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vendredi 19 octobre 2012

UNE ÉGLISE À LA RECHERCHE D’ELLE-MÊME OU DE L’HUMANITÉ?





Depuis le 7 octobre dernier, des évêques du monde entier sont réunis à Rome pour débattre de la question de la nouvelle évangélisation. La question que plusieurs se posent est de savoir si l’Église cherche à se sauver elle-même plutôt que de sauver une Humanité abandonnée aux prédateurs des pires espèces. Veut-elle sauver sa doctrine, ses sacrements, ses cultes ou veut-elle devenir une force au service d’une Humanité en quête de justice, de vérité, de bonté, de solidarité et de compassion?

L’appel de Benoît XVI à réfléchir sur la foi devrait nous en donner quelques indications. Dans le Motu Proprio « Porta Fidei », du 17 octobre 2011, le pape Benoît XVI a annoncé une « Année de la foi » qui débutera le 11 octobre 2012, pour le cinquantième anniversaire de l'ouverture du concile Vatican II, et se conclura en la solennité du Christ Roi, le 24 novembre 2013. Le thème en sera « la nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne ».

Il s’agit donc d’un temps fort, permettant à l’Église de revenir aux sources de sa foi, d’en comprendre les véritables implications, non seulement pour la conscience humaine, mais aussi et surtout pour l’institution ecclésiale elle-même et l’humanité entière. Cet exercice de réflexion et d’analyse sera d’autant plus percutant que le diagnostic des problèmes qu’elle vit, se fera à la lumière tout autant des impératifs évangéliques que de ceux du monde dans lequel nous vivons.

LES IMPÉRATIFS D’ÉVANGILE



Jésus, personnage central des Évangiles, a posé des gestes symboliques redonnant valeur et importance à toute personne de bonne volonté, particulièrement les délaissées et les exclues de « la bonne société », celle des puissants, des grands prêtres et des docteurs de la loi.

« Il a déployé la force de son bras, il a dispersé les hommes au cœur superbe. Il a renversé les potentats de leurs trônes et élevé les humbles. Il a comblé de biens les affamés et renvoyé les riches les mains vides. » (texte prophétique de Marie à sa cousine Élisabeth. (Luc. 1.51-53)

Il a également fait entendre une voix dont l’essentiel du message peut se résumer à ceci : « Aime ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toutes tes pensées et aime ton prochain comme toi-même. »(Mc 12,29-30)  « Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres. » (Jn 15,17) « Ce que vous faites au plus petits des miens c’est à moi que vous le faites et “si vous ne croyez pas ma parole, croyez dans mes œuvres.” (Jn 14, 11) 

En d’autres mots, aimer Dieu de tout son cœur, c’est d’abord et avant tout aimer son prochain comme soi-même et ne pas faire aux autres ce que l’on ne voudrait pas qu’on nous fasse. Genre de message que nos vieux parents nous répètent pour exprimer  ce qui peut les rendre les plus heureux.

Ce message va à l’essentiel de toute vie humaine. Loin de détourner nos regards du monde dans lequel nous vivons pour les fixer sur un dieu qui lui serait étranger, il les tourne vers les hommes et les femmes de ce monde en nous disant de les aimer comme nous voudrions qu’ils nous aiment et d’agir à leur endroit comme il l’a fait lui-même. En cela, nous dit-il est la volonté de son Père et en cela est également sa volonté. La rencontre du Dieu de Jésus, ne peut se faire qu’à travers la rencontre des hommes et des femmes qui côtoient nos vies et tout particulièrement à travers les exclus, les pauvres et les sans défense.

Croire en Jésus, c’est faire en sorte que la justice soit toujours plus justice, que la vérité soit toujours plus incisive pour mette à nu les mensonges et les hypocrisies, que la solidarité devienne fraternité et que la compassion et la miséricorde nous élèvent au-dessus des guerres et fassent taire les armes de la haine.

