dimanche 9 avril 2006

NE PLEUREZ PAS SUR MOI


LA PASSION RACONTÉE PAR LES ÉVANGÉLISTES témoigne tout autant de la cruauté dont l’humain est capable que de l’amour qui permet de dépasser la haine qui la rend possible. Si nous sommes bouleversés par autant d’acharnement à frapper, à ridiculiser, à faire souffrir, n’oublions pas que nous portons tous quelque part en nous cette capacité de cruauté et de haine. Chaque peuple, chaque Église, chaque système politique, chaque classe sociale a son histoire d’horreurs. Le pouvoir religieux représenté par le grand prêtre Caïphe, le pouvoir politique représenté par le gouverneur Pilate, le pouvoir de la consommation représenté par le roi Hérode ont toujours trouvé, hier et aujourd'hui, de bons motifs pour arrêter, torturer, assassiner. L’histoire récente de l’humanité est remplie de ces horreurs. Et tous y trouvent de bons motifs pour mobiliser les foules en leur faveur.

PLEUREZ SUR VOUS-MÊMES ET VOS ENFANTS

Les torturés, que ce soient ceux en Irak, à Guantanamo, dans diverses prisons secrètes du monde sous commandement étasunien ou encore ceux moins récents du Plan Condor mené de main de fer par les régimes militaires de l’Amérique latine, témoignent de l’atrocité dont l’homme est capable en même temps que du courage qui rend les victimes capables de supporter autant d’ignominie. Dans un passé pas encore lointain les plus âgés se souviendront des atrocités commises au Chili, en Argentine, au Brésil, en Bolivie et dans pratiquement tous les pays de l’Amérique centrale. Le souvenir des militaires dans ces pays et les témoignages des tortures et assassinats commis sous les regards approbateurs des trois grands pouvoirs qui dominent toujours nos sociétés ne peuvent que donner un sens très prophétique de ces paroles de Jésus « ne pleurez pas sur moi mais sur vous-mêmes et vos enfants ». Ces derniers seront dans certains cas les tortionnaires eux-mêmes et dans d’autres cas les victimes de ces tortionnaires.
Les deux photos qui suivent nous montrent Unai Romano, accusé de faux témoignage pour avoir dénoncé les tortures dont il fut lui-même la victime.

De quoi faire comprendre pourquoi les disciples d'Emaus et les apôtres n'aient pas reconnu Jésus après sa résurrection.

LE PLAN CONDOR EN AMÉRIQUE LATINE

Ces deux chefs d’état, Pinochet au Chili et Videla en Argentine, ont été les bras exécutants d’une opération qui a fait prisonniers, torturé et tué des milliers de personnes en Amérique du Sud avec la bénédiction des autorités religieuses officielles et les maîtres de la Maison Blanche à Wahsington. Nos medias ont été bien prudents pour ne pas éveiller la conscience des peuples dont les dirigeants se faisaient complices de pareils crimes. Ce silence est d’autant plus compréhensible qu’ils sont pour la grande majorité entre les mains de ceux-là même qui commanditent ces interventions. Si Caïphe est parvenu à monter la foule contre Jésus comment, ceux qui contrôlent les medias et les subtilités de la manipulation n’y arriveraient-ils pas ? La vérité n’est pas toujours bonne à dire surtout lorsque nous avons des choses à cacher. Par contre le mensonge est bien utile lorsque nous avons des ennemis à éliminer. Bien des héros deviennent des diables et bien des diables deviennent des héros.

QUE PENSER DES MASSACRES ET TORTURES EN IRAK ?


Ces images ne sont pas le produit de la Chine communiste ou encore de Cuba sous la gouverne de Fidel Castro, mais bel et bien de notre Occident chrétien qui pleurera, durant la semaine sainte, la passion et la mort du Christ. Il faut croire que Jésus nous répète de nouveau : NE PLEUREZ PAS SUR MOI, MAIS PLEUREZ PLUTÔT SUR VOUS ET VOS ENFANTS.

