lundi 8 juin 2015

DE LA DIPLOMATIE PRÉVENTIVE AUX GUERRES PRÉVENTIVES?



Poutine résiste au tordage de bras
Les sanctions et les menaces ne l’ébranlent pas
QUOI FAIRE POUR SE L’ASSERVIR?


Depuis le cas de l’intervention militaire préventive contre l’IRAK, supposément détenteur d’armes de destruction massive, les attaques de l’OTAN et de WASHINGTON se font de plus en plus sur la base de guerres préventives. Pour en savoir plus sur ce passage de la diplomatie préventive à la guerre préventive, je vous renvoie à ce bref article qui en fait un bon résumé, en voici un extrait :

« En ce début de XXIe siècle, le discours ne concerne plus l’utilité de la diplomatie préventive, il prône sa négation. Bien que face à des conflits potentiels le terme de prévention soit encore évoqué, il ne s’agit plus d’une prévention politique développée par la voie diplomatique : il s’agit d’une prévention par la force. Les armes veulent prendre la place de la diplomatie. Pour empêcher l’ennemi de déclencher une guerre, il faut lui faire la guerre. La diplomatie préventive a tendance à être remplacée par la guerre préventive. »

Cette approche ne fait que remettre en relief la suprématie des intérêts des forces dominantes sur ceux des pays qui leur sont opposés. La diplomatie préventive de ces puissances consiste à convaincre leurs opposants par de multiples procédés d’influence, allant de la corruption des dirigeants au tordage de bras dont Obama nous a récemment parlé. Si ces moyens ne donnent pas les résultats escomptés auprès de ces gouvernements récalcitrants aux menaces, ils sont alors considérés comme étant de mauvaise foi et provocateurs de guerre. C’est ainsi que la diplomatie préventive sert, dans un premier temps, à démontrer la mauvaise foi de ces dirigeants, dictateurs et irresponsables, et, dans un second temps, à ouvrir la voie à une guerre préventive contre ces délinquants dangereux. Il va de soi que le tout sera présenté sous les dehors d’une intervention humanitaire au service des libertés fondamentales, des droits humains et de la sécurité dans le monde.

Ce mode d’emploi a donné, à ce jour, d’assez bons résultats auprès des populations de l’Occident chrétien qui y voit une sorte de main divine qui assure leur sécurité et la sauvegarde des grandes valeurs humaines de liberté, de bien-être, de sécurité et de paix. Ces résultats seront d’autant plus élevés que ces adversaires insoumis, prétentieux et dominants seront diabolisés, noircis au point d’en souhaiter leur disparition de la surface de la Terre. Les médias meanstream, préparés à cette fin, sauront étayer l’horreur que suscitent ces personnages et les graves dangers qu’ils représentent tant pour leur population que pour la sécurité nationale des principaux pays de l’Occident. Le cas tout récent du Venezuela en est un exemple éclatant. Par un décret spécial, le président Obama en a fait une menace sérieuse pour la sécurité nationale des États-Unis. Ce fut le cas pour Saddam Hussein en Irak, pour Mohamed Kadhafi en Lybie comme c’est actuellement le cas pour Al Assad de Syrie et, maintenant,  nous en arrivons à Poutine, le plus coriace de tous.

L’histoire récente de ces interventions de l’Occident nous révèle les dessous des politiques et actions de Washington et de l’OTAN. Mensonges, manipulation de l’information, corruption, mercenaires, autant de moyens mis à contribution pour que ces interventions qui sont de véritables interventions de conquêtes et de domination soient perçues comme d’authentiques interventions humanitaires au service des droits humains les plus fondamentaux. Les mots en perdent même leur sens : les bombardements de population civile deviennent des bombardements humanitaires, les gouvernements mis en place par les conquérants deviennent des démocraties, les mercenaires deviennent les opposants au régime et les terroristes « modérés » deviennent des combattants courageux.

Derrière toutes ces mises en scène, il y a l’Empire et à la tête de ce dernier, il y a les potentats de la finance, des armements, de la gouvernance mondiale, représentés par des hommes et des femmes politiques qui gèrent les États en respectant à la lettre leurs consignes et intérêts. Ces derniers donnent aux potentats un visage humain, à l’Empire qu’ils représentent l’image de la démocratie et à l’asservissement des peuples, l’image de la liberté.




Aujourd’hui, le défi à relever monte de cran. La gouvernance mondiale se retrouve confrontée à une gouvernance multipolaire et multicentrique. Cette dernière ne laisse guère de place à une gouvernance mondiale, imposée par ces puissants dont le rêve est de dominer le monde. Ce choix est au cœur de la guerre préventive qui est en pleine préparation. Dans ce contexte, l’adversaire à abattre est celui qui se trouve en toute première ligne de cette gouvernance multipolaire, Vladimir Poutine, secondé et soutenu par les pays du BRICS et de nombreux autres pays, tant de l’Amérique latine, d’Afrique que d’Asie.