Ces impératifs d’Évangile ont été progressivement substitués par des impératifs d’Église.

LES IMPÉRATIFS DE L’ÉGLISE-INSTITUTION



Tout au long de ses 2000 ans d’histoire, l’Église est progressivement devenue une institution avec toutes les caractéristiques d’un véritable gouvernement. Le Concile de Nicée (325) en a consacré l’existence publique laquelle n’a cessé, par la suite, de se préciser et de s’amplifier. C’est dans le cadre de cette nouvelle institution que la doctrine s’est développée et que les dogmes sont devenus des vérités de foi.


Cette foi est condensée dans le « Je crois en Dieu » et dans le catéchisme qui rappelle les grandes vérités de la foi chrétienne, telles que manifestées tout au long des siècles et dont témoignent les dogmes.  Elle est un “enseignement” qui se communique et s’apprend. Sa manifestation principale est celle qui s’articule dans les divers cultes et tout particulièrement dans la célébration des sacrements. Elle encadre la vie des croyants dans des préceptes qui orientent leur vie morale, précisant ce qui est bon et ce qui est mauvais.

Cette foi est portée par une Église qui s’est également transformée tout au long des siècles pour devenir l’institution ecclésiale que nous connaissons avec sa doctrine, ses liturgies, ses sacrements, ses prêtres, ses évêques, ses nonces apostoliques, ses cardinaux, son État. Tout cela sous l’autorité vaticane dont le pape est le représentant par excellence. Si elle a connu ses heures de gloire, elle se voit maintenant désertée par bon nombre de ses membres. Un questionnement s’impose tout autant pour diagnostiquer cet abandon que pour dégager les mesures à prendre pour y remédier.

Les multiples composantes de l’Église ont été mises à contribution pour réfléchir à ce thème. Les principales conclusions de chacune d’elles ont été transmises au Vatican qui en a fait une synthèse à l’intention du prochain synode des évêques du monde entier qui se tiendra à Rome, du 7 au 24 octobre prochain. Son contenu, sous le titre « Instrumentum laboris », a été rendu public le 19 juin 2012.

Dans l’introduction de ce document, on peut lire :

En se laissant vivifier par l'Esprit Saint, les chrétiens seront aussi sensibles à de nombreux frères et sœurs qui, bien qu'étant baptisés, se sont éloignés de l'Église et de la pratique chrétienne. C'est plus particulièrement à eux qu'ils veulent s'adresser avec la nouvelle évangélisation pour leur faire découvrir une nouvelle fois la beauté de la foi chrétienne et la joie de la rencontre personnelle avec le Seigneur Jésus, au sein de l'Église, communauté des fidèles.”(3)

Zeinab Abdelaziz, Prof. émérite de civilisation française, s’intéressant particulièrement au diagnostic fait par les divers intervenants, relève les points qui ont été identifiés comme causes de l’abandon de l’Église :

“l’éloignement des baptisés de la pratique chrétienne; l’indifférence religieuse; la sécularisation; l’athéisme; la diffusion de sectes; une confusion grandissante qui induit les chrétiens à ne pas écouter les prêtres; la peur, la honte ou le fait de ‘rougir de l’évangile’ comme disait Saint Paul; les migrations; la mondialisation; les communications; l’affaiblissement de la foi des chrétiens; le manque de participation; la diminution du dynamisme des communautés ecclésiales; la perte de l’enthousiasme et l’affaiblissement de l’élan missionnaire; une véritable apostasie silencieuse”. C’est pourquoi l’Église trouve nécessaire de ré-évangéliser les communautés chrétiennes marquées par les importantes mutations sociales et culturelles », y compris le reste de l’humanité. 

Dans ce document, aucun point ne remet en question l’Institution ecclésiale elle-même pas plus que sa doctrine qui se substitue dans bien des cas à l’Évangile. Aucun point ne relève les défis que posent aujourd’hui les conditions de vie de plus des 2/3 de l’humanité pas plus que les impératifs évangéliques d’être avec les exclus et les plus délaissés de nos sociétés. On parle plutôt de trouver de nouvelles méthodes pour ramener les ‘brebis perdues’.

