mardi 7 mars 2006

L'ÉPISCOPAT CANADIEN ET LA GUERRE

L’an dernier, à la même période, nous étions en plein débat sur la définition à donner au mariage. L’ancienne définition qui se retrouvait inscrite dans la loi canadienne faisait du mariage « l’union d’un homme et d’une femme » alors que celle soumise au législateur visait à en faire « l’union de deux personnes » sans égard au sexe. Les opposants à cette modification de la loi ne tardèrent pas à se mobiliser et à faire entendre leur voix.

La Conférence Catholique Canadienne (CCC) avec, à sa tête, le cardinal Ouellet, a été une des première à monter aux barricades et à diriger une offensive sans merci contre ce projet de loi. Toutes les tribunes étaient bonnes pour se faire entendre. Nous nous souviendrons des déclarations dans les journaux, des débats à la télévision, des sermons dans les églises, et des multiples rencontres avec les divers lobbys susceptibles d’influencer les Parlementaires. La rencontre du cardinal Ouellet avec les Sénateurs fut l’une des plus couvertes par les medias. Il fallait empêcher une modification du texte de loi sur le mariage ayant pour effet de le rendre accessible aux personnes de même sexe.

Aujourd’hui un autre débat s’amorce : l’engagement du Canada dans la guerre en Afghanistan et les milliards $ investis en dépenses militaires. Tous les canadiens et canadiennes sont interpellés par ces deux questions qui doivent, en toute démocratie, se fonder d’abord et avant tout sur leur volonté et non sur celle d’autres intervenants extérieurs, si puissants puissent-ils être. Elles ne sont pas sans interpeller également les Églises et de façon particulière la Conférence Catholique Canadienne des évêques (CCC) pour qui les questions d’armement et de guerre vont à l’encontre du message de paix et de non violence des Évangiles. Encore tout récemment Benoît XVI, à l’occasion de la journée mondiale pour la paix, en janvier dernier, ne déclarait-il pas :

« La vérité de la paix appelle tous les hommes à entretenir des relations fécondes et sincères; elle les encourage à rechercher et à parcourir les voies du pardon et de la réconciliation, à être transparents dans les discussions et fidèles à la parole donnée. »

Le Canada s’engage actuellement dans une guerre offensive en Afghanistan. On place cet engagement dans le cadre de la « lutte contre le terrorisme » comme s’il suffisait d’utiliser ce vocable pour justifier toute guerre. N’y a-t-il pas un certain parallèle à faire avec ces nombreux conflits entretenus, particulièrement en Amérique Latine, sous le vocable de la « lutte contre le communisme ». Aujourd’hui, nous savons que des milliers et des centaines de milliers de personnes innocentes ont été arrêtées, torturées, tuées. « Un massacre inutile » tout comme le disait Benoît XV au sujet de la Première guerre mondiale. Avec cet engagement en Afghanistan, le Canada n’est-il pas placé dans l’engrenage d’un processus qui en fera un artisan de guerre et un délinquant du droit international?

Je pense que l’Épiscopat canadien et l’ensemble de ceux et celles qui se réclament de la foi en Jésus de Nazareth ont le devoir d’intervenir de manière à éclairer les canadiens. Leur situation d’indépendance et de liberté face aux forces politiques et économiques, c’est du moins ce qu’il faut espérer, leur donne l’autorité nécessaire pour apporter une réflexion consistante sur les multiples visages du terrorisme qui va de celui du délinquant à celui de l’État en passant par ces multiples groupes organisés clandestinement pour renverser des pouvoirs en place ou encore exiger de leur part le respect de certains droits ou privilèges.
Certains discours peuvent laisser entendre qu’il y aurait deux manières de tuer : une qui serait humaine et une autre qui serait inhumaine. La première serait bonne et la seconde à proscrire. Je ne pense pas qu’il y ait une manière humaine de tuer. Lorsque Benoît XVI, citant Jean-Paul II, déclare que « celui qui tue par des actes terroristes nourrit des sentiments de mépris envers l'humanité, faisant preuve de désespérance face à la vie et à l'avenir: dans cette perspective, tout peut être haï et détruit »(9) il peut laisser entendre qu’il y aurait une manière humaine de tuer qui serait celle réalisée par des armées régulières… Une telle interprétation aurait de quoi alimenter bien des débats et forcer à une réflexion de vérité.