UN EXAMEN DE CONSCIENCE S’IMPOSE

QUE FONT LES CAIPHES, LES PILATES ET LES HÉRODES D’AUJOURD’HUI POUR QUE CESSENT CES BARBARIES ET QUE CHAQUE ÊTRE HUMAIN, PEU IMPORTE SON LIEU DE NAISSANCE, SA CULTURE, SES CROYANCES, LA COULEUR DE SA PEAU, SOIT RESPECTÉ NON PAS SEULEMENT COMME UNE CRÉATURE DE DIEU MAIS COMME UN ENFANT DE DIEU ? LA COMPLICITÉ D’HIER ENTRE CES TROIS POUVOIRS SERAIT-ELLE DONC TOUJOURS LÀ ET PRÊTE À COLLABORER?


COMBIEN DE NOS ÉVÊQUES SE MOBILISENT POUR DÉNONCER CES MASSACRES ET ENTRAÎNER LEURS FIDÈLES À NE PAS CRAINDRE LES REPRÉSAILLES POUR S’Y OPPOSER? COMBIEN DE POLITICIENS SE COMMETTENT EN CONSCIENCE POUR DÉNONCER DE PAREILLES PRATIQUES ET SE DISSOCIER DES PARTIS QUI S’EN FONT LES PROMOTEURS SOURNOIS ? COMBIEN DE GENS D’AFFAIRES SE DÉCLARENT OUVERTEMENT CONTRE DE TELLES INTERVENTIONS ET MENACENT LES AUTORITÉS CONCERNÉES DE LEUR RETIRER LEUR APPUI ?


NE DEVONS-NOUS PAS, COMME PIERRE, PRENDRE CONSCIENCE DE NOS TRAHISONS ET DE NOUS EN REPENTIR POUR DE VRAI?

BON VENDREDI SAINT AUX GENS DE BONNE FOI

Oscar Fortin
8 avril 2006

dimanche 2 avril 2006

CONGRÈS EUCHARISTIQUE 2008

UN RENDEZ-VOUS AVEC JÉSUS DE NAZARETH

L’idée d’un Congrès Eucharistique parallèle à celui organisé par l’Institution ecclésiale m’est venue, ce 2 avril, alors que j’étais à Sainte-Anne de Beaupré pour la célébration eucharistique du midi. J’y ai alors vu l’Eucharistie comme l’expression donnée par Jésus lui-même d’une solidarité universelle faite de partage et de don de soi avec toute personne de bonne volonté. J’y ai vu l’occasion de donner de nouveau la Parole à ce Jésus de l’Histoire qui est allé suffisamment loin dans ses engagements religieux et sociaux pour que les pouvoirs en place, CAIPHE, PILATE ET HÉRODE, se mettent d’accord pour le condamner à mort.

J’y ai vu Jésus prenant de nouveau la Parole en ce début du XXI ième siècle, libre de toute dépendance politique et religieuse, pour annoncer à toute personne de bonne volonté UNE BONNE NOUVELLE, CELLE-LÀ MÊME QUE MARIE, SA MÈRE, PRÉDISAIT DANS SON ENTHOUSIASME À SA COUSINE ELISABETH :

« Car le Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses. Saint est son nom, et sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent. Il a déployé la force de son bras, il a dispersé les hommes au cœur superbe. Il a renversé les potentats de leurs trônes et élevé les humbles, il a comblé de biens les affamés et renvoyés les riches les mains vides.» (Lc. 1, 49-43)

À un moment où l’humanité dispose des ressources et des technologies pour permettre à tous les humains de la terre de goûter la vie et d’y trouver source d’inspiration et de croissance, force est de constater que plus des deux tiers des humains manquent du nécessaire alors que moins d’un tiers en ont plus qu’ils ne peuvent en consommer. Il y a là un problème de JUSTICE qui est au cœur des Évangiles et pour lequel beaucoup luttent, certains au risque de leur vie sans cesse menacée par les puissances en place.

« Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice : le royaume des cieux est à eux » (Mt.5,10)

Également, force est de constater que les grands leviers des pouvoirs politiques, économiques et religieux du monde sont entre les mains de cette minorité qui occupent les sièges importants dans les organismes gouvernementaux, les institutions internationales et les Églises, toute confession confondue. Nous sommes encore bien loin de cet ordre donné par Jésus à ses disciples : « Que le plus grand parmi vous prenne la place du plus jeune, et celui qui commande la place de celui qui sert… » (Lc.22, 26)

On ne peut taire la violence qui s’impose un peu partout à travers le monde. Cette dernière porte autant de noms que ceux de conquête, de domination, de fanatisme religieux, d’exploitation, de sauvegarde de privilèges, de guerre préventive. Cette même violence, malheureusement, sait se couvrir d’un langage qui vient chercher la bonne conscience des gens de bonne foi : c’est le langage de la démocratie, de la lutte au terrorisme, de la défense d’intérêts nationaux, de sauvegarde des libertés religieuses etc.

