mercredi 11 mai 2016

LA RUSSIE DÉCLARE UNE GUERRE SAINTE CONTRE LE TERRORISME

EST-CE UNE BONNE NOUVELLE POUR L’OCCIDENT ? 



Les États-Unis et ses alliés dans leur lutte contre le terrorisme

Depuis la tragédie du 11 septembre 2001, les États-Unis et tous ses alliés ont fait de la lutte contre le terrorisme le motif principal de leurs interventions, particulièrement en Asie et au Moyen-Orient. Déjà, dans son discours au Congrès, le 21 septembre 2001, le président GW. Bush avait établi de nouvelles règles de conduite dans les relations internationales : «Qui n’est pas avec nous est contre nous ». En d’autres termes, nous sommes l’axe du bien, et tous les autres qui s’opposent à nous  sont l’axe du mal. Ce fut le cas, entre autres des guerres en Afghanistan, en Irak, en Libye et maintenant en Syrie. C’est dire toute l’importance accordée par l’Occident chrétien à cette lutte contre tous ces États et Peuples qui s’opposent à l’axe du bien. Ces derniers ne peuvent être que des délinquants et des terroristes qui contaminent la sécurité des peuples et des nations solidaires des États-Unis.

L’histoire des 15 dernières années nous apprend toutefois que l’usage fait de la lutte contre le terrorisme a été plus souvent que moins un prétexte pour mener des opérations militaires aux objectifs tout à fait différents. Ce n’est plus le droit international, formulé dans la Charte des Nations Unies, qui prédomine, mais l’axe du bien, incarné par les États-Unis.  Sur le même sujet, il faut lire également la réflexion de Noam Chomsky qui décode, dès décembre 2001, les pièges de cette suprématie des États-Unis sur le bien et le mal. Le cas actuel de la guerre en Syrie en est une bonne illustration : le président Bachar al Assad doit partir pour laisser la place à un élu de l’axe du bien. C’est d’ailleurs dans ce contexte que les terroristes qui combattent également le régime du Président syrien deviennent des alliés et non des ennemis à combattre. Cette situation illustre bien l’ambiguïté des politiques de l’Occident dans sa lutte contre le terrorisme. Cette utilisation du terrorisme à des fins politiques n’est pas nouvelle. Sur ce dernier point, un article tout récent qui en dit long.

La Russie déclare une guerre sainte conte le terrorisme

Le président Vladimir Poutine a décodé depuis longtemps ce double jeu des États-Unis et de ses alliés dans leur soi-disant lutte contre le terrorisme. La Syrie aura été le théâtre tout indiqué pour suivre de près les multiples interventions de ceux qu’il appelle toujours ses  partenaires. Ce que l’aviation russe, en relation étroite avec l’armée syrienne, a pu réaliser en quelques semaines de combat, les États-Unis et leurs alliés n’ont pu le réaliser en une année. Non pas qu‘ils aient été démunis en armements et logistiques, mais du fait que leurs cibles ont toujours été celles de renverser le gouvernement légitime de Bachar el Assad. Il a pu ainsi décoder les supports logistiques apportés aux terroristes de même que leur soutien sous diverses formes. En somme, ils se révèlent des partenaires peu fiables dans cette lutte contre le terrorisme.

C’est à l’occasion du jour de la commémoration de la grande victoire contre l’Allemagne nazie, en 1945, que le Patriarche orthodoxe Kyrill promulgue une  guerre sainte contre le terrorisme. Voici un extrait de cette déclaration qui donne le ton et le sens à cette guerre.

« C’est un combat contre un Mal redoutable qui ne menace pas seulement le Moyen-Orient, mais l’ensemble de l’Humanité […] C’est pourquoi la guerre contre le terrorisme est une Guerre Sainte. Je prie Dieu pour que l’ensemble du monde comprenne ceci et cesse de différencier les terroristes entre ‘bons’ et ‘mauvais’, et cesse par ailleurs d’utiliser cette guerre avec leurs propres objectifs cachés ».

Voilà ce qui résume bien l’irritation que doit ressentir l’Occident devant cette déclaration de guerre sainte contre le terrorisme. En quelque sorte, c’est qu’il en fait partie. Sa grande tricherie est de nouveau mise à jour et ses acteurs deviennent la cible de cette guerre sainte. Nous n’en sommes plus à une guerre idéologique, mais à une guerre qui vise à apporter la paix à chaque peuple, à chaque nation dans le respect du droit international. Les acteurs invisibles qui financent et soutiennent de diverses manières ces terroristes devront prendre bonne note qu’ils sont sur la liste des terroristes à éliminer.

