lundi 21 janvier 2019

VENEZUELA

VENEZUELA



VERS UNE ÉLECTION ANTICIPÉE DE L’ASSEMBLÉE NATIONALE LÉGISLATIVE ?

La déclaration officielledu Tribunal suprême de justice (TSJ), en ce 21 janvier 2019confirme la nullité de toutes les décisions de l’Assemblé nationale législative (ANL), prises depuis le jour où elle s’est déclarée en disgrâce avec les décisions du  (TSJ),seule autorité constitutionnelle suprême, mandatée pour interpréter la Constitution. 

"L'Assemblée nationale (AN) n'a pas de conseil d'administration valide et tous ses actes sont nuls du fait de l'usurpation de l'autorité", a déclaré lundi la Cour suprême de justice (TSJ) du Venezuela, à la lumière des récentes actions du conseil d'administration de l'Assemblée nationale contre la constitution du pays.

C'est ce qu'a déclaré le deuxième vice-président de la Chambre constitutionnelle du TSJ, Juan José Mendoza, qui a déclaré que l'AN ignorait le pouvoir judiciaire en méconnaissant ses décisions; il ne reconnait pas le pouvoir électoral pour lequel Nicolas Maduro a été élu, proclamé et assermenté à la tête du Venezuela; il ne reconnait pas le pouvoir exécutif; et il ne reconnait pas le pouvoir souverain, c'est-à-dire le peuple du Venezuela qui a choisi son président au suffrage ». (Traduction Google de l’espagnol au français d’une partie de cette intervention. https://www.telesurtv.net/news/venezuela-tsj-anula-asamblea-directiva-asamblea-nacional--20190121-0018.htm

On se rappellera que lors des élections législatives de 2015, l’opposition avait gagné la majorité nécessaire pour diriger les travaux de ladite ANL.  Comme c’est le cas dans toutes les élections, le Conseil national électoral (CNÉ), répondant aux plaintes, a fait le nécessaire pour s’assurer que l’élection ne comportait aucune irrégularité. Cette vérification a permis d’identifier trois députés de l’opposition dont l’élection a été déclarée frauduleuse. Les preuves ont été présentées et reconnues par les autorités compétentes, y compris le TSJ qui a ordonné au Président de la nouvelle ANL de ne pas assermenter ces trois députés et de procéder, en accord avec le CNÉ, à l’élection de trois nouveaux députés pour les régions visées.

À l’encontre de toute attente, le Président de ladite ANL n’a pas tenu compte des informations de fraudes, transmises par le CNÉ, tout comme des décisions du  TSJ. Une décision qui allait bien au-delà des pouvoirs constitutionnels de l’ANL. Dans un régime de droit, c’est la Constitution et, dans le cas du Venezuela, élaborée et votée  par référendum par le peuple, qui détermine les pouvoirs des diverses instances, relatives au pouvoir législatif, au pouvoir exécutif et au pouvoir judiciaire. Cette même constitution prévoyait également la création d’un pouvoir constituant du peuple dont le pouvoir est celui-là même du peuple. En juillet 2017, le peuple a été appelé aux urnes pour élire les membres de cette Assemblée nationale constituante (ANC). Cette (ANC) compte près de 545 personnes, élues au suffrage universel et représentant le prisme social de l’ensemble de la population. Elle est, de tous les pouvoirs, la plus importante à laquelle les autres pouvoirs (exécutif, législatif, judiciaire) se doivent de rendre des comptes.

Depuis le rejet par l’ANL de la reconnaissance du pouvoir du TSJ et de celui du CNÉ, celle-ci s’est transformée en victime et en Cheval de troye pour servir les intérêts de Washington, plus que jamais, intéressé à reprendre le contrôle de l’État vénézuélien sans oublier ses énormes richesses. Les milieux médiatiques, meanstream, se chargent de transformer les délinquants en héros et les héros en dictateurs, usurpateurs des droits de l’ANL. La désinformation se déploie à plein régime pour noircir, autant faire se peut, le gouvernement de Nicolas Maduro, élu en mai dernier avec 68% du vote des électeurs et électrices. À l’époque, l’opposition et l’épiscopat du Venezuela (allié de l’opposition) faisaient campagne pour que les gens n’aillent pas voter. Le gouvernement canadien, qui se proclame des plus démocratiques et respectueux du droit international, avait alors interdit au gouvernement du Venezuela de placer des urnes de votation dans les ambassades et consulats du Venezuela pour que les citoyens vénézuéliens, vivant au Canada, puissent aller y voter.  Tout cela évidemment faisant partie d’une campagne internationale de désinformation pour présenter la candidature de Nicolas Maduro comme illégitime. L’élection a eu lieu et Maduro a gagné la Présidence du Venezuela  pour le mandat allant de 2019 à 2025. Son assermentation officielle s’est réalisée le 10 janvier dernier avec la présence et l’appui de plus de 100 pays. La communauté internationale dans sa grande majorité reconnait la légitimité de l’élection de Nicolas Maduro comme président du Venezuela.