Dans ce contexte, il est important que croyants et non croyants entendent de nouveau ce Jésus de Nazareth proclamer une autre fois pour le monde d’aujourd’hui le Sermon sur la montagne, faisant l’éloge des béatitudes pour ceux et celles qui sont engagés dans une action de solidarité, de paix, de justice, de sincérité et de vérité. Il nous faut également l’entendre dénoncer ceux et celles qui cultivent le mensonge, la manipulation sous toutes ses formes, la récupération des symboles mobilisateurs pour satisfaire des ambitions personnelles ou corporatives de domination. Le contrôle des moyens de communication et l’emprise des idéologies sur ces derniers ne permettent plus les échanges portés par le désir de la vérité, de la justice, de la paix et du respect des différences.

Il nous faut également l’entendre de nouveau sur l’hypocrisie de ceux et celles qui se réfugient derrières le paravent des fonctions institutionnelles pour s’approprier le pouvoir de Dieu au nom duquel ils imposent leurs propres ambitions et idéologies en mettant sur les épaules des autres des fardeaux qu’ils ne peuvent eux-mêmes porter. L’exclusivité de l’action de l’Esprit dont se prévalent certaines autorités pour déterminer ce qui est bon et mauvais ne permet pas une écoute de ce même Esprit s’exprimant également à travers tout croyant.

QUÉBEC 2008 doit être un cri de liberté pour toutes les personnes de la terre et une mise à nue des tromperies qui leurrent les personnes de bonne volonté. Il doit être l’occasion d’une renaissance de la foi qui prend source de vie en la Parole même de ce Jésus mis à mort mais également ressuscité et à qui tout pouvoir a été remis. Ce sera l’affirmation d’une ÉGLISE DONT LA TÊTE EST LE CHRIST ET L’ÂME SON ESPRIT.

Il faut que le PAIN PARTAGÉ arrive à toutes les personnes de la terre ET QUE LE SANG VERSÉ permettent à tous de vivre comme des fils de Dieu. Québec 2008 doit être l’occasion pour toutes les personnes de bonne volonté d’exprimer leur solidarité en partageant ce qu’ils ont et en donnant ce qu’ils sont. Ce sera la forme la plus concrète d’EXPRIMER l’ACTION DE GRÂCE QU’EST ÉGALEMENT L’EUCHARISTIE.

Un Congrès eucharistique, qui s’enfermerait dans le monde des cérémonies et des liturgies pour ne faire que la promotion de l’institution ecclésiale et de ses dirigeants tout en continuant de servir de levier aux pouvoirs dominants de notre Occident chrétien, serait une farce qui tomberait à plein sous les invectives de Jésus à l’endroit du Sanhédrin, des scribes et des pharisiens que nous décrit le chapitre 23 de l’Évangile selon Mathieu.

La tribune qui peut le mieux permettre l’expression de cette PAROLE DE JÉSUS DE NAZAREHT est celle portée par ces milliers de croyants et ces milliers d’autres engagés au service de la justice dans le monde et oeuvrant pour une solidarité qui arrive à tous les humains de la terre. Les mouvements d’action catholique, ceux oeuvrant pour de développement de systèmes politiques et économiques orientés au service des intérêts des collectivités, assurant la santé, l’alimentation, l’éducation, la participation à l’organisation de la vie politique, économique et religieuse sont au nombre de ces témoins de la Bonne nouvelle. Tous devraient se donner rendez-vous à Québec à l’occasion du Congrès Eucharistique organisé officiellement par les représentants institutionnels de l’Église. Le précédent du Sommet parallèle au Sommet des Amériques peut servir de référence pour l’organisation de ce Sommet réalisé dans le cadre religieux du Congrès Eucharistique.

