PENSÉE

LA DÉMOCRATIE QUI NE FAIT PAS DU PEUPLE LE RESPONSABLE DE SES DÉCISIONS EST UNE TROMPERIE.

LA RELIGION QUI NE RECONNAÎT PAS LA FOI COMME UN DON PERSONNEL DE DIEU EST UNE MANIPULATION.

LE BIEN COMMUN QUI NE SE FONDE PAS SUR LA JUSTICE ET LA VÉRITÉ EST UNE ESCROQUERIE.

Oscar Fortin

Blog espagnol

samedi 26 avril 2014

JEAN XXIII PRÉCURSEUR DU SOCIALISME DU XXIe s.






Peu nombreux sont ceux et celles qui ont lu les deux Encycliques sociales du pape Jean XXIII, MÈRE ET ÉDUCATRICE, PAIX SUR TERRE. Dans ces deux encycliques, il rappelle certains constats faits par ses prédécesseurs, dont Léon XIII, Pie XI et Pie XII. C’est surtout dans la première de celles-ci qu’il fait ce rappel qui garde encore pour notre temps toute son actualité. En voici les plus importants extraits.

Au moment où les pressions des milieux économiques d’aujourd’hui demandent la réduction des interventions de l’État, particulièrement dans les secteurs sociaux, les propos tenus par le pape Léon XIII, en 1891, gardent toute leur pertinence.

« L'État, dont la raison d'être est la réalisation du bien commun dans l'ordre temporel, ne peut rester absent du monde économique; il doit être présent pour y promouvoir, avec opportunité, la production d'une quantité suffisante de biens matériels, “dont l'usage est nécessaire à l'exercice de la vertu” et pour protéger les droits de tous les citoyens, surtout des plus faibles, comme les ouvriers, les femmes et les enfants. C'est également son devoir inflexible de contribuer activement à l'amélioration des conditions de vie des ouvriers. » (MM.20)

Il en va de même avec la déification de la libre concurrence et de la loi du marché que nous vantent les économistes et hommes d’affaires comme source première des libertés individuelles et collectives. Le pape Pie XI, en 1931, contredit cet énoncé dans son encyclique publiée à l’occasion du quarantième anniversaire de l’Encyclique de Léon III.

La libre concurrence, en vertu d'une logique interne, avait fini par se détruire elle-même ou presque; elle avait conduit à une grande concentration de la richesse et à l'accumulation d'un pouvoir économique énorme entre les mains de quelques hommes, « qui d'ordinaire ne sont pas les propriétaires, mais les simples dépositaires et gérants d'un capital qu'ils administrent à leur gré. «(MM.35)
« À la liberté du marché a succédé une dictature économique. L’appétit du gain a fait place à une ambition effrénée de dominer. Toute la vie économique est devenue horriblement dure, implacable, cruelle »; d’où résultent l’asservissement des pouvoirs publics aux intérêts des puissants et la dictature internationale de l’argent. (MM.36)

Ce constat conduit au rejet absolu, comme règle suprême des activités et des institutions du monde économique, soit l’intérêt individuel ou d’un groupe, soit la libre concurrence,  soit l’hégémonie économique, soit le prestige ou la puissance de la nation, soit d’autres normes du même genre. (MM.40)

Il y a dans ce dernier paragraphe le rejet absolu de toute force politique et économique qui prétendrait s’imposer comme l’autorité suprême des activités et des institutions du monde économique. Ce n’est pas peu dire, surtout en ces temps où les forces de l’empire étasunien persistent dans leur volonté de dominer le monde. Ses intérêts et sa sécurité nationale sont placés aux dessus de tous les droits des personnes et des peuples. Or, dans cet extrait tiré de l’Encyclique du pape Pie XI, il y a rejet absolu de tout empire.

Le pape Pie XII, pour sa part, y va en relativisant le droit sacré à la propriété des biens. Lors d’une intervention radiophonique, en 1941, il déclare ce qui suit au sujet de ce droit de propriété :

Ce droit ne saurait s’imposer comme un absolu. Il est délimité de manière à ne pas mettre obstacle à « l'imprescriptible exigence que les biens, créés par Dieu pour tous les hommes, soient équitablement à la disposition de tous, selon les principes de la justice et de la charité ». (MM 42)

C’est en référence à ces principes que le pape Jean XXIII, au début des années 1960, publie sa première Encyclique sociale, Mater et Magistra, pour rappeler ces références de base, mais aussi pour actualiser la doctrine sociale de l’Église pour les temps nouveaux.

Lui comme ses prédécesseurs n’est pas sans détecter des distorsions inadmissibles dans les systèmes politiques et économiques qui caractérisent les sociétés des années 1950 et 1960.

