jeudi 20 février 2020

JUSTIN TRUDEAU VERSUS LE DROIT INTERNATIONAL





Le Canada, sous la gouvernance de Justin Trudeau, se retrouve au plus bas niveau  d’indépendance et de souveraineté par rapport à ses politiques internationales qui ne font que répondre aux ordres de l’empire. Sur la photo qui coiffe cet article, on y voit Justin Trudeau avec l’auto proclamé président par intérim du Venezuela. Il a suffi à M. Trump de le reconnaître comme tel pour que tous ses « vassaux » en fassent tout autant. Par contre, l’ONU et ses diverses instances internationales et plus de 140 pays reconnaissent le seul président élu par le peuple vénézuélien, le 20 mai 2018, en la personne de Nicolas Maduro. L’auto proclamé ,Juan Guaido,  n’a aucune reconnaissance de la part des Nations Unies et de ces 140 pays.

Pour ceux et celles qui ne sauraient de quoi il s’agit vraiment, je dirai tout simplement et brièvement que le Venezuela, son peuple et ses richesses se présentent comme une menace à l’encontre des États qui en avaient, auparavant, le plein contrôle. Il s’agit d’un peuple qui a décidé d’être indépendant et souverain, d’un État qui donne priorité aux exigences du bien commun de ce peuple et qu’il utilise à cette fin les immenses richesses en pétrole, en diamants et en or.  De quoi rappeler aux envahisseurs que le peuple et l’État doivent répondre, avant tout, aux intérêts les plus pressants en éducation, en soins de santé, en résidences salubres pour les familles les moins fortunées. Plus de trois millions de ces logements ont été remis à autant de familles. L’éducation et la santé sont gratuites pour tous et toutes. De cela, les médias de l’empire ne parlent guère.

Ceci explique les actions agressives de Washington et de ses alliés pour faire tout ce qui est possible pour que ce projet révolutionnaire ne puisse aboutir.  C’est comme trop pour le peuple et pas assez pour l’empire et ses acolytes. Dans un document récent, le ministre de communication du Venezuela donnait les coûts réels que représentait la guerre économique promue par Washington et ses alliés, ainsi que les sanctions et les blocus dans divers secteurs de l’économie : 116 mille millions $ US.  Tout ceci implique, évidemment, les conditions difficiles, imposées par l’empire et ses alliés, dont le Canada, pour approvisionner le peuple en importation de produits alimentaires,  de pièces mécaniques et électroniques nécessaires au bon fonctionnement  des industries  de diverses natures.  À ceci s’ajoutent, évidemment, les menaces constantes d’intervention militaire hautement soutenues par une presse entièrement servile aux intérêts de ces  soi-disant fictifs généreux bienfaiteurs, porteurs des valeurs de la démocratie, de la liberté et du respect des droits de la personne et des peuples. Ce sont les thèmes qui servent à promouvoir l'ingérence de Washington et ses acolytes dans ces pays aux richesses à conquérir.

Il ne faut pas aller loin pour comprendre les dessous de ces discours qui ne font que couvrir les véritables intérêts qui s’y cachent.  Le coup d’État, tout récent, en Bolivie, nous en donne un bon exemple. Des élections auront lieu, disent-ils, mais seulement  pour les candidats qu’ils auront choisis de retenir.  Ce n’est plus le peuple qui choisit ses candidats, mais les instances électorales et judiciaires qui répondent bien au format de candidats à retenir. Les mauvais candidats  sont à exclure et, si nécessaire, à  emprisonner. Dans d’autres pays, comme la Colombie et le Honduras, on se chargera de couper l’herbe sous les pieds de ceux et celles qui auraient tout pour se prévaloir du pouvoir du peuple pour atteindre les échelons les plus élevés de l’État. On préfère s’en débarrasser,  une fois pour toutes, en les assassinant. Depuis la signature de l’accord de paix entre le gouvernement de Colombie et la FARC, en 2016, la défenderesse du peuple a identifié 311 cas de leaders assassinés. Au Honduras, en la seule année 2019, 20 de ces leaders ont été assassinés. De cela, la presse de l’empire ne parle pas. 

J’en arrive justement à ce groupe de Lima que Justin Trudeau, premier ministre du Canada, reçoit en ce 20 février, à Gatineau. Il a sans doute choisi Gatineau pour exprimer le caractère latin du Canada, s’en faisant ainsi un allié naturel de l’Amérique latine. De quoi lui obtenir plus de voix pour occuper un siège au Conseil permanent de sécurité des Nations Unies auquel il aspire . Ce serait d’ailleurs un plus pour Donald Trump de pouvoir compter, au Conseil de sécurité, sur un allié aussi fidèle.  

QUE DIT LE DROIT INTERNATIONAL DE L’INGÉRENCE DANS D’AUTRES ÉTATS?


Le Canada, tout comme les 195 membres des Nations Unies, a voulu préciser les règles à suivre  pour assurer des relations harmonieuses entre les États et assurer à chaque État, grand et petit, les mêmes droits, relatifs aux personnes et aux peuples.