La solution la plus rapide et la plus efficace demeure la convocation anticipée de l’élection d’une nouvelle assemblée nationale législative qui s’inscrirait dans le cadre de  la Constitution et des pouvoirs qui lui sont reconnus. Dans ce dernier cas, ce serait le peuple qui déciderait du sort réservé aux délinquants et de ceux jugés dignes d’occuper cette responsabilité de législateur. Une manière de combler le vide juridique d’une ANL qui s’est elle-même déclarée au-dessus de la loi en ne reconnaissant pas la légitimité des autres pouvoirs constitutionnels.

La déclaration du Tribunal suprême de justice ouvre toute grande la porte pour que l’Assemblée nationale constituante ait les motifs suffisants pour réclamer des élections anticipées et procéder la mise en place d’une nouvelle ANL, élue par le peuple et qui saura reconnaître les droits et pouvoirs des autres instances gouvernementales. 

Pour le moment, les députés, toujours en exercice, s’attribuent des pouvoirs qui n’appartiennent qu’au peuple et à la constitution de légitimer. 

La déclaration toute récente du TSJ ouvre toute grande les portes pour que l’Assemblée nationale constituante décrète, conformément aux pouvoirs dont elle dispose, des élections anticipée pour une nouvelle Assemblée nationale, respectueuse de tous les pouvoirs constitutionnels. Il appartiendra au peuple de décider de ses choix de candidat et au CNÉ de voir à ce que le tout se passe dans le respect des droits démocratiques.


Oscar Fortin

21 janvier 2019 

samedi 19 janvier 2019

J’ACCUSE L’ÉTAT DU VATICAN ET L’ÉPISCOPAT VÉNÉZUÉLIEN



DE SOUTENIR UN COUP D’ÉTAT AU VENEZUELA


Il s’agit, évidemment, d’une accusation très grave qui trouve toutefois ses fondements dans les faits que je me propose de mettre en évidence dans le présent article. Je me considère comme un croyant qui donne valeur au message évangélique et au témoignage de ce Jésus que nous ont transmis les Évangiles. Mon intervention se dirige directement au pouvoir de l’État du Vatican qui décide de ses représentants politiques dans le monde, comme c’est le cas pour tous les États, membres des Nations Unies. C’est également ce même État qui voit aux nominations des évêques et cardinaux. Ces derniers sont nommés en fonction de leurs prédispositions, non seulement à l’action pastorale, mais également à l’action politique.

En Amérique latine, plus que partout ailleurs, les pouvoirs de cet État du Vatican  sont mis à contribution, de façon toute particulière, pour contrer, sur le terrain politique, tout mouvement, parti politique et gouvernement aux prétentions socialistes et anti-impérialiste. Le seul fait de se déclarer socialiste et anti-impérialiste constitue un motif suffisant pour se joindre à toutes les autres forces politiques et économiques qui sont directement visées par ces gouvernements émergents dont, évidemment, les Etats-Unis et ses alliés en Amérique latine. 

Dans les faits, que représentent-ils ces gouvernements qui se présentent dans le cadre des démocraties existantes et qui se retrouvent démocratiquement élus pour mener à bien le mandat reçu du peuple. 

Ils deviennent, dès le départ, des gouvernements à abattre, à détrôner d’une façon ou d’une autre. C’est que l’État, sous ces nouveaux venus, n’est plus l’état des oligarchies et encore moins des États-Unis pour qui l’Amérique latine est sa cour arrière sur laquelle il a tous les droits. On se souviendra du sort réservé à Salvador Allende lorsqu’il a accédé au pouvoir de l’État chilien. À ce moment, tous les moyens ont été mis en place, d’abord pour qu’il n’arrive pas au pouvoir, mais ce fut sans succès, puis par diverses autres mesures, connues aujourd’hui sous l’expression , de guerres économiques, pour finalement se transformer en un Coup d’État militaire des plus sanglants de l’époque. Ceci se passait dans les années 1969 à 1973. Les persécutions et les tortures se poursuivirent durant plusieurs années, donnant lieu et place au Plan Condorvisant à faire disparaitre tous les acteurs sociaux engagés en faveur de plus de justice et de respect des droits des personnes et des peuples. 