Oscar Fortin
2 avril 2006

http://humanisme.over-blog.com ou http://humanisme.blogspot.com


vendredi 31 mars 2006

STEPHEN HARPER ET LE TRANS-AFGHAN-PIPELINE



Il est toujours triste de voir des soldats mourir au combat comme c’est toujours le cas pour tout combattant qui laisse sa vie pour une cause qui le rejoint. Cette tristesse devient toutefois plus grande lorsque cette mort résulte de l’initiative d’un gouvernement qui va non seulement au-delà de son mandat, mais trompe honteusement la population sur les véritables motifs de cette présence de nos forces armées en Afghanistan.

Chaque fois qu’un de nos soldats meurt au combat et nous revient dans un cercueil, notre Premier Ministre fait ressortir le fait qu’il n’est pas mort en vain et que son combat a contribué à faire grandir la démocratie dans le monde et à rendre ce dernier plus sécuritaire. Avec ces paroles les familles essaient de se consoler et les survivants à poursuivre le combat sans toujours savoir si c’est bien là la mission du Canada et si les objectifs poursuivis sont bien ceux qui lui correspondent.

Que diraient les familles des disparus et les soldats toujours dans cette guerre au péril de leur vie si on leur révélait que leur combat a pour objectif premier de rendre sécuritaire une zone où doit passer la Trans-Afghan Pipeline, à la construction duquel participeront des entreprises canadiennes ? Pourtant, c’est ce que prétend Monsieur Philippe Vallier dans une étude qu’il présente sous le titre La Canadian-Trans-Afghan-Pipeline-connection... La plus meilleure raison de faire la guerre.


http://www.latribuduverbe.com/archives/2006/03/la_canadiantransafghanpipeline.html#008694
« Sachez qu'en septembre 2004, notre ancien Premier Ministre Jean Chrétien, devenu conseiller pour deux cabinets d'avocats spécialisés dans le secteur du pétrole et du gaz, soit Bennett Jones et Hennan Blaikie, a participé à une délégation canadienne au Turkmenistan, aux cotés de magnats canadiens de l'industrie tel que Roger Haines, président de Buried Hill Energy, pour des négociations concernant le Trans-Afghan Pipeline (8,9, 10). Ce pipeline devrait traverser l’Afghanistan et approvisionner le Pakistan et l'Inde en gaz provenant du Turkmenistan, un pays soumis à la dictature du président Saparmurat Niyazov, dénoncé par la communauté internationale pour ses arrestations arbitraires. Le Trans-Afghan Pipeline devrait croiser la ville de Kandahar, en Afghanistan, justement là où se concentreront les troupes additionnelles de l'armée canadienne. »

Cette orientation prise sous le règne libérale est totalement avalisée par le gouvernement conservateur de Stephen Harper, comme le démontre la même étude.

« La Conservative Party-connection est une variation sur le même thème, puisque nos nouveaux représentants à Ottawa bénéficient tout autant de liens privilégiés avec ces deux cabinets d’avocats, pour lesquels travaille maintenant Jean Chrétien dans cette affaire. De fait, un des deux autres co-fondateur d’Heenan Blaikie, Peter M. Blaikie, fut président du Parti Conservateur du Canada entre 1981 et 1983 (16) , tandis que Tony Clement, actuel ministre de la santé et ancien chef de l'Alliance Canadienne, aujourd'hui le Parti conservateur du Canada, a oeuvré pour Bennett Jones pendant plus de 3 ans (17). Mentionnons aussi que l’ex-Premier Ministre conservateur de l’Alberta, Peter Lougheed, travaille maintenant pour Bennett-Jones (18,19). »

Si l’Administration Bush a leurré le peuple étasunien en lui dissimulant les vrais motifs de l’invasion de l’Irak, il ne faudrait pas, qu’alors nos voisins du Sud se réveillent, que nous nous laissions endormir par ce nouveau chef qui emprunte à peu près tout à G.W. BUSH pour mener à terme une mission que le Peuple canadien ne lui a pas confiée et que notre armée n’a pas à assumer. Si Bush est partie en guerre pour le pétrole de l’Irak, il n’est pas évident que le Peuple canadien soit disposé à suivre M. Harper sur le terrain de la guerre pour la Trans-Afghan Pipeline. Ce ne sont pas les libéraux de Jean Chrétien ni ses héritiers qui vont l’en dissuader. À nous d’agir.