Mais c’est aussi un fait qu’en plusieurs de ces pays, face à la misère extrême de la multitude, s’étalent au grand jour, insultant au sort des pauvres, le luxe et les dépenses somptuaires d’une poignée de privilégiés; également, en plus d’un endroit, les hommes sont astreints à des tâches humaines pour permettre à l’économie nationale d’atteindre de hauts niveaux dans des délais très brefs, incompatibles avec le respect des règles de la justice et de l’équité; ailleurs enfin une part importante du revenu est consacrée à une politique démesurée de prestige national et des sommes énormes sont dépensées en armements. (69)

La prospérité d’un peuple doit donc se mesurer moins à la somme totale des biens et richesses qu’à leur juste répartition, celle qui permet la promotion et l’épanouissement de tous les citoyens; car l’économie tout entière n’a pas d’autre fin ni d’autre raison d’être. Le progrès social doit accompagner et rejoindre le développement économique, de telle sorte que toutes les catégories sociales aient leur part des produits accrus, Il faut donc veiller avec attention, et s'employer efficacement, à ce que les déséquilibres économiques et sociaux n'augmentent pas, mais s'atténuent dans la mesure du possible. (74)

Une situation qui exige de la part de l’Église de donner un coup de barre important pour combattre ces tares inadmissibles et redonner confiance aux personnes et aux peuples. Il voit positivement les avancées de la socialisation à laquelle il rattache de nombreux bienfaits.

La socialisation comporte bien des avantages et rend beaucoup de services. Elle permet de satisfaire, surtout dans le domaine économique et social, un grand nombre de droits de la personne humaine, entre autres ceux qui concernent les moyens d’existence, les soins médicaux, la diffusion et le progrès d’une culture de base, la formation professionnelle, le logement, le travail, un repos convenable et de sains loisirs. En outre, grâce à la meilleure organisation des moyens modernes de diffusion de la pensée, – presse, cinéma, radio, télévision, – il est possible, en tout lieu du monde, d’assister, pour ainsi dire en personne, aux évènements mondiaux, si éloignés soient-ils. (61).

À cette fin, les responsables politiques doivent avoir une claire notion du bien commun, c’est-à-dire de l’ensemble des conditions sociales permettant à la personne d’atteindre mieux et plus facilement son plein épanouissement. Nous estimons, en outre, nécessaire que les corps intermédiaires et les diverses organisations par où se réalise surtout la socialisation jouissent d’une réelle autonomie et poursuivent leurs objectifs dans la concorde et au bénéfice du bien commun. Il n’est pas moins indispensable que ces sociétés aient la forme et la nature d’authentiques communautés; elles n’y réussiront que si elles traitent toujours leurs membres en personnes humaines et les font participer à leurs activités. (65)

En ce qui a trait aux systèmes économiques, il a ce jugement qui ne prête à aucune équivoque :

C’est pourquoi, si les structures et le fonctionnement d’un système économique sont de nature à compromettre la dignité humaine de ceux qui s’y emploient, à émousser en eux le sens des responsabilités, à leur enlever toute initiative personnelle, nous jugeons ce système injuste, même si les richesses produites atteignent un niveau élevé et sont réparties selon les lois de la justice et de l’équité. (83)

C’est dire toute la place qu’occupent la personne humaine et l’importance qui doit être accordée au sens de la responsabilité et à l’initiative personnelle.

Dans son Encyclique Pacem in Terris (Paix sur terre), le pape Jean XIII avance d’un pas de plus en précisant en quoi une autorité civile devient moralement contraignante et quand elle donne lieu à l’objection de conscience.

 51 - L'autorité exigée par l'ordre moral émane de Dieu. Si donc il arrive aux dirigeants d'édicter des lois ou de prendre des mesures contraires à cet ordre moral et par conséquent, à la volonté divine, ces dispositions ne peuvent obliger les consciences, car « il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes).

Bien plus, en pareil cas, l'autorité cesse d'être elle-même et dégénère en oppression. “La législation humaine ne revêt le caractère de loi qu'autant qu'elle se conforme à la juste raison; d'où il appert qu'elle tient sa vigueur de la loi éternelle. Mais dans la mesure où elle s'écarte de la raison, on la déclare injuste, elle ne vérifie pas la notion de loi, elle est plutôt une forme de la violence.

Bien des dictateurs et des gouvernements serviles aux intérêts de l’empire et des oligarchies nationales se retrouvent dans cette catégorie. Les constitutions qui leur servent de loi ont été élaborées par elles-mêmes pour répondre avant tout à leurs intérêts individuels et de groupes dominants.

78 - On ne peut, certes, admettre la théorie selon laquelle la seule volonté des hommes - individus ou groupes sociaux - serait la source unique et première d'où naîtraient droits et devoirs des citoyens, et d'où dériverait la force obligatoire des constitutions et l'autorité des pouvoirs publics (Pt.52)

La conscience des peuples, de plus en plus développée, exige que la loi fondamentale qui doit encadrer les activités politiques, économiques, sociales du pays soit le reflet de ce qu’ils sont comme peuple et réponde aux valeurs qui les portent. Ce n’est pas pour rien que de nombreux peuples exigent de plus en plus la mise en place de constituantes pour procéder à la rédaction de ces constitutions, reflets de ce qu’ils sont et veulent.

79 – (…) les hommes de notre temps ont acquis une conscience plus vive de leur dignité; ce qui les amène à prendre une part active aux affaires publiques et à exiger que les stipulations du droit positif des États garantissent l'inviolabilité de leurs droits personnels. Ils exigent en outre que les gouvernants n'accèdent au pouvoir que suivant une procédure définie par les lois et n'exercent leur autorité que dans les limites de celles-ci.