À peu près à la même période, des généraux de l’armée argentine, s’improvisèrent à la demande de Washington pour se substituer au  Président légitime et prendre en main le destin de la nation. Ils furent, également, impliqués dans les persécutions et l’assassinat de nombreuses personnes oeuvrant au service des intérêts de leur peuple.

Dans les temps que sont les nôtres, l’émergence, de nouveaux gouvernements aux ambitions démocratiques, sociales, économiques et politiques ont réveillé l’ours impérial et ses acolytes pour couper court à ces gouvernements. Je pense au Venezuela de Chavez, au Brésil de Lula, à l’Argentine des Kirchner, à l’Équateur de Correa, à la Bolivie d’Évo Morales, au Nicaragua de Daniel Ortega et à Cuba de Fidel et de Raoul, toujours harcelé par un blocus économique qui dure depuis plus de 58 ans. 

QUEL EST LE RÔLE QUE JOUENT L’ÉTAT DU VATICAN ET LES ÉPISCOPATS LOCAUX À L’ENDROIT DE CES PAYS ÉMERGENTS?

Dès le départ, il importe de signaler que les révolutions amorcées par les pays émergents , plus haut mentionnés, ne s’attaquent d’aucune manière à la foi chrétienne et que, dans de nombreux cas, les leaders de ces derniers sont profondément chrétiens. Ce fut le cas de Chavez, de Lula, de Correa,  et de bien d’autres. Maduro, à la manière de Chavez, se démarque par ses références à la foi, à l’amour, au Christ rédempteur, etc. Il a souvent les allures d’un pasteur évangélique, se référant souvent aux principaux préceptes des Évangiles. Evo Morales, pour sa part, s’est félicité d’avoir, en la personne du pape François, un « papa » avec odeur d’Évangile.

Par contre, ceux qui sont les plus interpelés par ces gouvernements émergents, ce sont les oligarchies locales qui bénéficiaient d’avantages économiques des  gouvernements précédents, plus que tout, les États-Unis et ses multinationales, qui y perdent leur ascendant et leur pouvoir de domination. Le socialisme et la démocratie participative auxquels se nt ces gouvernements visent la reprise en main des richesses du pays pour les investir au profit du mieux-être de la population. L’éducation, la santé, le logement, accessibles à tous, sont des priorités auxquelles ils s’adonnent. Lorsqu’on regarde de près ces politiques, on y retrouve les grands objectifs de la doctrine sociale de l’Église.

Washington a su, tout au long des années passées, vendre l’idée aux autorités ecclésiales que ces gouvernements n’étaient que du maquillage derrière lequel se cache le communisme totalitaire et dictatorial. Avec l’arrivée du pape Jean-Paul II, ce raisonnement trouvait un bon accueil, lui qui sortait d’une Pologne communiste. C’est d’ailleurs, avec ce dernier qu’un premier Pactea été signé en vue de travailler main dans la main pour empêcher l’émergence d’un tel communisme, maquillé en gouvernement démocratique. Ce fut à l’époque, la condamnation de la théologie de libération et la présence d’une certaine complaisance avec le dictateur Pinochet au Chili et des généraux en Argentine.  

Il est évident que dans le cadre d’une telle alliance, les nominations des Nonces apostoliques, des évêques et des cardinaux se réalisaient en conformité avec les objectifs poursuivis de part et d’autre. Sous Benoît XVI ce fut le même scénario qui a été maintenu. 

L’arrivée du pape François a généré beaucoup d’espoir de la part des artisans pour le soutien  et l’émergence de nouveaux gouvernements aux préoccupations sociales prononcées et pour une plus grande indépendance. Il semblerait que l’enthousiasme des premières années se soit transformé en une victoire des forces conservatrices et alliées de Washington. En 2014, le pape François a signé de nouveau un Pacteavec Obama, allant dans le même sens que l’antérieur, avec le pape J.P. II.

Toujours est-il que les épiscopats latino-américains s’unissent pour condamner le chavisme du Venezuela, le socialisme du Nicaragua et qu’ils font tout ce qui est en leur pouvoir pour discréditer les gouvernements légitimes en place. Ils font partie de l’arsenal stratégique de Washington dont l’objectif principal est de reprendre le contrôle de ces États et de leurs richesses. Dans le cas du Venezuela, ces richesses sont énormes.

Les menaces de coups d’État et d’interventions ne manquent pas. Bien que ces menaces aillent à l’encontre du droit international, le Vatican et les épiscopats ne disent rien.

Que font les évêques pour créer un climat de coup d’État?