Une confrontation qui va au-delà des personnages en cause. Deux visions de la gouvernance du monde, celle du G-7 qui représente environ 660 millions de populations et le G-5 qui représente plus de 3 milliards de populations, soit plus de 5 fois celles du G-7. On prévoit que dans deux ou trois ans le PIB des pays du G-5 dépassera celui du G-7.

 "« "En 2014, le produit intérieur brut cumulé des pays du groupe BRICS a atteint 30%. Ce chiffre est pour le moment moins élevé que celui totalisé par le G7, mais la différence constitue 7% à 8%. Selon le Fonds monétaire international (FMI), le PIB global du BRICS s'élève à 32.500 milliards de dollars et celui du G7 à 34.700 milliards de dollars », a déclaré M. Pouchkov aux journalistes lors du premier forum interparlementaire des pays du groupe BRICS à Moscou ».


C’est dire que les enjeux sont fondamentaux et touchent directement l’avenir de la gouvernance mondiale telle que conçue par l’Empire et ses alliés.

La stratégie est donc mise en place pour que ce Poutine devienne aux yeux de l’Occident une véritable menace pour sa sécurité. La guerre en Ukraine, créée de toutes pièces par l’Occident, donne le prétexte pour entrainer et y incriminer le président de Russie. On en a fait l’auteur intellectuel de l’écrasement de l’avion malaisien MH17, abattu en juillet dernier au-dessus du Donbass, dans le sud-est de l’Ukraine. On en fait également le responsable de la guerre interne entre le nouveau gouvernement fantoche de Kiev et les populations prorusses du Donbass qui ont voté en faveur de leur indépendance, tout en souhaitant, comme le demandent les accords de Minsk, que soit élaboré une nouvelle constitution, reconnaissant leur spécificité nationale et leurs droits à l’auto détermination.

Les accords de Minsk qui furent signés par les parties en litige n’ont été que des moments de relâche pour permettre au gouvernement de Kiev de se réarmer avec l’aide de l’Occident pour mieux attaquer l’adversaire. Pendant ce temps, Washington envoie ses soldats faire de la formation et des armes pour frapper plus fort.

Dans les autres pays de l’ex-URSS, le message est que Poutine peut intervenir à tout moment, mettant ainsi en danger la sécurité des populations et des pays concernés, d’où l’augmentation des armes de toute nature aux frontières de la Russie. Tout est présenté comme si Poutine était devenue une menace pour l’Europe et le monde.

Lors du tout récent G7, Donald Tusk, du Conseil européen, déclarait à la presse :

«Chacun de nous préférerait que la Russie soit présente à la table du G7. Mais notre groupe n’est pas qu’un regroupement d’intérêts économiques et politiques, c’est d’abord une communauté de valeurs et c’est pourquoi la Russie n’est pas parmi nous ici aujourd’hui, a expliqué Donald Tusk en ajoutant que la Russie ne serait pas réintégrée au sein de ce cercle des puissances mondiales, “tant qu’elle se comporte de façon agressive vis-à-vis de l’Ukraine et d’autres pays”

Il est intéressant de relever ici l’expression “se comporte de façon agressive” comme si tout devenait possible avec cet homme imprévisible, suggérant ainsi des attaques-surprises.

Obama et Merkel en font tout autant en faisant peser sur Poutine toute la responsabilité du conflit en Ukraine.


"Nos partenaires européens ont réaffirmé qu'ils maintiendraient les sanctions sectorielles contre la Russie jusqu'à ce que les accords de Minsk soient pleinement mis en œuvre. Cela signifie que les sanctions en vigueur seront étendues au-delà de juillet 2015, a déclaré Barack Obama.


À ce sujet, voici la réaction de Poutine dont je me permets de relever plusieurs extraits. C’est même la lecture de cet article qui m’a conduit à écrire celui-ci. Je vous invite à le lire dans son intégralité.

“Je crois que seul un fou, et seulement dans un rêve, peut imaginer que la Russie attaque soudainement l’OTAN. Il me semble que certains pays tirent simplement profit des craintes des gens par rapport à la Russie. Ils veulent juste jouer le rôle de pays aux avant-postes qui devraient recevoir certains équipements militaires supplémentaires, des aides économiques, financières autres.”

Vladimir Poutine a invité les journalistes à comparer le déploiement militaire global des forces russes et celui des Etats-Unis/OTAN, de même que leur niveau respectif de dépenses militaires. Il les a aussi encouragés à observer les mesures prises concernant le Traité antimissile ABM (Anti-Balistic Missile) depuis que l’Union soviétique s’est effondrée.

