samedi 10 septembre 2016

ÇA PASSE OU ÇA CASSE !

ON N'ENTEND PLUS À RIRE




Le président Obama sait très bien que pour le président Poutine le principe de non-intervention dans les Affaires intérieures d’un autre pays est sacré. Il sait également que ce principe doit s’appliquer tout autant en Syrie que dans tout autre pays. Le président Poutine sait, pour sa part, qu’Obama s’octroie le droit d’intervenir dans d’autres pays selon qu’il en juge  la pertinence, en tant que leader du monde. C’est dans cet esprit qu’Obama exige le départ de Bachar el Assad de la présidence de l’État syrien pour le remplacer par une opposition, formée et armée par les États-Unis. Ce sont là deux approches aux antipodes l’une de l’autre.

Lors du G-20, récemment réalisé en Chine, ces deux chefs d’État ont eu l’occasion de se rencontrer pour trouver un terrain d’entente en vue de mettre fin au conflit en Syrie, mais aussi en Ukraine. L’heure qu’ils ont pris à échanger n’a pas suffi à trouver un terrain d’entente. M. Obama a demandé, entre autres, à M. Poutine qu’il intervienne auprès du Président Bachar El Assad pour que ce dernier cesse de bombarder et d’attaquer les forces armées de l’opposition syrienne, soutenues par les États-Unis et l’OTAN.  On peut également supposer que  M. Poutine a demandé au président Obama de s’abstenir de toute intervention en Syrie sans l’accord préalable du président Bachar Al Assad et, par la même occasion, lui rappeler qu’il appartenait au peuple syrien de décider de ses dirigeants.

Cette confrontation entre la Russie de Poutine et les États-Unis d’Obama a ceci de particulier : le soi-disant leader du monde a devant lui, Vladimir Poutine, un autre leader qui a la force de caractère et la puissances des armes pour résister aux pressions de ce dernier.  Les sanctions, les menaces, les ultimatums n’arrivent pas à ébranler ce Président qui fait du respect du droit international une référence incontournable à ses engagements internationaux. Les beaux discours n’ont d’écho en lui que dans les décisions prises. Avec Vladimir Poutine, les enrobages sont vite décodés et les objectifs poursuivis, vite mis à nue.

Vendredi, le 9 septembre, la diplomatie a fait un nouvel effort avec cette rencontre de plus de dix heures entre John Kerry et Sergueï Lavrov. Seul l’avenir nous dira si les décisions prises sont pour gagner du temps et/ou permettre de scruter encore davantage les stratégies de l’adversaire.  Ils en sont venus à une entente de cessez-le-feu que le ministre des Affaires extérieures de Russie décrit ainsi :

 "Nous nous sommes entendus sur les régions dans lesquelles nous effectuerons des frappes aériennes. En accord avec les dirigeants syriens, seules les Forces aérospatiales russes et la Force aérienne des États-Unis auront le droit de travailler dans ces régions. En ce qui concerne les Forces armées syriennes, elles opéreront dans d'autres régions non concernées par la coopération russo-américaine", »

Il est intéressant de noter le fait que l’intervention des États-Unis, dans le cadre de cet accord, se réalisera avec l’accord du gouvernement syrien. Un accord, en somme, qui respecte le droit et les prérogatives de l’État syrien, seul mandataire du peuple syrien. De part et d’autre, on gagne du temps, mettant de nouveau à l’épreuve les véritables intentions des uns et des autres. On peut être assuré que cette fois, le ravitaillement des terroristes et de l’opposition armée syrienne sera observé de très près. Les interventions concertées des États-Unis avec  la Russie seront scrutées à la loupe.

Je soupçonne Vladimir Poutine de vouloir prendre tout son temps pour s’assurer que tous les moyens diplomatiques ont été épuisés et que la guerre à venir frappe là où ça fera vraiment mal à l’adversaire. Il sait que l’humanité entière souffrira d’une telle guerre et, qu’une fois commencée, il n’y aura plus de marche arrière possible. À ce jour, les provocations n’ont pas manqué pour l’entraîner dans cette guerre. Il s’y est résisté, non pas par faiblesse, mais par sens des responsabilités et par détermination à être celui qui demeure maître de son agenda de guerre.