S’il nous faut pleurer nos soldats morts que ce soit, à tout le moins, pour des valeurs pour lesquelles nous sommes prêts à donner notre vie. Il ne semble pas que ce soit actuellement le cas. Les milliards investis dans l’armée ne doivent pas servir pareille cause.


Oscar Fortin
31 mars 2006

http://humanisme.over-blog.com

jeudi 23 mars 2006

LA LOI ET L'ESPRIT DE LA LOI

Il y a des moments dans l’histoire qui nous obligent à aller au fond des choses et à prendre un langage qui ne laisse aucun doute sur le sens à lui donner. Ce fut le cas pour les interventions des prophètes dans l’Ancien Testament qui sont venus marteler le sens à donner à l’action de Dieu dans l’histoire du peuple juif. Jérémie, Isaïe, Ezéquiel et tous les autres ont pris la parole sans ménager ceux et celles à qui elle était destinée. Ce fut également le cas pour Jésus qui n’a pas ménagé les soi-disant défenseurs de la loi derrière laquelle ils aiment se placer pour mieux protéger, dans bien des cas, leurs privilèges et la bonne opinion qu’ils ont d’eux-mêmes. La Loi, celle qu’il est venu accomplir et que les prophètes n’ont eu de cesse de rappeler est celle qui s’enracine dans les deux grands commandements que sont l’amour de Dieu et l’amour du prochain. C’est une Loi qui vit de l’Esprit de Dieu et qui ne peut être comprise et vécue que dans l’ouverture à cet Esprit.

LE SANHÉDRIN ET JÉSUS

Les Évangiles évoquent à maintes reprises les démêlés de Jésus avec les autorités religieuses de son temps. Le Sanhédrin, institution constituée de doctes juifs faisant office d'autorité suprême religieuse et de cour de justice politique, siégeait à Jérusalem et avait juridiction sur la Judée. Il est alors composé de soixante et onze membres, la majorité desquels sont des docteurs pharisiens ou appartiennent à la noblesse sacerdotale juive (sadducéens). Beaucoup d’anecdotes nous les présentent cherchant à piéger Jésus pour mieux le discréditer. C'est notamment devant cette assemblée (le Sanhédrin) et son grand prêtre Caïphe que Jésus comparait avant d'être jugé par les Romains (le conseil ne pouvant prononcer de condamnation à mort). Pierre, Jean et Etienne ainsi que Jacques, le frère de Jésus passeront aussi à leur tour devant les membres de la docte assemblée. Certains (Pierre et Jean battus de verges) s'en sortiront mieux que d'autres (Etienne et Jacques seront lapidés pour avoir violé la loi hébraïque).

Jésus n’y va pas de mains mortes avec ces défenseurs de la loi et ces garants de l’orthodoxie religieuse. Il est même surprenant qu’il accorde à cette question du fanatisme religieux autant de place comparativement, par exemple, à celles portant sur la morale et la sexualité. Les invectives prononcées nous montrent un Jésus qui n’a pas froid aux yeux et qui se porte prioritairement à la défense des valeurs de justice, de miséricorde et de la bonne foi des personnes. (Mt. Ch. 23,23) Cette intervention mérite d’être citée dans ses passages les plus significatifs pour nous.


