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vendredi 5 septembre 2008

LA SACRAMENTALITÉ DE LA VIE


Dans les religions chrétiennes la sacramentalité occupe une place importante. Pour résumer, Jésus de Nazareth aurait laissé des rites sacramentels par lesquels il communique ses grâces et ses bienfaits de salut. Ces derniers ont été précisés à travers les siècles pour devenir les sept sacrements qui définissent, en exclusivité, l’action salvifique du Christ dans le monde. Les autorités ecclésiales en sont évidemment les gestionnaires.

Cette approche de l’action salvifique du Christ dans le monde ne résiste plus au développement des connaissances bibliques, exégétiques, théologiques et historiques des dernières décennies. Le Jésus de Nazareth, dont la figure se rapproche de plus en plus de nous, a une action et un message qui nous orientent différemment sur la compréhension de sa présence dans le monde. C’est lui qui nous fait arriver aux plus petits, aux exclus, aux laissés pour compte en s’identifiant lui-même à ces derniers. « Ce que vous ferez aux plus petits des miens c’est à moi que vous le ferez. » C’est lui qui a encouragé ceux qui luttent pour la justice en les déclarants bienheureux dans les persécutions inévitables dont ils seront victimes. Chacune des béatitudes peut être prise en ce sens. Dans cette optique nous pourrions identifier sept actions par lesquels il agit dans le monde. Nous pourrions les appeler les sept sacrements de la Vie.

Il y a le sacrement de la JUSTICE qui reconnaît que les richesses de la terre doivent être utilisées au bénéfice de l’ensemble de l’humanité, assurant les conditions de vie décente, l’éducation, les soins de santé, la paix pour tous et qui agit à travers hommes et femmes pour qu’il en soit ainsi. Il y a le sacrement de la VÉRITÉ qui soutient et encourage ceux et celles qui lèvent les voiles sur les hypocrisies, les mensonges, les manipulations pour laisser apparaître la transparence. Il y a le sacrement de l’HUMILITÉ qui rend possible des relations humaines qui valorisent et font grandir ses semblables tout en donnant la force de reconnaître ses erreurs. Il y a le sacrement de la MISÉRICORDE qui permet de faire revivre des relations blessées en pardonnant et en ouvrant à la réconciliation. Il y a le sacrement de la SOLIDARITÉ qui rapproche les personnes les unes des autres et qui permet d’être avec les plus délaissés. Il y a le sacrement de la FOI qui permet de reconnaître les lois fondamentales de la nature, de discerner l’action du Christ au service des valeurs humaines et spirituelles de chaque personne et communauté. Il y a enfin le sacrement de l’AMOUR qui unit les humains dans une relation qui les transforme en une communauté vivante et fraternelle.

Ces sept points de références rejoignent les pôles les plus importants de l’action et du message de Jésus de Nazareth. D’ailleurs, le jugement dernier que nous rapporte Mathieu (25,31-26) met particulièrement l’accent sur cette sacramentalité de la vie. Ils rejoignent également ce que les prophètes de l’A.T. ont constamment remis à l'avant plan des pratiques rituelles de la foi religieuse de leur époque.

« Cessez d'apporter de vaines offrandes : J'ai en horreur l'encens, Les nouvelles lunes, les sabbats et les assemblées ; Je ne puis voir le crime s'associer aux solennités. Quand vous étendez vos mains, je détourne de vous mes yeux ; Quand vous multipliez les prières, je n'écoute pas : Vos mains sont pleines de sang. Apprenez à faire le bien, recherchez la justice, Protégez l'opprimé ; Faites droit à l'orphelin, Défendez la veuve. (Is.1, 13-17) »


Celui qui marche dans la justice, Et qui parle selon la droiture, Qui méprise un gain acquis par extorsion, Qui secoue les mains pour ne pas accepter un présent, Qui ferme l'oreille pour ne pas entendre des propos sanguinaires, Et qui se bande les yeux pour ne pas voir le mal. Celui-là habitera dans des lieux élevés ; Des rochers fortifiés seront sa retraite ; Du pain lui sera donné, De l'eau lui sera assurée. » (Is.33 :15-16)

Mais malheur à ceux qui ajoutent maison à maison, et qui joignent champ à champ, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus d'espace, et qu'ils habitent seuls au milieu du pays ! Malheur à ceux qui appellent le mal bien, et le bien mal, Qui changent les ténèbres en lumière, et la lumière en ténèbres, Qui changent l'amertume en douceur, et la douceur en amertume; Qui justifient le coupable pour un présent, Et enlèvent aux innocents leurs droits ! Malheur à ceux qui prononcent des ordonnances iniques, Et à ceux qui transcrivent des arrêts injustes, pour refuser justice aux pauvres, et ravir leur droit aux malheureux de mon peuple, pour faire des veuves leur proie, et des orphelins leur butin ! (Is.5-10)

« Rends-moi justice, ô Dieu, défends ma cause contre une nation infidèle! Délivre-moi des hommes de fraude et d’iniquité! Sois vainqueur, monte sur ton char, défends la vérité, la douceur et la justice, et que ta droite se signale par de merveilleux exploits. (Ps.43 :1;45 :4) »

« Ainsi parle l'Éternel : Pratiquez la justice et l'équité ; délivrez l'opprimé des mains de l'oppresseur ; ne maltraitez pas l'étranger, l'orphelin et la veuve ; n'usez pas de violence, et ne répandez point de sang innocent dans ce lieu.@ (Jér.22 :3)
Pour conclure, il ne fait aucun doute que l’institution ecclésiale telle qu’elle existe actuellement se doit de faire une véritable conversion pour rejoindre l’action bien vivante du Ressuscité et de son Esprit dans le monde. Ces derniers sont toujours là à la Tête de l’Église distribuant les dons selon leur volonté.

« Un seul et même Esprit opère toutes ces choses, les distribuant à chacun en particulier comme il veut. Car, comme le corps est un et a plusieurs membres, et comme tous les membres du corps, malgré leur nombre, ne forment qu'un seul corps, ainsi en est-il du Christ. Nous avons tous, en effet, été baptisés dans un seul Esprit, pour former un seul corps, soit Juifs, soit Grecs, soit esclaves, soit libres, et nous avons tous été abreuvés d'un seul Esprit. » 1 Cor.12,11)

S’il y a ceux et celles qui s’identifient toujours à l’institution ecclésiale, il y en a d’autres, sans doute encore beaucoup plus nombreux, qui témoignent par leurs engagements de cette sacramentalité dans le monde. Ils auront peut-être la surprise de leur vie lorsque le Juge suprême leur dira, « venez les bénis de mon Père, ce que vous avez fait pour la JUSTICE, la VÉRITÉ, l’HUMILITÉ, la MISÉRICORDE, la SOLIDARITÉ, la FOI dans la vie, l’AMOUR, vous l’avez fait pour moi. J’étais là avec vous et vous avec moi. »

Il est urgent que soit repensé la sacramentalité rituelle dans le cadre et au service de cette sacramentalité de la vie. Aux apôtres qui regardaient toujours vers le ciel après l’Ascension de Jésus, un ange vint leur dire d’aller en Galilée, que là il l’y trouverait. La Galilée d’aujourd’hui c’est le monde où vivent plus de 6 milliards d’humains. Il est toujours là.

Oscar Fortin
5 septembre 2008

dimanche 13 juin 2021

L’ÉGLISE CATHOLIQUE EN VOIE DE CONVERSION 2/3


Le culte qui plaît le plus au Père 2/3 ?



 

Au fil des siècles, la foi chrétienne est devenue un culte liturgique sacramentel à travers lequel le salut de tous est assuré pour autant qu’on en soit des pratiquants fidèles. 

 

C'est ce que nous appelons le culte des sept sacrements : le baptêmel'Eucharistie, la confirmation,la confessionle mariage, le sacerdoce et l'onction des malades.

 

 Le droit canonique détermine les circonstances et les obligations des croyants dans l’accomplissement de ces sacrements. En ne se conformant pas à ces règles, le chrétien est affecté d'un péché qui peut être véniel ou de gravité mortelle de « l'âme ». Ces sacrements  sont, pratiquement, le centre des principales activités des prêtres et des évêques qui s'attachent à les valoriser auprès de leurs fidèles pour mieux vivre leur foi chrétienne.

 

Il s’agit d’un culte sacramentel de caractère liturgique , élaboré sans prendre en compte les instructions, laissées par Jésus dans « son jugement dernier ». 

 

Je pense que toutes les personnes de bonne foi, croyantes ou pas, veulent accéder au meilleur des mondes et répondre, par leurs actions , aux grandes consignes humanitaires que nous retrouvons dans le récit du Jugement dernier. Jésus dans le "jugement final" nous indique la voie à suivre pour survivre aux calamités des temps que nous vivons et rejoindre l’Humanité, libérée de toutes ces forces maléfiques qui contaminent l’humanité que nous vivons. 

 

Dans ce "jugement final", annoncé et présidé par Jésus ressuscité, il n'y a pas un mot lié au culte liturgique sacramentel promu par l'Église depuis les premiers siècles. La prise de conscience de l'importance de ce « Jugement dernier » oblige les autorités de l’Église ainsi que le Peuple de Dieu à revoir complètement le culte qui nous permettra de répondre le mieux aux consignes que nous laisse ce « Jugement dernier » dont l'autorité s'impose à toutes les personnes de bonne volonté. Ce ne sont plus les paroles qui comptent, mais ce que nous faisons dans les faits de la réalité quotidienne. Il faut relire ce texte qui nous dit ce sur quoi nous serons jugés.

 

Le jugement sur les nations " Matthieu 25 : " le culte qui plaît le plus au Père " 

 

31 « Quand le Fils de l'homme viendra entouré de splendeur et de tous les anges, il s'assiéra sur son trône glorieux. 32 Toutes les nations se rassembleront devant lui, et il séparera les unes des autres comme un berger sépare les brebis des boucs. 33 Il mettra les brebis à sa droite et les boucs à sa gauche 34 et le roi dira à ceux qui seront à sa droite : « Venez, vous que mon Père a bénis, recevez le royaume qui vous a été préparé depuis la création du monde. 35 Parce que j'avais faim et tu m'as donné à manger, j'avais soif et tu m'as donné à boire, j'étais un étranger et tu m'as accueilli, 36 je suis allé sans vêtements et tu m'as vêtu, je suis tombé malade et tu m'as visité, j'étais en prison et tu es venu me voir.’37 Alors les justes demanderont : ‘Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim et te nourrir, ou avoir soif et te donner à boire ? 38 Ou quand t'avons-nous vu étranger et t'avons-nous accueilli, ou avons-nous manqué de vêtements et t'avons-nous vêtu ? 39 Ou quand vous avons-nous vu malade ou en prison, et sommes-nous allés vous voir ?» 40 Le Roi leur répondra : « Je vous assure que tout ce que vous avez fait pour l'un de mes plus humbles frères, vous l'avez fait pour moi. 'N 41 "Alors le roi dira à ceux qui sont à sa gauche: 'Retirez de moi, vous maudit: allez dans le feu éternel préparé pour le diable et ses anges. 42 Car j'avais faim et vous ne m'avez pas nourri, j'étais j'avais soif et tu ne m'as rien donné à boire, 43 J'étais un étranger et tu ne m'as pas accueilli, j'étais sans vêtements et tu ne m'as pas vêtu, je suis tombé malade et j'étais en prison, et tu ne m'as pas rendu visite. '44 alors ils demanderont : " Seigneur, quand t'avons-nous vu affamé ou assoiffé, ou un étranger ou sans vêtements, ou malade ou en prison, et nous ne t'aiderons pas ? " 45 le roi leur répondra : " Je vous assure que tout ce que vous n'avez pas fait pour l'une de ces personnes les plus humbles, vous ne l'avez pas fait pour moi non plus. 'O 46 Ceux-ci iront au châtiment éternel, et les justes à la vie éternelle. " p

 

De la prise de conscience de ce jugement dernier ressort une nouvelle conception du culte de la foi chrétienneà travers de ce que nous pourrions appeler  les « sacrements de la vie quotidienne ».

 

Le Jésus ressuscité et son esprit sont présents dans l'humanité, dans les peuples, dans les familles et nous appellent à respecter les pratiques de ce "jugement dernier".

 

Dans ce contexte, sept sacrements de la vie quotidienne se sont imposés à mon esprit et ont été identifiés comme sources de vie chrétienne et de grand engagement envers toute l'Humanité.

 

Voici une première version de ces sept sacrements de la vie quotidienne, proposés comme nouveau culte de l'Église.

 

Les sacrements de la vie quotidienne

 

Dans les religions chrétiennes, la sacramentalité occupe une place importante ; les sacrements  qui s’imposent pour le moment ont été définis au cours des siècles pour devenir les sept sacrements qui définissent exclusivement l'action salvifique du Christ dans le monde.Les autorités ecclésiales en sont évidemment les gestionnaires. Dans chacun, il y a une action divine qui se produit et il faut croire que c'est le cas.



Cette approche de l'action salvifique du Christ dans le monde ne résiste plus au développement des connaissances bibliques, exégétiques, théologiques et historiques des dernières décennies. Le Jésus de Nazareth, dont la figure se rapproche de plus en plus de nous, a une action et un message qui nous guident différemment pour comprendre sa présence au monde. C'est lui qui nous rapproche des petits, des exclus, des laissés pour compte, en s'identifiant à eux. "Ce que vous ferez à mes petits, vous le ferez à moi. » C'est lui qui a encouragé ceux qui luttent pour la justice en les déclarant bienheureux dans les persécutions inévitables auxquelles ils seront soumis. Dans cet esprit, nous pourrions identifier sept actions par lesquelles nous pourrions modifier quelque chose dans le culte et dans le monde, nous pourrions les appeler les sept sacrements de la vie.

 

Il y a le sacrement de la JUSTICE qui reconnaît que les richesses de la terre doivent être utilisées au profit de toute l'humanité, assurant des conditions de vie décentes, l'éducation, la santé, la paix pour tous. Il y a le sacrement de la VÉRITÉ qui soutient et encourage ceux qui lèvent les voiles de l'hypocrisie, des mensonges, des manipulations pour révéler la transparence de ce qui se passe dans notre monde. Il y a le sacrement de l'HUMILITÉ qui rend possibles des relations humaines qui valorisent et font grandir les gens et donnent la force de reconnaître leurs erreurs. Il y a le sacrement de la MISÉRICORDE qui permet de raviver les relations blessées, de pardonner et de s'ouvrir à la réconciliation. Il y a le sacrement de la SOLIDARITÉ qui unit les gens et qui nous permet d'être avec les plus abandonnés. Il y a le sacrement de la FOIqui permet de reconnaître les lois fondamentales de la nature, de discerner l'action du Christ au service des valeurs humaines et spirituelles de chaque personne et communauté. Enfin, il y a le sacrement de l'AMOUR qui unit les êtres humains dans une relation qui les transforme en une communauté vivante et fraternelle.

 

Ces sept points de repère renvoient aux pôles les plus importants de l'action et du message de Jésus de Nazareth. De plus, le Jugement dernier que nous rapporte Matthieu (25,31-26) met particulièrement l'accent sur cette sacramentalité de la vie. Ils ajoutent également à ce que les prophètes de l'Ancien Testament ont constamment rappelé.