Article 1


Les buts des Nations Unies sont les suivants :
1.   Maintenir la paix et la sécurité internationales et à cette fin : prendre des mesures collectives efficaces en vue de prévenir et d'écarter les menaces à la paix et de réprimer tout acte d'agression ou autre rupture de la paix, et réaliser, par des moyens pacifiques, conformément aux principes de la justice et du droit international, l'ajustement ou le règlement de différends ou de situations, de caractère international, susceptible de mener à une rupture de la paix;
2.   Développer entre les nations des relations amicales fondées sur le respect du principe de l'égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d'eux-mêmes, et prendre toutes autres mesures propres à consolider la paix du monde;
3.   Réaliser la coopération internationale en résolvant les problèmes internationaux d'ordre économique, social, intellectuel ou humanitaire, en développant et en encourageant le respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales pour tous, sans distinctions de race, de sexe, de langue ou de religion;
4.   Être un centre où s'harmonisent les efforts des nations vers ces fins communes.

Article 2


L'Organisation des Nations Unies et ses Membres, dans la poursuite des buts énoncés à l'Article 1, doivent agir conformément aux principes suivants :
1.   L'Organisation est fondée sur le principe de l'égalité souveraine de tous ses membres.
2.   Les Membres de l'Organisation, afin d'assurer à tous la jouissance des droits et avantages résultant de leur qualité de Membre, doivent remplir de bonne foi les obligations qu'ils ont assumées aux termes de la présente Charte.
3.   Les Membres de l'Organisation règlent leurs différends internationaux par des moyens pacifiques, de telle manière que la paix et la sécurité internationales ainsi que la justice ne soient pas mises en danger.
4.   Les Membres de l'Organisation s'abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l'emploi de la force, soit contre l'intégrité territoriale ou l'indépendance politique de tout État, soit de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations Unies.
5.   Les Membres de l'Organisation donnent à celle-ci pleine assistance dans toute action entreprise par elle conformément aux dispositions de la présente Charte et s'abstiennent de prêter assistance à un État contre lequel l'Organisation entreprend une action préventive ou coercitive.
6.   L'Organisation fait en sorte que les États qui ne sont pas Membres des Nations Unies agissent conformément à ces principes dans la mesure nécessaire au maintien de la paix et de la sécurité internationales.


Que fait Justin Trudeau, en relation au droit international? 

Tout d’abord, il fait fi des décisions, déjà prises par le Conseil de sécurité des Nations Unies, sur la question du Venezuela : aucune intervention projetée par les États Unies et ses alliées au Venezuela n'a été autorisée par le  Conseil de sécurité des Nations Unies.

En reconnaissant Juan Guaido, comme président autoproclamé par intérim du Venezuela, créature nommée par Donald Trump, il se déclare en défaut de respect du droit international. En démocratie c’est le peuple qui choisit ses gouvernants et non un empire et ses vassaux qui peuvent le faire. Justin Trudeau et le groupe de Lima, qu’il reçoit, en ce jour,  à Gatineau se font les promoteurs  fictifs du respect du droit international, tout en soutenant les sanctions, le blocus et les diverses variantes d’une guerre économique interventionniste contre le peuple et le gouvernement du  Venezuela. 

Si le premier ministre a le devoir de soutenir les intérêts des entreprises canadiennes ainsi que ceux du peuple canadien, il ne peut le faire au détriment du droit des États et des peuples.

Il ne faudrait pas que notre premier ministre oublie que ceux qui l’ont élu sont les canadiens et canadiennes. Ce n’est pas M. Donald Trump, ni les conglomérats financiers  Vous n'êtes pas sans savoir que ces canadiens et canadiennes veulent le respect du droit international, tant des personnes que des peuples. Les Nations Unies sont là pour en indiquer la marche à suivre. Je ne pense pas que le Conseil de sécurité ait besoin d'un représentant qui ne respecte pas le droit international.

Nous sommes loin d'un Lester B. Pearson, prix Nobel de la paix, en octobre 1957 et d'un Pierre Elliot Trudeau qui a résisté aux pressions de Washington pour maintenir de bonnes relations avec Fidel Castro et la Révolution cubaine. Le Canada est devenu un vassal de Washington et rien n'annonce que cela puisse changer.

Oscar Fortin
20 février 2020



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vendredi 7 février 2020

POURQUOI LE VENEZUELA?





Cette question s’adresse tout autant aux États qui s’acharnent contre le Venezuela que pour ceux qui s’acharnent à soutenir et à défendre, si nécessaire, l’actuel gouvernement du Venezuela.  Encore tout récemment, le président Trump, lors de son discours sur l’État d’Union, s’en est pris au Venezuela, tout particulièrement à son Président, Nicolas Maduro, de l’écraser s’il s’obstinait à demeurer au pouvoir.  Il faut rappeler que son mandat prendra fin en 2025.

Légitimement élu par son peuple, le 20 mai 2018, comme Président de l’État vénézuélien, et reconnu comme tel par les Nations Unies et la majorité des peuples qui siègent à l’Assemblée générale de cette même institution. Le Venezuela est un pays souverain et indépendant et c’est le peuple, dit Maduro, qui élit ses présidents et non  Donald Trump.

Aujourd’hui, 7 février, le Secrétaire des relations extérieures de Russie, Sergueï  Lavrov, termine sa tournée en Amérique latine avec le gouvernement légitime du Venezuela. Il s’agit d’une rencontre de très grande importance, sachant que la Russie apporte tout son appui au Peuple vénézuélien et à son gouvernement. 