1. Alors Jésus s'adressa aux foules et à ses disciples en disant :
2. « Sur la chaire de Moïse se sont assis les scribes et les Pharisiens :
3. faites donc et observez tout ce qu'ils pourront vous dire, mais ne vous réglez pas sur leurs actes : car ils disent et ne font pas.
4. Ils lient de pesants fardeaux et les imposent aux épaules des gens, mais eux-mêmes se refusent à les remuer du doigt.
5. En tout ils agissent pour se faire remarquer des hommes. C'est ainsi qu'ils font bien larges leurs phylactères et bien longues leurs franges.
6. Ils aiment à occuper le premier divan dans les festins et les premiers sièges dans les synagogues,
7. à recevoir les salutations sur les places publiques et à s'entendre appeler »Rabbi» par les gens.
8. « Pour vous, ne vous faites pas appeler »Rabbi» : car vous n'avez qu'un Maître, et tous vous êtes des frères.
9. N'appelez personne votre »Père» sur la terre : car vous n'en avez qu'un, le Père céleste.
10. Ne vous faites pas non plus appeler »Directeurs» : car vous n'avez qu'un Directeur, le Christ.
11. Le plus grand parmi vous sera votre serviteur.
12. Quiconque s'élèvera sera abaissé, et quiconque s'abaissera sera élevé.
13. « Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites, qui fermez aux hommes le Royaume des Cieux ! Vous n'entrez certes pas vous-mêmes, et vous ne laissez même pas entrer ceux qui le voudraient ! [
15. « Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites, qui parcourez mers et continents pour gagner un prosélyte, et, quand vous l'avez gagné, vous le rendez digne de la géhenne deux fois plus que vous !
23. « Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites, qui acquittez la dîme de la menthe, du fenouil et du cumin, après avoir négligé les points les plus graves de la Loi, la justice, la miséricorde et la bonne foi ; c'est ceci qu'il fallait pratiquer, sans négliger cela.
24. Guides aveugles, qui arrêtez au filtre le moustique et engloutissez le chameau.
25. « Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites, qui purifiez l'extérieur de la coupe et de l'écuelle, quand l'intérieur en est rempli par rapine et intempérance !
34. C'est pourquoi, voici que j'envoie vers vous des prophètes, des sages et des scribes : vous en tuerez et mettrez en croix, vous en flagellerez dans vos synagogues et pourchasserez de ville en ville,
35. pour que retombe sur vous tout le sang innocent répandu sur la terre, depuis le sang de l'innocent Abel jusqu'au sang de Zacharie, fils de Barachie, que vous avez assassiné entre le sanctuaire et l'autel !
36. En vérité, je vous le dis, tout cela va retomber sur cette génération !
37. « Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants à la manière dont une poule rassemble ses poussins sous ses ailes..., et vous n'avez pas voulu !
38. Voici que votre maison va vous être laissée déserte.
39. Je vous le dis, en effet, désormais vous ne me verrez plus, jusqu'à ce que vous disiez : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! »
Ces invectives mettent en évidence, entre autres, le caractère pervers du légalisme qui transforme les institutions en des pouvoirs sans âme. La « lettre » prend la place de l’ «esprit », « les lois et toutes les doctrines qui s’y rattachent» se substituent à « la Loi fondamentale de l’amour», l’ «extériorité» s’impose à l’ «intériorité », les « apparences » deviennent « réalité », le culte devient la foi. De quoi nous faire réfléchir sur la réalité de notre Église.

LE VATICAN ET L’ÉGLISE

Deux mille ans se sont écoulés depuis ce discours de Jésus. Deux mille ans d’histoire qui ont vu naître les premières communautés chrétiennes, leur organisation, l’encadrement des responsabilités de leurs chefs, la définition des dogmes, la mise en place des lois et réglementations précisant les actes de culte et les célébrations liturgiques. C’est ainsi que les catholiques se retrouvent, aujourd’hui, avec le Vatican, institution qui tient lieu et place de gouvernent de l’Église. Il y a un Pape, comme il y avait à l’époque de Jésus un Grand Prêtre. Il y a des cardinaux, des évêques, des prêtres, un gouvernement avec ses ministères et départements. Les nominations se font à l’interne et les décisions sont prises par voie d’autorité, investie des pouvoirs divins. Le VATICAN est en quelque sorte le pendant du SANHÉDRIN.

La COMMUNAUTÉ DES CROYANTS qu’est l’ÉGLISE ne souscrit pas toujours à tout ce que le VATICAN fait, décrète, ordonne. Théologiens, prophètes et croyants de toute provenance font entendre leurs voix. Le Concile Vatican II dont Jean XXIII a pris l’initiative s’est inscrit dans la continuité de l’ouverture au monde amorcée par les mouvements d’action catholique ouvrière et par une réflexion théologique attentive aux problèmes contemporains. Bien des théologiens s’étaient fait rappeler à l’ordre et bien des initiatives, comme celle des prêtres ouvriers, n’étaient pas les bienvenues. Des conflits surgirent ici et là et les écarts entre le Peuple de Dieu et les structures ecclésiales devinrent de plus en plus grands. Le Concile a rendu possible de nombreux débats, certains traités à l’interne, mais également plusieurs autres l’ont été sur la place publique. Beaucoup de ces questions continuent d’alimenter les discussions et les échanges. Ça dérange évidemment ces autorités peu habituées à être à l’écoute de la Parole de Dieu qui leur arrive par une voie autre que celle qu’elles se sont elles-mêmes définie. L’élan donné par le Concile a vite été récupéré par les tenants d’une pensée plus conservatrice, et l’ouverture amorcée a été rapidement mise en quarantaine.