UNE ÉGLISE  À LA CROISÉE DES CHEMINS




Nous n’en sommes plus à une revitalisation des structures déjà existantes de l’Église, mais à une transformation radicale de celle-ci et de sa présence dans le monde. Elle doit sortir du Vatican et revenir là où elle aurait toujours dû être au milieu des pauvres, des malades, des artisans de justice, des témoins de vérité, des exclus. Elle doit redevenir un témoin crédible de justice, de vérité, de service, d’humilité, de solidarité et de bonté.

Il n’y a pas de demi-mesure lorsqu’il est question de ceux et celles qui portent le message évangélique et qui témoignent de Jésus de Nazareth. Elle doit assumer ce que le jeune homme riche de l’Évangile (Mc 10,17-22) n’a pu faire pour suivre Jésus, à savoir de tout laisser, vendre ses biens et en donner les profits aux pauvres. Là commence le premier acte de foi de ceux qui ont pour mission de témoigner du message évangélique pour les temps que nous vivons.


De plus, elle doit prendre ses distances des puissances et des empires qui font la pluie et le beau temps dans le monde. Il faut reconnaître et dire que les deux dernières papautés se sont particulièrement caractérisées par une collaboration très étroite entre les forces de l’Empire et celles du Vatican. Il est donc urgent qu’elle retrouve sa liberté, celle-là même du Nazaréen qui a dénoncé les hypocrites, les menteurs, les docteurs de la loi qui mettaient sur les épaules des autres des fardeaux qu’ils ne pouvaient eux-mêmes portés.

Le message du Nazaréen est d’une grande simplicité. Il va dans le sens d’une humanité, transformée par des lois qui transcendent la cupidité, l’égoïsme, le mensonge, la tromperie, du tout pour soi. Il s’inscrit dans la conscience des hommes et des femmes comme une ‘foi’ et non comme une « religion ». Il est un message qui apporte réconfort aux témoins de justice, de vérité et de solidarité et qui répond aux attentes des hommes et des femmes d’aujourd’hui.

Le message de l’Église institutionnelle, par contre, est d’une plus grande complexité. Sa doctrine et son enseignement sont souvent peu compréhensibles et souvent de caractère moral. L’image qu’elle projette d’elle-même est souvent en contradiction avec les préceptes évangéliques et les consignes données par Jésus à ses disciples. En elle se côtoient les doctrines et les interdits, la  et les cultes, le ciel et l’enfer. La morale se ramène souvent au contrôle des naissances, à l’avortement et au mariage des personnes de même sexe. Sur ces questions elle déploie tous les moyens à sa disposition pour influencer les décideurs.


L’HUMANITÉ AU CŒUR DE LA FOI








   
J’ai la conviction profonde que le niveau de conscience auquel l’humanité est arrivée met à l’épreuve tout autant les croyants que les non-croyants. Cette conscience interpelle tous les dieux qui alimentent les religions du  monde, mais aussi toutes les idéologies qui s’appuient sur diverses rationalités. Les questions que cette conscience pose à ces dieux et à ces idéologies est la suivante : que font-ils et que font-elles, à travers leurs adeptes, pour répondre prioritairement aux grandes aspirations de justice, de vérité, de bonté, de compassion, de solidarité des hommes et des femmes d’aujourd’hui ? Jusqu’à quels points transforment-elles leurs disciples en de véritables artisans au service d’une humanité retrouvée dans ses valeurs les plus profondes?