 

« Cessez d'apporter de vaines offrandes : je hais l'encens, les nouvelles lunes, les samedis et les assemblées ; Je ne vois pas le crime associé aux solennités. Quand tu écartes les mains, je détourne le regard de toi ; Quand tu multiplies les phrases, je n'entends pas : Tes mains sont pleines de sang. Apprenez à faire le bien, recherchez la justice, protégez les opprimés, défendez l'orphelin, défendez la veuve. (Isaïe 1, 13-17) "

 

Celui qui marche dans la justice et parle avec droiture, celui qui méprise le profit obtenu de l'extorsion, celui qui serre la main pour ne pas accepter un cadeau, celui qui ferme son oreille pour ne pas entendre de paroles sanglantes, et celui qui aveugle ses yeux pour ne pas voir le mal. Il habitera dans les hauts lieux ; Les rochers fortifiés seront votre refuge ; On vous donnera du pain et vous serez assuré d'avoir de l'eau."

 

(Esaïe 33 : 15-16)

 

Mais malheur à ceux qui ajoutent maison à maison et joignent champ à champ jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de place et qu'ils vivent seuls au milieu de la terre ! Malheur à ceux qui appellent le mal bien et le bien mal, qui changent les ténèbres en lumière et la lumière en ténèbres, qui changent l'amertume en douceur et la douceur en amertume ; Qui justifient les coupables par un don et privent les innocents de leurs droits. Malheur à ceux qui prononcent des ordonnances mauvaises, et qui transcrivent des jugements injustes, pour nier la justice aux pauvres et ôter leurs droits aux pauvres de mon peuple, pour faire des veuves leur proie et des orphelins leur butin !(Isaïe 5-10)

 

« Rends-moi justice, ô Dieu, défends ma cause contre une nation infidèle ! Délivre-moi des hommes de tromperie et d'iniquité. Sois victorieux, monte dans ton char, défends la vérité, la douceur et la justice, et que ta main droite soit marquée par des exploits merveilleux(Psaume 43 : 1 ; 45 : 4)"

 

Des chercheurs qui me sont inconnus se sont intéressés à ce texte des sept sacrements de la vie quotidienne. Dans leur analyse  de l’Encyclique  « Amoris Laetitia» du Pape François, ils ont remarqué que le pape utilisait les mêmes sacrements de vie qui étaient dans le présent texte. Voyez par vous-mêmes.

 

https://iftp.org/wp-content/uploads/2018/07/Les-Sacrements-de-la-vie-et-Amoris-Laetitia.pdf

 

Je me permets aussi de partager avec vous un commentaire du grand Xabier Pikaza, qui m'a permis d'ouvrir un blogue sur Religion digital.

 

https://www.religiondigital.org/el_blog_de_x-_pikaza/Sacramentos-rituales-sacramentos-conversacion-Fortin_7_951574851.html

 

Comme on peut le voir, il ne s'agit pas d'un grand ménage de printemps, mais d'une CONVERSION

 

Oscar Fortin

lundi 11 avril 2005

UN PAPE POUR UNE ÉGLISE VIVANTE


L’Église, telle que nous la connaissons aujourd’hui, met particulièrement en évidence les personnages qui y occupent des postes de direction : le Pape, les Cardinaux, les Évêques, les prêtres et bien évidemment quelques uns des témoins dont les engagements de vie sont tout à son honneur : ceux que nous appelons les bienheureux et les saints. Les baptisés figurent également sur la liste, mais beaucoup plus comme des disciples à l’écoute de leurs pasteurs. Ils sont perçus, plus souvent que moins, comme des consommateurs de la sacramentalité, des croyants en une doctrine et des pratiquants d’une morale de vie.

Le Christ et l’Esprit Saint sont évidemment présents dans cette Église, mais leur présence, à l’ombre des dirigeants, va de haut en bas, c’est à dire du Pape aux baptisés en passant par les Évêques et les prêtres. Leurs initiatives demeurent encadrées par la voie hiérarchique qui en assure l’orthodoxie. S’il y a des voix discordantes ou prophétiques qui se font entendre en dehors des voies officielles, elles seront rarement perçues comme inspirées par Jésus de Nazareth ou l’Esprit Saint. D’ailleurs nous vivons en un temps où il semble n’y avoir que très peu de prophètes. Plus de 40 ans après Vatican II, force est donc de constater que l’Église, communauté de tous les croyants en Jésus de Nazareth, n’est pas parvenue à s’imposer à une Institution encore fortement centralisée, plus préoccupée de doctrine et de morale que d’Évangile. Son appel à la conversion est plus souvent en fonction d’un retour à la pratique religieuse et à l’Institution qu’à une remise en question de notre manière d’être dans le monde.

Au moment où on se prépare à élire le successeur de Pierre, il n’est pas superflu de remettre en évidence les principales caractéristiques de l’Église telle qu’elle a pris naissance dans les premières communautés chrétiennes.

« Il y a un seul Corps et un seul Esprit…À chacun…la grâce a été donné selon la mesure du don du Christ…Et c’est Lui qui a donné certains comme apôtres, d’autres comme prophètes, d’autres encore comme évangélistes, d’autres enfin comme pasteurs et chargés de l’enseignement… C’est de lui que le Corps tout entier, coordonné et bien uni grâce à toutes les articulations qui le desservent, selon une activité répartie à la mesure de chacun, réalise sa propre croissance pour se construire lui-même dans l’amour. » (Éphésiens. 4,4-16)

Il est donc évident que l’Esprit et le Christ sont au centre de l’Église et qu’Ils y occupent la toute première place. Ce sont eux qui distribuent les tâches et les dons de manière à ce que ce Corps croisse et se développe dans l’amour. Sans diminuer en rien la responsabilité des apôtres (Pape, évêques, prêtres), ces derniers n’ont pas le monopole de l’action de l’Esprit Saint qui agit au cœur de l’Église. Ainsi, personne, hors le Christ et son Esprit, n’a ce monopole de la pensée et de l’action de l’Église. Il y a là une autonomie de foi et de vie qui échappe à tout contrôle absolu de l’extérieur. C’est d’ailleurs dans cette autonomie de foi et de vie que se développent la conscience humaine et la responsabilité personnelle et communautaire.

Il y a donc une première conclusion à tirer de cette dynamique de l’action de Dieu dans l’Église : TOUS DOIVENT ÊTRE OUVERTS ET ATTENTIFS À CETTE ACTION QUI S’EXPRIME À LA FOIS PAR LES PASTEURS, PAR LES PROPHÈTES, PAR LES ÉVANGÉLISTES, LES ENSEIGNANTS, LES BAPTISÉS ET TOUTE PERSONNE DE BONNE VOLONTÉ. Il ne fait aucun doute que le prochain Pape devra être en mesure de témoigner de ces dons de Dieu qui se manifestent un peu partout dans le monde et d’être en mesure d’inviter tous les croyants et les personnes de bonne volonté à être à leur écoute. La voix des anathèmes et des condamnations devrait normalement laisser plus de place au « mea culpa », non pas seulement pour les siècles passés mais aussi pour les temps présents.

Une deuxième conclusion s’impose d’elle-même : Toutes les questions de morale trouvent ultimement leur réponse dans la conscience responsable de chaque croyant. Chacun sait répondre au meilleur de sa connaissance et selon le don de Dieu aux défis que la vie lui apporte. Que ce soit des questions sur la vie, la mort, la contraception, le divorce et tout ce qui peut se présenter, chacun est ultimement seul à discerner sa propre réalité et ce qui répond le mieux au sens du bien dans tel ou tel cas. À ce sujet, Jésus a une parole sans équivoque : ne jugez pas et il ajoute pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté qu’il est venu pour les malades et non pour ceux qui sont en santé. En ce sens le prochain Pape devrait être en mesure de reporter au niveau de la conscience personnelle et de l’Esprit Saint présent dans le cœur des croyants la responsabilité des décisions à prendre sur les questions de l’Euthanasie, de l’avortement, du mariage des personnes du même sexe, de la contraception, finalement de tout ce qui interpelle le monde contemporain. Si elle donne des orientations sur le caractère absolu de certaines valeurs comme le bien, le mal, la vie, la mort, le vrai, le faux, elle en laisse la gestion à la conscience personnelle de chacun qui chemine dans la relativité des conditions d’existence. La présence de l’Esprit Saint dans leur vie, aussi réelle et efficace que celle présente dans le conclave, saura aider chacun à faire la part des choses et à défaut de s’y conformer selon les impératifs de leur conscience à en reconnaître les faiblesses.
La troisième et dernière conclusion qui se dégage porte sur une nécessaire décentralisation de l’Institution qui se doit d’être davantage préoccupée d’Évangile que de doctrine, de manière d’être que de morale, de solidarité et d’ouverture d’esprit que de discipline et de pratique religieuse. Nos églises de pierres pourront tomber, mais celles faites de chair ne feront que croître. Le prochain Pape devra croire pleinement au Ressuscité et en l’Esprit Saint, tous deux très présents dans le monde ainsi qu’à leur action dans les Églises locales et dans le cœur de tous les chrétiens et de toutes les personnes de bonne volonté. Il saura ainsi leur laisser toute la place qui leur revient. Ainsi agissa Pierre avec Paul et toutes les initiatives qui surgissaient sous l’action de l’Esprit Saint dans les premières communautés chrétiennes.


Oscar Fortin





samedi 8 octobre 2011

"DIEU CRÉA LES ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE POUR DOMINER LE MONDE" !

COMMENT  LE DIEU DES PAUVRES DEVIENT LE DIEU DES PUISSANTS



Le candidat favori du Parti républicain aux élections présidentielles étasuniennes 2012, MITT ROMNEY, a eu, tout récemment,  cette déclaration bien particulière à l’effet que « Dieu avait créé les Etats-Unis d’Amérique pour dominer le monde.».  Rien de moins. Que les adversaires se le tiennent pour dit. Le bras divin est bien là pour les accompagner dans cette grande mission de la militarisation et de la domination du monde. L’empire devient le véritable Emmanuel des temps modernes. Dieu avec nous.

Cette déclaration, venant d’un pasteur chrétien (Mormon),  transforme le Dieu des Évangiles en un Dieu de domination, de conquête et de militarisation. Tout ce qu’il y a de plus opposé à Jésus de Nazareth. De quoi soulever le tollé général de toutes les confessions chrétiennes qui font de ce Jésus et de son message évangélique la pierre angulaire de leur foi.

En effet, comment associer une telle déclaration au message Évangélique? Comment transformer, sans sourciller, le Prince de ce monde, qu’est l’Empire, en un messager du Dieu des évangiles? Comment ne pas faire le rapprochement avec cette scène où Jésus, confronté au Prince de ce monde lui offrant tous les royaumes de la terre en échange d’une soumission, lui répond de façon cinglante et sans appel : « Retire-toi, Satan ! Car il est écrit : C'est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, et à Lui seul tu rendras un culte » ? En des termes plus contemporains, « ces royaumes, fondés sur les ambitions de conquête et de domination, sur la cupidité et la puissance militaire, ne sont pas du genre de celui voulu par son Père et pour lequel il est venu sur la terre. » Son royaume n’est pas de ce monde-là.

S’il y a dans les Évangiles des points qui reviennent constamment sont ceux où l’autorité de domination devient autorité de service, où  la force physique est substituée par celle de l’amour, où le courage devient justice et partage, où la vérité devient transparence. Et que dire du sermon sur la montagne qui est rempli pour certains de promesses et pour d’autres de malédictions:

« Heureux, vous les pauvres, car le Royaume de Dieu est à vous. Heureux êtes-vous, quand les hommes vous haïront, quand ils vous frapperont d'exclusion et qu'ils insulteront et proscriront votre nom comme infâme, à cause de la justice (…) Mais malheur à vous, qui êtes repus maintenant ! Car vous aurez faim. Malheur, vous qui riez maintenant! Car vous connaîtrez le deuil et les larmes. Malheur, lorsque tous les hommes diront du bien de vous ! C'est de cette manière, en effet, que leurs pères traitaient les faux prophètes. (…)

Mais je vous le dis, à vous qui m'écoutez : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent…Ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le pour eux pareillement. » Lc. 6…

N’est-ce pas là une approche diamétralement opposée à la déclaration du candidat républicain et de la pensée religieuse de la droite chrétienne qui domine la vie politique. Pour ces derniers, les intérêts des Etats-Unis sont la mesure avec laquelle le monde doit s’ajuster.

« Nous nous réservons le droit d'agir seuls pour protéger nos intérêts nationaux" » « Les Etats-Unis doivent toujours conserver leur suprématie militaire pour dissuader leurs agresseurs potentiels et défendre leurs alliés" »

Il est donc impératif que les Conférences des Évêques catholiques, aux Etats-Unis et ailleurs dans le monde, dénoncent, avec vigueur, pareilles prétentions. En tant que représentants de la catholicité de la foi,  il faut que le monde sache qu’ils se dissocient complètement d’une telle récupération  de Dieu et qu’ils ne sauraient se prêter de quelque manière que ce soit à une telle mission dominée par la force des armes et l’ambition de domination.  Leur silence ne ferait que confirmer leur complicité avec les forces de l’Empire et trahirait le caractère universel de la foi et de l’Église.

Ce mouvement de protestation et de dénonciation, en raison de ses implications évangéliques et théologiques, devrait être mené par Benoît XVI lui-même qui ne s’était pas gêné de lamenter, à l’occasion de sa visite à Grounds zéro, en 2007,  l’Usage que les terroristes faisait du nom de Dieu pour commettre leurs crimes.

« La tragédie du 11 septembre est d’autant plus grave que ses auteurs ont dit agir au nom de Dieu".

Dans le cas présent, il s’agit de quelque chose d’encore plus grave du fait que le terrorisme est étendu, au nom de Dieu, au monde entier.

Il y a dans la foi comme dans tout engagement de vie une radicalité qui vient chercher la totalité de l’être. Sur les questions de fond Il ne peut y avoir de demi-mesure. Les réponses de Jésus aux trois tentations auxquelles il a été soumis au désert nous en disent long à ce sujet. On ne peut servir à la fois, d’une part la justice, la vérité, la solidarité, la compassion, la paix, la liberté et d’autre part l’injustice, le mensonge, l’individualisme, l’intransigeance, la guerre, la domination. On ne peut servir « Dieu » et « Mammon » à la fois.


Une mise à jour de la foi des diverses églises doit être faite à la lumière des impératifs de justice, de vérité, de solidarité, de compassion et de bonne foi qui interpellent le monde d’aujourd’hui. Nous n’en sommes plus aux problématiques de culte et de sacramentalité, mais de vie et d’humanité. La bonne nouvelle annoncée aux pauvres doit retrouver toute son actualité.

Oscar Fortin

Québec, le 8 octobre 2011

dimanche 26 décembre 2021

HÉLÈNE ALLEN, DITE, DAVID DE JÉSUS

Chère Hélène cbe enfin libérée de sHISTOIRE D’AMOUR

Pour tous ceux et toutes celles qui auront eu le bonheur de s’approcher d’Hélène et de vibrer à toute cette vitalité et à UNE HISTOIRE À PARTAGER

 

Plusieurs de ceux et celles qui leur arrivent de lire de mes articles, tant sur mon blog français qu’espagnol ou encore sur FACEBOOK, auront remarqué que cette photo m’y accompagne souvent.  Aujourd’hui, je veux partager avec vous cette merveilleuse histoire qui a scellé entre nous une amitié que rien au monde ne saurait faire disparaitre. Par la même occasion, j’ouvre la porte à ce qui m’inspire et m’anime au plus profond de moi-même. Une histoire qui n'a rien de théatral. 