Les menaces répétées d’interventions militaires de la part de l’administration Trump sont prises au sérieux. En dépit du fait que le Conseil de sécurité des Nations Unies se soit prononcé, depuis longtemps, contre toutes formes d’intervention qui ne sont mutuellement consenties, les menaces persistent et les interventions  agressives, comme les sanctions, blocus et guerres se multiplient.  Pour les Nations Unies, les différends doivent se régler par la voie du dialogue respectueux et non par la confrontation sous ses diverses formes.

Déjà, nous savons depuis 1998, année de l’élection d’Hugo Chavez, que le peuple vénézuélien et son gouvernement, assumeraient le plein contrôle des pouvoirs de l’État qui étaient, depuis longtemps, entre les mains des oligarchies nationales et des États-Unis, ce dernier leur assurant de bons pourboires. Il faut dire que les richesses en pétrole, en or et en diamants étaient là pour compenser amplement  toutes ces contributions généreuses de l’Oncle Sam.

Pour l’opposition, il n’était pas question que ces prétentieux révolutionnaires viennent mettre le désordre dans un État pris en charge par son oligarchie nationale en harmonie étroite avec le grand-frère étasunien, plein d’attention pour chacun d’eux. La démocratie de ces nouveaux venus devra s’ajuster à l’ordre établi par ces derniers. 

On se souviendra que la première décision d’Hugo Chavez, comme Président élu, fut de convoquer à une Constituante du peuple pour l’élaboration d’une nouvelle constitution, émergeant de ce peuple. Une fois rédigée, elle fut soumise par référendum national au peuple, ayant le pouvoir démocratique d’en découdre ou de l’adopter. Elle fut adoptée par une grande majorité de la population. Venezuela fut l’un des premiers États à se donner une constitution, rédigée et voulue par le peuple.


Devant une telle situation, les adversaires, plutôt que d’y reconnaître la volonté du peuple, ont commencé à développer un langage de nature à minimiser le peuple, le réduisant à du populisme, facilement manipulable par les nouveaux arrivés au pouvoir. Pas surprenant que l’opposition, tout au long des années qui allaient suivre,  s’applique à développer un langage récupérateur. La nouvelle démocratie devient une dictature, les nouveaux dirigeants deviennent des Tyrans, les programmes sociaux se transforment en communisme et la Révolution en marche vers une société plus juste, plus équitable avec un gouvernement soucieux avant tout des intérêts du peuple et, à l’intérieur de celui-ci, des plus pauvres et laissés pour compte se transforment en État marxiste. Tout est là pour alimenter les médias de l’empire, mettant en évidence la présence,  sur le Continent, de ces marxistes et communistes qui ne savent rien de la démocratie, qui emprisonnent et torturent les honnêtes gens, ne respectant aucun droit des personnes.

Même, si en dépit de toutes ces manipulations, le peuple poursuit avec enthousiasme son soutien à cette révolution, de portée socialiste, humaniste, chrétienne et anti-impérialiste, les opposants, grassement financés par Washington, n’en continuent pas moins à maintenir le même langage. C’est le cas, entre autres,  de l’épiscopat vénézuélien qui n’en démord pas du langage utilisé à l’époque de Staline pour disqualifier la révolution vénézuélienne. 
  
Ce qu'ils ont dit, en 2015, les évêques du Venezuela et ce qu’ils continuent de dire

«Le plus gros problème et la cause de cette crise générale, comme nous l'avons indiqué à d'autres occasions, sont la décision du gouvernement national et des autres organes du pouvoir public d'imposer un système politico-économique de portée socialiste- marxiste ou communiste. Ce système est totalitaire et centraliste, il établit un contrôle étatique sur tous les aspects de la vie des citoyens et des institutions publiques et privées ...

Encore une fois, nous affirmons: le socialisme marxiste est une mauvaise voie, et c'est pourquoi il ne devrait pas être établi au Venezuela »

Cette modification de la réalité pour l’ajuster à leurs idées me rappelle cette phrase de pape François dans sa première Exhortation apostolique Evangelii gaudium.

« 231. Il existe aussi une tension bipolaire entre l’idée et la réalité. La réalité est, tout simplement ; l’idée s’élabore. Entre les deux il faut instaurer un dialogue permanent, en évitant que l’idée finisse par être séparée de la réalité. Il est dangereux de vivre dans le règne de la seule parole, de l’image, du sophisme. À partir de là se déduit qu’il faut postuler un troisième principe : la réalité est supérieure à l’idée. Cela suppose d’éviter diverses manières d’occulter la réalité : les purismes angéliques, les totalitarismes du relativisme, les nominalismes déclaratifs, les projets plus formels que réels, les fondamentalismes antihistoriques, les éthiques sans bonté, les intellectualismes sans sagesse. »

J’en déduis qu’il est parfois plus commode pour certains d’ajuster la réalité à leurs idées plutôt que d’ajuster leurs idées à la réalité. Selon les politiques éditoriales des médias, cet ajustement de la réalité au message qu’ils ont à livrer  les accommode même si la réalité y est sacrifiée.