D’abord, ils se font visibles le plus possible pour dénoncer à l’international un Venezuela en ruine, délaissée et gouvernée par des incompétents marxistes, communistes, socialistes, dictateurs, autoritarisme et j’en passe. C’est le message qu’ils diffusent autant de fois qu’ils en ont l’opportunité. 

En second lieu, il faut s’arrêter à ce qu’ils ne disent pas.

D’abord, en relation avec les réalisations du gouvernement : Pas question pour eux de parler des gains en éducation, gratuite à tous les niveaux pour tous et toutes, de ceux  en service de santé,également gratuit. Pas question, non plus, de parler des deux millions de logements, mis à la disposition des familles humbles. En parler, ne serait pas bon pour les objectifs qu’ils poursuivent.

En second lieu, en relation avec les préparatifs d’un coup d’État : ils se garderont de parler des guerres économiques auxquelles le Venezuela est soumis, des sanctionsqui ont pour objectifs de limiter les capacités d’achat à l’international des biens essentiels pour le peuple, dont, par exemple, les médicaments. Tout cela dans le seul but de susciter le mécontentement du peuple à l’endroit du gouvernement considéré comme le grand responsable de tous ces maux.Ils ne dénonceront surtout pas les préparatifs d’un coup d’Étatqu’ils désirent tout autant que celui désiré, en avril 2002, contre Chavez.

Ce comportement transforme l’épiscopat en complicede Washington et, sous des dehors de bonne foi et de sincérité, il participe à la grande tromperieconduisant à l’intervention extérieure.

Il y a, en Amérique latine,  un dicton qui dit« qu’aucun coup d’État militaire ne serait possible sans le soutien des évêques et du Vatican ».

Nous en sommes là,et s’il y a coup d’État au Venezuela, il y aura guerre et des milliers de morts. Le peuple vénézuélien ne se laissera pas écraser sans résister et sans se battre. Il ne sera d’ailleurs pas seul. 

Le Vatican et les évêques devront assumer leur responsabilité dans ce coup d’État et les morts qui en auront été les victimes. Tout cela pour remettre le pouvoir et les richesses de ce pays aux mains de Washington.

Nous sommes bien loin des Évangiles et des pasteurs témoignant de celles-ci.

Oscar Fortin

19 janvier 2019


dimanche 6 janvier 2019

L’AMÉRIQUE LATINE EN QUÊTE D’INDÉPENDANCE




 ALLIANCE DU VATICAN ET DE WASHINGTON


L’histoire de l’Amérique latine nous apprend que cette dernière a été et continue d’être considérée comme « la cour arrière des États-Unis ». La doctrine Monroeen consacre la légitimité et donne à Washington tous les pouvoirs sur le Continent. 

 « 1) Les États-Unis ont reconnu, l'année précédente, l'indépendance des nouvelles républiques latino-américaines ; en conséquence de quoi, l'Amérique du Nord et l'Amérique du Sud ne sont  plus ouvertes à la colonisation européenne.

2) Les États-Unis regardent désormais toute intervention de leur part dans les affaires du continent américain comme une menace pour leur sécurité et pour la paix.

3) En contrepartie, les États-Unis n'interviendront jamais dans les affaires européennes.
La doctrine de Monroe se résume en définitive comme suit : « l'Amérique aux Américains ».
De fait, la reconnaissance de l’indépendance des nouvelles républiques latino-américaines de la part de Washington permettait à ce dernier de se défaire de la présence des pays colonisateurs européens tout en ouvrant toute grande la porte pour qu’il puisse y régner en maître. L’indépendance de ces pays serait respectée dans la mesure où ces derniers harmoniseraient leurs politiques avec ses propres intérêts. De là l’expression bien connue qui qualifie l’Amérique latine comme étant la « cour arrière des États-Unis ».

On ne saurait comprendre ce qui se passe, présentement, en Amérique latine sans faire référence à cette Doctrine Monroe qui ne répond qu’aux intérêts de Washington. L’histoire des conflits du siècle dernier et ceux d’aujourd’hui illustrent de manière claire et sans équivoque le veto unilatéral de Washington sur l’indépendance et la souveraineté des pays du Continent latino-américain. 

La révolution du Peuple cubain (1958-1959), sous la direction de Fidel Castro, visant la destitution du dictateur Batista, en était une qui reposait sur l’indépendance et la souveraineté de ce peuple.   De toute évidence, Batista était l’homme de main de Washington lui permettant d’agir à sa guise à Cuba. Nous connaissons de plus en plus l’histoire de cette révolution qui fut et est toujours victime de l’interventionnisme de Washington. Le seul « blocus économique » qui dure depuis plus de 59 ans et que condamnent, année après année, les membres de l’Assemblée générale des Nations Unies représente un véritable crime contre l’humanité.