Lorsqu’elle est décédée, le 1erjuillet 2011,  à quelques jours de son 80ièmeanniversaire de naissance, j’ai rédigé une grande partie de cette histoire de sa vie qu’elle avait elle-même transmise à une amie bénévole qui me l’avait  fait suivre. Je suis assuré que vous allez tomber en amour avec cette femme qui aura vécue toute sa vie avec un handicap incurable et un sourire éternel. de comme missionnaire au Chili, en Amérique latine. Ce fut une séparation douloureuse pour moi, mais aussi et sans doute davantage pour Hélène. Moi, j’avais tout un horizon nouveau qui s’ouvrait, allegrandirVot une autr11 JUILLET 1932 AU-1IERJUILLET 2011

 


autobiographie---Sœur Hélène de Jésus

(De 1932 à 2000)

Je suis originaire du village de Luskville dans la province de Québec. Mon nom est Sœur Hélène David de Jésus. Mon père était cultivateur et nous possédions une terre sur laquelle se trouvaient des vaches, des veaux, des poules, des coqs et des chevaux. Nous y cultivions aussi des légumes tels que des carottes, des navets, radis, choux, et de grands champs de patates et de blé d’Inde. Les récoltes et le bétail servaient, entre autres, à nourrir la famille. Ma faisait un bon ragoût de bœuf avec des carottes, navets, patates et choux. Mon père a acheté la terre de son père, c'est-à-dire de mon grand-père Allen. Mon grand-père Allen a construit lui-même la maison. La maison dans laquelle je suis née et où j’ai grandi était un peu plus neuve que celle de grand-papa, mais elle n’était pas très belle. Maman n’a jamais connu une belle maison. Nous possédions par contre une radio et maman a finalement eu une télévision. Papa ne voulait rien savoir, mais maman l’a convaincu. Maman et les enfants écoutions le chapelet à la radio, et nous le récitions aussi. Papa n’aimait pas prier.

Ma mère travaillait au foyer, et elle a élevé une famille de six enfants. Le premier né était un garçon, nommé Marcel. Il n’est plus vivant aujourd’hui. Marcel avait les poumons faibles et Il toussait beaucoup. Il est mort du cancer. Je suis née, la deuxième, suivie de Thérèse, Janine, Claire et du cadet Maurice; en tout, 4 filles et 2 garçons. Maman était très belle et ses enfants étaient beaux aussi. Mon père était bel homme, il avait de très grands yeux bleus. Il était par contre court, plus court que maman.  Nous avons tous les yeux bleus, tout comme mes deux parents. Marcel, le cadet,  était si beau à la naissance que les infirmières le montraient à tout le monde dans l’hôpital. Il avait de beaux cheveux frisés naturels. C’était le seul des enfants à naître dans un hôpital. En plus il est né aux États-Unis.

Mon père et ma mère se sont rencontrés à l’école. Ils se sont mariés aux États-Unis et y ont vécu quelque temps, car c’est là où se trouvait le travail. Mon père ne pouvait pas trouver à cette époque du travail ici. Mon père a travaillé dans un hôpital pendant environ un an. Mes parents vivaient encore aux États-Unis lorsque ma mère est tombée enceinte de moi. Je suis née, par contre, ici au Canada.

Présentement, mes sœurs Thérèse et Claire habitent dans la région d’Ottawa-Hull. Maurice, lui, se retrouve toujours à Luskville, ayant pris la relève de la terre familiale, car le fils aîné, Marcel, n’y était pas intéressé. Ma sœur Thérèse a marié un boulanger, un beau gars aux yeux bruns. C’est aussi un bon gars. Ils ont eu trois enfants, 2 garçons et 1 fille. Claire ne s’est jamais mariée, elle s’est acheté, par contre, une maison. Janine, mon autre sœur, s’est mariée à 19 ans. Elle a deux filles et elle habite à Grace Field. Maurice s’est marié après que maman est morte. Maurice avait peur d’avoir un enfant comme moi, c’est-à-dire, atteint de paralysie cérébrale. Pourtant mon état de santé n’est pas héréditaire à ce que je sache. Malgré tout, Maurice a eu 3 enfants, tous en bonne santé. Mes sœurs et leurs maris sont tous à la retraite maintenant. Maurice habite encore sur la terre familiale. En plus il travaille pour une compagnie de construction.

Moi je suis née prématurée, le 11 juillet 1932. Je ne devais pas naître avant le mois d’octobre. J’étais très petite à la naissance, je ne pesais qu’une livre et demie. J’étais, ce qu’on appelle « un bébé bleu », c’est-à-dire que j’aurais manqué d’oxygène à la naissance. Je suis née à la maison. Je n’ai pas connu l’incubateur, à cette époque il n’y en avait pas. Pour me garder au chaud, ma maman m’emmitouflait dans des coussins et me plaçait sur la porte du four. J’étais à moitié vivante, à moitié morte. Malgré tout, j’ai survécu. Je souffre par contre de paralysie cérébrale depuis la naissance. J’ai fait mes premiers pas quand j’avais environ 3 ans. J’avais besoin d’aide par contre; maman devait me soutenir.

Je ne suis jamais allée à l’école. Je suis restée à la maison avec maman. C’est maman qui a été ma « maîtresse ». Elle m’a montré à compter, à lire l’heure, à dire mes prières. Je n’ai pas appris à lire car maman n’avait pas le temps. Par contre, elle m’a montré les lettres de l’alphabet. J’aurais beaucoup aimé apprendre à lire. Je me dis qu’il n’est jamais trop tard! Tout au long de mon enfance et de ma jeunesse, maman a dû s’occuper de moi. Sa sœur, ma tante Marie qui m’aimait beaucoup, venait donner un coup de main à maman de temps en temps. Maman était une femme douce. Elle aimait beaucoup ses enfants. Par contre, je pense qu’elle aurait préféré avoir 12 enfants plutôt que d’avoir un enfant handicapé. Mais je suis persuadée que maman m’aimait autant que ses autres enfants. Elle m’accordait beaucoup d’attention.

Mon père était un homme sévère. Il ne nous battait pas, mais il était dur avec nous. Par exemple, si les enfants sacraient, mon père n’était pas content et il nous fixait avec de gros yeux. Quand ma sœur allait danser avec son « chum », malheur si elle n’était pas de retour à la maison avant 11h00 du soir, elle se le faisait rappeler sévèrement. Il fallait que les enfants demeurent bien tranquilles après le dîner, car papa allait se coucher.  Si on osait parler trop fort, papa lâchait un cri. Maman était beaucoup moins sévère que mon père. Mon père blâmait maman lorsque nous étions indisciplinés! Mon père ne démontrait pas beaucoup d’amour envers nous et il sacrait souvent—c’était déplaisant. Maman pleurait parfois. En ces occasions, je disais le chapelet avec maman. Heureusement que maman savait comment prendre mon père. Malgré tout,  je pense que papa nous aimait à sa façon.

Quand j’étais bébé, j’ai fait une hernie et mon nombril s’est mis à couler. À cette époque, il n’y avait pas beaucoup de soins médicaux. Une infirmière, qui habitait à la campagne, passait de temps en temps. Ma mère, qui était une femme très religieuse et qui aimait beaucoup la Ste-Vierge, a demandé aux Servantes de Jésus-Marie de prier pour moi. Après neuf jours mon nombril a guéri. Nous voyions rarement le médecin chez-nous. Un jour, maman et papa étant partis en ville, mon frère Marcel en a profité pour sortir la « wagon à chevaux ». Janine et lui embarquèrent et tout à coup, les chevaux sont partis en furie. Janine est tombée en bas et elle s’est cassé le bras. Elle a dû voir le médecin, car il fallait qu’elle se fasse poser un plâtre.

J’ai fait ma première communion et ma confirmation à l’âge de 11 ou 12 ans. Maman m’avait enseigné le catéchisme. Le curé est venu à notre maison pour me donner ma première communion. Le curé repassait à la maison environ une fois par mois pour me donner la communion. Un an plus tard, j’ai été confirmée. Ma grand-mère maternelle était ma marraine. Nous nous aimions beaucoup ma grand-mère et moi. Elle était une femme tranquille, mais elle m’accordait beaucoup d’attention. Elle avait de beaux yeux bruns. Grand-maman s’est mariée à 17 ans et elle a eu 12 enfants. À cette époque on ne pouvait pas empêcher la famille. J’avais environ 14 ans quand grand-maman est morte à l’âge de 80 ans. 

J’avais un peu peur de mon grand-père maternel. C’était un gros homme, et moi j’étais si petite! Il était assez gentil, mais un peu gêné. Il prenait un petit coup pour se « dégêner », et grand-maman n’aimait pas ça! Eh bien, les gens aimaient prendre un petit coup à cette époque.

Mes tantes et mes oncles (surtout du côté de ma mère) venaient nous visiter. Maman savait faire de la bonne cuisine. Je n’ai jamais pu manger par moi-même. Ma mère et mes sœurs m’aidaient à manger, mais ma nourriture devait être ramollie. Je n’ai jamais pu manger du gâteau, ni de la tarte, ni du bon pain-maison. J’observais beaucoup maman. J’aimais la regarder faire à manger. Malgré tout, j’ai appris comment faire à manger. J’ai même eu l’occasion  de montrer à ma sœur Claire comment faire de la bonne popote, à l’époque où ma mère était malade.

Un bon dimanche matin, maman et moi étions dans la cuisine à Luskville. Maman revenait de la messe et semblait être en bonne forme. Soudainement, elle tomba sur le plancher de la cuisine, paralysée. Je ne suis pas certaine s’il s’agissait d’une crise cardiaque ou d’un accident cérébral-vasculaire. Maman a été longtemps en convalescence. Elle avait perdu, pour un temps, l’usage de la parole. Elle a été soignée à l’hôpital à Ottawa. Maman est restée paralysée du côté droit et elle avait de la difficulté à s’exprimer. Ma sœur Claire s’est occupée de ma mère pendant environ 4 ou 5 ans avant qu’elle décède. 

En ce qui me concerne, à cette époque, je suis allée séjourner dans un hôpital à Montréal, l’Hôpital Seigneur de Dieu. Un médecin de Luskville avait signé un document quelconque attestant que je souffrais d’une maladie mentale. Je fus donc envoyée à cet hôpital. Quelle horreur!!! Il s’agissait d’un hôpital pour les fous! Quel endroit! C’était l’enfer pour moi. J’y suis restée deux semaines, attachée au lit presque tout le temps. Je n’étais pourtant pas folle, et j’avais surtout peur des fous. Il s’est passé des affaires dures là-bas. C’était la première fois que je quittais la maison, à l’âge de 21 ans environ. Ma tante qui habitait Montréal est venue me rendre visite. Lorsqu’elle a constaté la condition dans laquelle j’étais, elle a écrit à ma mère et l’implora : « viens chercher Hélène au plus vite !». Je suis revenue à la maison pendant environ un an, mais à la longue, Claire ne pouvait plus s’occuper de moi et de maman. La charge était trop lourde.

J’ai donc quitté la maison pour un hôpital à Cornwall, l’Hôpital de Dieu, où j’ai résidé pendant 9 ans. Je n’ai pas aimé cela. La plupart du monde, y compris le personnel infirmier et les médecins, ne parlaient que l’anglais.  Moi, je ne comprends presque pas l’anglais, mais je venais à bout  de communiquer un peu, toutefois de peine et misère. Il n’y avait rien à faire dans cet hôpital : pas de télévision, pas de radio, pas de sorties. En plus, ma compagne de chambre n’était pas très intéressante. On ne se parlait pas beaucoup. Il y avait aussi des infirmières qui n’étaient pas toujours gentilles. Je me suis tellement ennuyée! Je passais la journée à côté de mon lit. Ce n’était pas très intéressant.

Maman est venue me voir une seule fois à Cornwall. Elle aurait voulu que je revienne à la maison, mais elle n’était pas assez bien. Maman avait commencé à marcher avec une canne et Claire continuait de s’en occuper. Avant de quitter la maison pour Cornwall j’avais montré à Claire comment faire une délicieuse soupe au riz.

Après avoir passé neuf ans à Cornwall, j’ai fait une demande pour être admise à l’Hôpital St-Vincent à Ottawa. J’ai attendu 3 mois avant d’être transférée. Et voilà, j’y réside maintenant depuis 36 ans. Je suis beaucoup plus heureuse à St-Vincent que je ne l’étais à Cornwall. Le personnel infirmier, les autres professionnels de la santé et les bénévoles sont gentils et attentifs à mes besoins. Il y a aussi des activités organisées. Dieu merci!

Par la force des choses j’ai changé de chambres plusieurs fois au fil des ans. J’ai toujours demandé par contre que l’on m’alloue le lit près de la fenêtre. J’aime la clarté, j’aime regarder dehors, et j’aime aussi observer ce qui se passe dans le corridor à l’extérieur de la chambre. La nourriture ici n’est pas vilaine. En raison de mon handicap, je ne peux pas manger certaines choses telles que du pain, ou n’importe quelle nourriture difficile à avaler. Je peux manger des aliments en purée. Par exemple, pour le déjeuner, j’aime bien manger du gruau, et parfois j’en mange à l’heure du dîner aussi. Je dois avouer, par contre, que j’en mange trop souvent et que je deviens tannée. J’aime aussi les soupes en crème et les pâtes tels que le macaroni et le spaghetti. En ce qui concerne le spaghetti, j’aime le déguster avec de la mayonnaise ou de la moutarde. Je mange beaucoup de Jello, presque tous les matins. Je deviens un peu tannée du Jello aussi. Je n’aime pas beaucoup le bouillon et le thé servis à l’hôpital. Le thé goûte l’eau de vaisselle. Par contre, j’aime boire de la tisane.

Mes journées à l’hôpital sont assez routinières c’est-à-dire que je me réveille de bonne heure. Lorsque j’ai faim, vers 8h30 ou un peu plus tard, je déjeune dans ma chambre. Par la suite, une infirmière me lave, m’habille et me coiffe. J’aime bien que l’on me maquille un peu.  J’ai un petit côté « coquette », vous savez. Vers 9h30 ma toilette est terminée. Je me dirige ensuite vers le Café au quatrième étage pour y prendre un breuvage. J’aime aussi écouter la radio et la télévision. Mon amie Suzanne m’a acheté une télévision, avec l’argent dans mon compte en banque. J’ai fait des paiements mensuels. Je dois avouer, cependant, que les nouvelles à la télévision sont souvent plates, surtout négative, par exemple des accidents de la route, etc. Les gens, aujourd’hui, conduisent bien trop vite. Ils sont un peu fous, je pense. Les gens ne font pas toujours attention. Tout doit aller vite.

J’aime participer au groupe des francophones qui se réunit tous les mercredis après-midi. Nous échangeons sur divers sujets. J’aime bien aussi retourner au Café en après-midi pour y prendre un autre breuvage. Je vais vous avouer aussi que j’aime, à l’occasion, prendre un petit coup. Il y a un bar à l’hôpital et l’on sert du vin, de la bière, des boissons gazeuses, ou autres breuvages alcoolisés, tous à moitié prix pour les résidents de l’hôpital. Il y a même des « Bloody Mary’s » pour 3 dollars. J’aime le rhum et le coke, mais je n’en bois pas souvent. Richard, un bénévole, m’accompagne au bar à l’occasion. Il est parti à son chalet d’été présentement. J’ai rencontré Richard l’année dernière et il est bien avenant. J’aime participer au BBQ annuel dans le jardin à l’extérieur de l’hôpital, et j’y suis allée récemment m’y régaler.