Il est révélateur de noter que ce sont les États-Unis qui ont choisi de se retirer du Traité ABM limitant les arsenaux de missiles antimissiles balistiques, qui d’après Vladimir Poutine était “la pierre angulaire de tout le système de sécurité internationale”. Et à propos de cette décision américaine, le chef de l’État russe a fait la réflexion suivante : “Quelqu’un s’attendait-il à ce que la Russie désarme unilatéralement?”

“Tout ce que nous faisons n’est qu’une réponse aux menaces qui émergent contre nous. D’ailleurs, ce que nous faisons est limité quant à l’échelle et à la portée, mais cela reste quand même suffisant pour assurer la sécurité de la Russie”,

Il s’agit, pour l’essentiel, d’une réponse à cette campagne de dénigrement voulant le faire passer pour un président guerrier, nourri de l’ambition de dominer le monde en se soumettant l’Occident.

Je termine sur ces propos de l’ex-président des États-Unis, Jimmy Carter, tenus en 2002, lors de la remise du Prix Nobel de la paix.


“Nous devons nous rappeler aujourd'hui qu'il y a au moins huit puissances nucléaires sur Terre et que trois d'entre elles menacent leurs voisins dans des régions où les tensions internationales sont grandes. Dans le cas des pays puissants, adhérer au principe de guerre préventive pourrait bien créer un précédent qui peut avoir des conséquences catastrophiques.”



Oscar Fortin
Le 8 juin 2015





lundi 1 juin 2015

POUTINE PASSE À LA SECONDE VITESSE





Tout semble indiquer qu’a pris fin la période où Poutine expliquait au monde et tout particulièrement à l’Occident les principes et orientations qui fondent les politiques de la Russie face aux défis présents. Finies les palabres, il passe maintenant à la seconde vitesse. Des décisions importantes se prennent, toutes orientées à contrer l’arrogance d’un Occident qui se croit tout permis et à mettre en valeur des actions qui ne laissent place à aucune ambigüité. En un mot, Poutine passe à l’offensive.

Déjà, son ministre des Relations extérieures, M. Lavrov, avait fait savoir à quelques reprises qu’une guerre froide entre deux grandes puissances se disputant le contrôle du monde était du passé. Ce temps est périmé, la Russie ne dispute, d’aucune manière, le contrôle du monde et ne se prêtera pas à une diplomatie visant à conforter la puissance des États-Unis comme l’une des deux puissances pouvant dominer le monde. Dans une déclaration récente du ministre Lavrov, il est clairement dit que les États-Unis ne font même pas partie des priorités de la Russie. Ces priorités portent, d’abord et avant tout, sur l’émergence d’un monde multipolaire qui s’affirme de plus en plus et dont les pôles de décisions sont multicentriques. Dans une entrevue, réalisée le 29 mai , il a dit, entre autres :

« Les relations avec les États-Unis ne sont pas une priorité pour Moscou alors qu’un nouvel ordre mondial est formé … Pour nous, la chose la plus importante est de veiller à ce que tous soient d’accord avec le fait que, aujourd’hui, les problèmes du monde ne peuvent pas être résolus unilatéralement ou bilatéralement » 

À une autre occasion, il précise :

«Nous ne renonçons pas à l'interaction (avec Washington). Toutefois, nous acceptons la coopération non pas parce qu'ils veulent coopérer avec nous dans tel ou tel domaine, mais parce que ces contacts sont dans notre intérêt »,

Les choses sont claires et le fait que ça plaise ou pas à Washington ne fait plus partie de l’équation.

Le président Poutine, lors de sa dernière grande conférence de presse, n’a pas hésité à hausser le ton et à donner la réplique en 15 points aux accusations occidentales contre la Russie. Il met en relief l’aspect psychopathique des dirigeants étasuniens.

De toute évidence, la Russie passe à la seconde vitesse.

En février dernier, Poutine menace Obama de livrer des images satellites des attaques du 11 septembre qui prouveraient la complicité du gouvernement des États-Unis dans ces attentats qui ont permis de transformer en terroristes tous ceux et celles qui ne seraient pas d’accord avec les politiques de Washington..

« Selon des experts américains, la Russie se prépare donc à diffuser les preuves du rôle joué par les États-Unis et des services secrets le jour des terribles attentats. »

Tout récemment, Poutine est revenu à la charge, cette fois, en invoquant l’interventionnisme des États-Unis, tout particulièrement au M.O. et en Afrique. Il met en évidence que les informations dont dispose la Russie ne s’alimentent pas des communiqués de presse de la Maison-Blanche ni du Pentagone, mais à des sources privilégiées qui lèvent le voile sur les véritables intentions de Washington et les moyens qu’il utilise pour atteindre ses objectifs.