Les conflits qui se manifestent un peu partout dans le monde ne doivent-ils pas nous interpeller? Les millions de morts, de blessés, victimes de nos guerres, les centaines de millions d’affamés vivant des miettes qui tombent de la table des nantis, prédateurs de leurs richesses, ne peuvent nous laisser indifférents. Ne devons-nous pas détecter les fauteurs de troubles, ceux qui utilisent à profusion le mensonge pour mieux tromper et manipuler l’opinion mondiale afin d’imposer leur volonté à l’humanité entière? Ils sont bien souvent de ceux et de celles qui se disent chrétiens et croyants en Jésus de Nazareth. Dans de nombreux cas, l’institution ecclésiale les y accompagne. Comment est-ce possible?

Selon les écritures, Jésus de Nazareth est le premier né de cette humanité retrouvée, il en est la semence vivante qui se développe dans le cœur et la conscience de centaines de millions de personnes qui disent oui à la justice, à la vérité, à la solidarité, à la compassion, à l’amour et  qui disent non au mensonge, à l’hypocrisie, aux injustices, à la manipulation, à la corruption, aux guerres.

Paul de Tarse, au milieu de l’aréopage, s’adressa, un jour, aux Athéniens en ces termes :

« Le Dieu qui a fait le monde et tout ce qui s'y trouve, lui, le Seigneur du ciel et de la terre, n'habite pas dans des temples faits de main d'homme. Il n'est pas non plus servi par des mains humaines, comme s'il avait besoin de quoi que ce soit, lui qui donne à tous vie, souffle et toutes choses (…) Que si nous sommes de la race de Dieu, nous ne devons pas penser que la divinité soit semblable à de l'or, de l'argent ou de la pierre, travaillés par l'art et le génie de l'homme. Or voici que, fermant les yeux sur les temps de l'ignorance, Dieu fait maintenant savoir aux hommes d'avoir tous et partout à se repentir, parce qu'il a fixé un jour pour juger l'univers avec justice, par un homme qu'il y a destiné, offrant à tous une garantie en le ressuscitant des morts. » Act. 17, 22-31

Selon cette foi, un homme a été établi par Dieu pour juger l’univers avec justice pour y faire régner une ère de paix, de bonheur, de justice et de plénitude. Cet homme qui doit se manifester n’est, pour les chrétiens, les musulmans et certains juifs, nul autre que Jésus de Nazareth, le fils de Marie. Son jugement départagera les gens de bonne foi des prédateurs, hypocrites, manipulateurs, menteurs. Pour en savoir plus sur ce jugement je vous réfère à ce récit de Mathieu 25, 31-46 :


Que deviendrait l’institution ecclésiale si l’humanité était elle-même église et que ses sacrements en étaient la justice, la vérité, la solidarité, le service et la compassion?

Oscar Fortin
Québec, le 20 octobre 2012




mardi 15 novembre 2016

L’ÉLECTION DE DONALD TRUMP


UN DÉFI POUR L’ÉGLISE ET L’ÉTAT DU VATICAN


L’idée de cet article m’est venue à l’esprit suite aux prises de position de l’épiscopat étasunien et du pape François devant le fait accompli de l’élection de Donald Trump. Ce n’est pas dans leurs habitudes de se prononcer aussi rapidement sur le résultat d’une élection et encore moins, de le faire d’une façon aussi négative comme si l’élection d’Hillary Clinton, candidate de la guerre et de la corruption, eut été une rosée du matin. Donald Trump, dans un de ses discours, avait pourtant dit bien clairement que cette élection n’était pas un simple changement de gouvernement, mais un changement de direction. Si l’Amérique profonde a élu Donald Trump, l’État profond en a perdu ses rêves ainsi que ceux qui en étaient ses alliés, dont l’État du Vatican. L’Église doit retrouver sa catholicité et l’État du Vatican se demander ce qu’il fait dans cette galère du pouvoir.

LA CATHOLICITÉ DE L’ÉGLISE SERAIT-ELLE VICTIME DE LA PARTISANERIE DE L’ÉTAT DU VATICAN ?

L’Église dont il est question ici est celle qui se caractérise par son universalité et rejoint, sous une forme ou une autre, tous les humains de la terre. C’est le sens véritable de la « catholicité » dont elle se réclame.