La révolution du Peuple chilien (1973) reproduit les mêmes comportements de Washington à l’endroit de l’indépendance et de la souveraineté de ce Peuple. À la différence de Cuba où régnait un dictateur, Salvador Allende prit le pouvoir en respectant le cadre démocratique prévu à la constitution chilienne.  Ses politiques se sont concentrées sur la récupération des richesses du pays, dont le cuivre occupe une place importante, pour en faire bénéficier le peuple. Il a agi avec les pouvoirs d’un État indépendant et souverain, dans le respect du droit international. C’était déjà trop. Washington avait déjà préparé tout son arsenal politique, économique et militaire, pour en finir avec le gouvernement de Salvador Allende. Nous connaissons l’histoire des bombardements de la Moneda (édifice du parlement chilien), de la trahison du général Augusto Pinochet ainsi que tous les crimes qui en ont suivi. 

La révolution du peuple vénézuélien (1998), sous la direction d’Hugo Chavez s’impose par une élection libre et démocratique qu’il remporte avec grande majorité. Donnant suite à ses promesses électorales, il procède dès les premiers instants à la rédaction d’une nouvelle constitution, écrite et voulue par le peuple. Soumise à un référendum, l’année suivante, elle fut acceptée avec une très grande majorité. Il s’agit d’une révolution qui consacre la démocratie participative, donnant ainsi au peuple un droit de regard et d’intervention dans l’exercice des pouvoirs de l’État. Il s’agit également d’une révolution de format socialiste, humaniste, chrétien et anti-impérialiste. Encore là, Washington et les oligarchies locales ne l’entendirent pas de la même manière. Au diable, la démocratie, en avril 2002, le gouvernement est victime d’un Coup d’État et son président, Hugo Chavez, est enlevé de force et détenu en un endroit secret. En un rien de temps, le peuple et l’armée restée fidèle sont descendus dans les rues et ont repris le contrôle de la résidence du Président et arrêter les auteurs de ce coup d’État. Depuis lors, les tentatives d’intervention pour éliminer ce gouvernement n’ont cessé. Le 11 janvier prochain, on annonce une intervention musclée pour empêcher l’assermentation du  président Nicolas Maduro, élu avec grande majorité, en mai dernier, pour le mandat allant de 2019 à 2025. 

Je pourrais ajouter à ces révolutions celles de la Bolivie, avec Evo Morales, du Brésil, avec Lula et Dilma Rousseff, de l’Équateur, avec Rafael Correa, du Nicaragua, avec Daniel Ortega, d’Argentine avec Hector y Cristina Kirchner. Le format d’intervention est toujours le même : guerre économique, désinformation sous toutes ses formes , mise à contribution des épiscopats catholiques qui s’apparentent bien souvent aux forces de l’opposition politique.

C’est dans ce contexte que se présente la grande alliance du Vatican et de Washington. Pendant que ce dernier veut récupérer ses pleins pouvoirs sur les gouvernements de l’Amérique latine, le Vatican veut se défaire de tout ce qui raisonne communisme, socialisme, anti-impérialisme, etc. À toute fin pratique, les deux s’entendent sur les mêmes ennemis sans pour autant partager les mêmes objectifs.

En 1982, à la bibliothèque du Vatican, un premier Pactea été signé entre le pape Jean-Paul II et Ronald Reagan.  Ils en étaient à leur premier contact. Il s’agissait, à cette époque, de la Pologne et des mouvements socialistes en A.L, dont la théologie de libération qui en  faisait partie. 

En 2014, un second Pacteest signé, cette fois entre le pape François et Obama. Ce dernier n’arrive toujours pas à se libérer de Maduro au Venezuela, de Lula et Dilma Rousseff au Brésil, de Daniel Ortega au Nicaragua, etc. L’aide du Vatican et des épiscopats nationaux de ces pays s’impose. 

Dans certains de ces pays, les épiscopats utilisent à plein régime la « religion » avec tous ses symboles pour discréditer les gouvernements au pouvoir et soulever le peuple contre ces derniers. Ils assument, pratiquement en totalité, les fonctions d’une opposition qui a perdu toute crédibilité. Ils en arrivent eux-mêmes à perdre la leur. Ça sent beaucoup la « religion opium du peuple ».

