vendredi 22 juillet 2016

LE CANADA EN UKRAINE ET EN SYRIE







NOTE : En février dernier, j’avais publié, sur ce site, également ici, la lettre que j’avais envoyée au Premier ministre du Canada, Justin Trudeau, et à son Ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion. Je viens de recevoir, de la part de ce dernier, une première réponse que je porte à votre attention et évaluation. Je rappelle que Stéphane Dion a une formation en Science politique. Je laisse à votre discrétion de savoir si la rigueur du professeur universitaire qu’il a été se retrouve dans celle du ministre des Affaires étrangères qu’il est devenu.

Vos commentaires seront les bienvenus.



Monsieur Oscar Fortin


Monsieur,

Je vous remercie de votre courriel du 17 février 2016 auquel vous avez joint une lettre exprimant vos inquiétudes au sujet de la situation en Ukraine, en Syrie et la lutte contre le soi-disant État islamique en Iraq et au Levant (EIIL). Je vous prie d’excuser ce retard à vous répondre.

Le Canada est très inquiet de la crise qui perdure en Ukraine et souscrit toujours à une solution diplomatique au conflit. Le Canada appuie le peuple ukrainien et s’attend à ce que la Russie participe pleinement au processus de paix de Minsk, notamment en cessant d’approvisionner et de soutenir les insurgés dans l’est de l’Ukraine ainsi qu’en respectant totalement la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine. J’ai réitéré ce message au cours de ma visite fructueuse à Kiev le 1er février 2016 à l’occasion de laquelle j’ai rencontré mon homologue, le ministre des Affaires étrangères Pavlo Klimkine, ainsi que le premier ministre de l’époque Arseni Iatseniouk. J’ai aussi souligné l’importance d’appliquer de façon exhaustive les accords de Minsk, en particulier par la Russie, afin d’instaurer une paix durable en Ukraine.

En ce qui concerne la Crimée, le Canada s’est joint à d’autres dirigeants du G7 le 27 mars 2014 afin d’émettre la Déclaration de La Haye, qui stipule que : « Le droit international interdit l’acquisition par la coercition ou la force d’une partie ou de l’ensemble du territoire d’un autre État. Cet acte va à l’encontre des principes sur lesquels le système international est fondé. Nous condamnons le référendum illégal tenu en Crimée, contraire à la constitution de l’Ukraine. Nous condamnons également fermement la tentative de la Russie d’annexer la Crimée d’une façon qui contrevient au droit international et à des obligations internationales spécifiques. Nous ne reconnaissons ni l’un, ni l’autre ».

Le Canada continuera de surveiller attentivement la situation et réagira en conséquence, de concert avec ses partenaires et ses alliés. Vous trouverez plus de renseignements au sujet de la réponse du Canada à la situation en Ukraine à http://www.international.gc.ca/international/ukraine.aspx?lang=fra.

En ce qui concerne la Syrie, depuis le début de 2011, plusieurs manifestations visant à encourager des réformes démocratiques ont eu lieu dans diverses villes partout en Syrie. La violente répression du régime Assad à l’encontre des manifestants pacifiques en mars 2011 a fait de nombreux morts et blessés parmi les civils. Des milliers de civils ont été détenus de façon arbitraire et certains rapports crédibles ont fait état de tortures et d’exécutions sommaires. Les actions du régime Assad, y compris son utilisation présumée d’armes chimiques, ont incité des milliers de Syriens à fuir vers les pays voisins, provoquant ainsi une grave crise humanitaire dans la région.

Le Canada a appelé la communauté internationale à se mobiliser et à défendre le droit du peuple syrien à décider de son avenir. Le 19 décembre 2015, j’ai accueilli favorablement l’adoption de la résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui entérine les négociations visant à assurer une transition politique pacifique, inclusive et dirigée par les Syriens, conformément au Communiqué de Genève de 2012. De plus, le Canada salue et appuie les efforts incessants des Nations Unies et du Groupe international de soutien à la Syrie en vue d’un règlement du conflit syrien. J’ai réitéré cette position dans une déclaration que j’ai faite le 31 janvier 2016. Dans le but de créer un contexte plus favorable aux pourparlers de paix, j’ai également réclamé la fin des bombardements aveugles et du recours à la privation de nourriture comme arme de guerre.