J’espère que nos évêques mettront autant, sinon plus, d’énergie à s’impliquer dans ce nouveau débat qu’ils en ont mis à défendre la définition traditionnelle du mariage. Leur intervention pourrait être inspirée par ces propos de Jean-Paul II, repris par Benoît XVI :

« Prétendre imposer à d'autres par la violence ce que l'on considère comme la vérité signifie violer la dignité de l'être humain et, en définitive, outrager Dieu dont il est l'image ».(10)

Ces propos, adressés initialement aux fondamentalistes, pourraient éventuellement s’appliquer aux canadiens qui cautionneraient une guerre dont l’objectif serait d’imposer par la force une façon de voir la vie en société. Cette guerre les transformerait vite en fondamentalistes et en terroristes opérant à visage découvert.

Le dialogue dans la vérité et non dans sa manipulation pourra seul conduire à humaniser les relations entre les peuples et les États. Il est la voie incontournable de la paix. Dommage que l’offre récente de trêve faite par Ben Laden dans l’escalade de la violence n’ait pas été entendue. Ç’eût été une occasion d’amorcer ce dialogue dont parlait Benoît XVI dans son message de Paix et de faire l’économie de milliards de dollars à consacrer à des causes humanitaires.

Je me porte volontaire pour participer avec nos Évêques à cette offensive contre la guerre et la course aux armements et pour une paix fondée sur le dialogue de vérité et de respect.

Oscar Fortin
7 mars, 2006

mercredi 1 mars 2006

PRENDRE LA PAROLE

AU NOM DE LA FOI EN JÉSUS RESSUSCITÉ

Bien rares sont les institutions dont les membres disposent d’une source d’autorité qui transcende toutes les autres formes d’autorité dont peut se doter une organisation. C’est bel et bien le cas des croyants en qui l’Esprit de Jésus agit. C’est Lui qui est, comme le dit Paul aux Colossiens (1,18), « la Tête du corps, qui est l’Église). Il est le Seul à avoir l’autorité absolue et à dispenser ses dons selon un ordre qui échappe à toutes les autres autorités dont l’Institution a pu se doter. « À chacun de nous la grâce a été donnée selon la mesure du don du Christ (…). Et c’est Lui qui a donné certains comme apôtres, d’autres comme prophètes, d’autres encore comme évangélistes, d’autres enfin comme pasteurs et chargés de l’enseignement, afin de mettre les saints en état d’accomplir le ministère pour bâtir le corps du Christ… ». ( Éphésiens, 4,7-13)

Nous pourrions multiplier les citations bibliques mettant clairement en évidence que Jésus et son Esprit demeurent toujours très actifs, qu’ils agissent comme ils l’entendent sans devoir demander la permission à qui que ce soit. Lorsqu’ils ont fait de Paul un apôtre, ils n’ont pas consulté Pierre pas plus que les autres apôtres. Il en fut de même lorsque Jésus ressussité envoya son Esprit sur les nations païennes. Pierre n’eût rien de plus à faire que de les reconnaître : « Quelqu’un pourrait-il empêcher de baptiser par l’eau ces gens qui, tout comme nous, ont reçu l’Esprit Saint? » (Act.10, 44-48) L’Église c’est d’abord et avant tout, ces membres réunis dans un seul corps par l’Esprit. Chacun agit selon la grâce qui lui a été accordée. « Est-ce le don de prophétie, qu’on l’exerce en accord avec la foi. L’un a-t-il le don de service? Qu’il serve. L’autre celui d’enseigner, qu’il enseigne. Tel autre celui d’exhorter, qu’il exhorte. » (Rm.12, 4-10)