Tous les vendredis je vais magasiner avec mon amie Suzanne. Elle réserve l’autobus Para-Transport et nous nous rendons au Centre d’Achats St-Laurent. Nous allons nous promener à la Baie, et à l’occasion je m’achète une belle robe et d’autres articles. Tout dernièrement je me suis acheté une belle robe beige toute brodée. J’ai profité d’une bonne aubaine. La robe était réduite de 50%, quelle chance! Ensuite, Suzanne et moi allons prendre une petite fouffe au restaurant. Cette sortie m’est tellement agréable. Il faut le dire, ça brise la monotonie.

Autant j’aime m’amuser, autant il m’est important de prier. Je vais à la messe ici à St-Vincent tous les matins à 11h00. Après avoir reçu la communion, je me sens plus forte, plus courageuse. J’ai beaucoup souffert de solitude au fil des ans, surtout après avoir quitté le foyer familial. Ma famille ne me visitait pas souvent, ni à Montréal, ni à Cornwall. Présentement, ma sœur Claire passe me voir, habituellement le dimanche. Elle fait mon lavage et à l’occasion, nous allons à la messe à l’Église St-Jean-Baptiste (è côté de l’hôpital).

Je me suis fait quelques amis au fil des ans. Par exemple, je connais Suzanne depuis 15 ans. Elle est une bénévole qui a fait ma connaissance par l’entremise de la Légion de Marie. Suzanne vient me visiter au moins une fois par semaine. Nous sommes devenues de bonnes amies Suzanne et moi. Nous sommes allées fêter ce 15ièmeanniversaire dans un restaurant. Quelle belle sortie! Nous sortons tous le vendredi, mais je dois avouer que j’aimerais sortir plus souvent qu’une fois par semaine. À mon avis ce n’est pas assez.

Il y a un collège de prêtres Dominicains prêcheurs, tout près de l’hôpital. Les jeunes prêtres avaient l’habitude de venir visiter les patients ici de temps en temps. Aujourd’hui, il n’y a presque plus de prêtres. J’ai réussi au fil des ans à me lier d’amitié avec environ trois ou quatre d’entre eux. Ils venaient me rendre visite assez souvent, mais je les ai perdus de vue lorsqu’ils sont partis en mission. Ils avaient l’habitude de passer me voir lorsqu’ils revenaient de mission,  mais ce n’est plus beaucoup  le cas maintenant. Par contre, un prêtre m’a rapporté une cassette sur laquelle est enregistrée la voix du pape qui récite le chapelet. Cette cassette m’est bien précieuse. J’ai correspondu, à l’occasion avec mes amis prêtres, mais avec le temps je leur écris moins souvent. Ils me manquent parfois. Je souhaiterais pouvoir les revoir.  Il y a un prêtre que je vois de temps en temps. Il n’a pas encore fini d’étudier au Collège des Dominicains. Mais présentement il est en pension à Québec. J’ai bien hâte de le revoir au mois de septembre. 

J’aime beaucoup échanger avec les gens. J’aime écouter ce qu’on a à me dire et j’aime donner de bons conseils aussi.  Au fil des ans j’ai fait la connaissance de plusieurs patients, ici à St-Vincent. J’ai eu un ami que j’ai beaucoup aimé. Son nom était Hugues. Il était très malade, mais il parvenait à faire des choses pour moi. Il m’a donné un bouquet de fleurs. Nous sommes allés danser en chaise roulante. C’était la première fois de ma vie que j’allais danser. Hugues était un avocat.  Je le trouvais bien beau et j’aurais bien aimé le marier. Mais, hélas, il était déjà marié. Nous sommes demeurés bons amis pendant environ six ans, jusqu’à son décès. Il est décédé du cœur, je crois.

Tout récemment, j’ai demandé que l’on me change de chambre. C’était trop bruyant où j’étais. C’est-à-dire que mon ancienne compagne de chambre tapait constamment sur son lit. Présentement je suis dans une autre chambre, semi-privée, au troisième étage au bout du corridor, un peu trop loin à mon goût. Je ne vois pas beaucoup de gens passer par là. Par contre c’est beaucoup plus tranquille. Ma nouvelle compagne de chambre est une jeune femme qui a environ 46 ans. Elle a la sclérose en plaques. Elle tremble et ne peut pas se nourrir. Peut-être que nous pourrons nous lier d’amitié avec le temps.

Je me suis attachée à certaines infirmières au fil des années. Par exemple, Margo me faisait rire. C’est-à-dire, qu’elle était un peu nerveuse parfois. C’était une personne très rangée, mais un matin, un peu distraite, elle a mis mes souliers et ma robe à l’envers. Nous avons bien ricané! En ce qui me concerne il est très important que mes choses soient placées en ordre. Par exemple, j’aime que ma jaquette soit bien pliée avant d’être placée sur mon lit. Maman était une personne très propre, et elle nous demandait de placer nos choses toujours au même endroit. Malheureusement, mon infirmière Margo a quitté l’hôpital l’an dernier. Shannon, l’infirmière qui s’occupe de moi présentement vient de se marier à l’extérieur du pays. Elle est revenue le mois dernier. Elle est gentille.

J’ai voyagé dans ma vie, surtout depuis que je réside à l’Hôpital St-Vincent. Avec un groupe de résidents de St-Vincent j’ai pris l’avion. C’était la première fois que je voyageais en avion. Je suis allée en France pendant une semaine et j’ai eu la chance de rencontrer Jean Vanier. J’ai passé une journée à l’Arche. Je sui allée également à Notre-Dame de Lourdes pour y prier la Ste-Vierge.

J’ai visité l’Oratoire St-Joseph à Montréal, là où se trouve le sarcophage du Frère André. En plus, j’ai visité le Sanctuaire de Notre-Dame du Cap à Trois Rivières. C’était très beau. Nous avons visité une superbe basilique. J’aimerais y retourner.

Mon nom de famille était « Allen ». J’ai décidé, il y a environ 3 ans, de le changer pour « David de Jésus ». Mon amie Suzanne, s’est occupée des procédures légales exigées pour le changement de nom. J’ai aussi rajouté « Sœur » à mon prénom, c’est-à-dire Sœur Hélène. En ce qui a trait aux choses officielles, je m’appelle Hélène.

Je suis une personne très croyante. J’ai beaucoup prié dans ma vie, seule, avec maman, à l’église et dans les chapelles d’hôpitaux. Tous les matins je prie dans mon lit pour mes amis et pour ma famille. La prière est pour moi une consolation. Elle m’aide à passer à travers les temps durs. La Ste-Vierge a parlé aux enfants à Fatima. Elle a demandé que les gens prient. C’est maman qui m’a raconté cela. J’aimerais bien voir la Ste-Vierge, moi aussi. La Ste-Vierge a aussi parlé à Ste-Bernadette à Lourdes. Ste-Bernadette était religieuse dans un couvent. Elle a connu la souffrance pendant plusieurs années avant de mourir. 

Je me suis marié à Jésus, il y a environ 7 ans. Il y a eu une cérémonie à cet effet chez les pères Dominicains. J’ai une alliance au doigt que je porte avec grande fierté. Je porte aussi une croix au cou. Mon alliance et ma croix ont été bénies. J’ai ressenti quelque chose en moi m’appelant à devenir une religieuse. Le Bon Dieu m’a parlé dans mon cœur, il m’a demandé de donner ma vie à Jésus. J’aime beaucoup les gens, mais j’aime surtout Jésus, de tout mon cœur! Pour moi, les temps durs ne sont pas finis. Je garde par contre un bon moral et je continue de sourire.

Moi, je veux mourir avec un sourire, en ayant bien hâte de voir Jésus au Ciel. Jésus va me prendre dans ses bras. Il m’aime bien!


DE QUOI  RÉFLÉCHIR SUR NOTRE PROPRE VIE ET NOUS RENDRE SENSIBLES AUX AUTRES DONT LES HANDICAPS SONT IRRÉVERCIBLES.

LES BEAUX MOMENTS PASSÉS EN COMPAGNIE D'HÉLÈNE. Ici nous voyons Claire, la soeur d'Hélène qui y a consacré sa vie...


Il importe de préciser que durant mes études à Ottawa, j'avais pris l'habitude, les dimanches, de me rendre à l'Hopital St-Vincent d'Ottawa qui logeait des malades de tout genre. De quoi me faire proche de plusieurs de ces personnes. C'est dans ce cadre que j'ai connu cette jeune personne au nom d'Hélène Allen. Avec les semaines, les mois et les quelques années passées à Ottawa, elle s'était attaché à moi et moi à elle. La différence est que j'étais en bonne santé et que les missions qui m'attendaient se présentaient comme des aventures à explorer et à partager. Ce qui n'était pas du tout le cas d'Hélène qui était cloué sur son lit d'Hôpital. Sur l'avion qui me conduisait au Chili, je me souviens d'avoir médité profondément cette pensée de St-Exupéri : on est responsable des liens que l'on crés. Trois années plus tard, à mon retour du Chili, elle fut une des premières personnes que j'ai visitée. Après plusieurs années de vie conjugale, mon épouse a demandé le divorce et c'est alors que j'ai pris la décsion de m'approcher beaucoup d'Hélène qui a été pour moi une véritable bouée de sauvetage. C'est alors, qu'avec mon neveu Martin, aveugle, vivant à Gateineau avec sa famille, bon chanteur et joueur de guitare,  nous avons maintenue une cadence régulière à visiter Hélène, toujours encore là.

Les photos qui suivent parlent par elles-mêmes

Ici, il s'agit de Martin avec son épouse  en compagnie d'Hélène




Ici, c'est MARTIN AVEC TOUTE SA FAMILLE  ET DES BÉNÉVOLES QUI PARTICIPENT À L'ANNIVERSAIRE D'HÉLÈNE



CE QUI DEVAIT ARRIVER EST ARRIVÉE. UN CANCER INCURABLE EST VENUE LA CHERCHER EN JUILLET 2011

J'ai alors eu ces paroles:

Chère Hélène, comme une colombe enfin libérée de sa cage, tu t'es envolée dans ces espaces merveilleux d'un monde sans contrainte, sans frontière, habitée par l'amour, la joie, le partage, la sincérité. Nombreux sont les bras tendus qui t'y attendaient pour enfin te serrer fortement sur leur cœur et t'envelopper de ces fleurs aux parfums éternels. Cette joie retrouvée est un baume de grande fraicheur sur la douleur que ton départ laisse en tous ceux et toutes celles qui t'ont profondément aimée. Par le dedans de nos cœurs nous continuerons à te parler, à te raconter nos peines et nos joies, à chanter et à danser avec toi. Par le quotidien de nos vies nous nous inspirerons de ton éternel sourire, de ta patience légendaire et de ta grande foi.

Merci pour tout, Hélène, sœur et amie de toujours. 

r11 JUILLET 1932 AU-1IERJUILLET 2011 a


file:///Users/oscarfortin/Documents/Chère%20Hélène%2037.pdf

 ne suis pas le seul à avoir eu ce privilège d’être, par le cœur et la 

 

e, aussi près d’Hélène, mais je pense pouvoir dire que l’amitié partagée et l’amour approfondie au long des années nous ont unis d’une façon unique. 

Cette belle histoire remonte aux années 1960, alors que j’étais étudiant à l’Université St-Paul pour y devenir prêtre. Les dimanches après-midi, j’avais pris l’habitude d’aller visiter des malades et des personnes handicapées à l’Hôpital St-Vincent. Au début, c’était comme pour rendre service, mais vite j’ai réalisé que j’en étais le premier bénéficiaire. J’y ai rencontré des hommes, des femmes, des prêtres, des religieuses, des croyants, des non croyants, tous et toutes aussi extraordinaires les uns que les autres. J’ai été progressivement apprivoisé aux profondeurs de l’être humain. 

Hélène est vite devenue celle avec qui je passais le plus de temps. On riait de tout : de ma difficulté à comprendre ce qu’elle disait et de son insistance à répéter ce qu’elle voulait me dire. CeUNE PETITE HISTOIRE D’AMOUR

Pour tous ceux et toutes celles qui auront eu le bonheur de s’approcher d’Hélène et de vibrer à toute cette vitalité et à cet amour qui l’habitaient je voudrais laisser quelques photos souvenirs qui vous rejoindront surement. 

Je ne suis pas le seul à avoir eu ce privilège d’être, par le cœur et la 

 

e, aussi près d’Hélène, mais je pense pouvoir dire que l’amitié partagée et l’amour approfondie au long des années nous ont unis d’une façon unique. 

Cette belle histoire remonte aux années 1960, alors que j’étais étudiant à l’Université St-Paul pour y devenir prêtre. Les dimanches après-midi, j’avais pris l’habitude d’aller visiter des malades et des personnes handicapées à l’Hôpital St-Vincent. Au début, c’était comme pour rendre service, mais vite j’ai réalisé que j’en étais le premier bénéficiaire. J’y ai rencontré des hommes, des femmes, des prêtres, des religieuses, des croyants, des non croyants, tous et toutes aussi extraordinaires les uns que les autres. J’ai été progressivement apprivoisé aux profondeurs de l’être humain. 

Hélène est vite devenue celle avec qui je passais le plus de temps. On riait de tout : de ma difficulté à comprendre ce qu’elle disait et de son insistance à répéter ce qu’elleUNE PETITE HISTOIRE D’AMOUR

Pour tous ceux et toutes celles qui auront eu le bonheur de s’approcher d’Hélène et de vibrer à toute cette vitalité et à cet amour qui l’habitaient je voudrais laisser quelques photos souvenirs qui vous rejoindront surement. 

Je ne suis pas le seul à avoir eu ce privilège d’être, par le cœur et la 

 

e, aussi près d’Hélène, mais je pense pouvoir dire que l’amitié partagée et l’amour approfondie au long des années nous ont unis d’une façon unique. 

Cette belle histoire remonte aux années 1960, alors que j’étais étudiant à l’Université St-Paul pour y devenir prêtre. Les dimanches après-midi, j’avais pris l’habitude d’aller visiter des malades et des personnes handicapées à l’Hôpital St-Vincent. Au début, c’était comme pour rendre service, mais vite j’ai réalisé que j’en étais le premier bénéficiaire. J’y ai rencontré des hommes, des femmes, des prêtres, des religieuses, des croyants, des non croyants, tous et toutes aussi extraordinaires les uns que les autres. J’ai été progressivement apprivoisé aux profondeurs de l’être humain. 

Hélène est vite devenue celle avec qui je passais le plus de temps. On riait de tout : de ma difficulté à comprendre ce qu’elle disait et de son insistance à répéter ce qu’elle voulait me dire. Ce fut une belle école de la vie. 

Parfois, je UNE PETITE HISTOIRE D’AMOUR

Pour tous ceux et toutes celles qui auront eu le bonheur de s’approcher d’Hélène et de vibrer à toute cette vitalité et à cet amour qui l’habitaient je voudrais laisser quelques photos souvenirs qui vous rejoindront surement. 