Quelques autres citations du pape François, avant même que la machine vaticane n’ait pu l’encadrer dans ses nouvelles fonctions de pape :


« 202. La nécessité de résoudre les causes structurelles de la pauvreté ne peut attendre, non seulement en raison d’une exigence pragmatique d’obtenir des résultats et de mettre en ordre la société, mais pour la guérir d’une maladie qui la rend fragile et indigne, et qui ne fera que la conduire à de nouvelles crises. Les plans d’assistance qui font face à certaines urgences devraient être considérés seulement comme des réponses provisoires. Tant que ne seront pas résolus radicalement les problèmes des pauvres, en renonçant à l’autonomie absolue des marchés et de la spéculation financière, et en attaquant les causes structurelles de la disparité sociale[173] les problèmes du monde ne seront pas résolus, ni, en définitive, aucun problème. La disparité sociale est la racine des maux de la société.

204. Nous ne pouvons plus avoir confiance dans les forces aveugles et dans la main invisible du marché. La croissance dans l’équité exige quelque chose de plus que la croissance économique, bien qu’elle la suppose ; elle demande des décisions, des programmes, des mécanismes et des processus spécifiquement orientés vers une meilleure distribution des revenus, la création d’opportunités d’emplois, une promotion intégrale des pauvres qui dépasse le simple assistanat. Loin de moi la proposition d’un populisme irresponsable, mais l’économie ne peut plus recourir à des remèdes qui sont un nouveau venin, comme lorsqu’on prétend augmenter la rentabilité en réduisant le marché du travail, mais en créant de cette façon de nouveaux exclus.


205. Je demande à Dieu que s’accroisse le nombre d’hommes politiques capables d’entrer dans un authentique dialogue qui s’oriente efficacement pour soigner les racines profondes et non l’apparence des maux de notre monde ! La politique tant dénigrée est une vocation très noble, elle est une des formes les plus précieuses de la charité, parce qu’elle cherche le bien commun

Des considérations qui ont de quoi encourager les dirigeants et les peuples des pays émergents de l’Amérique latine  dont les objectifs sont ceux-là mêmes dont parle le pape François. Malheureusement, ce qui fut la joie de nombreux chefs d’États y dirigeants sociaux est devenu pour de nombreux autres dirigeants, y incluant la majorité des épiscopats, un langage à garder sous silence. 
Le 13 mars prochain, le pape François célèbrera ses sept années comme Papa et chef du Vatican. Faudra voir, à ce moment, ce qui en sera advenu de cette Exhortation apostolique  du 26 novembre 2013.

D’ici là, nous verrons ce qui adviendra du Venezuela, de ses opposants.

Oscar Fortin

7 de février 2020 

mercredi 22 janvier 2020

VENEZUELA: UN PEUPLE QUI RÉSISTE À L’EMPIRE 




Depuis plus de 20 ans maintenant, le peuple du Venezuela résiste par tous les moyens aux pressions et interventions de l’Empire EEUU  qui cherche par tous les moyens le soustraire à son indépendance et à sa souveraineté. Il faut savoir que les EEUU se sont prévalus pendant des siècles de la doctrine Monroe, déclarant l’Amérique latine et les Caraïbes comme étant sa « cour arrière ». Si, tout au long de ces siècles de nombreux pays ont déclaré leur indépendance politique, plusieurs d’entre eux  sont vite redevenus des vassaux de l’Empire étasunien. C’est le cas, entre autres, des pays rejoignant le « Club de Lima ». Les dirigeants politiques de ces États se soumettent et soumettent leurs peuples aux volontés de Washington. Ceux qui y résistent sont aussitôt la cible d’interventions musclées de nature à en faire de fidèles collaborateurs.

Nous connaissons le cas de Cuba qui a résisté jusqu’à ce jour à se soumettre aux volontés de l’Empire. Nous avons connu le cas du Chili, sous le régime de Salvador Allende, qui n’a pas pu résister aux forces impériales qui ont pu utiliser les forces armées qui leur étaient soumises.  Ce fut le coup d’État de 1973 suivis de la dictature d’Augusto Pinochet. Il en fut de même avec l’Argentine qui fut récupérée par l’intervention du trio militaire des trois forces armées,  également fidèles à Washington. 

D’autres pays ont résisté, comme ce fut le cas du Nicaragua qui n’a guère connu de trêve depuis la victoire des sandinistes sur le dictateur Somoza. Ce fut également le cas de la Bolivie sous le régime d’Evo Morales qui a survécu pendant les 14 dernières années. En décembre dernier (2019) il fut victime d’un coup d’État. Evo Morales n’a pu compter sur l’armée bolivienne, également soumise à Washington. 

Il faut se rappeler que la grande majorité des principaux dirigeants militaires furent formés à l’école militaire sous direction des États-Unis. Pour en savoir plus sur le sujet, je vous réfère à cet article qui donne une idée sur le rôle joué par cette école.

Cette fidélité des armées latino-américaine ne fut pas le cas de toutes les armées. C’est d’ailleurs un des grands problèmes qui empêche l’Empire d’intervenir au Venezuela. L’armée du Venezuela est fidèle à  son peuple et à son gouvernement. L’influence de Chavez, ex-membre de l’armée, a été déterminante en ce qui a trait à sa formation au service, avant tout, de la sécurité du peuple et de la souveraineté du pays. Les tentatives de corruption par l’argent et de nombreux autres avantages n’ont pas atteint les objectifs visés. Un certain nombre de ceux qui ont cédé à la corruption se retrouvent dans des situations misérables et sans les appuis promis par les corrupteurs. Ce n’est pas de nature à encourager d’autres à suivre leur exemple.