Deux mille ans se sont écoulés depuis ces origines des premières communautés chrétiennes à aujourd’hui. Un long parcours qui a donné naissance à un gouvernement ecclésial qui s’est progressivement approprié l’ensemble des dons de l’Esprit et le pouvoir d’en disposer selon ses propres critères de discernement. Ainsi, aujourd’hui, qui pense Église pense Vatican. S’il y a des voix prophétiques qui se font entendre en dehors de son contrôle et sur des sujets qui la questionnent, il les soumet à procès, les condamne ou les excommunie. Loin de retrouver l’attitude de Pierre devant l’arrivée de Paul et celle des païens, l’autorité vaticane s’arroge l’exclusivité du pouvoir de l’Esprit Saint et décide selon ses convenances de la distribution de ses dons. Il en va ainsi pour le choix du pape, celui des cardinaux, des évêques etc. Il a le contrôle de « l’agenda du mystère du salut ».Nous nous retrouvons avec une Église complètement prise en charge par ceux qui la dirigent (son gouvernement). L’autorité du Ressuscité, Tête de l’Église, est complètement absorbée par la personne du Pape et la grande majorité des croyants et croyantes oublient que le Christ et son Esprit sont tout aussi présents en eux qu’ils ne le sont dans la personne du Pape et de ceux qui l’entourent. Nous partageons tous dans le Corps qu’est l’Église un même Esprit dont personne n’a l’exclusivité.

Il est donc devenu urgent de reprendre la parole pour donner une voix à l’Esprit qui parle et agit en chacun de nous selon le don et la grâce de Dieu. Pour ceux qui s’inquiètent du bon discernement de chacun y incluant celui des autorités vaticanes, la communauté des croyants sera toujours là pour l’assurer dans la foi. NOUS NE SOMMES PLUS SEULS : LE CHRIST ET L’ESPRIT SAINT VIVENT EN NOUS. C’EST NOTRE FOI ET NOTRE LIBERTÉ. Soyons à l’écoute de ceux et celles qui prennent la parole pour que l’Esprit nous rejoigne dans notre propre foi.

Oscar Fortin
1ier mars 2006

mardi 28 février 2006

DONNE-MOI LA MAIN ET VOIS

AU NOM DE TOUS LES PAUVRES ET MARGINALISÉS, DES LAISSÉS POUR COMPTE DE LA SOCIÉTÉ, DES RENÉGATS, DES HOMOSEXUELS, DES REJETÉS ET ABANDONNÉS, DES PROSTITUÉES, DES CONDAMNÉS DE LA TERRE, DE TOUTE PERSONNE DE BONNE VOLONTÉ . PLUTÔT QUE DE LES JUGER, UNE INVITATION À ALLER VOIR ET À PARTAGER LEUR VÉCU.

Donne-moi la main
et vois;
Donne-moi la main
Et viens.
Ta compréhension
M’ouvrira le cœur,
Ta présence m’ouvrira l’esprit,
Tu seras là avec moi.

Ne me parle plus de bien et de mal,
Ne me dis plus les chemins à suivre.
Viens plutôt vers moi,
Et Donne-moi la main.
J’en ai mare des conseillers sans âme
Des moralisateurs sans esprit.
Leurs discours m’ennuient
Leur morale m’exaspère.

Si tu veux m’aimer
Si tu souhaites m’accompagner :
Donne-moi la main,
Et entre dans ma vie.
Tu découvriras l’existence que je porte,
Tu éprouveras la vie qui m’interpelle
Tu comprendras le destin qu’est le mien
Tu partageras mes joies et mes peines.

Donne-moi la main
Et vois;
Donne-moi la main
Et viens.
Ta compréhension
M’ouvrira le cœur,
Ta présence m’ouvrira l’esprit,
Tu seras là avec moi.