Je ne suis pas le seul à avoir eu ce privilège d’être, par le cœur et la 

 

e, aussi près d’Hélène, mais je pense pouvoir dire que l’amitié partagée et l’amour approfondie au long des années nous ont unis d’une façon unique. 

Cette belle histoire remonte aux années 1960, alors que j’étais étudiant à l’Université St-Paul pour y devenir prêtre. Les dimanches après-midi, j’avais pris l’habitude d’aller visiter des malades et des personnes handicapées à l’Hôpital St-Vincent. Au début, c’était comme pour rendre service, mais vite j’ai réalisé que j’en étais le premier bénéficiaire. J’y ai rencontré des hommes, des femmes, des prêtres, des religieuses, des croyants, des non croyants, tous et toutes aussi extraordinaires les uns que les autres. J’ai été progressivement apprivoisé aux profondeurs de l’être humain. 

t vite devenue celle avec qui je pa le plus siait de tout : de ma difficulté à comprendre ce qu’elle disait et de son insistance à répéter ce qu’elle voulait me dire. Ce fut une belle école de la vie. 

Parfois, je pouvais disposer de la voiture de la communauté et nous sortions faire un tour d’auto le long du canal rt un peu partout en ville. C’était tout un art pour moi de la monter dans l’auto. Je la taquinais en lui disant qu’elle aimait beaucoup ça que je la prenne dans mes bras pour l’embarquer et la descendre. Nous pouvions rire de t

UNE HISTOIRE À PARTAGER

 



 

Plusieurs de ceux et celles qui leur arrivent de lire de mes articles, tant sur mon blog français qu’espagnol ou encore sur FACEBOOK, auront remarqué que cette photo m’y accompagne souvent.  Aujourd’hui, je veux partager avec vous cette merveilleuse histoire qui a scellé entre nous une amitié que rien au monde ne saurait faire disparaitre. Par la même occasion, j’ouvre la porte à ce qui m’inspire et m’anime au plus profond de moi-même. Une histoire qui n'a rien de théatral.

 

Lorsqu’elle est décédée, le 1erjuillet 2011,  à quelques jours de son 80ièmeanniversaire de naissance, j’ai rédigé une grande partie de cette histoire de sa vie qu’elle avait elle-même transmise à une amie bénévole qui me l’avait  fait suivre. Je suis assuré que vous allez tomber en amour avec cette femme qui aura vécue toute sa vie avec un handicap incurable et un sourire éternel. de comme missionnaire au Chili, en Amérique latine. Ce fut une séparation douloureuse pour moi, mais aussi et sans doute davantage pour Hélène. Moi, j’avais tout un horizon nouveau qui s’ouvrait, allegrandir en est une autr11 JUILLET 1932 AU-1IERJUILLET 2011

 



Chère Hélène, comme une colombe enfin libérée de sa cage, tu t'es envolée dans ces espaces merveilleux d'un monde sans contrainte, sans frontière, habitée par l'amour, la joie, le partage, la sincérité. Nombreux sont les bras tendus qui t'y attendaient pour enfin te serrer fortement sur leur cœur et t'envelopper de ces fleurs aux parfums éternels. Cette joie retrouvée est un baume de grande fraicheur sur la douleur que ton départ laisse en tous ceux et toutes celles qui t'ont profondément aimée. Par le dedans de nos cœurs nous continuerons à te parler, à te raconter nos peines et nos joies, à chanter et à danser avec toi. Par le quotidien de nos vies nous nous inspirerons de ton éternel sourire, de ta patience légendaire et de ta grande foi.

Merci pour tout, Hélène, sœur et grandir en est une autr11 JUILLET 1932 AU-1IERJUILLET 2011

 



Chère Hélène, comme une colombe enfin libérée de sa cage, tu t'es envolée dans ces espaces merveilleux d'un monde sans contrainte, sans frontière, habitée par l'amour, la joie, le partage, la sincérité. Nombreux sont les bras tendus qui t'y attendaient pour enfin te serrer fortement sur leur cœur et t'envelopper de ces fleurs aux parfums éternels. Cette joie retrouvée est un baume de grande fraicheur sur la douleur que ton départ laisse en tous ceux et toutes celles qui t'ont profondément aimée. Par le dedans de nos cœurs nous continuerons à te parler, à te raconter nos peines et nos joies, à chanter et à danser avec toi. Par le quotidien de nos vies nous nous inspirerons de ton éternel sourire, de ta patience légendaire et de ta grande foi.

Merci pour tout, Hélène, sœur et  avec l’horizon de ses quatre murs de chambre. J’ai beaucoup réfléchi à cette parole de St-Exupéry : « on est responsable des liens que l’on crée ».  Créer des liens est une chose, les nourrir et les approfondir pour qu’ils nous permettent de grandir en est une autre. disposer de la voiture de la communauté et nous sortions faire un tour d’auto le long du canal rideau et un peu partout en ville. C’était tout un art pour moi de la monter dans l’auto. Je la taquinais en lui disant qu’elle aimait beaucoup ça que je la prenne dans mes bras pour l’embarquer et la descendre. Nous pouvions rire de tout.

Ce qui devait arriver, un jour arriva. En 1969, je suis parti comme missionnaire au Chili, en Amérique latine. Ce fut une séparation douloureuse pour moi, mais aussi et sans doute davantage pour Hélène. Moi, j’avais tout un horizon nouveau qui s’ouvrait, alors qu’elle restait avec l’horizon de ses quatre murs de chambre. J’ai beaucoup réfléchi à cette parole de St-Exupéry : « on est responsable des liens que l’on crée ».  Créer des liens est une chose, les nourrir et les approfondir pour qu’ils nous permettent de grandir en est une autre.voulait me dire. Ce fut une belle école de la vie. 

Parfois, je pouvais disposer de la voiture de la communauté et nous sortions faire un tour d’auto le long du canal rideau et un peu partout en ville. C’était tout un art pour moi de la monter dans l’auto. Je la taquinais en lui disant qu’elle aimait beaucoup ça que je la prenne dans mes bras pour l’embarquer et la descendre. Nous pouvions rire de tout.

Ce qui devait arriver, un jour arriva. En 1969, je suis parti comme missionnaire au Chili, en Amérique latine. Ce fut une séparation douloureuse pour moi, mais aussi et sans doute davantage pour Hélène. Moi, j’avais tout un horizon nouveau qui s’ouvrait, alors qu’elle restait avec l’horizon de ses quatre murs de chambre. J’ai beaucoup réfléchi à cette parole de St-Exupéry : « on est responsable des liens que l’on crée ».  Créer des liens est une chose, les nourrir et les approfondir pour qu’ils nous permettent de grandir en est une autre.fut une belle école de la vie. 

Parfois, je pouvais disposer de la voiture de la communauté et nous sortions faire un tour d’auto le long du canal rideau et un peu partout en ville. C’était tout un art pour moi de la monter dans l’auto. Je la taquinais en lui disant qu’elle aimait beaucoup ça que je la prenne dans mes bras pour l’embarquer et la descendre. Nous pouvions rire de tout.

Ce qui devait arriver, un jour arriva. En 1969, je suis parti comme missionnaire au Chili, en Amérique latine. Ce fut une séparation douloureuse pour moi, mais aussi et sans doute davantage pour Hélène. Moi, j’avais tout un horizon nouveau qui s’ouvrait, alors qu’elle restait avec l’horizon de ses quatre murs de chambre. J’ai beaucoup réfléchi à cette parole de St-Exupéry : « on est responsable des liens que l’on crée ».  Créer des liens est une chose, les nourrir et les approfondir pour qu’ils nous permettent de grandir en est une aues espaces merveilleux d'un monde sans contrainte,                  HÉLÈNE ALLEN DITE DAVID DE JÉSUSMon autobiographie---Sœur Hélène

(De 1932 à 2000)

Je suis originaire du village de Luskville dans la province de Québec. Mon nom est Sœur Hélène David de Jésus. Mon père était cultivateur et nous possédions une terre sur laquelle se trouvaient des vaches, des veaux, des poules, des coqs et des chevaux. Nous y cultivions aussi des légumes tels que des carottes, des navets, radis, choux, et de grands champs de patates et de blé d’Inde. Les récoltes et le bétail servaient, entre autres, à nourrir la famille. Ma faisait un bon ragoût de bœuf avec des carottes, navets, patates et choux. Mon père a acheté la terre de son père, c'est-à-dire de mon grand-père Allen. Mon grand-père Allen a construit lui-même la maison. La maison dans laquelle je suis née et où j’ai grandi était un peu plus neuve que celle de grand-papa, mais elle n’était pas très belle. Maman n’a jamais connu une belle maison. Nous possédions par contre une radio et maman a finalement eu une télévision. Papa ne voulait rien savoir, mais maman l’a convaincu. Maman et les enfants écoutions le chapelet à la radio, et nous le récitions aussi. Papa n’aimait pas prier.

Ma mère travaillait au foyer, et elle a élevé une famille de six enfants. Le premier né était un garçon, nommé Marcel. Il n’est plus vivant aujourd’hui. Marcel avait les poumons faibles et Il toussait beaucoup. Il est mort du cancer. Je suis née, la deuxième, suivie de Thérèse, Janine, Claire et du cadet Maurice; en tout, 4 filles et 2 garçons. Maman était très belle et ses enfants étaient beaux aussi. Mon père était bel homme, il avait de très grands yeux bleus. Il était par contre court, plus court que maman.  Nous avons tous les yeux bleus, tout comme mes deux parents. Marcel, le cadet,  était si beau à la naissance que les infirmières le montraient à tout le monde dans l’hôpital. Il avait de beaux cheveux frisés naturels. C’était le seul des enfants à naître dans un hôpital. En plus il est né aux États-Unis.

Mon père et ma mère se sont rencontrés à l’école. Ils se sont mariés aux États-Unis et y ont vécu quelque temps, car c’est là où se trouvait le travail. Mon père ne pouvait pas trouver à cette époque du travail ici. Mon père a travaillé dans un hôpital pendant environ un an. Mes parents vivaient encore aux États-Unis lorsque ma mère est tombée enceinte de moi. Je suis née, par contre, ici au Canada.

Présentement, mes sœurs Thérèse et Claire habitent dans la région d’Ottawa-Hull. Maurice, lui, se retrouve toujours à Luskville, ayant pris la relève de la terre familiale, car le fils aîné, Marcel, n’y était pas intéressé. Ma sœur Thérèse a marié un boulanger, un beau gars aux yeux bruns. C’est aussi un bon gars. Ils ont eu trois enfants, 2 garçons et 1 fille. Claire ne s’est jamais mariée, elle s’est acheté, par contre, une maison. Janine, mon autre sœur, s’est mariée à 19 ans. Elle a deux filles et elle habite à Grace Field. Maurice s’est marié après que maman est morte. Maurice avait peur d’avoir un enfant comme moi, c’est-à-dire, atteint de paralysie cérébrale. Pourtant mon état de santé n’est pas héréditaire à ce que je sache. Malgré tout, Maurice a eu 3 enfants, tous en bonne santé. Mes sœurs et leurs maris sont tous à la retraite maintenant. Maurice habite encore sur la terre familiale. En plus il travaille pour une compagnie de construction.

Moi je suis née prématurée, le 11 juillet 1932. Je ne devais pas naître avant le mois d’octobre. J’étais très petite à la naissance, je ne pesais qu’une livre et demie. J’étais, ce qu’on appelle « un bébé bleu », c’est-à-dire que j’aurais manqué d’oxygène à la naissance. Je suis née à la maison. Je n’ai pas connu l’incubateur, à cette époque il n’y en avait pas. Pour me garder au chaud, ma maman m’emmitouflait dans des coussins et me plaçait sur la porte du four. J’étais à moitié vivante, à moitié morte. Malgré tout, j’ai survécu. Je souffre par contre de paralysie cérébrale depuis la naissance. J’ai fait mes premiers pas quand j’avais environ 3 ans. J’avais besoin d’aide par contre; maman devait me soutenir.

Je ne suis jamais allée à l’école. Je suis restée à la maison avec maman. C’est maman qui a été ma « maîtresse ». Elle m’a montré à compter, à lire l’heure, à dire mes prières. Je n’ai pas appris à lire car maman n’avait pas le temps. Par contre, elle m’a montré les lettres de l’alphabet. J’aurais beaucoup aimé apprendre à lire. Je me dis qu’il n’est jamais trop tard! Tout au long de mon enfance et de ma jeunesse, maman a dû s’occuper de moi. Sa sœur, ma tante Marie qui m’aimait beaucoup, venait donner un coup de main à maman de temps en temps. Maman était une femme douce. Elle aimait beaucoup ses enfants. Par contre, je pense qu’elle aurait préféré avoir 12 enfants plutôt que d’avoir un enfant handicapé. Mais je suis persuadée que maman m’aimait autant que ses autres enfants. Elle m’accordait beaucoup d’attention.

Mon père était un homme sévère. Il ne nous battait pas, mais il était dur avec nous. Par exemple, si les enfants sacraient, mon père n’était pas content et il nous fixait avec de gros yeux. Quand ma sœur allait danser avec son « chum », malheur si elle n’était pas de retour à la maison avant 11h00 du soir, elle se le faisait rappeler sévèrement. Il fallait que les enfants demeurent bien tranquilles après le dîner, car papa allait se coucher.  Si on osait parler trop fort, papa lâchait un cri. Maman était beaucoup moins sévère que mon père. Mon père blâmait maman lorsque nous étions indisciplinés! Mon père ne démontrait pas beaucoup d’amour envers nous et il sacrait souvent—c’était déplaisant. Maman pleurait parfois. En ces occasions, je disais le chapelet avec maman. Heureusement que maman savait comment prendre mon père. Malgré tout,  je pense que papa nous aimait à sa façon.

Quand j’étais bébé, j’ai fait une hernie et mon nombril s’est mis à couler. À cette époque, il n’y avait pas beaucoup de soins médicaux. Une infirmière, qui habitait à la campagne, passait de temps en temps. Ma mère, qui était une femme très religieuse et qui aimait beaucoup la Ste-Vierge, a demandé aux Servantes de Jésus-Marie de prier pour moi. Après neuf jours mon nombril a guéri. Nous voyions rarement le médecin chez-nous. Un jour, maman et papa étant partis en ville, mon frère Marcel en a profité pour sortir la « wagon à chevaux ». Janine et lui embarquèrent et tout à coup, les chevaux sont partis en furie. Janine est tombée en bas et elle s’est cassé le bras. Elle a dû voir le médecin, car il fallait qu’elle se fasse poser un plâtre.

J’ai fait ma première communion et ma confirmation à l’âge de 11 ou 12 ans. Maman m’avait enseigné le catéchisme. Le curé est venu à notre maison pour me donner ma première communion. Le curé repassait à la maison environ une fois par mois pour me donner la communion. Un an plus tard, j’ai été confirmée. Ma grand-mère maternelle était ma marraine. Nous nous aimions beaucoup ma grand-mère et moi. Elle était une femme tranquille, mais elle m’accordait beaucoup d’attention. Elle avait de beaux yeux bruns. Grand-maman s’est mariée à 17 ans et elle a eu 12 enfants. À cette époque on ne pouvait pas empêcher la famille. J’avais environ 14 ans quand grand-maman est morte à l’âge de 80 ans. 