Le Canada est convaincu qu’un règlement politique négocié est la seule façon de mettre fin à la crise syrienne. Le maintien au pouvoir d’Assad ne peut faire partie de quelque solution réaliste que ce soit.

Le gouvernement du Canada est vivement préoccupé par la détérioration de la situation humanitaire provoquée par la crise en Syrie et par les répercussions de la crise sur ceux et celles qui sont restés au pays ou qui se sont réfugiés dans les pays voisins. À ce jour, le Canada a fourni plus de 978 millions de dollars en réponse à la crise syrienne. Depuis janvier 2012, le Canada a engagé plus de 653,5 millions de dollars en aide humanitaire, 242 millions de dollars en aide au développement à la Jordanie et à la région et 82,91 millions de dollars en aide liée à la sécurité à la région. Vous trouverez plus de renseignements sur l’aide canadienne à http://www.international.gc.ca/development-developpement/humanitarian_response-situations_crises/syria-syrie.aspx?lang=fra.

Le conflit syrien est une situation d’urgence complexe qui perdure. Les partenaires humanitaires n’ont pas accès à l’ensemble du territoire syrien en raison de l’insécurité liée aux combats et du refus des parties au conflit de permettre aux organismes humanitaires d’intervenir dans les territoires qu’elles contrôlent. Les conditions relatives à la prestation de l’aide humanitaire ont toutefois changé en février 2014 lorsque le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté à l’unanimité la résolution 2139, laquelle demande notamment un meilleur accès humanitaire en Syrie. Puis, le 14 juillet 2014, le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté la résolution 2165 qui autorise les organismes onusiens à traverser la frontière pour apporter une aide à la population après en avoir préalablement informé le régime Assad, sans toutefois solliciter son consentement. Le 22 décembre 2014, le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté la résolution 2258, qui prolonge ce mandat pour la deuxième fois, jusqu’en janvier 2017.

Les actions du régime Assad ont créé un environnement propice à la croissance de l’EIIL. Depuis 2013, l’EIIL mène des campagnes d’une violence inouïe contre des civils et tous ceux et celles qui s’opposent à lui dans les zones qu’il contrôle. Le Canada est un membre actif de la Coalition mondiale de lutte contre l’EIIL. À la suite de consultations menées auprès de ses partenaires et de ses alliés de la Coalition, y compris le gouvernement iraquien, le gouvernement du Canada réoriente son rôle au sein de la Coalition. Le 8 février 2016, le premier ministre Justin Trudeau a annoncé la nouvelle stratégie du Canada pour faire face aux crises en Iraq et en Syrie et atténuer les répercussions sur la Jordanie, le Liban et l’ensemble de la région. Dans le cadre de la nouvelle stratégie, le Canada investira environ 1,6 milliard de dollars sur trois ans dans la région. Ceci comprend 840 millions de dollars en aide humanitaire, et 270 millions de dollars en

aide au développement à long terme (dont 130 millions de dollars sont déjà affectés à des engagements à l’égard de projets en cours). Le reste comprend 145 millions de dollars d’aide pour la stabilisation et la sécurité et 305 millions de dollars en aide militaire.

Le Canada est en train de réorienter sa mission militaire de façon à mettre fin aux frappes aériennes, tout en continuant à apporter un appui sous la forme de ravitaillement des aéronefs et d’avions de surveillance. Le Canada fournira plus d’équipement militaire et il participera plus activement à la formation des forces locales en Iraq afin qu’elles assument pleinement la responsabilité de la sécurité de leur pays.

Parallèlement à cette contribution militaire, le Canada continuera à participer aux efforts de stabilisation et aux mesures de lutte contre le terrorisme, notamment en aidant à couper l’accès de l’EIIL à ses sources de financement, en luttant contre la propagande de l’EIIL et en endiguant le flux de combattants terroristes étrangers. La contribution du Canada prendra appui sur les succès de la Coalition et apportera un complément aux efforts de nos partenaires. Dorénavant, le Canada apportera une contribution globale, intégrée et durable et mettra à nouveau l’accent sur le renforcement des capacités locales par la formation, la fourniture d’une aide humanitaire efficace et le travail avec les collectivités locales pour répondre aux besoins de développement à long terme de la région. Cette approche pangouvernementale contribuera à renforcer la sécurité et la stabilité, à fournir une aide humanitaire et à aider les partenaires à offrir des services sociaux, à reconstruire les infrastructures et à assurer une bonne gouvernance.

