idée que se font les évêques vénézuéliens du socialisme du XXIe siècle est loin de la réalité. Quant à la pensée sociale du pape Jean XXIII, on peut  se demander s’ils en ont pris connaissance.

En conclusion de leur intervention, les évêques ordonnent de ne pas respecter cette décision constitutionnelle du président Maduro et terminent en présentant, hypocritement, le gouvernement comme source de la violence que vit le pays.

  Nous rejetons la convocation à cette Assemblée constituante, et nous exhortons la population en générale à ne pas se résigner, à élever sa voix de protestation, sans tomber toutefois dans le jeu ce ceux qui génèrent cette violence dans le but de conduire le pays dans un scénario de plus grandes confrontations en vue d’aggraver la situation et de garder le pouvoir. » Pt. 7

UNE POSITION QUI VA COMPLÈTEMENT À L'ENCONTRE DE L'INTERVENTION DU PAPE FRANÇOIS QUI LEUR DEMANDE DE SERVIR DE PONT ENTRE LE GOUVERNEMENT ET L'OPPOSITION.


À vous d’en juger !



Oscar Fortin
Le 7 mai, 2017



LA VERSION ESPAGOLE DE CET ARTICLE PEUT ÊTRE LUE ICI ET 


dimanche 22 février 2015

LA PROSTITUÉE DE L’APOCALYPSE





Le livre de l’Apocalypse est porteur de révélations présentées à travers des symboles et des images pas toujours faciles à comprendre. Il faut croire qu’elles sont là, comme des phares, pour nous guider sur cette longue route conduisant l’Humanité vers la fin des temps. Il est important de noter que cette fin des temps ne marque d’aucune manière la fin de l’Humanité. Tout au contraire, elle lui ouvre toute grande les portes d’un ciel nouveau et d’une terre nouvelle

« Et j`entendis du trône une forte voix qui disait : « Voici la maison de Dieu avec les hommes! Il habitera avec eux, et ils seront son peuple, et Dieu lui-même sera avec eux. Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n`y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur, car les premières choses ont disparu. » Ap.21, 3-4

Nous n’en sommes évidemment pas encore là et les temps que nous vivons en ce début du 21e siècle nous plongent dans la tourmente des guerres, des famines, des ambitions de pouvoirs et de domination, du mensonge édifié sur le socle de la vérité. Tous ces évènements jettent un éclairage particulier sur ces révélations qui touchent particulièrement les derniers temps de cette longue histoire. Je voudrais m’arrêter, dans le présent texte, à cette prostituée et à cette Babylone dont nous parle l’Apocalypse au chapitre 17.

« Cette femme était vêtue de pourpre et d`écarlate, et parée d`or, de pierres précieuses et de perles. Elle tenait dans sa main une coupe d`or, remplie d`abominations et des impuretés de sa prostitution. Sur son front était écrit un nom, un mystère : Babylone la grande, la mère des impudiques et des abominations de la terre. » Ap.17, 4-5

Les historiens et exégètes ne s’entendent pas sur l’identification de cette prostituée pas plus que sur celle de cette Babylone. Il y a toutefois une tendance forte qui reconnaît, dans cette prostituée, l’Église de Rome. Sur cette question, je vous réfère à cette analyse.

Aux fins du présent article, j’aborderai ce sujet par le biais des deux pactes secrets  entre le Vatican et Washington, conclus, le premier, en juin 1982, et le second, en mars 2014. Dans une première partie, j’aborderai le Pacte signé en juin 1982 par le pape Jean-Paul II et le président Reagan. Dans une seconde partie, je traiterai du pacte signé entre le pape François et le président Obama.

Le Pacte du 7 juin 1982

Si nous pouvons en parler aujourd’hui, c’est qu’avec les années beaucoup d’éléments de son contenu en ont été révélés. Je me permets, pour en traiter, de citer de larges extraits d’un excellent article d’Eduardo Febbro qui en fait un bon résumé.

« Le premier pacte a été scellé le 7 juin 1982 dans la bibliothèque du Vatican entre l’ex-président étasunien Ronald Reagan et le pape de l’époque Jean Paul II. Ce pacte, connu sous le nom de “Sainte Alliance” doit son existence à l’un des personnages les plus sombres de la diplomatie du Vatican : Pio Laghi, ex-Nonce apostolique en Argentine (1974-1980) et artisan, dans les années 80, de la reprise des relations diplomatiques entre le Saint-Siège et Washington. Laghi était un homme de robe, ambiguë et à la main de fer, ami et protecteur de la Junte militaire argentine, réactionnaire et aveuglé par le spectre du communisme.