Oscar Fortin
Le 10 septembre 2016






jeudi 1 septembre 2016

LA RUSSIE DIT À L'OCCIDENT CE QU'ELLE EST ET CE QU'ELLE VEUT

LA RUSSIE DIT À L’OCCIDENT CE QU’ELLE EST ET CE QU’ELLE VEUT




L’image projetée de la Russie par l’Occident et ses médias en est une d’ennemie à mettre au pas et contre laquelle il faut se protéger par tous les moyens. Que n’a-t-on pas dit de Vladimir Poutine, l’actuel président ! N’est-il pas l’homme dont il faut se méfier et qui est capable de tous les coups bas ? Je vous invite à lire cet article et cet autre qui reflète la perception que se fait l’Occident des interventions de Poutine.

Cette perception de l’Occident institutionnel largement diffusée par les médias officiels n’est pas la même que répercutent les réseaux d’information alternative de ce même Occident. Il y a de nombreux articles qui relèvent les véritables motifs de cette « haine » de l’Occident à l’endroit de Poutine et de la Russie. Un de ces articles met en évidence l’intervention non prévue de la Russie en Syrie. Cette intervention a mis fin au projet de l’Occident  de prendre le contrôle de Syrie tout comme la reconnaissance de la Crimée a mis fin aux ambitions de l’Occident de contrôler tout ce territoire et les ports qui donnent sur la mer Noire.

Tout ceci pour dire que la Russie d’aujourd’hui se déclare suffisamment adulte pour  décider elle-même de son destin et de la nature de ses relations avec les autres peuples et États du monde. Dans une déclaration toute récente, le ministre des Relations extérieures de Russie, Sergueï Lavrov, a mis au clair ce qu’est devenue la Russie et l’esprit avec lequel elle prétend gérer ses relations avec l’Occident et les autres peuples de la terre. Voici quelques extraits de cette intervention qui n’aura que très peu d’échos dans nos médias officiels.

« La plupart des propositions avancées par Moscou se sont heurtées à l'égoïsme des hauts responsables cherchant à dominer sur la scène géopolitique au détriment des intérêts des autres. »

« Les partenaires occidentaux ont régulièrement violé leurs engagements en matière de sécurité obtenus dans les années 90 au niveau de l'OSCE. De ce fait, il n'est plus possible de faire des affaires avec l'UE, les États-Unis et l'OTAN comme avant. »

« Malgré le froid qui s'est installé dans les relations entre la Russie et l'Occident, Moscou n'envisage pas de tourner le dos à qui que ce soit et se dit prêt à travailler à leur normalisation. À condition qu'elles se basent sur le principe d'égalité, bien sûr. »

Pour bien comprendre, il faut savoir que la Russie a les moyens d’obliger ses adversaires à respecter son indépendance et sa souveraineté, ambition que tous les peuples ont, mais qui n’ont pas les moyens nécessaires pour faire reculer les forces impériales, dirigées par les États-Unis.

La Russie, libre et indépendante, n’est pas le genre de partenaire que souhaite l’Empire, d’autant moins si ce dernier se porte au secours de ceux qui en sont victimes, comme c’est actuellement le cas en Syrie.

La Russie est devenue entièrement libre et indépendante et exige que les partenaires étrangers respectent cette liberté et cette indépendance.

C’est pourtant simple à comprendre et tout à fait légitime à l’exiger.  Ce principe est celui-là même que reconnaissent les Nations Unies dans sa Charte du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

On peut conclure en disant que la Russie de Poutine et de Lavrov est ouverte au monde, intéressée à participer à la résolution des conflits et à travailler pour la paix avec l’Occident, pour autant que ces échanges soient fondés sur le principe d’égalité et de respect des peuples. La Russie d’aujourd’hui est un antidote à tout pouvoir impérial à caractère international.


Oscar Fortin

Le 1er septembre 2016

mardi 23 août 2016


L'ORDRE MONDIAL DE L'EMPIRE



VICTIME DE SA CUPIDITÉ ET DE SON ARROGANCE


Sans refaire l’histoire de tous les empires, nous pouvons reconnaître les causes profondes de l’effondrement du présent Empire, dirigé, économiquement, par les Grandes Familles oligarchiques et, politiquement, par Washington et Israël auxquels s’associent les pays membres de l’OTAN sans oublier le Japon, la Corée du Sud ainsi que les pays de l’Amérique latine qui leur sont encore entièrement soumis. Il aura su tirer profit de la Première Guerre mondiale, puis de la Seconde pour enfin s’imposer au monde tout au long de la guerre froide qui a  pris fin avec la disparition de l’URSS.