CE QUE REPRÉSENTE LE VENEZUELA POUR L’EMPIRE

Si ce n’était de ses richesses naturelles, telles celles du pétrole, des diamants, de l’or, entre autres, son acharnement contre le Venezuela serait sans doute fort différent. Les richesses sont là, et également, l’influence régionale et internationale d’un gouvernement qui refuse de se convertir en subalterne de l’Empire. C’est également un gouvernement qui développe des mesures sociales, telles l’éducation gratuite à tous les niveaux, la santé gratuite, accessible dans tous les milieux. Ce sont là des mesures qui dérangent les gouvernements régionaux de format néolibéral. Cette influence du Venezuela ne sert pas les intérêts de Washington ni de ses acolytes régionaux qui vivent de ses subventions. 

CE QUE REPRÉSENTE LE VENEZUELA POUR LES PEUPLES 

On peut dire sans se tromper que les peuples en quête de justice, d’indépendance et de souveraineté trouvent une grande inspiration dans la lutte que mène le Venezuela. Autant l’empire voudrait voir disparaitre ce peuple qui lui refuse toute concession à moins que ce soit dans le cadre de négociations d’égalité et de respect mutuel. 

Au moment d’écrire ces lignes,  Caracas est l’hôte du groupe de Rio, qui comprend les représentants et représentantes de nombreux pays et organisations sociales.  Leur lutte vise la fin de l’empire et l’émergence de peuples souverains et indépendants.

« Ce mercredi 22 janvier 2020, la Rencontre internationale contre l'impérialisme a commencé à Caracas, organisée par le forum de Sao Paulo, et à laquelle participent des organisations politiques et sociales progressistes. Le vice-président du Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV), »

Pour ceux et celles qui se débrouillent en espagnol, je vous recommande cette intervention vidéo de Diosdado Caballo, Président du Conseil national constitutionnel.


Empire et peuples sont, pratiquement irréconciliables : l’empire se définit comme le maître du pouvoir et les peuples comme les détenteurs du pouvoir démocratique: maîtres de leurs richesses, de leurs États, de leur souveraineté. Chaque fois que c’est la démocratie du peuple qui s’impose, c’est la mise au second plan du pouvoir de l’empire. Il en va de même pour les peuples soumis au pouvoir de l’Empire par la voie détournée d’une démocratie manipulée.

QUE VA-T-IL SE PASSER DANS LES SEMAINES ET MOIS QUI VIENNENT?

Il n’y a pas de boules de cristal pour nous dire ce qui va réellement se réaliser. Certains évènements peuvent nous permettre d’anticiper diverses interventions de l’empire et de ses alliés nationaux et internationaux de nature à empêcher la réalisation des élections législatives qui doivent se réaliser, selon la constitution, en 2020.  La partie la plus radicale de l’opposition, celle soutenue par Washington et Juan Guaido, a perdu la présidence du Conseil national législatif, et du fait même, son contrôle.  Toute perspective d’élection législative pour 2020 risque d’être catastrophique pour ces alliés de Washington. Une partie importante de l’opposition s’est dissociée de Juan Guaido et leur approche est plutôt nationale et leur objectif demeure, avant toute chose, le  bien commun du peuple vénézuélien. 

 Les centaines de millions de dollars, investis à ce jour, dans cette guerre contre la révolution bolivarienne perdraient toute leur valeur avec une victoire majoritaire du parti gouvernemental dans les élections législatives à venir.  Le gouvernement reprendrait le plein contrôle du CNL et les adversaires seraient mal placés pour parler d’élections falsifiées. Ces dernières sont toujours suivies par des observateurs étrangers, venant de divers milieux.

Sommes-nous  à la veille d’une intervention militaire des États-Unis et de ses alliés latinos américains? Au moment d’écrire ce texte, la quatrième flotte étasunienne est en pleine activité d’exercices militaires avec la Colombie, où les EEUU ont déjà neuf bases militaires.  

D’autre part, le Venezuela en fait tout autant avec son armée « civico-militaire ». 

Ces jours derniers, les évêques vénézuéliens qui sont des alliés inconditionnels de Washington, ont fait une série de déclarations transformant le gouvernement du président Maduro, de totalitaire, qui torture et tue d’innocentes victimes, etc. Pour faire court, un discourt qui nous renvoie à ceux qu’on entendait dans les pires années du communisme sous Staline, en URSS.

Ils se font également sensibles aux souffrances du peuple dont les seuls responsables sont évidemment les dirigeants politiques du gouvernement. En aucun moment, ils ne dénonceront les diverses formes d’intervention de Washington qui affectent directement les besoins du peuple : guerre économique, sanctions, retenue de fonds de plusieurs centaines de millions de dollars.

Pour sa part, se Secrétaire d’état, Mike Pompeo a ratifié que son pays a imposé "des sanctions sévères au régime, ce qui rend plus difficile pour eux de nuire au peuple vénézuélien".

Pour sa part, le gouvernement vénézuélien a présenté des chiffres démontrant que les mesures punitives ne sont pas seulement contre les hauts fonctionnaires, mais ont affecté la population. Maduro a récemment a affirmé que le blocus américain contre le Venezuela, il a généré des pertes de l'ordre de 40 000 millions de dollars. Dire que ces sanctions n’affectent pas le peuple, c’est un peu rire du monde.