Oscar Fortin
Le 6 janvier 2019




vendredi 7 décembre 2018

LA FOI SANS LA RELIGION EST POSSIBLE



MAIS SANS LES OEUVRES ELLE NE L'EST PAS

La très grande majorité des croyants et croyantes considèrent que la foi et la religion sont inséparables.  Pour ces derniers, la partie la plus visible de la foi se révèle à travers les cultes religieux et les pratiques sacramentelles. Dans ce contexte, croire, se ramène le plus souvent à participer à ces cultes.  C’est le cas de toutes les Églises connues. Chacune d’elles a ses « us et coutumes», dont un credoqui en exprime les croyances. Parler, dans ce contexte, d’une foi sans religion, serait comme parler d’un « esprit humain» sans « corps humain ».  L’un et l’autre vont ensemble.

Pourtant, les cultes développés tout au long des siècles ont souvent pris une tangente qui, loin de remettre en lumière la foi, y en éloigne. Ce fut le cas, entre autres, dans la tradition hébraïque. Que de fois, Yahvé, par ses prophètes, a dénoncé ces cultesqui étaient devenus des signes de contradiction de la foi transmise à  Abraham, Isaac et Jacob !  

« cessez d'apporter de vaines offrandes : J'ai en horreur l'encens, les nouvelles lunes, les sabbats et les assemblées; je ne puis voir le crime s'associer aux solennités. Mon âme hait vos nouvelles lunes et vos fêtes; elles me sont à charge; je suis las de les supporter. Quand vous étendez vos mains, je détourne de vous mes yeux; quand vous multipliez les prières, je n'écoute pas: vos mains sont pleines de sang» Isaïe 1,13-15

« purifiez-vous, ôtez de devant mes yeux la méchanceté de vos actions; cessez de faire le mal.  Apprenez à faire le bien, recherchez la justice, protégez l'opprimé; faites droit à l'orphelin, défendez la veuve. » Isaïe 1,16

L’apôtre Jacques, dans sa lettre aux croyants et non croyants de son époque, écrivait ceci : « Si quelqu'un croit être religieux, sans tenir sa langue en bride, mais en trompant son coeur, la religion de cet homme est vaine. La religion pure et sans tache, devant Dieu notre Père, consiste à visiter les orphelins et les veuves dans leurs afflictions, et à se préserver des souillures du monde. »

«  Mes frères, que sert-il à quelqu'un de dire qu'il a la foi, s'il n'a pas les oeuvres ? La foi peut-elle le sauver ?  Si un frère ou une soeur sont nus et manquent de la nourriture de chaque jour, et que l'un d'entre vous leur dise : allez en paix, chauffez-vous et vous rassasiez ! et que vous ne leur donniez pas ce qui est nécessaire au corps, à quoi cela sert-il ? Il en est ainsi de la foi : si elle n'a pas les oeuvres, elle est morte en elle-même.(Jc. 2, 14-17)

 Mais quelqu'un dira : toi, tu as la foi; et moi, j'ai les oeuvres. Montre-moi ta foi sans les oeuvres, et moi, je te montrerai la foi par mes oeuvres.  Tu crois qu'il y a un seul Dieu, tu fais bien; les démons le croient aussi, et ils tremblent. Jc. 2,18-19


Dans l’esprit de ces textes, force est de constater que la foi sans la religion retrouve tout son sens dans les œuvres d’Humanité qui en deviennent le culte parfait. Croire en l’Humanité, sous cet angle, revient au même que de croire en Dieu. Il est intéressant de noter, dans le récit du jugement dernierque nous livrent les Évangiles, que plusieurs des interpelés pour entrer dans la Maison du Père avaient agi par solidarité avec les personnes humaines dans le besoin,  sans savoir ou croire en Jésus.

« Les justes lui répondront : Seigneur, quand t'avons-nous vu avoir faim, et t'avons-nous donné à manger; ou avoir soif, et t'avons-nous donné à boire ? Quand t'avons-nous vu étranger, et t'avons-nous recueilli; ou nu, et t'avons-nous vêtu ? Quand t'avons-nous vu malade, ou en prison, et sommes-nous allés vers toi ? Et le roi leur répondra : Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous les avez faites. » Mt.26, 38-41

Leur foi porte sur les personnes humaines, sur celles qui sont les plus vulnérables, les moins bien outillées pour se faire respecter dans leurs droits les plus essentiels et se faire reconnaître comme membres à part entière de la communauté humaine. Athées, agnostiques, incroyantsqui se font prochesde cette humanité blessée dans sa dignité, dans ses besoins essentiels, dans ses espoirs pour une vie meilleure, auront cette surprise d’être accueillis à la maison du père pour s’être fait proches et à l’écoute de cette Humanité blessée. Il en ira de même, également, pour tout croyant qui aura, par ses œuvres, révélé son authentique foi.