Un dernier point mérite d’être relevé. Dans son encyclique Mater et Magistra, le pape Jean XXIII justifie le fait des nationalisations en affirmant, qu’au-delà de la coopération nécessaire entre les pouvoirs publics et les secteurs privés, que l’État et les établissements de droit public puissent, eux aussi, posséder des biens de production. C’est en ces termes qu’est énoncé ce principe :

Ce qui vient d’être exposé (la collaboration entre le public et le privé) n’exclut évidemment pas que l’État et les établissements de droit public puissent, eux aussi, posséder des biens de production spécialement lorsqu’il s’agit de biens qui ‘en viennent à conférer une puissance économique telle qu’elle ne peut, sans danger pour le bien public, être laissée entre les mains de personnes privées’ (MM.116)

LE SOCIALISME DU XXIe siècle

Nous y voilà arrivés à ce fameux socialisme qui fait grincer des dents les épiscopats et les oligarchies catholiques.

Ce socialisme n’est pas le produit d’une idéologie, mais de la mouvance d’une société qui fonde son développement sur des valeurs de justice, de vérité, de solidarité et qui fait de l’État l’outil du peuple pour assurer le Bien commun de l’ensemble de la société. La démocratie participative dont il se fait le promoteur prend forme et se développe avec la conscientisation et l’organisation des divers intervenants sociaux pour qu’ils soient impliqués dans les décisions et les orientations politiques et économiques. Il est foncièrement anti-impérialiste  et anticapitaliste, sans être toutefois contre l’entreprise privée qui accepte de subordonner ses intérêts individuels et mercantiles à ceux du bien commun de la collectivité.

Sur le plan économique, le tout nouveau président déclare en février 1999 : notre projet ne veut pas une étatisation de l'économie, mais il n'est pas non plus néolibéral. Nous cherchons une voie moyenne, où la main invisible du marché collabore avec la main visible de l'État : autant d'État que nécessaire, autant de marchés que possible. (19 Richard Gott, Hugo Chávez and the Bolivarien Revolution, Verso, Londres, 2005, p. 175)

Lorsque nous relevons les 15 années de pouvoir du gouvernement bolivarien porté par ce socialisme du XXIe siècle nous reconnaissons l’application des grands principes que nous retrouvons dans la doctrine sociale de l’Église telle qu’exprimée par le pape Jean XXIII. Je me permets de vous référer à un article faisant ce rapprochement entre ce socialisme et la pensée sociale du pape Jean XXIII. À vous d’en juger.

Je mets au défi tous les adversaires de ce socialisme qui se réclament de l’Église catholique de dire en quoi ce socialisme va à l’encontre de la pensée sociale de l’Église telle qu’exprimée dans les encycliques sociales de Jean XXIII.

En ce qui me concerne, il en est plutôt une expression vivante.

35 - Voilà pourquoi une société n'est dûment ordonnée, bienfaisante, respectueuse de la personne humaine, que si elle se fonde sur la vérité, selon l'avertissement de Saint Paul : ‘Rejetez donc le mensonge; que chacun de vous dise la vérité à son prochain, car nous sommes membres les uns des autres (25).’ Cela suppose que soient sincèrement reconnus les droits et les devoirs mutuels. Cette société doit, en outre, reposer sur la justice, c'est-à-dire sur le respect effectif de ces droits et sur l'accomplissement loyal de ces devoirs; elle doit être vivifiée par l'amour, attitude d'âme qui fait éprouver à chacun comme siens les besoins d'autrui, lui fait partager ses propres biens et incite à un échange toujours plus intense dans le domaine des valeurs spirituelles. Cette société, enfin, doit se réaliser dans la liberté, c’est-à-dire de la façon qui convient à des êtres raisonnables, faits pour assurer la responsabilité de leurs actes. (Pacem in terris)

11 - Tout être humain a droit à la vie, à l'intégrité physique et aux moyens nécessaires et suffisants pour une existence décente, notamment en ce qui concerne l'alimentation, le vêtement, l'habitation, le repos, les soins médicaux, les services sociaux. Par conséquent, l'homme a droit à la sécurité en cas de maladie, d'invalidité, de veuvage, de vieillesse, de chômage et chaque fois qu'il est privé de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté.
C’est ce à quoi la révolution bolivarienne s’adonne en faveur de tout le peuple en commençant par les plus pauvres et les plus démunis et cela depuis les quinze dernières années. Il va également dans le sens de l'Exhortation apostolique Evangelii Gaudium  du pape François.
Je place cet article sous le patronage du pape Saint Jean XXIII.

Oscar Fortin
Le 26 avril 2014

1 commentaire:

Alain Lavoie a dit...

"Les scribes et les pharisiens sont assis dans la chaire de Moïse. Faites donc et observez tout ce qu'ils vous disent; mais n'agissez pas selon leurs œuvres. Car ils disent et ne font pas.[...] Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites! [...]" (Matthieu 23; 2, 3, 13)