J’avais un peu peur de mon grand-père maternel. C’était un gros homme, et moi j’étais si petite! Il était assez gentil, mais un peu gêné. Il prenait un petit coup pour se « dégêner », et grand-maman n’aimait pas ça! Eh bien, les gens aimaient prendre un petit coup à cette époque.

Mes tantes et mes oncles (surtout du côté de ma mère) venaient nous visiter. Maman savait faire de la bonne cuisine. Je n’ai jamais pu manger par moi-même. Ma mère et mes sœurs m’aidaient à manger, mais ma nourriture devait être ramollie. Je n’ai jamais pu manger du gâteau, ni de la tarte, ni du bon pain-maison. J’observais beaucoup maman. J’aimais la regarder faire à manger. Malgré tout, j’ai appris comment faire à manger. J’ai même eu l’occasion  de montrer à ma sœur Claire comment faire de la bonne popote, à l’époque où ma mère était malade.

Un bon dimanche matin, maman et moi étions dans la cuisine à Luskville. Maman revenait de la messe et semblait être en bonne forme. Soudainement, elle tomba sur le plancher de la cuisine, paralysée. Je ne suis pas certaine s’il s’agissait d’une crise cardiaque ou d’un accident cérébral-vasculaire. Maman a été longtemps en convalescence. Elle avait perdu, pour un temps, l’usage de la parole. Elle a été soignée à l’hôpital à Ottawa. Maman est restée paralysée du côté droit et elle avait de la difficulté à s’exprimer. Ma sœur Claire s’est occupée de ma mère pendant environ 4 ou 5 ans avant qu’elle décède. 

En ce qui me concerne, à cette époque, je suis allée séjourner dans un hôpital à Montréal, l’Hôpital Seigneur de Dieu. Un médecin de Luskville avait signé un document quelconque attestant que je souffrais d’une maladie mentale. Je fus donc envoyée à cet hôpital. Quelle horreur!!! Il s’agissait d’un hôpital pour les fous! Quel endroit! C’était l’enfer pour moi. J’y suis restée deux semaines, attachée au lit presque tout le temps. Je n’étais pourtant pas folle, et j’avais surtout peur des fous. Il s’est passé des affaires dures là-bas. C’était la première fois que je quittais la maison, à l’âge de 21 ans environ. Ma tante qui habitait Montréal est venue me rendre visite. Lorsqu’elle a constaté la condition dans laquelle j’étais, elle a écrit à ma mère et l’implora : « viens chercher Hélène au plus vite !». Je suis revenue à la maison pendant environ un an, mais à la longue, Claire ne pouvait plus s’occuper de moi et de maman. La charge était trop lourde.

J’ai donc quitté la maison pour un hôpital à Cornwall, l’Hôpital de Dieu, où j’ai résidé pendant 9 ans. Je n’ai pas aimé cela. La plupart du monde, y compris le personnel infirmier et les médecins, ne parlaient que l’anglais.  Moi, je ne comprends presque pas l’anglais, mais je venais à bout  de communiquer un peu, toutefois de peine et misère. Il n’y avait rien à faire dans cet hôpital : pas de télévision, pas de radio, pas de sorties. En plus, ma compagne de chambre n’était pas très intéressante. On ne se parlait pas beaucoup. Il y avait aussi des infirmières qui n’étaient pas toujours gentilles. Je me suis tellement ennuyée! Je passais la journée à côté de mon lit. Ce n’était pas très intéressant.



Maman est venue me voir une seule fois à Cornwall. Elle aurait voulu que je revienne à la maison, mais elle n’était pas assez bien. Maman avait commencé à marcher avec une canne et Claire continuait de s’en occuper. Avant de quitter la maison pour Cornwall j’avais montré à Claire comment faire une délicieuse soupe au riz.

Après avoir passé neuf ans à Cornwall, j’ai fait une demande pour être admise à l’Hôpital St-Vincent à Ottawa. J’ai attendu 3 mois avant d’être transférée. Et voilà, j’y réside maintenant depuis 36 ans. Je suis beaucoup plus heureuse à St-Vincent que je ne l’étais à Cornwall. Le personnel infirmier, les autres professionnels de la santé et les bénévoles sont gentils et attentifs à mes besoins. Il y a aussi des activités organisées. Dieu merci!

Par la force des choses j’ai changé de chambres plusieurs fois au fil des ans. J’ai toujours demandé par contre que l’on m’alloue le lit près de la fenêtre. J’aime la clarté, j’aime regarder dehors, et j’aime aussi observer ce qui se passe dans le corridor à l’extérieur de la chambre. La nourriture ici n’est pas vilaine. En raison de mon handicap, je ne peux pas manger certaines choses telles que du pain, ou n’importe quelle nourriture difficile à avaler. Je peux manger des aliments en purée. Par exemple, pour le déjeuner, j’aime bien manger du gruau, et parfois j’en mange à l’heure du dîner aussi. Je dois avouer, par contre, que j’en mange trop souvent et que je deviens tannée. J’aime aussi les soupes en crème et les pâtes tels que le macaroni et le spaghetti. En ce qui concerne le spaghetti, j’aime le déguster avec de la mayonnaise ou de la moutarde. Je mange beaucoup de Jello, presque tous les matins. Je deviens un peu tannée du Jello aussi. Je n’aime pas beaucoup le bouillon et le thé servis à l’hôpital. Le thé goûte l’eau de vaisselle. Par contre, j’aime boire de la tisane.

Mes journées à l’hôpital sont assez routinières c’est-à-dire que je me réveille de bonne heure. Lorsque j’ai faim, vers 8h30 ou un peu plus tard, je déjeune dans ma chambre. Par la suite, une infirmière me lave, m’habille et me coiffe. J’aime bien que l’on me maquille un peu.  J’ai un petit côté « coquette », vous savez. Vers 9h30 ma toilette est terminée. Je me dirige ensuite vers le Café au quatrième étage pour y prendre un breuvage. J’aime aussi écouter la radio et la télévision. Mon amie Suzanne m’a acheté une télévision, avec l’argent dans mon compte en banque. J’ai fait des paiements mensuels. Je dois avouer, cependant, que les nouvelles à la télévision sont souvent plates, surtout négative, par exemple des accidents de la route, etc. Les gens, aujourd’hui, conduisent bien trop vite. Ils sont un peu fous, je pense. Les gens ne font pas toujours attention. Tout doit aller vite.

J’aime participer au groupe des francophones qui se réunit tous les mercredis après-midi. Nous échangeons sur divers sujets. J’aime bien aussi retourner au Café en après-midi pour y prendre un autre breuvage. Je vais vous avouer aussi que j’aime, à l’occasion, prendre un petit coup. Il y a un bar à l’hôpital et l’on sert du vin, de la bière, des boissons gazeuses, ou autres breuvages alcoolisés, tous à moitié prix pour les résidents de l’hôpital. Il y a même des « Bloody Mary’s » pour 3 dollars. J’aime le rhum et le coke, mais je n’en bois pas souvent. Richard, un bénévole, m’accompagne au bar à l’occasion. Il est parti à son chalet d’été présentement. J’ai rencontré Richard l’année dernière et il est bien avenant. J’aime participer au BBQ annuel dans le jardin à l’extérieur de l’hôpital, et j’y suis allée récemment m’y régaler.

Tous les vendredis je vais magasiner avec mon amie Suzanne. Elle réserve l’autobus Para-Transport et nous nous rendons au Centre d’Achats St-Laurent. Nous allons nous promener à la Baie, et à l’occasion je m’achète une belle robe et d’autres articles. Tout dernièrement je me suis acheté une belle robe beige toute brodée. J’ai profité d’une bonne aubaine. La robe était réduite de 50%, quelle chance! Ensuite, Suzanne et moi allons prendre une petite fouffe au restaurant. Cette sortie m’est tellement agréable. Il faut le dire, ça brise la monotonie.

Autant j’aime m’amuser, autant il m’est important de prier. Je vais à la messe ici à St-Vincent tous les matins à 11h00. Après avoir reçu la communion, je me sens plus forte, plus courageuse. J’ai beaucoup souffert de solitude au fil des ans, surtout après avoir quitté le foyer familial. Ma famille ne me visitait pas souvent, ni à Montréal, ni à Cornwall. Présentement, ma sœur Claire passe me voir, habituellement le dimanche. Elle fait mon lavage et à l’occasion, nous allons à la messe à l’Église St-Jean-Baptiste (è côté de l’hôpital).

Je me suis fait quelques amis au fil des ans. Par exemple, je connais Suzanne depuis 15 ans. Elle est une bénévole qui a fait ma connaissance par l’entremise de la Légion de Marie. Suzanne vient me visiter au moins une fois par semaine. Nous sommes devenues de bonnes amies Suzanne et moi. Nous sommes allées fêter ce 15ièmeanniversaire dans un restaurant. Quelle belle sortie! Nous sortons tous le vendredi, mais je dois avouer que j’aimerais sortir plus souvent qu’une fois par semaine. À mon avis ce n’est pas assez.

Il y a un collège de prêtres Dominicains prêcheurs, tout près de l’hôpital. Les jeunes prêtres avaient l’habitude de venir visiter les patients ici de temps en temps. Aujourd’hui, il n’y a presque plus de prêtres. J’ai réussi au fil des ans à me lier d’amitié avec environ trois ou quatre d’entre eux. Ils venaient me rendre visite assez souvent, mais je les ai perdus de vue lorsqu’ils sont partis en mission. Ils avaient l’habitude de passer me voir lorsqu’ils revenaient de mission,  mais ce n’est plus beaucoup  le cas maintenant. Par contre, un prêtre m’a rapporté une cassette sur laquelle est enregistrée la voix du pape qui récite le chapelet. Cette cassette m’est bien précieuse. J’ai correspondu, à l’occasion avec mes amis prêtres, mais avec le temps je leur écris moins souvent. Ils me manquent parfois. Je souhaiterais pouvoir les revoir.  Il y a un prêtre que je vois de temps en temps. Il n’a pas encore fini d’étudier au Collège des Dominicains. Mais présentement il est en pension à Québec. J’ai bien hâte de le revoir au mois de septembre. 

J’aime beaucoup échanger avec les gens. J’aime écouter ce qu’on a à me dire et j’aime donner de bons conseils aussi.  Au fil des ans j’ai fait la connaissance de plusieurs patients, ici à St-Vincent. J’ai eu un ami que j’ai beaucoup aimé. Son nom était Hugues. Il était très malade, mais il parvenait à faire des choses pour moi. Il m’a donné un bouquet de fleurs. Nous sommes allés danser en chaise roulante. C’était la première fois de ma vie que j’allais danser. Hugues était un avocat.  Je le trouvais bien beau et j’aurais bien aimé le marier. Mais, hélas, il était déjà marié. Nous sommes demeurés bons amis pendant environ six ans, jusqu’à son décès. Il est décédé du cœur, je crois.

Tout récemment, j’ai demandé que l’on me change de chambre. C’était trop bruyant où j’étais. C’est-à-dire que mon ancienne compagne de chambre tapait constamment sur son lit. Présentement je suis dans une autre chambre, semi-privée, au troisième étage au bout du corridor, un peu trop loin à mon goût. Je ne vois pas beaucoup de gens passer par là. Par contre c’est beaucoup plus tranquille. Ma nouvelle compagne de chambre est une jeune femme qui a environ 46 ans. Elle a la sclérose en plaques. Elle tremble et ne peut pas se nourrir. Peut-être que nous pourrons nous lier d’amitié avec le temps.

Je me suis attachée à certaines infirmières au fil des années. Par exemple, Margo me faisait rire. C’est-à-dire, qu’elle était un peu nerveuse parfois. C’était une personne très rangée, mais un matin, un peu distraite, elle a mis mes souliers et ma robe à l’envers. Nous avons bien ricané! En ce qui me concerne il est très important que mes choses soient placées en ordre. Par exemple, j’aime que ma jaquette soit bien pliée avant d’être placée sur mon lit. Maman était une personne très propre, et elle nous demandait de placer nos choses toujours au même endroit. Malheureusement, mon infirmière Margo a quitté l’hôpital l’an dernier. Shannon, l’infirmière qui s’occupe de moi présentement vient de se marier à l’extérieur du pays. Elle est revenue le mois dernier. Elle est gentille.

J’ai voyagé dans ma vie, surtout depuis que je réside à l’Hôpital St-Vincent. Avec un groupe de résidents de St-Vincent j’ai pris l’avion. C’était la première fois que je voyageais en avion. Je suis allée en France pendant une semaine et j’ai eu la chance de rencontrer Jean Vanier. J’ai passé une journée à l’Arche. Je sui allée également à Notre-Dame de Lourdes pour y prier la Ste-Vierge.

J’ai visité l’Oratoire St-Joseph à Montréal, là où se trouve le sarcophage du Frère André. En plus, j’ai visité le Sanctuaire de Notre-Dame du Cap à Trois Rivières. C’était très beau. Nous avons visité une superbe basilique. J’aimerais y retourner.

Mon nom de famille était « Allen ». J’ai décidé, il y a environ 3 ans, de le changer pour « David de Jésus ». Mon amie Suzanne, s’est occupée des procédures légales exigées pour le changement de nom. J’ai aussi rajouté « Sœur » à mon prénom, c’est-à-dire Sœur Hélène. En ce qui a trait aux choses officielles, je m’appelle Hélène.

Je suis une personne très croyante. J’ai beaucoup prié dans ma vie, seule, avec maman, à l’église et dans les chapelles d’hôpitaux. Tous les matins je prie dans mon lit pour mes amis et pour ma famille. La prière est pour moi une consolation. Elle m’aide à passer à travers les temps durs. La Ste-Vierge a parlé aux enfants à Fatima. Elle a demandé que les gens prient. C’est maman qui m’a raconté cela. J’aimerais bien voir la Ste-Vierge, moi aussi. La Ste-Vierge a aussi parlé à Ste-Bernadette à Lourdes. Ste-Bernadette était religieuse dans un couvent. Elle a connu la souffrance pendant plusieurs années avant de mourir. 

Je me suis marié à Jésus, il y a environ 7 ans. Il y a eu une cérémonie à cet effet chez les pères Dominicains. J’ai une alliance au doigt que je porte avec grande fierté. Je porte aussi une croix au cou. Mon alliance et ma croix ont été bénies. J’ai ressenti quelque chose en moi m’appelant à devenir une religieuse. Le Bon Dieu m’a parlé dans mon cœur, il m’a demandé de donner ma vie à Jésus. J’aime beaucoup les gens, mais j’aime surtout Jésus, de tout mon cœur! Pour moi, les temps durs ne sont pas finis. Je garde par contre un bon moral et je continue de sourire.

Moi, je veux mourir avec un sourire, en ayant bien hâte de voir Jésus au Ciel. Jésus va me prendre dans ses bras. Il m’aime bien!

Le 6 août 2000 PETITE HISTOIRE D’AMOUR

Pour tous ceux et toutes celles qui auront eu le bonheur de s’approcher d’Hélène et de vibrer à toute cette vitalité et à cet amour qui l’habitaient je voudrais laisser quelques photos souvenirs qui vous rejoindront surement. 

Je ne suis pas le seul à avoir eu ce privilège d’être, par le cœur et la 

 

e, aussi près d’Hélène, mais je pense pouvoir dire que l’amitié partagée et l’amour approfondie au long des années nous ont unis d’une façon unique. 