Vous trouverez plus de renseignements sur les efforts du Canada pour contrer l’EIIL à http://www.international.gc.ca/world-monde/security-securite/middle_east-moyen_orient/index.aspx?lang=fra.

Le gouvernement du Canada continue de suivre de près l’évolution de la situation en Syrie et de soulever ses inquiétudes, le cas échéant. Vous trouverez plus de renseignements au sujet de la position et des actions récentes du Canada à http://www.canadainternational.gc.ca/syria-syrie/index.aspx?lang=fra.

Je vous remercie d’avoir écrit et vous prie d’agréer, Monsieur, l’expression de mes sentiments les meilleurs.

Le ministre des Affaires étrangères,



L’honorable Stéphane Dion, C.P., député

dimanche 10 juillet 2016


LORSQUE POUTINE SE RETIRE DANS LE SILENCE




DES DÉCISIONS  IMPORTANTES S’EN SUIVENT

À la veille de la rencontre de l’OTAN à Varsovie, Vladimir Poutine a annulé tous ses déplacements pour se retirer dans un silence qui ne peut que présager de décisions importantes. Ces dernières seront des réponses aux actions provocatrices de l’OTAN, véritables menaces à la sécurité du peuple russe et à la paix mondiale. Nous savons  que le président Poutine n’est pas du genre à réagir sous l’effet de la passion ou de la provocation, mais sous ceux de faits soigneusement analysés et d’une stratégie d’intervention soigneusement orientée à prendre l’ennemie là où il s’y attend le moins.  Il ne faut pas oublier cet aveu de Poutine, devenue incontournable : « Dans mon enfance, les rues de St-Petersbourg m’ont appris que lorsque l’entente devient impossible, il faut frapper le premier ».

Une première réaction du ministère des Affaires extérieures de Russie demande aux dirigeants de l’OTAN des explications sur ce déploiement tous azimuts des forces de l’OTAN aux frontières de la Russie.

 "Au mépris de l'impératif objectif du maintien de la paix et de la stabilité en Europe et contrairement à la nécessité d'œuvrer en synergie pour relever les défis effectifs, et non imaginaires, l'OTAN se concentre sur la +dissuasion+ d'une menace inexistante à l'Est »

Et d’ajouter la représentante du ministère extérieur russe, Maria Zakharova :

« L'OTAN refuse de voir ces conséquences négatives et risquées à long terme pour l'ensemble de la sécurité euro-atlantique que recèlent les démarches de Washington et Bruxelles visant à perturber l'équilibre de forces actuel", a indiqué la porte-parole, citant en exemple le déploiement accéléré d'éléments du bouclier antimissile É.-U./OTAN en Europe. »

Tout le scénario de l’OTAN consiste à couvrir ce déploiement majeur sur les frontières russes par un discours qui fait de la Russie l’ennemie aux prétentions de conquêtes et de domination des pays qui lui sont frontaliers. Elle fait de la Russie l’envahisseur de l’Ukraine et, de ce fait, le conquérant potentiel de tous les pays qui lui sont frontaliers.

« Elle (OTAN) a (…) suspendu toute coopération avec ce pays (RUSSIE) en réponse à l’intervention militaire de ce dernier en Ukraine, que les Alliés condamnent avec la plus grande fermeté. Les canaux de communication politiques et militaires, quant à eux, restent ouverts. L'OTAN demeure préoccupée par les activités militaires et le discours agressif de la Russie, qui font songer à une manoeuvre de déstabilisation, qui viserait l'Ukraine, mais pas seulement elle. »

Le mensonge de l’intervention militaire de la Russie en Ukraine est énorme et dire qu’il est avalé par les 28 pays membres de l’OTAN. C’est tout de même incroyable.