À voir maintenant ce qui va se passer le 3 mai, jour de nouvelles élections présidentielles en Bolivie. La démocratie n’a pas toujours la même signification selon ceux et celles qui  l’utilisent. Nous verrons bien ce que l’empire fait de la démocratie et du peuple qui en est le maitre principal.


Une autre histoire à suivre

Oscar Fortin

22 janvier 2020

lundi 16 décembre 2019

APPEL À LA PAIX DU PAPE FRANÇOIS


CRÉDIBLE OU NON CRÉDIBLE ?



Chaque année, le premier jour de janvier, le Vatican, par la voix du pape, fait un appel au monde pour que la paix se substitue aux guerres et aux multiples confrontations entre les peuples et les nations.  Ce message, pour 2020, vient d’être porté à la connaissance des médias et du grand public. Il va de soi qu’il reflète la perception qu’a le Vatican des diverses forces qui existent et des multiples intérêts au service desquels elles se portent. Il sait les avenants et aboutissants des divers conflits qui éclatent un peu partout à travers le monde, que ce soit en Amérique latine, au Moyen-Orient, en Afrique et en Asie. Sa capacité d’information est énorme et ses représentants sont là pour analyser les faits, pour en discerner les intérêts  et en identifier les principaux acteurs. Toutefois, le traitement qu’il fait de toutes ces connaissances répondra, avant tout, à des objectifs qui lui sont propres et à des intérêts auxquels il se doit de répondre.

En tant que chef d’État du Vatican, il fait partie de la communauté internationale des États regroupés au sein de l’Assemblée générale des Nations Unies. Il se doit, également, de prendre en compte le respect des accords, convenus avec certaines puissances,  dont les deux plus importants sont, sans nul doute, ceux signés avec les États-Unis. Le premier fut signé entre le pape J.P.II et le président Reagan, le 7 juin 1982. Le second fut signé le 21 mars 2014 entre le pape François et Obama. Pour l’essentiel, ces accords permettent aux deux États de collaborer dans leur lutte, menée contre le communisme, le socialisme et toute idéologie s’en inspirant. Pour plus de précisions, voir le lien qui suit. Ce sont des Pactes qui permettent de comprendre bien des choses dans les relations de l’un et l’autre.


Par exemple, si l’on s’arrête quelque peu sur ce qui se passe en Amérique latine et dans les Caraïbes, nous réalisons que de nombreux peuples se soulèvent pour réclamer plus de justice et de respect de leurs droits.  C’est présentement le cas au Chili, en Colombie, en Bolivie et récemment en Équateur. Dans le cas du Venezuela  et du Nicaragua, il y a également des soulèvements, caractérisés, cette fois, par des forces d’opposition, appuyées et soutenues financièrement par les États-Unis. Il faut se rappeler que  pour ce dernier l’Amérique latine est « sa cour arrière » sur laquelle il a plein pouvoir. Le traitement médiatique sera différent selon qu’il s’agit d’un véritable soulèvement du peuple ou selon qu’il s’agit d’un soulèvement commandé par les intérêts de Washington. Dans le premier cas, le peuple qui se soulève sera considéré comme des délinquants, des faiseurs de trouble. Des communistes et socialistes. L’armée et la police seront utilisées pour réprimer avec force ce peuple « délinquant ». Dans le second cas, ce sera le gouvernement qui sera déclaré dictature socialiste, maltraitant, torturant et tuant ses citoyens. Dans l’ensemble des cas, le Vatican et les épiscopats régionaux interprèteront les évènements  dans le sens des intérêts de Washington et seront plus réceptifs aux médias qui vont dans le même sens. Le pape François n’y échappe pas.  Dans le cas des premiers, il fera appel à la négociation, se gardant bien de dénoncer la répression armée contre le peuple. Dans le cas des seconds, il réclamera des gouvernements concernés qu’ils respectent les droits humains et qu’ils s’abstiennent de toute violence. Il s’agit d’un comportement du pape et des épiscopats qui répond aux ententes convenues entre les deux États.


Il est évident que le pape François est au fait de toutes ces choses et des dessous qui en sont l’origine et la motivation. Il a vécu la dictature en Argentine, il a assisté au génocide du Plan Condor et a vu, au-delà la cordillère des Andes, le dictateur Pinochet faire le grand ménage dans tout ce qui était opposition à l’Empire. Cette opposition dans le discours officiel des dictatures et des épiscopats ne pouvait être que de fanatiques communistes, des athées, sans , ni morale, des révolutionnaires sans conscience. Les appels et les mises en garde des Nations Unies sont, dans pareilles circonstances, sans écho alors que les maitres du jeu (l’Empire et le Vatican) font ce que bon leur semble. 

C’est dans pareil contexte que le pape François s’adresse au monde pour promouvoir la paix entre tous les peuples et toutes les personnes.

Il y a deux grandes Institutions dont le regard porte sur l’ensemble de l’humanité et qui se font les apôtres du respect des droits des personnes, des peuples, des laissés pour compte : ce sont les Nations Unieset l’Église catholique. On ne peut que concevoir une relation étroite et fortement unie entre ces deux Institutions. Toutefois les faits démontrent, toutefois, que ce n’est pas nécessairement le cas. 