Cette belle histoire remonte aux années 1960, alors que j’étais étudiant à l’Université St-Paul pour y devenir prêtre. Les dimanches après-midi, j’avais pris l’habitude d’aller visiter des malades et des personnes handicapées à l’Hôpital St-Vincent. Au début, c’était comme pour rendre service, mais vite j’ai réalisé que j’en étais le premier bénéficiaire. J’y ai rencontré des hommes, des femmes, des prêtres, des religieuses, des croyants, des non croyants, tous et toutes aussi extraordinaires les uns que les autres. J’ai été progressivement apprivoisé aux profondeurs de l’être humain. 

Hélène est vite devenue celle avec qui je passais le plus de temps. On riait de tout : de ma difficulté à comprendre ce qu’elle disait et de son insistance à répéter ce qu’elle voulait me dire. Ce fut une belle école de la vie. 

Parfois, je pouvais disposer de la voiture de la communauté et nous sortions faire un tour d’auto le long du canal rideau et un peu partout en ville. C’était tout un art pour moi de la monter dans l’auto. Je la taquinais en lui disant qu’elle aimait beaucoup ça que je la prenne dans mes bras pour l’embarquer et la descendre. Nous pouvions rire de tout.

Ce qui devait arriver, un jour arriva. En 1969, je suis parti comme missionnaire au Chili, en Amérique latine. Ce fut une séparation douloureuse pour moi, mais aussi et sans doute davantage pour Hélène. Moi, j’avais tout un horizon nouveau qui s’ouvrait, alors qu’elle restait avec l’horizon de ses quatre murs de chambre. J’ai beaucoup réfléchi à cette parole de St-Exupéry : « on est responsable des liens que l’on crée ».  Créer des liens est une chose, les nourrir et les approfondir pour qu’ils nous permettent de grandir en est une autre.

Description : décembre 2008 005.JPGCe ne sera finalement que bien des années plus tard que je reviendrai auprès d’elle, cette fois pour y demeurer. Déjà elle savait que j’avais quitté la communauté des oblats, que je m’étais marié et que j’avais deux filles. C’est à la résidence St-Louis, en février 2008, que cette rencontre s’est réalisée. Dès qu’elle a entendu ma voix et que nous nous sommes vus, les années de séparation se sont évaporées et nous nous sommes retrouvés comme si nous nous étions quittés la veille. Thérèse, cette bénévole qui n’a cessé de l’accompagner tout au long de ces dernières années et que je rencontrais pour la première fois, a été témoin de ces retrouvailles. Ensemble nous avons fêté çà.

Hélène avait, à ce moment là, une petite bouteille de champagne qu’elle avait reçue en cadeau pour les Fêtes. Elle envoya Thérèse la chercher et nous avons alors célébré ces grandes retrouvailles en buvant de ce bon champagne. De là viendra la coutume d’apporter à chaque visite une bonne bouteille, non pas de champagne, mais de ces bons mousseux.

C’est ainsi que s’installa la coutume de visiter Hélène quatre fois par années : septembre, Noël, Pâques et à son anniversaire. À chacune de ces rencontres, Claire et Thérèse se faisaient un devoir de venir m’accompagner pour faire de ces journées des moments de grande joie.

Les photos qui suivent font référence à quelques uns des bons mom


Vous aurez reconnu Claire et Thérèse qui voyaient à la beauté d'Hélène


HÉLÈNE À LA CAFÉTÉRIA JUILLET 1932 AU-1IERJUILLET 2011

 


Chère Hélène, comme une colombe enfin libérée de sa cage, tu t'es envolée dans ces espaces merveilleux d'un monde sans contrainte, sans frontière, habitée par l'amour, la joie, le partage, la sincérité. Nombreux sont les bras tendus qui t'y attendaient pour enfin te serrer fortement sur leur cœur et t'envelopper de ces fleurs aux parfums éternels. Cette joie retrouvée est un baume de grande fraicheur sur la douleur que ton départ laisse en tous ceux et toutes celles qui t'ont profondément aimée. Par le dedans de nos cœurs nous continuerons à te parler, à te raconter nos peines et nos joies, à chanter et à danser avec toi. Par le quotidien de nos vies nous nous inspirerons de ton éternel sourire, de ta patience légendaire et de ta grande foi.

Merci pour tout, Hélène, sœur et amie d’une longue vie.

 

UNE PETITE HISTOIRE D’AMOUR

Pour tous ceux et toutes celles qui auront eu le bonheur de s’approcher d’Hélène et de vibrer à toute cette vitalité et à cet amour qui l’habitaient je voudrais laisser quelques photos souvenirs qui vous rejoindront surement. 

Je ne suis pas le seul à avoir eu ce privilège d’être, par le cœur et la penséHÉLÈNE ALLEN DITE DAVID DE JÉSUS

11 JUILLET 1932 AU-1IERJUILLET 2011

 

e, aussi près d’Hélène, mais je pense pouvoir dire que l’amitié partagée et l’amour approfondie au long des années nous ont unis d’une façon unique. 

Cette belle histoire remonte aux années 1960, alors que j’étais étudiant à l’Université St-Paul pour y devenir prêtre. Les dimanches après-midi, j’avais pris l’habitude d’aller visiter des malades et des personnes handicapées à l’Hôpital St-Vincent. Au début, c’était comme pour rendre service, mais vite j’ai réalisé que j’en étais le premier bénéficiaire. J’y ai rencontré des hommes, des femmes, des prêtres, des religieuses, des croyants, des non croyants, tous et toutes aussi extraordinaires les uns que les autres. J’ai été progressivement apprivoisé aux profondeurs de l’être humain. 

Hélène est vite devenue celle avec qui je passais le plus de temps. On riait de tout : de ma difficulté à comprendre ce qu’elle disait et de son insistance à répéter ce qu’elle voulait me dire. Ce fut une belle école de la vie. 

Parfois, je pouvais disposer de la voiture de la communauté et nous sortions faire un tour d’auto le long du canal rideau et un peu partout en ville. C’était tout un art pour moi de la monter dans l’auto. Je la taquinais en lui disant qu’elle aimait beaucoup ça que je la prenne dans mes bras pour l’embarquer et la descendre. Nous pouvions rire de tout.

Ce qui devait arriver, un jour arriva. En 1969, je suis parti comme missionnaire au Chili, en Amérique latine. Ce fut une séparation douloureuse pour moi, mais aussi et sans doute davantage pour Hélène. Moi, j’avais tout un horizon nouveau qui s’ouvrait, alors qu’elle restait avec l’horizon de ses quatre murs de chambre. J’ai beaucoup réfléchi à cette parole de St-Exupéry : « on est responsable des liens que l’on crée ».  Créer des liens est une chose, les nourrir et les approfondir pour qu’ils nous permettent de grandir en est une autre.

Description : décembre 2008 005.JPGCe ne sera finalement que bien des années plus tard que je reviendrai auprès d’elle, cette fois pour y demeurer. Déjà elle savait que j’avais quitté la communauté des oblats, que je m’étais marié et que j’avais deux filles. C’est à la résidence St-Louis, en février 2008, que cette rencontre s’est réalisée. Dès qu’elle a entendu ma voix et que nous nous sommes vus, les années de séparation se sont évaporées et nous nous sommes retrouvés comme si nous nous étions quittés la veille. Thérèse, cette bénévole qui n’a cessé de l’accompagner tout au long de ces dernières années et que je rencontrais pour la première fois, a été témoin de ces retrouvailles. Ensemble nous avons fêté çà.

Hélène avait, à ce moment là, une petite bouteille de champagne qu’elle avait reçue en cadeau pour les Fêtes. Elle envoya Thérèse la chercher et nous avons alors célébré ces grandes retrouvailles en buvant de ce bon champagne. De là viendra la coutume d’apporter à chaque visite une bonne bouteille, non pas de champagne, mais de ces bons mousseux.

C’est ainsi que s’installa la coutume de visiter Hélène quatre fois par années : septembre, Noël, Pâques et à son anniversaire. À chacune de ces rencontres, Claire et Thérèse se faisaient un devoir de venir m’accompagner pour faire de ces journées des moments de grande joie.

Les photos qui suivent font référence à quelques uns des bons momentsque nous avons vécus.

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Vous aurez reconnu Claire et Thérèse qui voyaient à la beauté d'Hélène

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HÉLÈNE À LA CAFÉTÉRIA

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Hélène dans le jardin de Bruyère et dans celui de la Résidence  St.-Louis

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Les deux inséparables, toujours présentes à chacune des visites

Je ne saurais trop relever le dévouement de Claire qui a fait d’Hélène sa compagne de tous les jours. Je l’ai vue à l’œuvre dans son dévouement, sa patience, ses attentions pour qu’Hélène ne manque jamais de rien. Si Hélène a gagné nos cœurs par la profondeur de son mystère, Claire l’a également gagné par la générosité et la disponibilité de son dévouement.

 

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Le 11 juillet 2009 nous avons célébré le 77ième anniversaire d’Hélène

Sur la photo vous y voyez en plus de celui et celles que vous connaissez déjà, Brigitte, une autre bénévole qui, comme Thérèse, accompagnait Hélène pour des sorties de magasinage ou pour l’aider dans ses petits ménages et rangements. Vous y voyez également Martin, mon neveu, compositeur et chanteur, accompagné de son fils, Vincent et de son épouse, Francine. Martin, aveugle depuis l’âge de 20 ans, est quelqu’un qui est pour moi et pour bien d’autres un être exceptionnel. J’en dis tout autant pour Francine sa conjointe qui est toujours là à ses cotés.

 

Nous avons mangé, chanté, bu et ri. Il n’est pas toujours nécessaire d’avoir ou de faire de grandes choses pour ressentir de grandes émotions. Souvent la simplicité et la spontanéité deviennent les ingrédients de ces émotions inoubliables. Nous en avons vécues qui nous accompagneront toute notre vie. 

 

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LE RIRE CONTAGIEUX D’HÉLÈNE : UNE LEÇON DE VIE

 

LA RÉVÉLATION D’UN GRAND MYSTÈRE :

 

DIEU AVEC NOUS

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Au concert de Martin avec ma sœur Thérèse, mère de Martin

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Dans les jardins de la Résidence Bruyère


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LA VIE AVEC DES JOURS ENSOLEILLÉS ET PLEINS DE FLEURS

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VOUS LES AVEZ RECONNUES. ELLES FONT LA FÊTE

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Avec Vincent, le fils de Martin et de Francine

Ainsi passèrent les beaux jours et voilà que soudain le destin vient nous rappeler certaines vérités incontournables : Hélène a un cancer qui ne permet aucune rémission. Toutefois, pour elle sa mission se poursuit et elle ne saurait se terminer avant que tout soit consommé.  Elle vit cette nouvelle étape en continuité avec sa mission « mystique » qu’elle a assumée et continue d’assumer en union étroite avec Celui qu’elle a toujours désigné comme son époux, Jésus son Seigneur. 

Lors de notre dernière rencontre je lui disais que sa mission était terminée et que l’heure de la grande libération approchait. Elle m’a tout simplement répondu que ce n’était pas encore tout à fait fini et que de toute manière ça ne pressait pas. Quel mystère et quel courage! Quelle foi et quel amour! 

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FIDÈLES JUSQU’À LA FIN, L’UNE DANS LA FOI, L’AUTRE DANS LE SERVICE, ELLES SONT DEMEURÉES INSÉPARABLES TOUTE LEUR VIE. ON NE POURRA PARLER DE L’UNE SANS DEVOIR PARLER DE L’AUTRE TELLEMENT LEUR DESTIN EST LIÉ. 

UNE OCCASION DE RAPPELER ÉGALEMENT CETTE PRÉSENCE GÉNÉREUSE ET TOUTE GRATUITE DES BÉNÉVOLES QUI ONT ADOPTÉ HÉLÈNE COMME UNE VÉRITABLE SŒUR. JE PENSE À BRIGITTE ET THÉRÈSE QUE J’AI EU L’HONNEUR ET LE BONHEUR DE CONNAÎTRE. D’AILLEURS CETTE DERNIÈRE, THÉRÈSE, LUTTE DEPUIS PLUS D’UNE ANNÉE POUR VAINCRE UN CANCERT DES POUMONS. ENCORE TOUT DERNIÈREMENT, EN DÉPIT DE SES SOUFFRANCES, ELLE S’EST RENDU VISITER HÉLÈNE, TELLEMENT. CETTE DERNIÈRE LUI MANQUAIT. 

JE PENSE ÉGALEMENT À MARTIN ET FRANCINE QUI ONT ÉTÉ REJOINTS PAR HÉLÈNE ET QUI SE FONT PRÉSENTS AVEC LES CHANSONS ET TOUT L’AMOUR QU’ILS LUI PORTENT.QUE DE FOIS HÉLÈNE S’EXCLAMAIT EN DISANT « QUE C’EST BEAU MARTIN, BRAVO! »

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QUE DIRE MAINTENANT DE TOUTES CES PERSONNES QUI AURONT VU LEUR VIE CHANGER APRÈS AVOIR RENCONTRÉ HÉLÈNE, L’AVOIR ÉCOUTÉE DANS SES RIRES ET SES SILENCES, LUI AVOIR SERRÉ LA MAIN ET L’EMBRASSER SUR CE FRONT POUVANT ACCUEILLIR LE MONDE. 

J’AI RENCONTRÉ CES JOURS DERNIERS LE PÈRE JOHN CANNON QUI EST MAINTENANT PRÊTRE ET MEMBRE DES PETITS FRÈRES DE LA CROIX. IL ME RACONTAIT QUE LORSQU’IL ÉTAIT ÉTUDIANT, DANS LES ANNÉES 1990, CHEZ LES DOMINICAINS, SOUVENT IL SE RENDAIT RENCONTRER HÉLÈNE. IL ME DISAIT JUSQU’À QUEL POINT ELLE AVAIT MARQUÉ SA VIE.

C’EST GRÂCE À LUI QUE NOUS AVONS PU EN SAVOIR UN PEU PLUS SUR LE CHEMINEMENT SPIRITUEL D’HÉLÈNE. IL LEUR ARRIVAIT SOUVENT DE PARLER DU MARIAGE MYSTIQUE, LUI-MÊME FAISANT UNE THÈSE DE DOCTORAT SUR LE SUJET. IL N’A TOUTEFOIS JAMAIS ÉTÉ QUESTION DE QUELQUE DÉMARCHE QUE CE SOIT POUR DONNER UNE FORME QUELCONQUE À UN POSSIBLE MARIAGE MYSTIQUE. SELON LUI IL S’AGIRAIT D’UN CHEMINEMENT TOUT À FAIT PERSONNEL À HÉLÈNE. À SA CONNAISSANCE, IL N’Y AURAIT AUCUNE COMMUNAUTÉ RELIGIEUSE IMPLIQUÉE DANS LES VŒUX QU’ELLE AURAIT FAITS ET ENCORE MOINS DANS LA PROCÉDURE DU CHANGEMENT DE SON NOM. 

EN CE QUI ME CONCERNE, JE CROIS QU’HÉLÈNE A VÉCU UNE EXPÉRIENCE MYSTIQUE PROFONDE. UNE SORTE DE RENCONTRE SPIRITUELLE AVEC CELUI QU’ELLE APPELAIT SON ÉPOUX. C’EST ALORS QU’ELLE AURAIT PRIS LES DÉCISIONS QUE NOUS CONNAISSONS.