Il faut lire ici les dessous d’un coup d’État en Ukraine que nous présente l’excellent analyste, Michel Collon et, également, ici , ce qu’en pense Poutine. Si G.W. Bush s’est servi d’un monstrueux mensonge pour envahir l’Irak, Obama et ses pairs de l’OTAN peuvent en faire tout autant pour envahir la Russie. Sauf que dans ce dernier cas la situation de Poutine est toute autre de celle de Saddam Hussein.

Il est incroyable que ces 28 chefs d’État qui chapeautent l’OTAN se disent « préoccupés par les activités militaires et le discours agressif de la Russie qui font songer à une manœuvre de déstabilisation qui viserait l’Ukraine et pas seulement elle. »  À ce que je sache, le déploiement militaire se fait sur le territoire russe et en Syrie, à la demande du Président de ce pays pour lutter contre le terrorisme. Cette situation n’a rien de comparable avec ce déploiement des forces de l’OTAN sur les frontières russes et un peu partout dans le monde.

Que dire maintenant de ce discours agressif de Poutine ? Il n’est pas du genre à menacer à tout vent et à s’ingérer dans les affaires intérieures des autres pays comme le font les États-Unis et plusieurs pays de l’OTAN. Pour ne parler que des États-Unis, voyons ce qu’ils font en Amérique latine, tout particulièrement au Venezuela qu’ils déclarent comme une menace à la sécurité nationale des États-Unis. Une déclaration qui devient une véritable menace de guerre. Si ce n’est pas là un discours agressif de Washington, je n’y comprends rien. Le Venezuela n’est pas à la frontière des États-Unis et n’en constitue d’aucune manière une menace militaire pour les États-Unis. C’est une situation tout autre que vit la Russie avec les forces de l’OTAN à sa frontière.

Que va décider Poutine ?

Lui, plus que tout autre, sait les mensonges qui servent à manipuler l’opinion publique occidentale contre la Russie. Il sait que les peuples de l’Occident ne sont pas des ennemis de la Russie, mais que leurs dirigeants, soumis aux volontés de Washington, le sont. Plus que tout, il sait que Washington est effectivement son véritable ennemi. Ce sont les ambitions de ce dernier qui mettent en péril la Russie et une grande partie du monde.

Il sait également que l’unité de l’Europe se fragilise et que les peuples deviennent de plus en plus conscients de la manipulation dont ils sont victimes.  La France, l’Italie, l’Espagne font toujours plus partie de ces peuples soumis au pouvoir des marionnettes qui les dirigent.

Si Poutine décide de frapper le premier, ce ne sera pas contre les peuples, mais contre ces forces sur lesquelles compte Washington pour envahir la Russie.  Je lui souhaite bonne chance.

Je pense qu’on s’approche d’un automne qui risque d’être chaud.


Oscar Fortin

Le 10 juillet 2016



jeudi 7 juillet 2016

LE PAPE FRANÇOIS AU PRÉSIDENT VLADIMIR POUTINE



LE MÉDAILLON DE L’ANGE DE LA PAIX


Au moment où les tensions montent au Moyen-Orient, en Mer de Chine et sur la Mer Noire et que les divers intervenants durcissent le ton, j’ai voulu en savoir un peu plus sur ce médaillon de l’Ange de la paix que le pape François a remis au président Vladimir Poutine, lors de sa visite au Vatican, le 25 novembre dernier. Ce choix très particulier d’un médaillon peu connu  était porteur, à n’en pas douter,  d’un message que nous qualifierons, un jour, de prophétique.  En lui remettant ce médaillon de l’Ange de la paix, le pape François a eu ces paroles : « C'est l'Ange qui vainc toutes les guerres et parle de solidarité entre tous les peuples".

Il nous est difficile en Occident, soumis à une information qui fait de Vladimir Poutine un Tsar conquérant, aux ambitions illimitées, déterminé à conquérir l’Europe et l’Amérique de voir en cet homme tout le charisme dont il est porteur. On en fait l’auteur d’à peu près tous les problèmes qui existent ou qui surgissent ici et là. Il va de soi, qu’avec un tel portrait, on ait de la difficulté à comprendre le geste du pape François à l’endroit de ce Président, diabolisé par l’Occident. Il faut croire que le pape François n’est pas dépendant d’une seule source d’information et qu’il sait décoder les messages qui lui sont destinés.

