PENSÉE

LA DÉMOCRATIE QUI NE FAIT PAS DU PEUPLE LE RESPONSABLE DE SES DÉCISIONS EST UNE TROMPERIE.

LA RELIGION QUI NE RECONNAÎT PAS LA FOI COMME UN DON PERSONNEL DE DIEU EST UNE MANIPULATION.

LE BIEN COMMUN QUI NE SE FONDE PAS SUR LA JUSTICE ET LA VÉRITÉ EST UNE ESCROQUERIE.

Oscar Fortin

Blog espagnol

samedi 24 octobre 2009

L'ÉGLISE BOLIVIENNE COURTISE L' ARMÉE ET LA POLICE

De toute ma vie (69 ans), c’est la première fois que je vois une opération comme celle que vient de réaliser l’Église catholique de Bolivie. À moins de deux mois d’une élection générale que les oligarchies traditionnelles ont essayé et essaient toujours par tous les moyens de faire échouer, ELLE procède à la première communion et à la confirmation de plus de 2000 militaires et policiers.

C’est lors d’une célébration solennelle au Colisée Cerrado de la Paz où sont réunis, en ce 23 octobre 2009, au moins deux mille personnes, recrues, élèves et cadets des instituts militaires et policiers, qu’elle procède à leur première communion et à leur confirmation, pour la paix et l’unité nationale. La messe a été présidée par l’évêque des armées, Mgr Gonzalo Pérez del Castillo, qui fut accompagné pour la circonstance par le Nonce apostolique du Vatican, Mgr Giambatista Diquattro et une vingtaine de prêtres, aumôniers de la Police et de diverses paroisses.

À l’agence de presse bolivienne ABI, le nonce apostolique a voulu exprimer l’attachement, l’affection et la bénédiction sans restriction de sa sainteté le Pape Benoît XVI à la famille militaire et policière qui marche unie pour construire les valeurs de foi et de paix. Il a exprimé sa satisfaction d’avoir participé à cette célébration et à fait valoir que lors de sa prochaine audience avec sa Sainteté il lui transmettra les sentiments d’unité qui NOURRISSENT la famille militaire et policière qui sont désormais des missionnaires du Christ.

Dans son homélie, l’officiant principal, Mgr Castillo, a demandé au gouvernement, aux forces armées et aux forces policières d’assurer la paix et de travailler pour l’unité nationale. Il n’y a pas eu un mot pour les forces oligarchiques qui contrôlent une grande partie des terres les plus riches de la Bolivie, ces mêmes forces qui ont fait des tentatives de sécession de cette partie du territoire bolivien pour le soustraire aux réformes constitutionnelles mises de l’avant par le président Évo Morales. Ce sont d’ailleurs eux qui avaient financé des groupes terroristes dont la mission, au printemps dernier, était de créer le chao pour déstabiliser le pays et réaliser ainsi la chute du gouvernement. Heureusement, ils ont été découverts et arrêtés. Pas un mot, non plus sur les impératifs de justice qui inspirent l’actuel gouvernement et l’importance pour les forces armées et policières de répondre aux commandements des autorités légitimement élues dans le cadre de la présente constitution, votée en décembre dernier par une très grande majorité de boliviens et boliviennes.

Cette initiative est d’autant plus symbolique que la présence des USA n’est plus ce qu’elle était depuis le renvoi de leur ambassadeur interventionniste et de plusieurs de leurs représentants œuvrant dans des organismes soit disant de développement. Leur influence sur les forces armées et policières sur lesquelles ils exerçaient un ascendant déterminant n’est plus ce qu’elle était. Le gouvernement, conscient de cette influence, a amorcé des réformes au sein de ces deux forces institutionnelles pour qu’elles soient au service inconditionnel du peuple et non l’inverse.

On sait que les autorités épiscopales ont été et continuent d’être des alliées de premier plan des oligarchies et des politiques interventionnistes des États-Unis. L’Opus Dei, organisme qui répond directement au Pape de ses activités, en mène large dans cette région du monde. Nous savons qu’il est bien présent dans le coup d’État militaire au Honduras et qu’il s’agite beaucoup au Venezuela et en Équateur contre les présidents élus. Ce n’est pas d’hier, il suffit de se rappeler ses liens étroits, au Chili, avec Pinochet et ses collaborateurs.

Je voudrais croire que cette intervention, à moins de deux mois des élections, ne présage pas un coup monté visant à neutraliser l’action des forces armées en soutien aux politiques de l’actuel gouvernement. Disons que le passé des épiscopats est peu garant de l’avenir dans cette région du monde. Leur influence par la voie de la conscience ne doit pas être considérée à la légère.

Les « Oscar Romero », cet évêque du Salvador assassiné, allons donc savoir si ce n’est pas par un « soldat du Christ », se font plutôt rares dans cette Amérique dont les véritables témoins de la foi sont plutôt dans les rues pour réclamer Justice, Vérité et Paix à l’encontre bien souvent des militaires qui leur tirent dessus. Il faut croire que l'Épiscopat du Honduras trouve le travail de l'armée et des forces policières conforme à leur vocation de "missionnaire du Christ" puisqu leur voix demeure bien silencieuse en ces moments de trouble.

Oscar Fortin

Québec, le 24 octobre 2009
http://humanisme.blogspot.com/

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