Le message du pape François


À deux reprises, j’ai lu ce message pour bien m’assurer que je ne me trompais pas en disant qu’en aucun moment il ne s’est référé aux Nations Unies comme instance importante pour la paix dans le monde. Pas plus, d’ailleurs, qu’il ne se réfère à la Charte des droits des Nations Unies que les États membres se sont donnée et qu’ils se doivent de respecter. C’est dans cette Charte qu’on interdit toute forme d’interventionnisme dans d’autres pays de nature à nuire à leur développement et au caractère souverain de leur indépendance. Dans son intervention, le pape François ne trouve pas nécessaire de rappeler aux puissances mondiales l’importance de respecter ce droit fondamental des peuples à disposer de leur propre destin.  Seule, l’ONU, a ce pouvoir d’apprécier et de décider de toute intervention dans un autre pays.  Aucune puissance mondiale dispose de ce droit qui s’applique tout autant aux  États-Unis qu’à tous ceux qui seraient tentés d’en faire tout autant.

Je trouve malheureux le fait que le pape François n’ait pas accordé, dans cette déclaration, tout son appui à l’ONU  et à sa Charte des droits.  Une occasion unique pour rappeler à Washington et à toutes les autres puissances que le Vatican appuie les Nations Unies et reconnait pleinement la Charte des droits que les pays du monde se sont donnée. Le respect de cette Charte est une voie qui ne peut que conduire à plus de paix et de justice. L’interventionnisme, sous toutes ses formes, doit être éliminé, à moins que ce soit sous l’autorité des Nations Unies. Dans la situation présente, Washington se place au-dessus de cette Charte et décide lui-même ce qui est bon et ce qui ne l’est pas, ce qui est démocratie de ce qui ne l’est pas, etc. 


Aussi curieusement que cela puisse paraitre, tant le Vatican que les épiscopats latino-américains, loin de dénoncer cet interventionnisme de Washington dans les affaires internes d’autres pays, s’en font pratiquement des complices. C’est le cas au Venezuela, ce fut le cas en Bolivie, en Équateur, en Colombie, au Chili, etc.. 

Les parrains de la Mafia se donnent ces pouvoirs dans leur milieu et le pape François n’a pas hésité à les dénoncer et excommunier.  Ce qu’il a fait avec cette Mafia sicilienne, il n’ose le faire avec les États qui agissent sur la base des mêmes principes que les Mafias communes. 


Conclusion

Le monde dans lequel nous vivons est présentement dominé par des forces qui se fondent sur le pouvoir de l’argent et de tout ce que ce pouvoir rend possible. Le pape François qui a écrit l’Exhortation apostolique Evangelii gaudiumsait tout cela. Il a tracé le portrait du capitalisme sauvageainsi que ses effets néfastes sur la majorité de l’Humanité. Il sait que dans le cadre d’un tel système aucune paix ne sera possible et, pourtant, il n’en dit mot.

Seul le réveil des peuples tel que nous le percevons de nos jours permettra de briser ce cercle du pouvoir dominant pour l’étendre à l’Humanité entière. Pour ce faire, toutes les forces de bonne foi, toutes les institutions qui se donnent une vocation humanitaire doivent s’aligner avec ces peuples et non en devenir des obstacles. S’il y a une véritable conversion à espérer du Vatican et de tous ceux qui en vivent, c’est celle qui conduit à cette solidarité humanitaire en faveur de tous les peuples. Cette conversion nous interpelle tous et toutes ainsi que les institutions cléricales, sociales et politiques.

Comme le dit l’Évangile, on ne peut servir deux maitres à la fois, Dieu et Mammon. Il faut choisir pour de vrai la voie qui conduit à la vérité, à la justice, à la solidarité humaine.

Joyeux Noël et bonne et heureuse année 2020.

Que la paix enracinée dans la justice et la vérité vous accompagne.

Oscar Fortin


jeudi 14 novembre 2019

L’OEA ET LE COUP D’ÉTAT EN BOLIVIE




On comprendra, dès le départ, que l’Organisation des États américains (OEA) répond, avant tout, aux dictats et intérêts des États-Unis qui ont plein contrôle sur la majorité des membres de l’Organisation et sur celui qui en assume le secrétariat général. Pour de nombreux analystes politiques, l’OEA est le ministère des États-Unis dont l’objectif est de promouvoir et protéger, tout à la fois, ses intérêts dans l’ensemble des pays de l’Amérique latine et des Caraïbes. Les conditions de travail et les bénéfices financiers qui sont consentis à son Secrétaire général et à ses alliés politiques lui assurent une mainmise dominante sur l’ensemble des activités de l’OEA. Sa véritable nature se révèle à travers ses diverses interventions (Venezuela, Bolivie, Nicaragua, etc.) tout autant qu’à travers ses silences (Colombie, Honduras, Chili, Brésil, etc.). Dans le premier cas, il s’agit de peuples qui remettent en cause la domination impériale et qui luttent pour leur indépendance et souveraineté. Dans le second cas, il s’agit de gouvernements qui répriment leur population pour sauvegarder l’hégémonie du pouvoir de l’Empire et des oligarchies locales.