La catholicité exprime, avant tout, l’universalité qui est l'une des marques de la véritable Église. Effectivement, cette Église dont le Christ est la tête rejoint tous les humains de cette terre pour en faire des frères et des sœurs aimés d’un même Père. Pour le croyant, la vie, la passion et la mort de Jésus sont directement reliées à cette humanité blessée par le péché. Il a pris sur lui le fardeau de cette faute pour l’en libérer. Il ne s’agit donc pas d’une catholicité de sectes, de religions institutionnalisées ou encore de doctrines, mais d’une catholicité de vie nouvelle destinée à tous les humains de la terre. C’est en ce sens qu’il nous faut comprendre la véritable catholicité de l’Église à ne pas confondre avec la catholicité de l’État du Vatican.

Ce n’est pas d’aujourd’hui qu’on relève cette dichotomie profonde qui existe entre la foi des Évangiles et la foi dans les institutions vaticanes qui comprennent, entre autres, l’État du Vatican et tous les dicastères qui lui sont rattachés. La doctrine en arrive à se substituer aux Évangiles, le droit canon se substitue à la morale de conscience et les représentants politiques de cette institution se transforment en alliés inconditionnels des puissances dominantes de l’Occident au cœur duquel ils se trouvent. Leur catholicité se ramène à cet Occident  et à ceux qui en assurent les destinées. C’est ainsi que l’État du Vatican est devenu une dépendance de l’État profond qui domine et régit les gouvernements de cet Occident.

Il n’est pas surprenant que cet État du Vatican ne remette jamais en cause cet État profond dont il connaît très bien les avenants et aboutissants.

Au début des années 1960, alors que la conscience des peuples s’éveillait aux manipulations dont ils étaient les premières victimes et que ces derniers s’organisaient pour y mettre un terme, le langage de l’Église-institution s’est vite retrouvé dans la formulation magique « qu’il faut d’abord changer les cœurs avant de vouloir changer les structures ». C’était la manière de ralentir les mouvements révolutionnaires qui prenaient forme en Amérique latine, en Afrique et dans d’autres régions du monde.

Lorsque ces mêmes peuples arrivèrent à s’imposer par des voies démocratiques, le discours de l’Institution ecclésiale devint autre. Il s’agissait alors de combattre le communisme auquel ils étaient systématiquement identifiés, peu importe qu’ils soient des chrétiens préoccupés de justice sociale ou des non-chrétiens soucieux de la reprise en main, par leur peuple, du pouvoir de leur État.

Pour les habitués de l’Amérique latine, il y eut, entre autres, le coup d’État militaire du catholique Pinochet qui renversa le président légitime du Chili, Salvador Allende, le plan  Condor qui fit des dizaines de milliers de morts à travers tous les pays de l’Amérique latine. Que dire des coups d’État au Brésil, 1964 et 2016, de celui des généraux en Argentine  en 1976? Dans tous ces cas, l’Église-institution, au lieu d’élever haut et fort sa voix pour condamner ces crimes, elle s’est faite plutôt discrète et, avec l’arrivée du pape Jean-Paul II (1978), elle est devenue ouvertement complice de ces persécutions faites au nom de la lutte contre le communisme. Lors de son voyage au Chili, en 1987, il a été plutôt complaisant avec Pinochet qu’il visita en prenant bien garde de ne pas parler des milliers de prisonniers politiques et de l’usage sans retenue de la torture. Au Nicaragua, il s’était même donné pour mission de renverser le gouvernement sandiniste en comptant sur un peuple qui se laisserait influencer par sa parole. Ce ne fut pas le cas, car c’est lui qui dut prendre à toute vitesse son avion de retour à Rome. Son grand ami Reagan en fut certainement peiné. Cette histoire nous est racontée par le père Ernesto Cardenal, alors ministre de la Culture dans le gouvernement sandiniste.