Une anecdote qui m’est venue à l’esprit en rédigeant ce texte

Cette anecdote se réfère au croyant que je suis. Au début du siècle dernier, trois jeunes bergers ont vécu l’expérience de visions de personnages se présentant comme venant du ciel. Un de ces personnages s’est présenté, le 13 mai 1916, comme étant l’ange de la paix.

Cet événement m’a aussitôt ramené à cette visite au Vatican du président Poutine, en juin dernier, qui fut alors reçu par le pape François. À cette occasion, il y eut échanges de cadeaux. Celui remis par le pape François consista en un médaillon représentant  l’ange de la paix. En le lui remettant, il aurait alors dit : "L'Ange de la paix" peut "vaincre toutes les guerres.»

Espérons qu’il en soit ainsi quant à l’action de la Russie pour la paix dans le monde.


Oscar Fortin
Le 13 mai 2016

http://humanisme.blogspot.com


PS. À ce jour je n’ai vu nul part dans nos medias meanstream cette information d’une guerre sainte de la Russie contre le terrorisme.



lundi 2 mai 2016

LA PATIENCE CONTRÔLÉE DE POUTINE




Les plus âgés se souviendront de la crise d’octobre 1962 qui porta l’humanité à un cheveu d’une guerre nucléaire.  L’enjeu était la présence sur l’île de Cuba d’un missile à tête nucléaire que la Russie avait offert à Cuba, suite à l’attaque étasunienne a la baie des Cochons,  en 1961, comme force dissuasive à toute autre intervention des États-Unis contre Cuba. C’était alors inacceptable pour les États-Unis que l’ex-URSS affirme sa présence nucléaire à 90 milles des côtes de la Floride. Il fallait à tout prix qu’elle mette fin à ce projet et qu’elle démantèle les bases de lancement de ces armes nucléaires sinon la première guerre nucléaire serait déclenchée.

Depuis lors, l’ex-URSS a été démantelée, de nombreux pays qui lui étaient rattachés ont été charmés par l’Occident et en sont devenus des alliés militaires. Leurs frontières furent grandes ouvertes pour recevoir des bases militaires avec les armes les plus sophistiquées pour, soi-disant, les protéger contre une invasion de la Russie. C’est avec empressement que les Etats-Unis et ses alliés de l’OTAN s’empressèrent à occuper ces espaces nouveaux. Ce qui était inacceptable pour Cuba, en 1962, l’est devenu pour la grande majorité des pays de l’ex-URSS.

Il est évident que Poutine voit clairement le jeu des États-Unis et de l’OTAN qui encerclent ainsi militairement la Russie. Ces mêmes pays qui se prêtent à la  militarisation de leur territoire deviennent, sans trop s’en rendre compte, le bouclier humain de toute attaque possible de la Russie contre les forces de l’OTAN. Ces armes dont disposent ces pays seront les premières cibles de toute intervention russe. Les populations en seront les premières vicitmes.

Aujourd’hui, du 2 au 19 mai 2016, sont initiés, en Estonie, tout près des frontières russes, des exercices militaires d’envergure de l’OTAN. Ces exercices sont souvent l’occasion d’introduire des armes de haute technologie dans ces pays frontaliers avec la Russie. Poutine voit et sait ce que les États-Unis et l’OTAN ont à l’esprit avec ces manœuvres militaires. Il sait que les provocations sont là pour l’amener à poser un geste militaire offensif afin de les justifier à attaquer la Russie en défense des pays frontaliers.

Ce sont ces mêmes personnages qui font un jeu semblable en Syrie en s’attribuant le rôle des défenseurs des veuves, des orphelins et des persécutés en déployant tous les efforts pour combattre les soi-disant le terroristes et soutenir, à travers ces mêmes terroristes, l’opposition armée qui lutte contre le régime de Bachar Al Assad. Il ne fait pas de doute que Poutine voit ce double jeu et qu’il décode les stratégies de ceux qu’il continue d’appeler ses partenaires. Sa patience résiste à ces manœuvres, mais il a, à certains moments, des interventions à ne pas prendre à la légère.  Il y a des lignes rouges à ne pas dépasser.  La sécurité du peuple russe ne doit être, en aucun cas menacée. Pour la Syrie, la ligne rouge à ne pas dépasser est celle du non-respect du droit international et la déstabilisation du gouvernement légitime de Bachar al Assad. L’envoi tout récent de 250 militaires étasuniens en territoire syrien, sans l’accord du gouvernement syrien constitue une invasion et est inacceptable en droit international. À ce sujet,  Moscou a fait savoir qu’elle appuierait toute intervention légitime du gouvernement dans sa lutte contre le terrorisme et ceux qui le soutiennent de diverses manières.