QUE CONCLURE?

Les cultes religieux qui s’expriment à travers les liturgies, les sacrements, les pèlerinages et diverses autres dévotions ne peuvent se substituer aux œuvres qui rejoignent cette Humanité blessée. Dans le récit du jugement dernier, on retrouve également un certain nombre de ces croyants qui n’ont pas su reconnaître cette Humanité blessée

 « Car j'ai eu faim, et vous ne m'avez pas donné à manger; j'ai eu soif, et vous ne m'avez pas donné à boire; 43 j'étais étranger, et vous ne m'avez pas recueilli; j'étais nu, et vous ne m'avez pas vêtu; j'étais malade et en prison, et vous ne m'avez pas visité. 44 Ils répondront aussi : Seigneur, quand t'avons-nous vu ayant faim, ou ayant soif, ou étranger, ou nu, ou malade, ou en prison, et ne t'avons-nous pas assisté ? 45 Et il leur répondra : Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous n'avez pas fait ces choses à l'un de ces plus petits, c'est à moi que vous ne les avez pas faites. Mt. 26,42-45

Ce n’est pas par la magie des cultes et des sacrementsque les portes de la Maison du Père vont s’ouvrir pour nous y accueillir, sinon par les œuvres qui nous font proches des délaissés de la terre.Ils sont là, dans tous les milieux, nous interpellant de mille et une manières. À l’image du bon samaritain, il faut prendre le temps de  nous arrêter et d’agir au meilleur de ce que nous sommes.

Noëlrappelle la naissance d’un enfant dont le destin sera de rappeler à l’Humanité ces vérités fondamentales de fraternité et de solidarité humaine, transformant la haine en amour, les ambitions de pouvoir et de domination en services humbles et discrets auprès des plus fragiles et délaissés de notre monde. À ce niveau, il y a de la place pour tout le monde. L’Humanité est de nous tous. L’enfant que célèbre Noël est celui-là même dont l’histoire et les enseignements nous ouvrent les yeux sur cette Humanité.

Joyeux Noël à tous les croyants et croyantes en cette Humanité.


Oscar Fortin

mardi 23 octobre 2018

LA GUERRE TOTALE


VÉRITABLE SUICIDE COLLECTIF




Les armements dont disposent la Russie, la Chine, les États-Unis, entre autres, sont tels que leur usage détruira toute forme de vie sur terre. Lorsque Vladimir Poutine déclare qu’il ne sera pas le premier à utiliser ces armes, c’est qu’il sait que la réplique de ses adversaires se fera, à quelques secondes près,  du constat d’une attaque nucléaire. Par la même occasion, il déclare que la Russie n’hésitera pas un instant  à utiliser tout son arsenal nucléaire pour contrer une telle attaque de la part de quelque adversaire que ce soit. Il n’y aura ni vainqueurs ni vaincus,  tous et toutes mourront. La terre sera transformée en un enfer où toute vie sera anéantie. Pour Poutine, « «Nous, en tant que victimes de l'agression, nous irons au Paradis comme les martyrs, alors qu'eux [les agresseurs, ndlr], ils crèveront tout simplement, sans même avoir eu le temps de se repentir

Nous n’en sommes plus aux guerres qui se faisaient sur les champs de bataille avec, de part et d’autre, des centaines de milliers de soldats. Nous n’en sommes même plus à ces guerres qui comptaient sur leurs avions de chasse, leurs sous-marins, leurs porte-avions. Ces guerres conduisaient à des vainqueurs et à des vaincus, ce qui n’est plus le cas.

La guerre qui sera à l’origine de la destruction totale du monde sera celle de l’État profond de l’Empire pour qui dominer le monde est sa propre survie. Or, cet État profond de l’Empire a devant lui d’autres peuples, d’autres puissances qui ne souhaitent ni ne veulent se soumettre à ce dernier. L’alternative est que l’État profond de l’Empire se fasse harakiri pour redevenir un État avec les mêmes droits et devoirs que ceux de tous les États. Le monde d’aujourd’hui n’accepte plus un État-roi qui se situe au-dessus des lois.

On comprendra que les attentes des uns et des autres soient à la limite shakespearienne du « être ou ne pas être ». La confrontation,  entre les tenants d’un monde unipolaire, entièrement sous leur autorité, et ceux d’un monde multipolaire où peuples et nations seraient pleinement souverains et indépendants, laisse peu de place à des compromis. 