Je regarde cette photo et j’y vois deux hommes dont le destin est de faire basculer l’Humanité d’un monde individualiste et refermé sur lui-même vers un monde de solidarité et d’ouverture. Le Pape François, avec son Église, s’attaque aux colonnes du temple de pierre et à tout ce qui  en fait un centre de pouvoir hiérarchique, centralisé et dominant, pour en faire une Église de chair, décentralisée, faite de solidarité, de justice, de vérité et de compassion. Le président Vladimir Poutine, pour sa part, s’attaque à un monde unipolaire et à tout ce qui le rend possible, pour ouvrir la voie à un monde multipolaire, décentralisé et respectueux du droit des peuples et des personnes. 

Dans ce contexte, les paroles du pape François à Vladimir Poutine, au moment de lui remettre le médaillon de l’Ange de la paix, prennent un sens bien particulier. C’est comme s’il confiait Vladimir Poutine à cet Ange qui vainc toutes les guerres et parle de solidarité entre tous les peuples. » De telles paroles ont de quoi réconforter et donner confiance à ce Président dont le destin semble répondre tout autant aux attentes des temps que nous vivons qu’à un destin divin. Il ne faut pas oublier que ces deux hommes partagent une même foi et une même mission qui vise à rapprocher Dieu de l’Humanité et non l’inverse. C'est ce rappel de l'incarnation du Dieu des chrétiens qui vient à la rencontre de notre humanité. 

Pour ceux qui voudraient lire sur l’Ange de la paix, je propose un texte que j’ai beaucoup aimé. Disons qu’il m’a rejoint plus que tous les autres. Pointez l’image.



Oscar Fortin
Le 7 juillet 2016 



vendredi 1 juillet 2016

OBAMA: L'HOMME QUI EUT PU CHANGER LE MONDE

OBAMA : L’HOMME QUI EUT PU CHANGER LE MONDE


MAIS HÉLAS !

Je me souviens du premier discours d’Obama au moment de son assermentation comme président des États-Unis. Ce fut un discours qui ouvrait toutes grandes les fenêtres sur un monde nouveau, sur une ère nouvelle. C’était comme si le «Yes, we can » (oui, nous pouvons) de la campagne électorale allait s’imposer pour donner suite aux changements fondamentaux exigés par un monde en quête de justice, de vérité, de respect des droits des peuples et des personnes. À ce moment, plusieurs se souviendront du pasteur Jackson qui en avait les larmes aux yeux, tout comme moi d’ailleurs, de mon lit d’hôpital, où je me trouvais au moment de cet événement.

« En ce jour, nous proclamons la fin des rancunes mesquines et des promesses non tenues, des récriminations et des dogmes éculés qui ont trop longtemps étranglé notre politique. »

Nous restons une nation jeune, mais pour citer les Écritures, il est temps de "faire disparaître ce qui était de l'enfant". Il est temps de réaffirmer notre force de caractère; de choisir une histoire meilleure; de porter ce cadeau précieux, cette noble idée transmise de génération en génération: la promesse obtenue de Dieu que nous sommes tous égaux, tous libres et méritons tous une chance d'aspirer à la plénitude du bonheur.

De fait, comment ne pas croire en ce jeune avocat brillant, sensibilisé aux problèmes sociaux par son vécu dans cette grande ville qu’est Chicago, là où il a fait carrière ? Comment ne pas être en admiration devant ce jeune noir qui a vaincu les forces raciales de son pays pour devenir le premier président noir des États-Unis ? Pour des millions de personnes, n’est-il pas devenu un véritable don du ciel, brisant les préjugés raciaux, déterminé à mettre fin aux guerres et à l’usage des tortures, à fermer cette prison injustifiable de Guantanamo où des centaines de personnes y sont détenues et torturées, souvent sans accusation et sans aucun droit réel de défense ? En somme, un Président décidé à s’attaquer, prioritairement, aux sérieux problèmes sociaux de son peuple pour lui assurer les soins de santé, l’éducation et les protections sociales nécessaires au mieux-être de tous et de toutes.

Le potentiel de cet homme, pouvant apporter une ère de paix, était si fort qu’on en a fait, par anticipation, le récipiendaire du prix Nobel de la paix 2009. C’est dire l’aura qu’il était parvenu à dégager et l’espoir qu’il avait suscité chez des millions de gens à l’effet que le monde allait changer.