Le pacte Reagan/Jean Paul II avait un seul objectif : fomenter une cabale pour renverser le communisme, à n’importe quel prix. Richard Allen, premier conseiller de Reagan à la Sécurité nationale, dira qu’il s’agissait de “l’une des alliances les plus secrètes de tous les temps”

La Sainte Alliance conduisit à un montage financier frauduleux organisé par le Vatican pour épauler clandestinement le syndicat polonais Solidarnosc, dont le leader de l’époque, Lech Walesa, deviendra président de la Pologne après la chute du Mur de Berlin.
 Ronald Reagan et Jean-Paul II étaient habités par la même obsession. Le juge William P. Clark, autre conseiller de Reagan à la sécurité nationale (et aussi le plus influent), dira également que tous deux “partageaient les mêmes choix spirituels et la même vision de l’empire soviétique : le bien et le droit triompheraient selon les plans divins” (The Judge : William P. Clark, Ronald Reagan’s Top Hand, de Paul Kengor et Patricia Clarck Doerne, Ignatius Press 2007).
Quant à l’utilité du Vatican dans cette croisade anticommuniste, le secrétaire d’État de Reagan, Alexandre Haig, l’a très bien résumée : “Le réseau d’information du Vatican était meilleur et plus rapide que le nôtre”. Pour l’Amérique latine, cette Sainte Alliance fut synonyme d’un véritable bain de sang, de guerres et de répression. Le Saint-Siège poursuivit de façon inhumaine tout ce que le continent comptait de progressiste en soutane. S’appuyant, pour ce faire, sur les secteurs les plus réactionnaires de l’Église et du pouvoir politique local et avec la participation de la Maison Blanche, c’est sans aucune hésitation, non plus, qu’il s’est acoquiné avec des congrégations et des personnages impliqués dans des agressions sur mineurs ou des vols en tout genre, comme ce fut le cas avec « Les légionnaires du Christ », de Marcial Maciel, que Jean-Paul II éleva à des hauteurs incroyables alors même que ses escroqueries et abus sexuels étaient de notoriété publique. De nombreux adeptes de la « Théologie de la Libération » payèrent de leur vie une telle persécution.
La complicité entre le Vatican et Washington est parfaitement documentée, et reflétée jusque dans les discours officiels de Ronald Reagan :
“L’Amérique latine est une zone pour laquelle nous éprouvons une préoccupation commune. Nous voulons y travailler en étroite collaboration pour promouvoir la paix, la justice sociale, les réformes et empêcher la propagation de la répression et des régimes tyranniques athées.” (Ronald Reagan, Jack Nelson, “Reagan, Pope Join in Urgent Plea for Peace”, Los Angeles Times, June 8, 1982).

Monter ce dispositif anticommuniste éleva Jean-Paul II au rang d’interlocuteur privilégié des membres de la CIA et d’autres personnages de la sécurité nationale américaine qui allaient à Rome grâce à Pio Laghi. À partir du milieu 1981, une sorte de “navette de renseignements” (intelligence shuttle) s’instaura entre Washington et le Saint-Siège.

L’un des visiteurs réguliers de cette époque est aussi de triste mémoire pour l’Amérique latine, le général Vernon Walters, ambassadeur itinérant de l’administration Reagan, ex-directeur adjoint de la CIA à l’époque du Coup d’État contre Salvador Allende. Dans son livre « The Mighty and the Meek » (St Ermin’s Press, 2001), le général Walters révèle les dessous de ses entretiens papaux. “L’administration avait conscience de la collusion d’intérêts entre l’Église Catholique et les États-Unis dans leurs efforts pour contenir l’expansion communiste. Je devais, en accord avec les ordres reçus, exposer les faits en m’appuyant sur les meilleures sources d’information disponibles. C’est ainsi qu’ont débuté les allers-retours réguliers au Vatican, deux ou trois fois par an. (…) Je faisais au Pape le compte-rendu des menaces engendrées par les missiles, les forces terrestres conventionnelles, l’aviation et la marine soviétiques”. Mais les sujets de discussion allaient bien au-delà. Aux dires des journalistes Carl Bernstein et Marco Politi  (« His Holiness : John Paul II and the Hidden History of Our Time », Doubleday, 1996), les entretiens avec le Souverain Pontife portaient aussi sur l’Amérique Centrale, région, à cette époque, durement touchée par la guerre au Salvador, au Guatemala et au Nicaragua sandinistes, où Washington apportait son aide militaire aux “contras”. Pio Laghi, lors de sa mission en tant que délégué Apostolique aux États-Unis (1980), assistait régulièrement aux réunions de sécurité et rencontrait fréquemment le directeur de la CIA, William Casey, qui était catholique. (…) En juin 1982, alors que Reagan et Jean-Paul II célébraient leur Sainte Alliance, dans les sphères pontificales proches du secrétaire d’État du Saint-Siège, Agostino Casaroli, et l’archevêque Achille Silvestrini, négociait avec le secrétaire d’État US Alexandre Haig et avec le juge William Clark. »