Nous en sommes là au niveau des alternatives radicales. Les guerres qui se font sur le terrain avec des armes modernes, sans usage du nucléaire, sont autant d’occasions d’évaluer l’adversaire, de l’amener à faire de faux pas, à créer de la diversion et à placer l’adversaire dans des conditions inconfortables. Plus vite que le tam-tam de la propagande occidentale en arrivera à diaboliser l’adversaire, plus vite la partie dominante de l’Empire pourra s’imposer aux belligérants. À ce jour, cette stratégie a permis de faire certains gains dans l’opinion publique, mais les principaux concernés par ces attaques ont décodé cette stratégie et ont mis au point les moyens nécessaires pour contrer ces mensonges et tricheries. 

L’exemple des soi-disant produits chimiques  qu’avait l’Irak a fait son chemin et la crédibilité des auteurs d’un tel mensonge  a chuté et l’opinion mondiale s’est immunisée contre de pareils mensonges. En Ukraine, en Libye, en Syrie l’avalanche des mensonges  a de moins en moins trouvée  preneurs, les réseaux sociaux, parvenant à démontrer les mensonges de ces fausses vérités. Malgré tous les efforts techniques et médiatiques pour contrer l’information alternative à ces montages de tout genre, la vérité des faits s’impose de plus en plus. Il faut en donner le crédit à tous ces réseaux sociaux et blogues de haute qualité qui dénoncent ces mensonges et viennent en renfort à la vérité des faits.

Les guerres en Ukraine, Syrie, Yémen n’ont pas donné les résultats escomptés de la part de l’Occident. Va-t-il franchir le pas d’une guerre en Amérique latine, ayant pour cible le Venezuela et le Nicaragua ? Les menaces d’une telle intervention se font entendre depuis plusieurs années. Les motifs sont nombreux, dont ceux reliés aux richesses de ces pays et au changement de régime de ces gouvernements socialistes. De telles interventions, dans l’état des choses, entraîneraient inévitablement l’intervention de la Russie et de la Chine qui ont des liens étroits avec chacun de ces deux pays et, qui plus est, ont des projets communs de grande importance.  Leur présence en Amérique latine ne ferait que reproduire, en partie,  celle que les États-Unis ont dans plusieurs pays d’Europe de l’Est  et en Asie.

Les bases militaires des États-Unis en Amérique latine sont nombreuses. Seulement en Colombie, pays frontalier du Venezuela, ils y en ont sept. 

La présence militaire de la Russie et de la Chine en Amérique latine est un couteau à deux tranchants. Pour les États-Unis et leurs alliés, ils auront tout l’espace voulu pour dénoncer cette présence non voulue par l’ensemble des pays de l’Amérique latine. Pour la Chine et la Russie, ce rapprochement permettra d’approfondir leurs liens avec certains pays de la région et rendra plus facile et rapide, le cas échéant,   toute intervention nécessaire aux États unis. De quoi permettre des négociations visant  le retrait des bases militaires étasuniennes en Europe et en Asie en échange du retrait de leur propre base militaire au Venezuela et au Nicaragua.

Dans le cadre d’un tel scénario d’invasion militaire au Venezuela et au Nicaragua les épiscopats catholiques des deux pays en auront été les complices directs.  Leur activisme politique, au cours des dernières années, en aura préparé la voie. En cela, ils peuvent compter sur la Conférence épiscopale latino-américaine (CELAM) et tout particulièrement sur l’épiscopat de Colombie qui se prête aux stratégies d’interventions de nature à discréditer dans l’opinion publique les gouvernements cibles. 

Si, en Ukraine, le Patriarche Philarète, chef de l’Église Orthodoxe, s’est fait grand défenseur du changement de régime et critique sévère de Poutine qu’il qualifiait alors de Satan,  quelque chose de semblable se réalise, présentement, au Venezuela et au Nicaragua. Toutefois, je ne  pense pas que cela conduise à un schisme dans l’Église catholique, comme ce fut récemment  le cas entre l’Église orthodoxe russe et l’Église orthodoxe ukrainienne. Le Vatican demeure toujours un allié discret de Washington et soutiendra à sa manière une telle intervention. Comme le dit le dicton : aucun coup d’État, aucune intervention militaire en Amérique latine ne serait possible sans l’appui de l’Église. Elle est partie intégrante du néo-libéralisme dont le grand maître n’est autre que l’Oncle Sam. Les sensibilités politiques et les interventions du pape François ne sauraient faire bouger l’État du Vatican sur ces liens préférentiels avec Washington. L’Exhortation apostolique Evangelii Gaudiumdu pape François, dénonçant le capitalisme sauvage, fut vite retournée à la filière 13, celle de l’oubli.


Oscar Fortin 


23 octobre 2018