« Aujourd'hui, je vous dis que les défis qui nous attendent sont réels. Ils sont graves et ils sont nombreux. Ils ne seront pas facilement ni rapidement relevés. Mais sachez-le, ô Amérique: ils seront relevés. »

Qu’en est-il au terme de son second mandat?  De toute évidence, l’homme de janvier 2009 est tout autre de celui que ces huit années de mandat nous en ont révélé. L’aura qui l’avait couronné Président, en janvier 2009,  s’est transformée en une véritable désillusion et humiliation pour tous ceux et celles qui avaient cru en lui. L’histoire de ces huit années nous le révèle, à l’égal de ses prédécesseurs, comme une marionnette de plus au service des grands pouvoirs financiers et militaires. Le «Yes we can » que le peuple s’appropriait spontanément, s’est révélé être le « Yes we can » dirigée non pas au peuple, mais à ces grands pouvoirs. Il n’est donc plus surprenant que les guerres se soient multipliées, que Guantanamo soit toujours une prison, que les programmes sociaux et de santé en soient au même point et que les politiques extérieures des États-Unis continuent de se moquer du droit international, intervenant là où ses intérêts les y poussent sans se soucier des morts, des blessés, de la misère et des désastres qu’ils y laissent sur leur passage. L’Irak, l’Afghanistan, la Libye, la Syrie sont toujours des pays en guerre alors qu’on leur promettait la démocratie et la paix. Nous pourrions également y ajouter l’Ukraine, victime d’un coup d’État planifié de longue main par Washington.

Cet esprit de conquête et de domination qui se reflète dans ces guerres du M.O. se retrouve de plus en plus, également, en Amérique latine, où, ce même Obama cherche à y reconquérir les privilèges perdus lors de la conquête, par des voies démocratiques, de la seconde indépendance de plusieurs de ces pays. Au nombre de ces derniers, il faut mentionner le Venezuela, la Bolivie, l’Équateur, le Nicaragua, le Salvador. Quant au Brésil, au Paraguay et au Honduras, également sur la voie de la conquête de leur seconde indépendance, ils ont  été victimes de l’interventionnisme des États-Unis qui, conjointement avec les oligarchies locales, ont repris du terrain perdu. Ce fut surtout par des coups d’État techniques, à savoir l’usage de procédures parlementaires et sénatoriales. Pour ce qui a trait à l’Argentine, ce fut effectivement par une élection à laquelle le président actuel s’est présenté sous un faux message qu’il a d’ailleurs reconnu lui-même, tout récemment. 

« Si je vous avais dit, il y a une année, ce que j’allais faire et ce qui allait suivre, majoritairement, vous m’auriez enfermé dans une maison de fous. » (Traduction de l’auteur).

Voilà ce qu’est la démocratie pour cet allié de Washington. On se fait élire sous la bannière d’un programme qui est substitué, une fois l’élection acquise, par une autre bannière qu’aurait immanquablement rejeté le peuple. Dans tous ces pays, plus haut mentionnés, les changements de gouvernements se sont effectués en utilisant des millions de dollars pour alimenter la corruption, pour soutenir la désinformation de manière à diaboliser l’ennemi à abattre et à fermer les yeux sur les actions de violence, incluant les assassinats et les actes terroristes affectant directement le peuple.

Le président Obama est au fait de ces réalités et il sait qu’elles sont illégales et qu’elles vont à l’encontre du droit international ainsi que du droit des États concernés. Avec l’argent, on parvient à acheter même les juges, les parlementaires, les sénateurs et le parjure trouve toujours sa réponse dans la satisfaction de ses propres intérêts.

Si l’empire est parvenu à renverser et à infiltrer certains gouvernements, la résistance de certains autres  lui rend la vie plus difficile. C’est évidemment le cas du Venezuela,  de l’Équateur et de la Bolivie dont les richesses en mines et en pétrole ont de quoi faire l’envie de l’empire. Ce n’est pas pour rien que des millions de dollars, venant des diverses organisations gouvernementales et non gouvernementales étasuniennes, sont investis, année après année, pour appuyer les oligarchies locales dans leurs luttes politiques et pour créer par des actions de violence et des guerres économiques, les conditions de déstabilisation de ces gouvernements de manière à susciter la révolte de leurs peuples et à justifier ainsi des interventions militaires extérieures.