« Tout ce qui est arrivé sur la scène internationale au cours des deux dernières années doit être réajusté. Il est évident que nos nations sont menacées et cela est dû au fait que le droit international a été violé en combinaison avec la violation de la souveraineté des différents états et de leurs sphères d’influence ».

Et, d’ajouter pour que Washington ne se méprenne pas sur ses propos: « Nous savons ce qui se passe au Moyen-Orient et en Afrique du Nord » laissant entendre par là le rôle joué par les États-Unis dans la formation, l’armement et l’utilisation des terroristes pour atteindre certains objectifs.


S’ajoutent à ces déclarations explosives, des décisions qui en sont tout autant

Déjà Poutine avait avisé l’Occident qu’il y aurait une réponse adaptée à chacune des sanctions visant la sécurité et les intérêts de la Russie. Ce moment semble arrivé.

Il faut d’abord mentionner, cette liste de 89 personnes, soigneusement sélectionnées, portée à la connaissance des consulats et ambassades russes en Europe. Il s’agit de personnalités auxquelles l’entrée en Russie leur est désormais interdite. Une liste qui répond de toute évidence à celle élaborée par l’Europe et les États-Unis contre certaines personnalités russes. Tout semble indiquer que les pays européens, allés des États-Unis, ne la trouvent pas drôles. Pour en savoir plus, lisez ceci.

À remarquer qu’aucun Américain ne figure sur cette liste. Y aurait-il un motif particulier à cela? Si on prend en considération le fait que l’Europe est la première victime à devoir absorber les contrecoups les plus sévères de cette politique des sanctions, on peut penser que les gouvernements et les peuples du Continent européen vont s’éveiller et se demander si le prix que l’Amérique leur demande de payer n’est pas un peu trop élevé. De quoi alimenter des fissures dans cette alliance dont l’Europe paie le gros prix. À ce sujet, un article tout récent, publié en Allemagne, se demande si l’Europe n’est pas le dindon de la farce de l’Amérique. L’article se termine par cette observation:

« Lorsque l'économie américaine en a besoin, Washington se permet de négliger les sanctions antirusses, conclut l'hebdomadaire. Dans le même temps, les compagnies allemandes souffrent des conséquences de la politique imposée par les Américains, dont les pertes économiques et la réorientation de l'économie russe vers l'Orient. »

On ne se cachera pas que l’affaiblissement de l’alliance de l’Europe avec les États-Unis serait un gain important pour la Russie. Pourquoi, alors, ne pas en profiter pour en accentuer les divergences?

Il faut également signaler la loi, signée par Poutine, concernant les ONG. Une manière pour la Russie de reprendre en main sa souveraineté, souvent menacée par certains de ces organismes de couverture dont les objectifs sont plus souvent que moins de nature politique

Le 30 mai dernier, des avions russes de la Mer Noire ont forcé un contre-torpilleur américain à rejoindre les eaux neutres. On ne peut plus se permettre de jouer au chat et à la souris avec la Russie. Ses forces armées de terre, de mer et d’air sont en position de répondre à toute infraction en provenance de quelque endroit que ce soit.

Dans l’Arctique, région fort importante pour la Russie, les infrastructures militaires seront complétées d’ici la fin de la présente année.

« Les travaux se déroulent selon le calendrier et sont actuellement achevés à 70%. Nous sommes persuadés de pouvoir aménager l'ensemble des infrastructures pour nos troupes dans la région arctique d'ici la fin de 2015 », a déclaré le général aux journalistes. » 

De toute dernière heure, Moscou informe que plus de 18 000 militaires seront en Arctique pour en assurer la défense.

Je ne puis terminer cet article sans parler de ces exercices militaires conjoints, Russie et Chine, en mer méditerranéenne. Ce fut une démonstration de force et d’indépendance. Les liens entre la Chine et la Russie sont là pour résister aux forces de l’OTAN et des États-Unis. Ils ne sont d’ailleurs pas seuls à faire front commun. L’Inde et l’ensemble des pays qui forme la coalition BRICS en font partie. L’alliance pour un monde multipolaire et multicentrique gagne du terrain et se renforce si on la compare à l’Alliance atlantiste, unissant les pays d’Europe et les États-Unis auxquels il faut ajouter le Canada. Dans ce dernier cas, le cordage se fait de moins en moins résistant.

S’il n’y a pas de guerre, la machine de guerre est en marche. Pour un officiel de l’OTAN une guerre éclatera cet été. Chacun peut y aller avec ses prédictions, mais l’élément déclencheur peut être de bien des natures, allant d’une faille technique, d’une erreur humaine à un plan froidement élaboré par ceux qui ont tout à gagner.

Oscar Fortin
Le 1er juin 2015