PENSÉE

LA DÉMOCRATIE QUI NE FAIT PAS DU PEUPLE LE RESPONSABLE DE SES DÉCISIONS EST UNE TROMPERIE.

LA RELIGION QUI NE RECONNAÎT PAS LA FOI COMME UN DON PERSONNEL DE DIEU EST UNE MANIPULATION.

LE BIEN COMMUN QUI NE SE FONDE PAS SUR LA JUSTICE ET LA VÉRITÉ EST UNE ESCROQUERIE.

Oscar Fortin

Blog espagnol

jeudi 5 mai 2005

LA PAPAUTÉ ET LES ALLIANCES

L’article de Marc Nadeau, UN ALLIÉ DE TAILLE POUR BENOÎT XVI, publié dans le journal le Soleil, en date du 5 mai, n’est pas sans soulever de sérieuses questions sur les alliances du Vatican avec les Administrations américaines. Ces questions s’imposent d’autant plus qu’elles concernent deux grands Empires qui s’imposent au monde contemporain. Il y a l’Église catholique qui se présente comme l’héritière et porte parole des valeurs chrétiennes issues des Évangiles et de son fondateur, Jésus de Nazareth; il y a la Maison Blanche qui se présente comme le phare de la civilisation et la gardienne des libertés. Mais qu’en est-il exactement de l’un et de l’autre?

L’ÉGLISE

Il ne fait pas de doute que l’Église porte un patrimoine religieux exceptionnel dont témoignent non seulement le Nouveau Testament, les écrits des Pères de l’Église et des Conciles mais aussi et surtout les chrétiens et les martyrs qui ont donné leur vie, à l’exemple du Christ, pour témoigner des béatitudes évangéliques. Ces témoins d’un Royaume de Vérité, de Justice, de Compassion et d’Amour ont assumé une liberté bien enracinée dans la foi et affranchie des ambitions et des pouvoirs terrestres.

Cette même Église porte également un patrimoine non moins exceptionnel d’alliances avec les pouvoirs de ce monde qu’historiens et théologiens peuvent retracer au long des siècles. Selon les intérêts en cause, ces alliances sont pour certains justifiées et pour d’autres condamnables. Dans tous les cas, elles créeront inévitablement une dépendance de l’Église qui sapera à sa base la liberté absolue qui vient de la foi et dont elle a bessoin pour agir en fonction de la Volonté du Père. Ce n’est donc pas par pur hasard si les Évangélistes Mathieu et Luc placent les trois tentations de Jésus au désert au tout début de sa mission. Une de ces trois tentations porte plus spécifiquement sur ces « alliances ».

"Le diable le transporta encore sur une montagne très élevée, lui montra tous les royaumes du monde et leur gloire;
et lui dit: Je te donnerai toutes ces choses, si tu te prosternes et m'adores
Jésus lui dit: Retire-toi, Satan! Car il est écrit: Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et tu le serviras lui seul.
Alors le diable le laissa. Et voici, des anges vinrent auprès de Jésus, et le servaient."
(Mathieu, 4, 8-13)

La catholicité de l’Église, si elle doit s’étendre à tous les territoires de la terre, comme le suggère « Satan », elle doit également et surtout s’étendre à toutes les valeurs d’existence dont celle du Dieu unique sur qui elle repose. L’Eglise ne peut servir deux maîtres.

LA MAISON BLANCHE

La Maison Blanche, symbole des diverses administrations étasuniennes, est l’autre partenaire dans cette alliance. Elle est évidemment le rappel des luttes qui ont conduit à la reconnaissance des libertés individuelles et à la disparition de la discrimination fondée sur la race, la couleur, la religion et le sexe. Sous l’actuelle administration Bush elle prend même le langage de la morale et de la foi chrétienne.

À cette image du défenseur des grandes valeurs de liberté et de foi chrétienne s’ajoute celle de l’Empire qui couvre, par ses multiples interventions, l’action de ses multinationales dans tous les pays et de façon particulière dans ceux du Tiers monde. Il le fait sans égard aux effets souvent dévastateurs de ces entreprises sur les richesses naturelles, les conditions de vie des travailleurs, l’environnement etc. Cet Empire, présent dans tous les organismes internationaux, bilatéraux et multilatéraux, et fort de sa puissante influence, assujettit les gouvernements et conditionnent les mouvements sociaux de manière à ce qu’ils ne deviennent pas des obstacles à la réalisation de ses intérêts nationaux. Il dispose de moyens de communication supérieurs à tout ce qui peut exister ailleurs. Sa force militaire n’a pas d’égal et ses moyens d’intervention se situent au dessus des lois. Le mensonge, la manipulation, les assassinats, la torture font partie de son arsenal d’intervention. Sa politique et ses actions sont fonctions de SES INTÉRÊTS NATIONAUX et de façon plus particulière de SES INTÉRÊTS ÉCONOMIQUES. Il est le symbole même de l’Empire de l’Argent.

La liberté qu’il défend est sa liberté et plus précisément celle qui lui permet d’agir à sa guise pour assurer et défendre ses intérêts économiques et ceux des entreprises sous sa juridiction politique. La démocratie dont il se fait l’artisan est celle qui lui laisse suffisamment d’espace pour lui permettre de tirer les ficelles du pouvoir. Toute limitation de ces deux manières de voir est perçue comme suspecte et fait aussitôt l’objet de pressions de toute nature. L’attitude de la Maison Blanche à l’égard du Venezuela illustre bien cette situation de la démocratie à ne pas imiter, mais à combattre.

BENOÎT XVI, TÉMOIN D’ÉVANGILE EN AMÉRIQUE LATINE ET DANS LE MONDE

L’Amérique latine se présente comme un terrain tout désigné pour mettre à l’épreuve l’affranchissement de l’Église dans sa capacité d’agir et de parler selon les impératifs de justice et de liberté enseignés par le Christ. Dans cette partie des Amériques où elle compte plus de 50% de ses membres, existe une pauvreté systémique qui affecte plus des deux tiers de la population. De plus en plus de gouvernements et d’organismes sociaux s’élèvent contre cette situation. C’est le cas au Brésil, au Chili, en Argentine, en Uruguay et au Venezuela. Tout en étant des gouvernements démocratiquement élus, leur plus grande résistance vient de la Maison Blanche, soucieuse de ne pas perdre ses droits acquis.

Il ne fait pas de doute que l’Église sera appelée à s’engager et à le faire sans équivoque. Soit qu’elle poursuive son soutien aux politiques étasuniennes en s’opposant aux forces de changement, soit qu’elle dénonce avec force et vigueur le système d’injustice et qu’elle prenne faits et gestes en faveur des pauvres et des laissés pour compte. Elle ne devra pas avoir peur des engagements que lui commande la foi en Jésus de Nazareth. Certains connaîtront le sort qui fut réservé à Mgr Romero comme à beaucoup d’autres en pareilles circonstances. Ce sera une semence qui permettra à l’Église de croître et à un homme nouveau de naître en Jésus ressuscité. Elle redeviendra porteuse d’une bonne nouvelle de salut pour toute personne de bonne volonté.


Oscar Fortin

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