Le cas du Venezuela est particulièrement parlant quant à l’approche de l’empire visant le renversement du gouvernement, la prise de contrôle de l’État ainsi que des ressources énormes de pétrole dont dispose ce pays. Il s’agit d’une réserve des plus importantes au monde. De quoi susciter la cupidité et l’ambition de conquête. C’est ce que vise l’empire et c’est ce que ce jeune président qui devait changer le monde, en respectant les peuples, se propose de réaliser, à l’encontre du droit international et au détriment de la volonté et des intérêts du peuple vénézuélien. Il applique au Venezuela les mêmes principes qui ont donné lieu au blocus économique contre Cuba. Il est important de les rappeler dans le contexte de cette guerre économique dont est victime le peuple vénézuélien. Tiré du rapport du secrétaire d’État de l’époque, Lester Malory :

 « La majorité des Cubains appuient Castro (…) Il n’existe pas une opposition politique effective. (…) L’unique moyen possible pour lui faire perdre l’appui interne est de provoquer la désillusion et le mécontentement en provoquant l’insatisfaction économique (...) et la pénurie. (…) Il faut mettre rapidement en pratique tous les moyens possibles pour affaiblir la vie économique (…) refusant à Cuba argent et biens de toute nature de manière à réduire les salaires et l’emploi, provoquant ainsi la faim, le découragement et la chute du gouvernement. »


Si le président Obama s’est permis de reconnaître que ce blocus économique contre Cuba avait été une erreur, il n’en continu pas moins à imposer à Cuba cette médecine et à en faire autant avec le Venezuela à travers cette guerre économique dont il connaît très bien les avenants et aboutissants.

En dépit de toutes ces misères du Venezuela dont se nourrit la presse officielle, Barack Obama a émi un décret déclarant le Venezuela comme étant une menace à la sécurité nationale des États-Unis. On peut toujours se demander en quoi le Venezuela serait une menace de cette nature pour les États-Unis, mais ce décret répond avant tout à une procédure qui a pour effet d’autoriser le Président à intervenir militairement contre ce pays au moment qu’il jugera le plus pertinent. Il s’agit d’une épée de Damoclès placée sur la tête du Venezuela. C’est la manière pour ce Président de gérer ses relations internationales avec le Venezuela.

Que conclure ?

Barack Obama, ce président qui nous arrachait les larmes des yeux par ses discours pleins de promesses et d’avenir, ne peut évoquer l’ignorance de toutes ces manigances qui se jouent pour se défaire de gouvernements qui n’acceptent pas sa soumission à l’empire. Il sait très bien tout ce qui se passe d’illégal et de malhonnête pour renverser ces gouvernements. Loin de les blâmer, il les encourage et leur apporte son soutien. Ceci ne l’empêche pas de parler de démocratie, de non-interventionnisme, du respect des peuples à disposer d’eux-mêmes, etc.  Un discours, devenu sans âme et plein de contradictions. C’est pourtant lui qui avait dit, sans sourciller, lors d’une rencontre du G.20, en 2014, que les États-Unis avaient un principe duquel ils ne sauraient déroger, à savoir celui de la non-intervention dans les affaires intérieures d’un autre pays. Je pense que cette déclaration, à la lumière de tout ce qu’on peut reconnaître comme interventionnisme des États-Unis dans le monde, nous dit ce qu’est véritablement Obama : un enchanteur qui ensorcelle pour mieux tromper.

Bien d’autres sujets mériteraient d’être abordés dans le cadre de cet article. Je mentionnerai celui du terrorisme, alimenté et soutenu par Washington.  Il s’agit là d’un exemple. Pour ceux et celles qui veulent en savoir plus, les documents ne manquent pas.

Encore une fois, les peuples sont victimes du mensonge, de la manipulation et de la tricherie qui servent si bien la cupidité et les ambitions des grands et puissants de ce monde. Barack Obama n’y échappe pas. Son art de la manipulation en aura fait un allié recherché par ces puissants.

Oscar Fortin
Le 1ier juillet 2016