Ce fut une période où de grandes fortunes sont nées et ont appris à s’imposer à travers des gouvernements dont les dirigeants leur étaient redevables de leurs hautes fonctions. Ce fut également la période où l’Empire a su se présenter comme le grand défenseur des libertés individuelles et du progrès. C’était tout ce qu’il fallait pour qu’il devienne le grand protecteur des peuples et des nations. Si, dans les premiers temps, s’imposait cette image du grand sauveur et promoteur des valeurs humaines de liberté, de justice, de solidarité largement promue par les médias officiels et les institutions religieuses dominantes, ce n’est plus maintenant le cas. Les yeux s’ouvrent et les consciences s’éveillent sur la grande arnaque dont le monde est victime de la part de ces gouvernements soumis aux diktats et intérêts de ces oligarchies ambitionnant la domination du monde. La cupidité et l’arrogance avec lesquelles ils se révèlent de plus en plus  leur enlèvent toute crédibilité et en font des ennemis d’Humanité.

L’Église catholique, traditionnellement alliée à ces oligarchies et gouvernements, s’est démarquée récemment par la voix du pape François qui a dénoncé cet Ordre mondial à travers son Exhortation apostolique  « Evangelii Gaudium » et sa Lettre encyclique « Laudato si ». Ce dernier dont on se gargarise autant se révèle être un désordre mondial comme rarement en aura connu l’humanité.

Bien avant ces paroles du pape François, beaucoup de peuples et de pays, ont élevé la voix pour dénoncer ce pouvoir impérial, ignorant le droit des peuples et des personnes, pour ne laisser cours qu’à sa cupidité et à son arrogance. Ce fut le cas de l’héroïque peuple cubain, de ceux du Vietnam, du Nicaragua, du Salvador et plus récemment de ceux de Bolivie, de l’Équateur et du Venezuela.  Dans tous ces cas, les « sauveurs » de la démocratie se révèlent être des conquérants et des dominateurs sans état d’âme. Les assassinats, la corruption, les manipulations médiatiques, le mensonge, tout est bon pour autant que leurs objectifs de cupidité et de domination soient favorisés.

Les cas de la Libye, de l’Ukraine et de la Syrie demeurent des cas d’espèce qui ne laissent planer aucun doute sur la morale de ceux qui veulent à tout prix sauver l’Empire. Pour se défaire de Kadhafi, amant de son peuple et ennemi de l’Empire, ils n’ont pas hésité à s’emparer de tous les moyens pour en faire un diable et en justifier les bombardements qu’ils ont eu le culot de baptiser « humanitaires ». Ce furent des milliers de   morts et de blessés. Plus que tout, ce fut la fin d’un régime qui apportait paix, éducation, santé et solidarité à son peuple et à l’ensemble de l’Afrique. Aujourd’hui, c’est l’anarchie et le désordre le plus complet.

En Ukraine, l’histoire est  différente, mais l’objectif demeure le même : renverser un gouvernement pour le remplacer par des marionnettes en vue de prendre le contrôle de l’ensemble du territoire ukrainien y incluant la Crimée. Nous savons ce qui s’est passé : la population de Crimée, d’appartenance russe, n’a pas reconnu ce nouveau gouvernement issu d’un coup d’État et a aussitôt fait un référendum sur son indépendance politique et son rattachement à la Fédération de Russie.  Ce fut un oui sans équivoque  que la Russie a aussitôt reconnu.  D’où la colère de Washington et les sanctions imposées à la Russie.

En Syrie, le drame est tout aussi tragique. En dépit du fait que le gouvernement de Syrie soit démocratique et que son Président ait été élu par son peuple, l’Empire a décidé que ce dernier devait partir. Ce fut le début, en 2011, d’une guerre qui ne cesse de faire des milliers de morts. Les groupes terroristes sont utilisés pour déstabiliser l’actuel  gouvernement. La coalition internationale, sous la direction de Washington, ne se préoccupe aucunement du droit international relatif au respect des espaces aérien et territorial. Ils agissent comme s’ils étaient dans leur propre cour. Ils exigent même du Gouvernement syrien de ne pas les attaquer et de les laisser faire ce qu’ils ont décidé de faire. Ils en ont même avisé la Russie. C’est tout le contraire de la Russie, de la Chine, de l’Iran et du Hezbollah qui sont en Syrie à la demande du gouvernement du Président Bachar Al Assad. Cette présence a effectivement pour effet de modifier amplement les plans de la coalition internationale et ceux des terroristes qui agissent en sous-main de ces derniers. La Syrie devient de plus en plus le champ de bataille de ce qui deviendra sans doute l’affrontement majeur entre la coalition sous direction de la Russie et de celle sous la direction de Washington. La réponse à cette mise en garde de Washington contre le gouvernement syrien, tel que mentionné plus haut, peut devenir l’élément détonateur de cette guerre tant désirée par Washington. Poutine aura certainement le dernier mot. 