Tes jugements s’humaniseront,
Tes pensées se transformeront.
Le monde te deviendra différent,
Tu deviendras différent au monde.
La loi aura fait place à l’amour,
La morale à la foi.
Les discours auront rejoint la vie
Les actes auront rejoint l’existence.

Les Églises retrouveront leur sens,
Les Évangiles leur inspiration.
Les croyants sortiront de leur isolement
Les humains revivront.
Les marginalisés et laissés pour compte,
Reprendront confiance,
Les puissants et les faiseurs de loi
Découvriront une humanité qui ouvre à la vie.

Donne-moi la main
Et vois;
Donne-moi la main
Et viens.
Ta compréhension
M’ouvrira le cœur,
Ta présence m’ouvrira l’esprit,
Tu seras là avec moi.

Oscar Fortin 28 février 2006

samedi 25 février 2006

LE GOUVERNEMENT DE L'ÉGLISE


Comment ne pas revenir sur la symbolique fondamentale des trois tentations de Jésus au désert à un moment où le Gouvernement de l’Église catholique (comprendre le Vatican et la grande majorité de la Hiérarchie ecclésiastique) fait si bon ménage avec les puissances politiques et économiques qui dominent le monde d’aujourd’hui? Les trois tentations de Jésus au désert ne rappellent-elles pas que le Messager du Père ne peut d’aucune manière se laisser dominer par l’appât de l’AVOIR, par l’ambition du POUVOIR et encore moins par la vanité du PARAÎTRE. Sur ces trois fronts, le gouvernement de l’Église se doit de faire un sérieux examen de conscience. Il doit se questionner sur ses alliances privilégiées avec les puissances occidentales et plus que tout avec l’esprit qui les domine. Ce dernier se manifeste de mille et une façons et fait souvent en sorte que le message livré n’atteint plus les PERSONNES DE BONNE VOLONTÉ.

Ces alliances prennent différentes formes. Il y a bien évidemment les nominations aux postes stratégiques de la gouvernance de l’Église. Déjà Jean-Paul II avait fait le plein avec les nominations de « personnes sures » (entendre conservatrices au sens religieux et politique) aux postes de cardinaux, d’évêques et de responsables des principaux ministères administratifs. Benoît XVI, avec la liste des 15 nouveaux cardinaux, ne déroge pas à cette orientation saluée par tous les milieux conservateurs et appréciée par les principaux dirigeants de l’Occident chrétien. Si le Président des Etats-Unis doit soumettre au Sénat « élu » ses candidats pour occuper un poste de juge à la Cour suprême et si le Premier ministre du Canada accepte de soumettre au Parlement « élu » son choix de candidat pour ce même poste, le Pape se contente, pour sa part, de consultations internes auprès de ceux-là mêmes qui ont été nommés pour leurs allégeances. Tout se fait en cercle fermé et nous savons l’importance de ces nominations pour le maintien de certaines orientations. Pas surprenant que le portrait du gouvernement de l’Église reflète si peu celui de l’Église. En effet, qui pourrait, à partir de l’origine des cardinaux dans le monde, croire que l’Amérique Latine est le Continent comptant le plus de catholiques, que les plus pauvres sont les privilégiés du Royaume et que des centaines de milliers de personnes, portées par le message Évangélique, se font artisans d’une humanité nouvelle fondée sur la Justice, la Solidarité, la Vérité et la Liberté, cette liberté qui rejoint tous les humains de la terre ? Force est de constater que l’Église de ces derniers est sous le contrôle de gens qui proviennent pour la grande majorité des pays développés d’Europe et de l’Amérique du nord, qui appartiennent à des milieux favorisés et qui sont bien enracinés dans l’environnement politique et économique des idéologies dominantes. Ce n’est sûrement pas là le meilleur reflet de la catholicité de l’Église. ( http://humanisme.over-blog.com/article-328768.html )


À ces nominations il faut ajouter les discours faits d’affirmations et de condamnations sur certains points et de nombreux silences sur certains autres. Dans son intervention à l’occasion de la journée mondiale de la Paix, Benoît XVI a parlé de terrorisme sans dire un mot du terrorisme d’État et des mille et une formes qu’il peut prendre. Il a parlé de conflits toujours présents en Afrique et au Moyen Orient mais pas un mot de la guerre en Irak et de l’interventionnisme étasunien en Amérique Latine. Il a parlé de la nécessité pour les Nations Unies d’agir avec courage pour la Paix, mais pas un mot sur l’obstruction de Washington qui agit bien souvent à sa guise sans en tenir compte.
( http://humanisme.over-blog.com/article-1517399.htm ).