Ce rôle, joué par l’Église à travers l’État du Vatican et tout particulièrement sous la direction du pape Jean-Paul II, en fait une candidate de premier plan pour occuper le poste de la prostituée de l’Apocalypse. On a évidemment célébré en grande pompe l’écroulement de l’ex-Union soviétique (URSS) ainsi que la démolition du mur de Berlin. Ce qu’on a moins célébré c’est cette porte toute grande ouverte aux États-Unis et à l’Empire pour occuper toute la place de la gouvernance du monde. D’un monde bipolaire, l’humanité passa à un monde unipolaire. La Babylone contemporaine, en bonne compagnie de l’Église, se retrouva le maître absolu du monde. Quoi de mieux, pour les puissants de ce monde qu’un monde unipolaire où règne un seul maître qui peut en tout temps décider de ce qui est bien et de ce qui est mal, ce dont G.W. Bush ne s’est pas privé de faire.

LE PACTE DU 21 MARS 2014

Toujours selon Eduardo Febbro, ce second pacte, entre le papa François et  le président Obama n’aurait rien à voir avec l’esprit et les orientations prises dans le cadre du pacte entre le pape J.P.II et Reagan. Il s’agirait d’un pacte de toute autre nature et d’une approche totalement différente du premier pacte.


« Les personnages de cette saga diplomatique des temps modernes n’ont pas grand-chose à voir avec les membres du sinistre dispositif mis en place par Reagan et Jean-Paul II dans les années 80. Les diplomates expérimentés de Rome conjuguent dorénavant leurs efforts de négociations secrètes avec les envoyés spéciaux de Cuba et divers conseillers de la nouvelle génération venus tout droit de Washington. Le spectre du communisme ne poursuit plus personne. La jeunesse a été également un allié de poids. Voici l’exemple de l’un des hommes clés de ce cercle restreint, Ricardo Zúñiga, nommé par Obama en 2012 conseiller aux Affaires latino-américaines à la place de Dan Restrepo. Né au Honduras, en 1970, Zúñiga émigre aux États-Unis à l’âge de quatre ans. L’autre pilier central est Ben Rhodes, vice conseiller à la Sécurité nationale pour les communications stratégiques et l’écriture de Discours, lui aussi jeune (il est né en 1977). Leurs interlocuteurs ont été des hommes expérimentés et plus âgés, par exemple le secrétaire d’État du Vatican, Pietro Parolin, qui avait été nonce au Vénézuéla de 2009 à 2013. »

Il ne fait pas de doute que l’approche soit différente et que les acteurs soient également de profils différents. Toutefois, de là à dire que le « spectre du communisme ne poursuit plus personne » m’apparaît plutôt discutable. Pour illustrer mon point de vue, je prendrai quelques exemples récents venant de la haute hiérarchie catholique.

Mon premier exemple, je le puise chez un personnage qui occupe de très hautes fonctions dans la hiérarchie et au Vatican. Il s’agit du cardinal Oscar Andres Rodriguez Maradiaga du Honduras, membre du G-9, groupe spécial pour conseiller le pape sur les réformes de la Curie, et président de Caritas international.

Déjà, nous savons qu’il a joué un rôle important dans le coup d’État militaire au Honduras qui renversa le président démocratiquement élu, Manuel Zelaya. Le Cardinal n’était pas d’accord avec ce dernier qui s’était trop rapproché de Chavez, de son socialisme et de l’ALBA. Sur l’ensemble de cette question, je vous réfère à cet article que j’avais alors écrit sur cette grande alliance.

Il est bon de noter que les interventions du cardinal MARADIAGA apparaissent comme un signal de départ à quelque chose qui va se produire. Sa conférence de presse à Berlin a devancé d’un mois le lancement des activités de déstabilisation du gouvernement de Nicolas Maduro. En janvier de cette année, il a de nouveau discrédité, dans une conférence sur les réformes au Vatican, Hugo Chavez et son socialisme du XXIe siècle perçu comme un véritable fiasco. Religion Digital

« Le président de Caritas International a rappelé que le défunt président du Venezuela, Hugo Chavez, s’était présenté avec la promesse de lutter contre la corruption ce qui lui valut de nombreux votes. Toutefois, ce projet a fracassé. Ce socialisme du XXIe siècle n’était rien de plus que du capitalisme déguisé au service de quelques grands voleurs. Cela a fait bien des dommages » (R.D).