Le premier juillet dernier, le président XI Jinping de la Chine a tenu un discours fort important à l’occasion du 95e anniversaire du Parti communiste chinois. Le contenu de cette intervention est passé inaperçu dans nos médias officiels alors que les déclarations faites marquent un tournant irréversible par rapport à l’Ordre mondial qui régit actuellement l’humanité.

“Le monde est sur le point de changements radicaux. Nous voyons comment l’UE est progressivement en ruine et l’économie américaine s’effondre. Cela finira dans un nouvel ordre mondial. Ainsi, en 10 ans, nous aurons un nouvel ordre mondial qui ne ressemblera en rien à celui de maintenant, et dans lequel la clé sera l’Union de la Russie et de la Chine “,

« L’ordre mondial doit être décidé non pas par un pays ou un petit nombre de pays, mais par un large accord international »

« La Chine préconise que les gens de tous les pays se réunissent pour changer la puissance mondiale, les risques en opportunités, et remplacer la confrontation par la coopération et les monopoles par des offres gagnant-gagnant »,

Les objectifs de la présente guerre ne concernent pas uniquement la protection de certains territoires et gouvernements, mais la mise en place d’un nouvel ordre mondial où chaque peuple, chaque État deviendront de véritables acteurs du destin de notre humanité. Ce sera la fin de ces grandes familles oligarques qui s’imposent par leur pouvoir économique et qui s’asservissent gouvernements, peuples et nations.

Dans l’esprit de la Russie, de la Chine et de tous leurs alliés, l’Humanité n’a d’autres choix que d’avancer vers un monde multipolaire  où chaque peuple et chaque nation seront respectés dans leurs droits. Le tout ne se réalisera pas du jour au lendemain, mais les moments que nous vivons marquent la fin, sans retour, de cet Ordre mondial dominé et dirigé par l’Empire. Le Président de la Chine parle d’une période de 10 ans pour que ce Nouvel  Ordre Mondial apporte oxygène et paix au devenir de l’Humanité.

Cet Empire, dominé par la cupidité et l’arrogance, ne saurait survivre plus longtemps. Les mensonges, les manipulations, l’interventionnisme tous azimuts n’ont plus leur place dans ce monde aux horizons de justice, de vérité, de solidarité et de respect.


Oscar Fortin

Le 22 août 2016


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mardi 26 juillet 2016

LE CANADA A PERDU TOUTE CRÉDIBILITÉ INTERNATIONALE






LA RIGUEUR DE STÉPHANE DION, L’UNIVERSITAIRE, NE FAIT PLUS PARTIE DU MINISTRE QU’IL EST DEVENU. (RÉPONSE À SA LETTRE)

Monsieur le Ministre,

En tout premier lieu, je tiens à vous remercier pour avoir donné suite à ma correspondance de février dernier. Je sais que les dossiers et les lettres auxquelles vous devez répondre ne manquent pas.

J’ai lu attentivement votre lettre qui m’a interpellé sur de nombreux points que je me permets de partager avec vous.

Une première impression générale se dégage en relation à la rigueur du professeur universitaire que vous étiez avec celle du ministre que vous êtes devenu. 

Pour l’Ukraine, vous passez outre au fait que des forces, préparées et soutenues par les États-Unis, ont renversé un gouvernement, légitimement élu. Vous passez également sous silence le rejet de cette usurpation de pouvoir par une partie importante de la population ukrainienne, particulièrement celle du Donbass et de Crimée.
Ce rejet s’est concrétisé, pour la population de Crimée, par un référendum portant sur son affranchissement de la gouvernance illégale des putschistes de Kiev pour être rattachée à la Fédération russe. C’est avec une grande majorité que le « oui » l’a emporté et que la Russie, à leur demande, l’a aussitôt reconnu comme membre à part entière de la Fédération russe. Par contre, les populations du Donbass n’eurent pas les mêmes opportunités et durent se préparer à un dur combat. De fait, ils furent victimes de tueries sauvages et de massacres qui pourraient être jugés comme crimes de guerre.