Ainsi beaucoup de questions continuent d’être soulevées. Mentionnons, entre autres, celui du sacerdoce des femmes, du célibat des prêtres, des finalités du mariage, de l’homosexualité, du contrôle des naissances, de l’avortement, de l’Église comme communauté de croyants. On discute également de démocratie dans l’exercice du pouvoir, de théologie de libération et d’option pour les pauvres. On parle du gouvernement de l’Église, de son approche des problèmes et de sa proximité avec les pouvoirs en place. De plus en plus de voix s’élèvent pour que les Évangiles occupent de nouveau toute la place. Qu’ils soient libérés du carcan des dogmes, des réglementations, des directives autoritaires qui finissent par accaparer toute l’attention et à faire oublier l’essentiel du message de Jésus aux personnes de bonne volonté. On veut que le Christ Ressuscité et son Esprit soient reconnus comme les vrais chefs de l’Église, ceux à qui nous devons amour et fidélité, et de qui nous tenons, chacun selon la grâce reçue, les dons qui donnent vie au Corps qu’est l’Église. On veut que les pécheurs soient les bienvenus, que les couples remariés aient accès à l’Eucharistie qui donnent force et vie… Il n’est pas venu pour les gens en « santé » mais pour ceux et celles qui sont malades, qui savent qu’ils sont pécheurs et qui sont bien conscients que leur désir de perfection est constamment en décalage avec leur capacité réelle d’y arriver. On veut que la responsabilité ultime soit renvoyée à la conscience de chacun en qui l’Esprit agit tout autant que dans ceux qui dirigent.

Il faut redonner à Jésus la Parole et entendre ce qu’il a à dire aux grands prêtres et aux docteurs de la loi des temps modernes. Il est là et parle à travers la mort de Mgr Romero, celle des 7 jésuites assassinés au Guatemala et de combien d’autres en raison de leur engagement au service de la justice, du respect des personnes et des peuples. Il est là dans l’engagement et la poésie du Père Ernesto Cardenal du Nicaragua, dans le témoignage d’un Jean Vanier engagé auprès des handicapés, d’un abbé Pierre au service des ouvriers et des sans abris. Il est également là avec cette sœur Emmanuelle qui a partagé une partie de sa vie avec les chiffonniers et chiffonnières au Caire. On l’a évidemment reconnu dans l’œuvre de mère Teresa, mais qu’en fait-on lorsqu’il nous interpelle à travers les théologiens de la libération, les apôtres de l’œcuménisme et de la réconciliation des Églises. Que nous dit-il, LUI, du terrorisme sous ses mille et une formes, des guerres, des moyens de communication, des ambitions démesurées de certains par rapport aux pouvoirs inexistants de certains autres ? Il est là dans la voix de ceux et celles qui dénoncent les alliances avec les pouvoirs en place, qui relèvent les silences complices avec les puissants, qui condamnent la manipulation des messages pour mieux contrôler l’emprise de certaines orientations.

Jésus nous appelle de nouveau à briser les chaînes qui nous retiennent à l’immobilisme, à la superficialité des évènements, à la complaisance à l’endroit des grands et des puissants de ce monde, aux plaisirs de l’avoir, du pouvoir et du paraître. Il nous invite à mettre de coté « la langue de bois » impersonnelle et sans vie pour retrouver la liberté de l’Esprit et lui donner toute la place dans le monde d’aujourd’hui.

C’est pourtant ce que Pâques nous enseigne et nous confirme. Celui que l’on a mis en croix, le Père l’a ressuscité et est devenu la Tête de l’Église qui vit en Lui et par Lui. Si nous avons des comptes à rendre c’est à lui qu’il nous faudra les rendre. Son message continue d’être un message d’espérance pour l’ensemble de l’humanité et l’Église doit en être témoin. La liberté dont il a témoigné est celle-là même qu’il nous donne aujourd’hui pour poursuivre son œuvre de salut. « Que celui qui croit en moi, nous dit Jésus, me suive. »