Au sujet de la participation populaire à la gouvernance de l’État, comme c’est le cas dans les pays émergents de l’Amérique latine, il a ces paroles :

« Les populismes dont ils s’alimentent ne sont que des feux de paille. »

Quelques semaines plus tard, c’était au tour de l’Épiscopat du Venezuela de prendre la parole pour dénoncer le communisme, le marxisme, le socialisme, l’autoritarisme. Une condamnation en règle du gouvernement qu’il accuse d’être le responsable de la rareté des biens essentiels dans les centres de distribution. Sur ce point précis, je vous réfère à un article demandant aux évêques de se rétracter, la rareté des biens étant causée par les principaux distributeurs du pays qui retenaient ces biens dans des entrepôts pour créer le mécontentement de la population contre le gouvernement en vue de la préparation d’un coup d’État.

Comme par pur hasard, les actions de déstabilisation du gouvernement et de préparation à un coup d’État suivirent les déclarations de ces hommes d’Église. Le 12 février 2015, le gouvernement du Venezuela démonta un coup d’État qui devait se réaliser ce jour même. Encore ici, je vous réfère à cet article portant sur ce démantèlement.

Fait à noter : à aucun moment de toute cette guerre économique et de ce coup d’État démonté, le Vatican et l’épiscopat vénézuélien ne sont intervenus pour dénoncer les responsables oligarchiques pour leurs actions criminelles. Pas une fois, ils se sont excusés pour avoir mal interprété les évènements. Pas une fois, ils ont élevé la voix pour rappeler le respect de l’ordre constitutionnel et dénoncer les actions de violence.

Et que dire de leur silence devant ces politiques agressives et interventionnistes de Washington dans les affaires internes du Venezuela. Ils ignorent le support que le Venezuela reçoit de la part des divers organismes d’intégration de l’Amérique latine comme UNASUR, CELAC, ALBA, et de l’ensemble des pays non-alignés.

Pourquoi le Vatican se tait-il devant ces actions unilatérales des États-Unis dans les affaires internes du Venezuela? Dans pareille circonstance, ne devrait-il pas rappeler à cet État interventionniste le respect du droit international des peuples et des nations à disposer d’eux-mêmes. Également, une occasion pour rappeler que seules les Nations Unies ont autorité pour procéder à pareilles interventions et cela dans le cadre du droit international. Sur toutes ces questions, le Vatican se tait.

D’ailleurs, ce silence du Vatican, chaque fois que Washington est impliqué, peu importe l’endroit dans le monde, est devenu une règle d’or. Nous ne l’avons pas entendu sur l’usage arbitraire des  sanctions contre la Russie, pas plus d’ailleurs sur le non-respect des frontières syriennes où les avions militaires étasuniennes  entrent et sortent sans se soucier du gouvernement syrien.

CONCLUSION

Je pense qu’il faut, au nom de la transparence, que le pape François rende public le contenu de ces accords secrets. Il en va de la crédibilité de l’Église et du pape François. La catholicité de l’Église l’oblige à prendre en compte la totalité de l’humanité. Ce serait bien mal vu s’il fallait qu’elle soit, par des pactes secrets, de mèche avec l’empire du mensonge, de la guerre, des conquêtes. Une enquête récente établit que 90% des victimes de la guerre sont des civils, que sur 248 conflits, les États-Unis en ont provoqué 201. Il est plus qu’urgent que la lumière soit faite sur ces pactes secrets et que la transparence promise par le pape François franchisse ces dernières résistances.



Je viens de mettre en ligne un article faisant l’éloge du pape François et défendant le positif de ses engagements et de ses paroles. Je crois ce pape sincère, mais peut-être aussi un peu naïf, comme il le reconnaissait lui-même dans son entrevue à la Revue jésuite. Il ne peut toutefois pas ignorer que son entourage a des atomes crochus avec Washington et que le lobby de ce dernier est très actif au sein de l’État du Vatican.

Si le deuxième pacte nous est présenté à travers les bons offices du pape François qui a rendu possible la reprise des relations entre Cuba et les États-Unis ainsi que l’échange de prisonniers, cela ne peut suffire pour nous convaincre qu’il n’y a pas anguille sous roche dans la partie secrète du pacte.

Je termine ce trop long article par une dernière observation évoquée dans ce second pacte. Il s’agit de la lutte contre le terrorisme. Le Vatican ne peut pas s’engager dans une lutte contre le terrorisme sur la base de ce que l’empire décide lui-même ce qui est terrorisme et ce qui ne l’est pas. Il est important que l’Église se fasse une idée sur ce qu’est le terrorisme et ceux qui en sont la principale source.

Pour le moment, tout indique que la prostituée de l’Apocalypse est quelque part dans cet État du Vatican qui a main mise sur l’Église tout en ayant le cœur sur l’Empire, cette Babylone contemporaine.

Oscar Fortin
Le 21 février 2015