L’art martial du karaté a sans doute appris à Poutine que les coups qui portent le plus sont ceux qui sont placés au moment le plus opportun. Lorsque les coups de l’attaquant n’arrivent pas à atteindre les points forts de l’adversaire, il se retrouve en situation de faiblesse et de vulnérabilité. Dans tout combat, il n’y a pas que les muscles qui comptent, mais aussi, et sans doute davantage, l’intelligence. C’est sans doute ce qui peut expliquer la patience de Poutine, un des hommes les plus informés de la planète. Il mesure les forces dont il dispose, connaît celles de ses adversaires,  et attend le moment venu pour frapper là où il n’y aura pas de retour.

Il ne faut pas oublier ce que les rues de St-Petersburg lui ont appris : « lorsqu’on réalise que la bagarre est inévitable, il faut frapper le premier. » Il faut croire qu’il continue d’espérer qu’une entente puisse être possible. Pour le moment, ses partenaires occidentaux continuent leur double jeu. Poutine le sait, mais il sait  également que ce double jeu finira par avoir raison d’eux.  Poutine est de moins en moins seul et ses adversaires de moins en moins crédibles.

Oscar Fortin


Le 2 mai 2016 




mardi 19 avril 2016

LE CARDINAL OUELLET SERAIT-IL EN EAU TROUBLE ?




Cette photo, prise quelques jours avant le conclave pour l’élection du pape, nous montre le cardinal Ouellet, candidat potentiel largement mentionné par les médias, et le cardinal Bergoglio,  peu connu du grand public. Comme on le voit, il pleut sur la Place Saint-Pierre et le cardinal Ouellet, plus prévoyant que son homologue argentin, dispose d’un parapluie à la mesure de son statut. Par contre, le cardinal Bergoglio n’a pas eu cette même prévoyance et doit se résigner à la pluie qui lui tombe dessus.

Le destin, étant ce qu’il est, a fait en sorte que le cardinal Bergoglio soit l’élu de l’ensemble des cardinaux pour occuper le siège de Pierre. Une surprise pour l’Église entière, mais aussi pour ceux qui pouvaient espérer un tel poste. Comment ce cardinal jésuite argentin, venu de la fin du monde, pouvait-il  assumer ce haut poste dans l’Église universelle et dans l’État du Vatican ?

Le cardinal Ouellet, qualifié d’homme d’Église et de doctrine, avait pour ainsi dire le vent dans les voiles et ses fidèles alliés n’attendaient que le signal de la fumée blanche et la proclamation de son nom, pour célébrer avec tous les honneurs ce nouveau pape, issu d’une humble famille du Nord-ouest québécois. Tous les ingrédients pour en faire un pape, sachant valoriser l’autorité institutionnelle et la doctrine de l’Église, étaient là. Malheureusement, pour lui et ses promoteurs, l’Esprit-Saint, comme on aime s’y référer dans le milieu,  en a décidé autrement.

Le cardinal Bergoglio, peu connu au moment de son élection au Pontificat,  avait la réputation, en Argentine, d’être un cardinal proche de ses concitoyens et concitoyennes. Il vivait humblement dans un petit appartement, se cuisinant lui-même les repas. Il prenait les transports en commun pour se déplacer d’un coin à l’autre de son diocèse. Il savait se faire proche des humbles et laissés pour compte.

Son élection a donc été une grande surprise pour le monde, mais sa première apparition a été la révélation d’un pasteur « nouveau style » dans cette enceinte de la Curie romaine et de l’État du Vatican. Il a commencé par demander à la communauté chrétienne, présente sur la Place Saint-Pierre, de le bénir et de prier pour lui. Un geste qui remet la pointe de la pyramide ecclésiale au plus bas et sa partie opposée, le peuple croyant, au plus haut. Il s’est par la suite identifié comme évêque de Rome pour ensuite révéler le sens que prendrait son Pontificat, placé sous le patronage de François d’Assise à qui le Seigneur avait demandé de rebâtir son Église.

Depuis maintenant trois ans qu’il agit comme Pasteur de l’Église de Rome et de l’Église universelle. Nous commençons à saisir le sens de ses premiers gestes et paroles.  Pour ceux et celles qui le suivent de plus près, il est de ceux qui remettent l’Évangile au cœur de l’Église et qui lui donnent la primauté sur les institutions et les doctrines. Ainsi, il restitue l’Église à l’Humanité entière, faisant du témoignage de Jésus et de son enseignement le ferment pouvant lui assurer la paix, la justice, la solidarité, la compassion, la vérité et la miséricorde gratifiante et humanisante.