Oscar Fortin
23 mars 2006

lundi 13 mars 2006

LA COOPÉRATION AVEC LES ARMES


Je ne pense pas qu’aucun canadien soit contre la coopération humanitaire internationale. Nos valeurs et nos solidarités traditionnelles avec les plus pauvres en témoignent comme d’ailleurs plusieurs missions de maintien de la Paix sous l’égide des Nations Unies. Il est donc difficile d’aller à l’encontre de ces valeurs sans soulever la réprobation des canadiens. La tentation est alors forte de les récupérer subtilement pour justifier des interventions que, si elles étaient connues dans leurs avenants et aboutissants, seraient perçues comme allant totalement à l’encontre de ces mêmes valeurs de solidarité humanitaire.

Les exemples de récupération ne manquent pas, surtout en cette période spéciale que nous vivons. Les spécialistes en communication et les lobbys élaborent des plans, choisissent les bonnes expressions qui permettent de couvrir des tractations bien souvent marquées davantage par le marchandage et le chantage que par la recherche d’une véritable cause humanitaire. L’administration Bush n’a-t-elle pas entraîné dans la guerre le peuple américain ainsi que ses élites politiques et religieuses en utilisant ces stratagèmes peu orientés à mettre en évidence la vérité des choses. Nous nous retrouvons ainsi dans la situation où le mensonge est converti en vérité, la récupération en humanisme, nos morts en martyrs et ceux des adversaires en terroristes.

La visite surprise du Premier ministre canadien en Afghanistan avait quelque chose de « déjà vu ». On y retrouve une sorte de parenté entre les spécialistes en communication au service de la guerre en Afghanistan et ceux qui sont au service de la guerre en Irak. On fait souvent appel à la « Communauté internationale », mais sans jamais préciser de qui il s’agit. On pense immédiatement aux Nations Unies qui regroupent 191 membres. Ils sont la représentation de la Communauté internationale et à ce que je sache, cette communauté internationale, ne s’est jamais prononcée en faveur de la guerre en Afghanistan sous le commandement général des États-Unis. Par contre si nous parlons de l’OTAN, nous parlons effectivement du regroupement de 26 pays, soit 13% de la communauté internationale. Il faut dire que l’usage abusif de ce terme permet de couvrir, face à l’opinion publique mondiale, la véritable réalité des acteurs et de leurs compromis réciproques. Lorsque Ben Laden a offert une trêve, y a-t-il eu un Conseil de l’Otan pour décider de la marche à suivre? C’est la Maison Blanche qui a répondu qu’aucune trêve ne l’intéressait.

Il appartient, me semble-t-il, au PEUPLE CANADIEN de se prononcer sur l’engagement du Canada dans cette guerre offensive en Afghanistan. Nous ne sommes pas là pour assurer la paix d’un peuple qui ne nous a jamais agressé ou menacé. Nous sommes là à d’autres fins et s’il y a des préoccupations de paix elles portent davantage sur la paix des forces conquérantes et de leurs alliés sur le terrain.

Si monsieur Harper est le démocrate qu’il dit être, il doit, dans ses décisions, représenter la volonté du peuple canadien. Pourquoi alors, sur cette question précise de l’engagement du Canada dans la guerre en Afghanistan, laquelle implique des milliards de dollars et des vies humaines, ne pas faire dès maintenant un RÉFÉRENDUM NATIONAL sur cette question ? Autrement les canadiens croiront que le vote de M. Bush est plus puissant que le leur et se demanderont à quoi sert notre démocratie si les décisions importantes se prennent ailleurs.

Au moment où le Premier Ministre canadien, en compagnie de nos soldats, se faisait le promoteur de la coopération humanitaire en Afghanistan, le Président de Cuba, à la clôture du 1Xième Séminaire international des premiers soins de santé, se faisait promoteur de cette même coopération, mais cette fois non pas avec des armes, mais avec des milliers de médecins et d’éducateurs. « Nous n’avons d’autre richesse que cette volonté et ce désir de coopérer avec les plus pauvres et délaissés. Cuba dispose de plus de 70 000 médecins, dont 60 000 spécialistes et près de 25 000 qui sont actifs dans le cadre de missions internationales. »

Je pense que la majorité des canadiens seraient heureux d’appuyer des initiatives de cette nature indépendamment des idéologies de ceux qui les inspirent.



Oscar Fortin
14-03-2006