Tout récemment dans son Encyclique sur l’Amour, il rappelle, en pensant sans doute aux tenants de la théologie de la libération, que l’Église n’a pas à se substituer à l’État ni aux gouvernements qui les dirigent. Par contre, au même moment, le Vice Président de la Conférence Épiscopale du Venezuela, s’inspirant des interventions de Jean-Paul II en Pologne et en Amérique Latine, affirmait qu’il était de la responsabilité de l’Église d’intervenir à temps et à contre temps pour défendre les valeurs de liberté… Il va de soi que cette dernière intervention n’était pas visée par les propos du Pape et que la liberté dont il est question ici est celle mise de l’avant par Washington. (http://humanisme.over-blog.com/article-1703910.html )

Nous savons tous que le gouvernement actuel de l’Église seconde fortement Washington dans son désir de se défaire de l’actuel Président du Venezuela et, plus que tout, des orientations sociales qu’il met de l’avant. Un évêque d’Espagne, se réjouissant des dernières nominations de Benoît XVI au chapeau cardinalice et tout particulièrement du nouveau cardinal vénézuélien, alla jusqu’à parler de la « persécution de l’Église au Venezuela ». C’est là faire preuve d’une grande ignorance de la foi qui inspire l’actuel Président, Hugo Chavez, ainsi que des millions d’autres qui le suivent sur le chemin de la révolution bolivarienne. Le cardinal Lara, pour sa part, incite les partis d’opposition à promouvoir la désobéissance civile, sans encourir de mise en garde du Vatican et encore moins de condamnation. Tout au plus un rappel qu’il a le droit de s’exprimer comme citoyen, même si le point de vue exprimé n’est pas celui du Vatican.
(http://www.granma.cu/frances/2005/octubre/mier26/44nuncio.html (http://www.granma.cu/frances/2005/octubre/mier26/44nuncio.htm)
Une attitude de grande compréhension dont de nombreux militants de la théologie de Libération auraient aimé faire l’objet de la part de ces mêmes autorités. Le Père Ernesto Cardenal, prêtre, poète et écrivain, a fait un compte rendu d’un séjour effectué au Venezuela en 2004. Le lecteur peut s’y référer en lisant les textes qui suivent.
(http://www.legrandsoir.info/article.php3?id_article=2040) http://humanisme.over-blog.com/article-1092941.htm .

Le Carême, moment qui rappelle les quarante jours de Jésus au désert ainsi que les trois tentations mettant à l’épreuve son indépendance et sa liberté devant les trois grandes puissances qui dominent le monde (l’AVOIR, le POUVOIR, le PARAÎTRE), est, sans conteste, tout indiqué pour faire le point. Il ne fait pas de doute que la CATHOLICITÉ de l’Église (entendre son universalité dans son message et dans sa présence au monde) interpelle fortement ceux qui en ont la direction et la gouvernance. Les invectives de Jésus contre les pharisiens que nous relate l’évangéliste Mathieu au chapitre 23 de son Évangile, devraient être lues et méditées comme s’adressant à nous-mêmes. Pâque trouvera ainsi, pour nous, les croyants et les fonctionnaires de l’Église, toute sa signification en nous transformant en personnes libres devant les puissances de ce monde. Nous redeviendrons des personnes sur qui le Père peut compter pour que s’accomplisse sa Volonté. http://humanisme.over-blog.com/article-217284.html