Dans votre lettre, vous évoquez le droit international que vous appliquez à la population de Crimée sans toutefois en faire une référence au nouveau Gouvernement de Kiev et à ses mentors. N’ont-ils pas usurpé par des moyens non démocratiques le pouvoir d’un État sous la gouvernance d’un gouvernement démocratique ?

« “Le droit international interdit l’acquisition par la coercition ou la force d’une partie ou de l’ensemble du territoire d’un autre État. Cet acte va à l’encontre des principes sur lesquels le système international est fondé.”

Vous conviendrez avec moi que la population de Crimée est bel et bien sur son propre territoire et se trouve face à un envahisseur étranger qui s’est emparé du pouvoir central de Kiev. Dans pareilles circonstances, qui n’auraient pas agi de même ? Par ce référendum, le peuple ukrainien de Crimée a décidé de son indépendance et de son rattachement à la Fédération de Russie.

Dans votre correspondance, vous poursuivez :

Le Canada appuie le peuple ukrainien et s’attend à ce que la Russie participe pleinement au processus de paix de Minsk, notamment en cessant d’approvisionner et de soutenir les insurgés dans l’est de l’Ukraine ainsi qu’en respectant totalement la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine.

Vous parlez des populations du Donbass comme si elles ne faisaient pas partie du peuple ukrainien. Ce sont pour vous des rebelles alors que les manifestants de la Place Maïdan représentaient sans doute pour vous la voix du peuple. Quant à Minsk, je vous dirai que les propos que vous avez tenus aux autorités ukrainiennes m’ont particulièrement surpris. Plutôt que d’insister sur l’importance, pour ces dernières, de donner suite dans les plus brefs délais à leurs engagements pris à Minsk, vous insistez pour que ce soit particulièrement la Russie qui donne suite à ses engagements. Les ententes à concrétiser ne se font pas entre le gouvernement central de Kiev et celui de la Russie, mais avec les populations de Lougansk et de Donetsk. C’est avec elles que le gouvernement de Kiev doit s’entendre sur la base des propositions de Minsk.

“J’ai aussi souligné l’importance d’appliquer de façon exhaustive les accords de Minsk, en particulier par la Russie, afin d’instaurer une paix durable en Ukraine.”

Vous savez comme moi que cet accord prévoyait, pour fin 2015, des changements constitutionnels favorisant une décentralisation des régions de Donetsk et de Lougansk. Or rien de tout cela n’a été fait de la part du gouvernement central. Il s’agit d’un point excessivement important pour la paix dans la région. N’était-il pas de votre devoir d’insister pour que le gouvernement central donne suite le plus rapidement possible à ces engagements constitutionnels ? Je sais que M. Poutin insiste beaucoup pour que cette décentralisation soit inscrite dans la constitution.

Je conclus cette première partie en mettant en question votre postulat de base qui fait de la Russie l’agresseur de l’Ukraine et qui laisse dans l’ombre les véritables interlocuteurs du gouvernement central que sont les populations du Donbass..

“Face à l’agression militaire et à l’occupation illégale par la Russie, le Canada a pris un certain nombre de mesures pour soutenir le peuple ukrainien, à l’heure où celui-ci s’efforce de rétablir la stabilité politique et économique, y compris l’imposition de sanctions contre les responsables de la crise actuelle.”

Le professeur de Science politique a vraiment perdu de sa rigueur en devenant ministre des Affaires étrangères du Canada.


Pour la Syrie, paradoxalement, la position du Canada est à l’opposé de celle adoptée pour l’Ukraine. Les rebelles sont devenus des alliés et le gouvernement central de Bachar al Assad, l’ennemi à abattre. Le respect du droit international ne fait plus partie du débat. Les États-Unis et ses alliés, dont le Canada, peuvent se permettre d’entrer et de sortir de la Syrie comme s’il s’agissait d’un territoire sur lequel ils auraient tous les droits. Je me permets de reproduire ici votre citation antérieure, appliquée à la Crimée.