CE QUI S’EST PASSÉ SUITE À LA VICTOIRE D’EVO MORALES, LE 20 OCTOBRE DERNIER

Au grand dam des partis de l’opposition, Evo Morales remporta ces élections avec la majorité des votes nécessaires lui permettant d’éviter un second tour. Comme il fallait s’y attendre, l’opposition donna suite à ce qu’elle avait déjà déclaré, des mois à l’avance, à savoir qu’elle ne reconnaitrait pas la victoire d’Evo Morales s’il était élu comme Président de la Bolivie. D’une seule voix, cette opposition et ses alliés, y incluant l’épiscopat bolivien, dénoncèrent, sans en préciser la nature, les fraudes qui ont entaché la légitimité de ces élections. À noter, toutefois, que le cardinal  Toribio Ticona, née à Potosi, Bolivie, fut le seul, au sein de l’épiscopat bolivien, à dénoncer haut et fort ce chantage de l’opposition sur une soi-disant fraude électorale.

 "Comment est-il possible que M. Mesa, ancien président et ancien vice-président, appelle à la violence, alors qu'avant la fin du dépouillement des votes, il se déclare déjà vainqueur alors que nous savons qu'il n'a finalement pas été vainqueur. C'est pourquoi il s'est précipité sans fondement, cela ne vaut pas la peine et, à mon avis, il est à blâmer pour toute cette violence qui se poursuit ". 


Je ne sais ce qui s’est passé avec ce cardinal dont la voix s’est soudainement éteinte. Il faut croire que la  Conférence épiscopale bolivienne, férocement opposée au gouvernement socialiste d’Evo Morales, ait choisi de prendre en main le volet communication dont l’objectif est de dénoncer, contre vent et marée et sans aucune preuve, que l’élection était contaminée de fraudes multiples.

Face à une telle situation, le président élu, Evo Morales, a fait un appel à tous ceux et celles qui qualifiaient cette élection de frauduleuse de se joindre, avec les spécialistes de leurs choix, pour participer à un recomptage complet des votes. Il fit appel à l’OEA ainsi qu’à des représentants de divers milieux européens et américains pour participer à ce recomptage.  Un protocole a été établi entre le gouvernement et les participants au recomptage.  Cet exercice prendrait deux semaines et les conclusions devraient être portées à la connaissance du public, le mercredi, 13 novembre. Le président s’engageait à donner suite aux résultats et aux recommandations en découlant. Curieusement, les opposants radicaux se dissocièrent de l’OEA et poursuivirent leurs dénonciations de fraudes tout en générant la violence et les confrontations entre partisans du gouvernement et ceux de l’opposition radicale, question d’exercer suffisamment de pression en vue d’obtenir la démission du président élu, Evo Morales. 

Dimanche, le 10 novembre, au moment où le président Evo Morales décidait de convoquer à de nouvelles élections et de procéder au renouvèlement du Conseil national électoral, le Secrétaire de l’OEA anticipait, pour sa part, une ébauche des conclusions à tirer de ce recomptage non encore terminé.  Il laissait  entendre qu’il y avait eu fraude électorale bien que difficilement identifiable. Par cette intervention, il dérogeait au protocole initial de l’opération recomptage et semait davantage de confusion.

Heureusement, de nombreux autres intervenants dans ce recomptage, non liés à l’OEA, donnèrent, au terme de ce recomptage, un point de vue tout à fait différent. C’est entre autres le cas du « Centre de recherche économique et politique des États-Unis qui a présenté lundi un rapport qui reflète l'absence d'irrégularités lors des élections du 20 octobre dernier en Bolivie et qui a attribué à Evo Morales la présidence gagnante, niant la position de l'Organisation des États américains (OEA). »


De fait, dès que l’OEA fit le constat que la soi-disant fraude électorale ne saurait tenir la route,  elle se tourna aussitôt du côté de l’armée et de la police pour en faire les principaux acteurs, conduisant au dénouement du coup d’État et exigeant la démission d’Evo Morales dans le but de laisser la place aux forces de l’opposition. Il faut rappeler que le gouvernement d’Evo Morales avait un plan visant à apporter des changements au sein de la police, impliquée dans plusieurs opérations de corruption. Ces changements n’étaient pas les bienvenus. Des changements étaient également prévus au sein de l’armée. C’est dire que le président Evo Morales n’était pas dans une position de force à leur endroit. Sa vie étant en danger, il accepta l’invitation du Président du Mexique pour s’y réfugier le temps de voir venir les évènements et de poursuivre la lutte sous d’autres formes.


La substitution du gouvernement en exercice par les forces de l’opposition radicale, soutenue par l’armée et la police, ne peut avoir d’autre qualificatif que celui d’un véritable coup d’État.  Derrière tout cela, il faut y voir la main de l’Oncle Sam qui y retrouve sa pleine souveraineté en Bolivie. Sa démocratie repose sur ses subordonnés. Il lui revient de décider du sort des présidents et présidentes.  Les autoproclamés (Guaido au Venezuela et  Jeanine Áñez en Bolivie) en témoignent. Il suffit que l’oncle Sam les reconnaisse comme tels. Les peuples n’ont qu’à s’ajuster aux volontés de ce dernier. Les élections ne doivent être réalisées que dans des conditions de certitude. Autrement, il faudra y reconnaître la fraude des vainqueurs.


Oscar Fortin
Le 14 novembre 2019

Voir la série d'audios qui nous en disent beaucoup sur le processus conduisant à ce coup d'État. La référence est en espagnol, mais avec le traducteur google (https://translate.google.ca/?hl=fr#fr/es/) vous pourrez vous y retrouver rapidement.

https://www.telesurtv.net/news/bolivia-audios-revelan-golpe-estado--20191114-0009.html