Il est important de rappeler ici ce pacte secret, signé, en 1982, par Jean-Paul II et le président Reagan dans la bibliothèque du Vatican. Voici ce qu’en dit Eduardo Febbro :

Ce pacte, connu sous le nom de “Sainte-Alliance” doit son existence à l’un des personnages les plus sombres de la diplomatie du Vatican : Pio Laghi, ex-Nonce apostolique en Argentine (1974-1980) et artisan, dans les années 80, de la reprise des relations diplomatiques entre le Saint-Siège et Washington. Laghi était un homme de robe, ambiguë et à la main de fer, ami et protecteur de la Junte militaire argentine, réactionnaire et aveuglé par le spectre du communisme. »

Un second pacte sera signé, en 2014, par le pape François et Obama dans le cadre de la reprise des relations diplomatiques entre Cuba et Washington. Son contenu, étant secret, nous ne pouvons qu’en déchiffrer certains points à travers les comportements de certains épiscopats. Ces derniers peuvent nous en donner quelques indices. Au Venezuela, par exemple, l’épiscopat parle toujours du communisme, du marxisme qui contamine la vie politique du pays. Pour sa part, le cardinal Oscar Andres Rodriguez Maradiaga, ex-Cardenal du Honduras, complice du coup d’État militaire de 2009 contre le président, Manuel Zelaya dont ses sympathies pour Chavez étaient inacceptables, ne se gène pas pour décrier le chavisme comme un noyau de corruption et de ramener le peuple vénézuélien au niveau d’un populisme de basse cour. « Les populismes dont ce socialisme du XXIe siècle s’alimente ne sont que des feux de paille. »

Cette histoire de l’Église institution se poursuit avec les épiscopats en Bolivie qui ne manquent pas une occasion pour critiquer le gouvernement d’Évo Morales, il en va de même au Venezuela, où l’épiscopat s’est fait bien présent lors du coup d’État de 2002 et présentement contre le gouvernement de Maduro. C’est également le cas pour  l’Équateur et le Nicaragua. Je ne parle pas du cas de Cuba qui fut perçu par l’Église, dès les débuts de la révolution, avec les mêmes yeux de Washington.

Voilà ce qu’est la catholicité de l’État du Vatican. Elle n’a rien à voir avec la catholicité de l’Église dont le Christ est la Tête et l’Humanité ses membres. De fait, toute personne de bonne foi, anxieuse de justice, de paix, de solidarité, de vérité, de compassion et d’entraide sont nourries et soutenues par l’Esprit qui alimente ce corps auquel tous les humains de la terre se rattachent d’une façon ou d’une autre. Pour Jésus, l’important n’est pas tellement de croire en lui, mais de croire en ses œuvres qui sont des oeuvres qui rejoignent  les grandes valeurs qui permettent aux personnes humaines de se reconnaître, de se respecter, de se solidariser dans la justice et la vérité.

Je termine en interpellant particulièrement l’épiscopat étasunien.

Comment se fait-il que cet épiscopat ne se soit jamais manifesté avec autant d’audace pour dénoncer ces guerres interventionnistes des États-Unis qui ont fait et continuent de faire des millions de morts au Moyen-Orient et un peu partout dans le monde ? Qu’ont-ils à dire sur les 3 millions de Syriens qui ont dû quitter leur pays en raison, non pas du gouvernement légitime de Syrie, mais de cette guerre interventionniste des États-Unis  dans ce pays ? Que pensent-ils ces évêques de la formation et du financement des terroristes ainsi que des armes qui leur sont remises ?  Ces sujets, faut-il croire,  ne font pas partie de leur liste de priorités.

L’Église, à travers l’État du Vatican, est instrumentalisée pour servir les intérêts du nouvel ordre mondial, voulu et pensé par les grandes oligarchies.  Elle en fait partie. L’Église pour retrouver sa catholicité doit se débarrasser de l’État du Vatican, véritable boîte de Pandore du pouvoir.

Oscar Fortin

Le 15 novembre 2016