Oscar Fortin

25 février 2006

http://humanisme.over-blog.com/article-138865.html

dimanche 19 février 2006

LE PAIEMENT DE LA DETTE

Depuis un certain temps la question de la dette revient de plus en plus fréquemment dans les débats publics et les medias. L’argumentaire le plus souvent mentionné et repris par les intervenants politiques et économiques est que la population vieillit, que les personnes âgées sont de plus en plus nombreuses et que le nombre des travailleurs sera de plus en plus réduit. Ainsi les jeunes d’aujourd’hui auront à supporter les coûts de santé des vieux tout en assumant une dette dont ces derniers auront été les principaux bénéficiaires. En corollaire : aussi bien leur faire payer le plus rapidement possible cette dette.

Ainsi, les jeunes libéraux du Québec recommandent-ils au gouvernement de sacrifier les baisses d’impôt en faveur du paiement de la dette. Cette nouvelle, présentée comme quelque chose de nouveau, n’a pourtant rien de surprenant. Elle n’est que le reflet d’une tendance humaine tout à fait normale que l’on retrouve dans tous les groupes d’intérêt. Demander à quelqu’un qui ne paie pas d’impôt s’il préfère la diminution d’impôt, qui ne l’affecte évidemment pas, à une diminution de la dette qui le favorisera à moyen et long terme, c’est répondre à l’avance à la question? La même question posée à celui qui paie des impôts trouvera fort probablement une toute autre réponse. Il en irait de même pour tout intervenant à qui on demanderait quels avantages il serait prêt à sacrifier pour diminuer la dette. Il est fort probable qu’il ne verrait pas en quoi il pourrait sacrifier quoi que ce soit de ses avantages, tous aussi indispensables les uns que les autres.

Tout ceci pour dire qu’un véritable débat sur la dette doit passer par un examen de ce que chacun est prêt à sacrifier pour en diminuer le poids. En effet, pourquoi ne pas demander aux divers acteurs de la société de même qu’aux multiples groupes d’intérêt qui la composent, ce qu’ils sont disposés à abandonner de leurs avantages fiscaux et des programmes gouvernementaux qui les favorisent ?

Que penseraient les jeunes libéraux d’une diminution des bourses et subventions aux étudiants ou encore d’un impôt spécial sur les héritages au profit de la dette ? Que penseraient les hommes d’affaires, les spéculateurs et les entrepreneurs d’une modification de la fiscalité visant l’élimination des avantages fiscaux qui leur sont concédés au profit du paiement de la dette? Que penserait le professeur Pierre Fortin de l’imposition d’un intérêt de 5% sur les 50 milliards $ retenus par les entreprises au titre d’impôts reportés (amortissement) comme moyen de diminuer la dette? Cette liste de choses à faire et les prises de position des groupes concernés diraient vraiment et mieux que tous les discours jusqu’où la société québécoise est disposée à s’impliquer pour diminuer la dette.

Nous sommes évidemment tous en faveur du paiement de la dette comme nous sommes en faveur de la vertu. Les syndicats et les groupes solidaires seront en faveur du paiement de la dette pour autant que l’on puise dans les abris fiscaux et les multiples avantages laissés aux spéculateurs financiers. Ces derniers seront également en faveur du paiement de la dette pour autant que l’on coupe dans les programmes sociaux, qu’on augmente les impôts de la classe moyenne et que l’on privatise le plus possible. Chacun peut ainsi trouver un argumentaire pour que la dette soit diminuée sans qu’il ait à mettre la main dans sa poche. Déjà les spécialistes en communication sont sur leur table à dessin pour élaborer les stratégies pouvant le mieux servir l’argumentaire de chacun des groupes visés.

Personnellement, je pense qu’en prenant le vieillissement de la population et les personnes âgées comme boucs émissaires et responsables de la crise de la dette on se trompe de cible et que l’on sacrifie à l’opportunisme politique les valeurs de solidarité qui ont à ce jour inspiré la société québécoise.

Oscar Fortin
19 février, 2006