Dans sa première entrevue, accordée à une revue jésuite, il répondit à la question de savoir qui était Jorge Bergoglio, « Je ne sais pas quelle est la définition la plus juste... Je suis un pécheur. C’est la définition la plus juste... Ce n’est pas une manière de parler, un genre littéraire. Je suis un pécheur. »  Poursuivant sa réflexion, il ajoute toutefois: «Si, je peux peut-être dire que je suis un peu rusé , que je sais manœuvrer,  mais il est vrai que je suis aussi un peu ingénu. Voilà les quatre traits principaux par lesquels il se définit : pécheur, rusé, ingénu et bon manœuvre.

Il faut croire que ces quatre caractéristiques mentionnées l’ont bien servi au cours des trois années de son Pontificat. Il a su manœuvrer la gestion du personnel sans faire trop de vagues dans les dicastères. Il en fut de même avec ses principales nominations qui ont été relativement bien acceptées. Au nombre de ces dernières, on peut mentionner celle de Pietro Parolin en tant que secrétaire d’État du Saint-Siège. Beaucoup d’autres, comme ce fut le cas pour le cardinal Ouellet, ont été reconduits dans leurs fonctions. La composition du comité spécial de cardinaux (G.8 puis G-9) pour conseiller le pape n’a pas projeté l’image de personnes déterminées à brasser la cage de la Curie romaine. Ils sont, dans leur ensemble, de profil plus conservateur modéré que libéral déterminé au changement. La présence du cardinal Maradiaga à tête du G-9 est à ce titre passablement rassurante pour les conservateurs et surtout pour l’influent lobby de Washington auprès du Saint-Siège. Tout en donnant l’image d’un progressiste, il demeure foncièrement conservateur et emblématique.

Le pape François, pendant que les analyses de réforme de la Curie et de la Banque du Vatican se poursuivent, se déplace dans le monde, fait entendre le message évangélique en l’inscrivant dans les réalités humaines, sociales, politiques et économiques. Sa première encyclique qui lui est exclusive, Evangelii-gaudium, ne fait pas usage de la langue de bois pour parler du système économique capitaliste qui domine actuellement le monde. Son langage direct,  ses références précises ne laissent personne indifférent. Dans sa seconde encyclique, Laudato si, il approfondit le sens de cette grande maison commune où tout ce qui vit est relié et se conditionne mutuellement. La vie porte avec elle la diversité tout en générant la solidarité. Sa toute dernière intervention, « Amoris Laetitia » renvoie aux évêques locaux le pouvoir de décider de l’accès ou non de la communion aux personnes divorcées et remariées. Par ce geste, il décentralise le pouvoir de la Curie.

Dans un article du jour, on y signale le malaise que ressentirait le cardinal Ouellet à travailler avec le pape François.  Il est évident que le point de vue  de ce dernier va beaucoup plus dans le sens de l’ouverture des esprits aux réalités du monde contemporain et de l’accueil des personnes telles qu’elles sont et avec ce qu’elles ont. Le Seigneur reçoit qui veut bien s’en approcher.

On peut comprendre que le cardinal Marc Ouellet, soucieux de l’Institution et de la doctrine, se retrouve en terrain étranger avec ce pape qui place ces deux éléments au service d’une humanité en quête de justice, de vérité, de solidarité et de paix. Là où le pape met l’esprit évangélique avant tout, le cardinal met la doctrine. Lorsque les deux concordent, il n’y a pas de problème, mais lorsqu’ils ne concordent pas, il y a un problème.  Pour le pape, l’esprit évangélique passe avant toute doctrine qui ne s’y harmonise pas.

L’article en question laisserait entendre que le cardinal se plaindrait du fait que le pape ne suit pas toujours ses conseils quant au choix des candidats proposés à l’épiscopat.  Sur ce point, le cardinal n’a pas voulu parler de cette question avec les journalistes. C’est sans doute qu’il réalise que ce n’est pas le pape qui doit s’ajuster à lui, mais plutôt lui, comme conseiller, qui doit s’ajuster à ses attentes et orientations. Il lui appartient de saisir certains signaux que les décisions du pape lui envoient, Il est évident que s’il réalise qu’il ne peut pas s’ajuster aux orientations du pape, il n’a pas autre chose à faire que de donner sa démission.





Les voies de Dieu sont mystérieuses et font souvent appel à beaucoup d’humilité, de compassion et de miséricorde. Trois composantes qui s’accommodent mal avec la doctrine, les lois et le pouvoir. On peut comprendre que le cardinal Ouellet  puisse se retrouver en eau trouble.

Oscar Fortin

Le 19 avril 2016

http://humanisme.blogspot.com