“Le droit international interdit l’acquisition par la coercition ou la force d’une partie ou de l’ensemble du territoire d’un autre État. Cet acte va à l’encontre des principes sur lesquels le système international est fondé.”

Vous faites également état de toutes ces victimes de la violence gouvernementale. Je remarque que votre grande sensibilité pour la répression sanglante dont furent victimes les opposants au gouvernement de Bachar al Assad contraste avec votre silence sur la répression et les massacres dont furent victimes les populations de Lougansk et de Donetsk. Il faut croire que vos sources d’information n’ont pas été mises à contribution pour couvrir ces massacres dans ces régions de l’Ukraine. Il en fut de même avec nos médias officiels qui se gardèrent bien de lever le voile sur ces attaques meurtrières de la part du gouvernement de Kiev et de leurs alliés, dont le Canada.

Je reviens à votre lettre, traitant de la Syrie. Vous déclarez qu’il appartient au peuple syrien de décider de son propre destin.

Le Canada a appelé la communauté internationale à se mobiliser et à défendre le droit du peuple syrien à décider de son avenir.”

Il s’agit là d’une déclaration avec laquelle la Russie et ses alliés sont bien d’accord. Ces derniers répètent à qui veut l’entendre que seul le peuple syrien dispose du pouvoir de décider de ses gouvernants et de son Président.

Par contre dans votre lettre vous revenez avec le fait que le Président Bachar al Assad ne fait pas partie de la solution et qu’il doit partir. Vous parlez comme si c’était la coalition occidentale et non le peuple qui avait ce pouvoir de disposer de l’actuel Président.

“Le Canada est convaincu qu’un règlement politique négocié est la seule façon de mettre fin à la crise syrienne. Le maintien au pouvoir d’Assad ne peut faire partie de quelque solution réaliste que ce soit.”

Faut-il comprendre que les négociations de paix seraient conditionnelles au départ de l’actuel Président ?

Je vous rappelle qu’en février, 2012, le peuple syrien s’est donné, avec une forte majorité, une nouvelle constitution, qu’en juin, 2014, il y eut une élection présidentielle, remportée par le président Bachar Al Assad et qu’en avril 2016, il y eut des élections législatives. Il est évident que ce référendum et ces élections n’ont pas été sous le contrôle de Washington. Sont-elles pour autant moins crédibles que celles dirigées de l’extérieur par l’occident ?

Je vous invite à prendre connaissance de l’intervention du Président de Russie, Vladimir Poutine, au 27e Sommet de la Ligue arabe. Il a dit entre autres ceci en relation à la lutte contre le terrorisme et au respect de la souveraineté des peuples :

Il faut faire face à ce mal et l’accompagner d’efforts conjoints, censés assurer le règlement politique des crises en Syrie, en Irak, en Libye, au Yémen et dans d’autres zones chaudes”, a poursuivi M. Poutine, soulignant la nécessité de respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale de tous les pays de la région. »

Pourquoi le Canada tarde-t-il à faire siens, dans la pratique, ces principes du droit international, de les respecter sans détour et sans faux fuyants. Toutes ces révolutions de couleur, ces luttes contre le terrorisme et contre la drogue ne sont, dans bien des cas, que des couvertures pour s’infiltrer dans des pays et en prendre le contrôle. Même le recours à l’aide humanitaire en est venu, pour certains, à servir de couverture pour mieux s’infiltrer au sein des populations pour mieux les manipuler. Vous êtes bien placé pour le voir et le savoir. En couvrir la réalité est en devenir complice.

Je regrette le Canada de l’honorable Lester B. Pearson qui a fait luire, le temps d’une décennie, l’étoile internationale du Canada comme une référence internationalement reconnue pour la paix dans le monde.

Si vous le vouliez, vous pourriez en faire tout autant aujourd’hui. Il vous suffit de retrouver votre propre indépendance et d’en faire tout autant avec celle du Canada, devenu honteusement une dépendance des politiques interventionnistes de Washington. Il faut laisser de côté le langage formaté qui ne fait que couvrir par des mensonges et la manipulation des actions de conquêtes et de domination. Retrouvez le langage direct de la vérité, brisez ces frontières artificielles qui vous isolent d’une partie importante du monde. Vous n’êtes pas obligé de faire des ennemis de vos partenaires vos propres ennemis. Le Canada mérite plus que cela.

Oscar Fortin
Le 26 juillet 2016