DANS UN DOCUMENT QUE CLAIRE VIENT TOUT JUSTE DE ME FAIRE PARVENIR (7 JUIN 2011) NOUS TROUVONS RÉPONSE À DE NOMBREUSES QUESTIONS. IL S’AGIT D’UNE AUTOBIOGRAPHIE D’HÉLÉNE, RECUEILLIE ET TRANSCRITE PAR UN AMI OU UNE AMIE DONT NOUS IGNORONS LE NOM. C’EST EN JUILLET ET AOÛT 2000 QU’HÉLÈNE AURAIT DICTÉ LE CONTENU DE CE DOCUMENT. IL EST DATÉ DU 6 AOÛT 2000.

À LA SUGGESTION DE CLAIRE JE ME PERMETS DE JOINDRE CE DOCUMENT DES ANNÉES PASSÉES À CELUI DES ANNÉES PLUS RÉCENTES QUE SONT CELLES RACONTÉES DANS CES PAGES.

JE VOUS LAISSE DONC AVEC CE PETIT SOUVENIR IMPROVISÉ EN CE 31 MAI 2011.

UN GROS MERCI À VOUS TOUS ET TOUTES

Tout simplement Oscar, pour Hélène, Claire et tous et toutes les autres qui auront été marqués par son témoignage et qui l’auront aimée profondément.

Québec, le 31 mai 2011 

N.B. Pour ceux et celles qui voudraient recevoir en PDF ce souvenir d’un partage de vie avec Hélène auquel est joint son autobiographie, et une anecdote précédent le jour de sa mort, vous n’avez qu’à communiquer avec moi par internet et je vous le ferai parvenir.

oscarfortin@hotmail.com


 

Mon autobiographie---Sœur Hélène

(De 1932 à 2000)

Description : IMG_0755.JPGJe suis originaire du village de Luskville dans la province de Québec. Mon nom est Sœur Hélène David de Jésus. Mon père était cultivateur et nous possédions une terre sur laquelle se trouvaient des vaches, des veaux, des poules, des coqs et des chevaux. Nous y cultivions aussi des légumes tels que des carottes, des navets, radis, choux, et de grands champs de patates et de blé d’Inde. Les récoltes et le bétail servaient, entre autres, à nourrir la famille. Ma faisait un bon ragoût de bœuf avec des carottes, navets, patates et choux. Mon père a acheté la terre de son père, c'est-à-dire de mon grand-père Allen. Mon grand-père Allen a construit lui-même la maison. La maison dans laquelle je suis née et où j’ai grandi était un peu plus neuve que celle de grand-papa, mais elle n’était pas très belle. Maman n’a jamais connu une belle maison. Nous possédions par contre une radio et maman a finalement eu une télévision. Papa ne voulait rien savoir, mais maman l’a convaincu. Maman et les enfants écoutions le chapelet à la radio, et nous le récitions aussi. Papa n’aimait pas prier.

Ma mère travaillait au foyer, et elle a élevé une famille de six enfants. Le premier né était un garçon, nommé Marcel. Il n’est plus vivant aujourd’hui. Marcel avait les poumons faibles et Il toussait beaucoup. Il est mort du cancer. Je suis née, la deuxième, suivie de Thérèse, Janine, Claire et du cadet Maurice; en tout, 4 filles et 2 garçons. Maman était très belle et ses enfants étaient beaux aussi. Mon père était bel homme, il avait de très grands yeux bleus. Il était par contre court, plus court que maman.  Nous avons tous les yeux bleus, tout comme mes deux parents. Marcel, le cadet,  était si beau à la naissance que les infirmières le montraient à tout le monde dans l’hôpital. Il avait de beaux cheveux frisés naturels. C’était le seul des enfants à naître dans un hôpital. En plus il est né aux États-Unis.

Mon père et ma mère se sont rencontrés à l’école. Ils se sont mariés aux États-Unis et y ont vécu quelque temps, car c’est là où se trouvait le travail. Mon père ne pouvait pas trouver à cette époque du travail ici. Mon père a travaillé dans un hôpital pendant environ un an. Mes parents vivaient encore aux États-Unis lorsque ma mère est tombée enceinte de moi. Je suis née, par contre, ici au Canada.

Présentement, mes sœurs Thérèse et Claire habitent dans la région d’Ottawa-Hull. Maurice, lui, se retrouve toujours à Luskville, ayant pris la relève de la terre familiale, car le fils aîné, Marcel, n’y était pas intéressé. Ma sœur Thérèse a marié un boulanger, un beau gars aux yeux bruns. C’est aussi un bon gars. Ils ont eu trois enfants, 2 garçons et 1 fille. Claire ne s’est jamais mariée, elle s’est acheté, par contre, une maison. Janine, mon autre sœur, s’est mariée à 19 ans. Elle a deux filles et elle habite à Grace Field. Maurice s’est marié après que maman est morte. Maurice avait peur d’avoir un enfant comme moi, c’est-à-dire, atteint de paralysie cérébrale. Pourtant mon état de santé n’est pas héréditaire à ce que je sache. Malgré tout, Maurice a eu 3 enfants, tous en bonne santé. Mes sœurs et leurs maris sont tous à la retraite maintenant. Maurice habite encore sur la terre familiale. En plus il travaille pour une compagnie de construction.

Moi je suis née prématurée, le 11 juillet 1932. Je ne devais pas naître avant le mois d’octobre. J’étais très petite à la naissance, je ne pesais qu’une livre et demie. J’étais, ce qu’on appelle « un bébé bleu », c’est-à-dire que j’aurais manqué d’oxygène à la naissance. Je suis née à la maison. Je n’ai pas connu l’incubateur, à cette époque il n’y en avait pas. Pour me garder au chaud, ma maman m’emmitouflait dans des coussins et me plaçait sur la porte du four. J’étais à moitié vivante, à moitié morte. Malgré tout, j’ai survécu. Je souffre par contre de paralysie cérébrale depuis la naissance. J’ai fait mes premiers pas quand j’avais environ 3 ans. J’avais besoin d’aide par contre; maman devait me soutenir.

Je ne suis jamais allée à l’école. Je suis restée à la maison avec maman. C’est maman qui a été ma « maîtresse ». Elle m’a montré à compter, à lire l’heure, à dire mes prières. Je n’ai pas appris à lire car maman n’avait pas le temps. Par contre, elle m’a montré les lettres de l’alphabet. J’aurais beaucoup aimé apprendre à lire. Je me dis qu’il n’est jamais trop tard! Tout au long de mon enfance et de ma jeunesse, maman a dû s’occuper de moi. Sa sœur, ma tante Marie qui m’aimait beaucoup, venait donner un coup de main à maman de temps en temps. Maman était une femme douce. Elle aimait beaucoup ses enfants. Par contre, je pense qu’elle aurait préféré avoir 12 enfants plutôt que d’avoir un enfant handicapé. Mais je suis persuadée que maman m’aimait autant que ses autres enfants. Elle m’accordait beaucoup d’attention.

Mon père était un homme sévère. Il ne nous battait pas, mais il était dur avec nous. Par exemple, si les enfants sacraient, mon père n’était pas content et il nous fixait avec de gros yeux. Quand ma sœur allait danser avec son « chum », malheur si elle n’était pas de retour à la maison avant 11h00 du soir, elle se le faisait rappeler sévèrement. Il fallait que les enfants demeurent bien tranquilles après le dîner, car papa allait se coucher.  Si on osait parler trop fort, papa lâchait un cri. Maman était beaucoup moins sévère que mon père. Mon père blâmait maman lorsque nous étions indisciplinés! Mon père ne démontrait pas beaucoup d’amour envers nous et il sacrait souvent—c’était déplaisant. Maman pleurait parfois. En ces occasions, je disais le chapelet avec maman. Heureusement que maman savait comment prendre mon père. Malgré tout,  je pense que papa nous aimait à sa façon.

Quand j’étais bébé, j’ai fait une hernie et mon nombril s’est mis à couler. À cette époque, il n’y avait pas beaucoup de soins médicaux. Une infirmière, qui habitait à la campagne, passait de temps en temps. Ma mère, qui était une femme très religieuse et qui aimait beaucoup la Ste-Vierge, a demandé aux Servantes de Jésus-Marie de prier pour moi. Après neuf jours mon nombril a guéri. Nous voyions rarement le médecin chez-nous. Un jour, maman et papa étant partis en ville, mon frère Marcel en a profité pour sortir la « wagon à chevaux ». Janine et lui embarquèrent et tout à coup, les chevaux sont partis en furie. Janine est tombée en bas et elle s’est cassé le bras. Elle a dû voir le médecin, car il fallait qu’elle se fasse poser un plâtre.

J’ai fait ma première communion et ma confirmation à l’âge de 11 ou 12 ans. Maman m’avait enseigné le catéchisme. Le curé est venu à notre maison pour me donner ma première communion. Le curé repassait à la maison environ une fois par mois pour me donner la communion. Un an plus tard, j’ai été confirmée. Ma grand-mère maternelle était ma marraine. Nous nous aimions beaucoup ma grand-mère et moi. Elle était une femme tranquille, mais elle m’accordait beaucoup d’attention. Elle avait de beaux yeux bruns. Grand-maman s’est mariée à 17 ans et elle a eu 12 enfants. À cette époque on ne pouvait pas empêcher la famille. J’avais environ 14 ans quand grand-maman est morte à l’âge de 80 ans. 

J’avais un peu peur de mon grand-père maternel. C’était un gros homme, et moi j’étais si petite! Il était assez gentil, mais un peu gêné. Il prenait un petit coup pour se « dégêner », et grand-maman n’aimait pas ça! Eh bien, les gens aimaient prendre un petit coup à cette époque.

Mes tantes et mes oncles (surtout du côté de ma mère) venaient nous visiter. Maman savait faire de la bonne cuisine. Je n’ai jamais pu manger par moi-même. Ma mère et mes sœurs m’aidaient à manger, mais ma nourriture devait être ramollie. Je n’ai jamais pu manger du gâteau, ni de la tarte, ni du bon pain-maison. J’observais beaucoup maman. J’aimais la regarder faire à manger. Malgré tout, j’ai appris comment faire à manger. J’ai même eu l’occasion  de montrer à ma sœur Claire comment faire de la bonne popote, à l’époque où ma mère était malade.

Un bon dimanche matin, maman et moi étions dans la cuisine à Luskville. Maman revenait de la messe et semblait être en bonne forme. Soudainement, elle tomba sur le plancher de la cuisine, paralysée. Je ne suis pas certaine s’il s’agissait d’une crise cardiaque ou d’un accident cérébral-vasculaire. Maman a été longtemps en convalescence. Elle avait perdu, pour un temps, l’usage de la parole. Elle a été soignée à l’hôpital à Ottawa. Maman est restée paralysée du côté droit et elle avait de la difficulté à s’exprimer. Ma sœur Claire s’est occupée de ma mère pendant environ 4 ou 5 ans avant qu’elle décède. 

En ce qui me concerne, à cette époque, je suis allée séjourner dans un hôpital à Montréal, l’Hôpital Seigneur de Dieu. Un médecin de Luskville avait signé un document quelconque attestant que je souffrais d’une maladie mentale. Je fus donc envoyée à cet hôpital. Quelle horreur!!! Il s’agissait d’un hôpital pour les fous! Quel endroit! C’était l’enfer pour moi. J’y suis restée deux semaines, attachée au lit presque tout le temps. Je n’étais pourtant pas folle, et j’avais surtout peur des fous. Il s’est passé des affaires dures là-bas. C’était la première fois que je quittais la maison, à l’âge de 21 ans environ. Ma tante qui habitait Montréal est venue me rendre visite. Lorsqu’elle a constaté la condition dans laquelle j’étais, elle a écrit à ma mère et l’implora : « viens chercher Hélène au plus vite !». Je suis revenue à la maison pendant environ un an, mais à la longue, Claire ne pouvait plus s’occuper de moi et de maman. La charge était trop lourde.

J’ai donc quitté la maison pour un hôpital à Cornwall, l’Hôpital de Dieu, où j’ai résidé pendant 9 ans. Je n’ai pas aimé cela. La plupart du monde, y compris le personnel infirmier et les médecins, ne parlaient que l’anglais.  Moi, je ne comprends presque pas l’anglais, mais je venais à bout  de communiquer un peu, toutefois de peine et misère. Il n’y avait rien à faire dans cet hôpital : pas de télévision, pas de radio, pas de sorties. En plus, ma compagne de chambre n’était pas très intéressante. On ne se parlait pas beaucoup. Il y avait aussi des infirmières qui n’étaient pas toujours gentilles. Je me suis tellement ennuyée! Je passais la journée à côté de mon lit. Ce n’était pas très intéressant.

Maman est venue me voir une seule fois à Cornwall. Elle aurait voulu que je revienne à la maison, mais elle n’était pas assez bien. Maman avait commencé à marcher avec une canne et Claire continuait de s’en occuper. Avant de quitter la maison pour Cornwall j’avais montré à Claire comment faire une délicieuse soupe au riz.

Après avoir passé neuf ans à Cornwall, j’ai fait une demande pour être admise à l’Hôpital St-Vincent à Ottawa. J’ai attendu 3 mois avant d’être transférée. Et voilà, j’y réside maintenant depuis 36 ans. Je suis beaucoup plus heureuse à St-Vincent que je ne l’étais à Cornwall. Le personnel infirmier, les autres professionnels de la santé et les bénévoles sont gentils et attentifs à mes besoins. Il y a aussi des activités organisées. Dieu merci!

Par la force des choses j’ai changé de chambres plusieurs fois au fil des ans. J’ai toujours demandé par contre que l’on m’alloue le lit près de la fenêtre. J’aime la clarté, j’aime regarder dehors, et j’aime aussi observer ce qui se passe dans le corridor à l’extérieur de la chambre. La nourriture ici n’est pas vilaine. En raison de mon handicap, je ne peux pas manger certaines choses telles que du pain, ou n’importe quelle nourriture difficile à avaler. Je peux manger des aliments en purée. Par exemple, pour le déjeuner, j’aime bien manger du gruau, et parfois j’en mange à l’heure du dîner aussi. Je dois avouer, par contre, que j’en mange trop souvent et que je deviens tannée. J’aime aussi les soupes en crème et les pâtes tels que le macaroni et le spaghetti. En ce qui concerne le spaghetti, j’aime le déguster avec de la mayonnaise ou de la moutarde. Je mange beaucoup de Jello, presque tous les matins. Je deviens un peu tannée du Jello aussi. Je n’aime pas beaucoup le bouillon et le thé servis à l’hôpital. Le thé goûte l’eau de vaisselle. Par contre, j’aime boire de la tisane.

Mes journées à l’hôpital sont assez routinières c’est-à-dire que je me réveille de bonne heure. Lorsque j’ai faim, vers 8h30 ou un peu plus tard, je déjeune dans ma chambre. Par la suite, une infirmière me lave, m’habille et me coiffe. J’aime bien que l’on me maquille un peu.  J’ai un petit côté « coquette », vous savez. Vers 9h30 ma toilette est terminée. Je me dirige ensuite vers le Café au quatrième étage pour y prendre un breuvage. J’aime aussi écouter la radio et la télévision. Mon amie Suzanne m’a acheté une télévision, avec l’argent dans mon compte en banque. J’ai fait des paiements mensuels. Je dois avouer, cependant, que les nouvelles à la télévision sont souvent plates, surtout négative, par exemple des accidents de la route, etc. Les gens, aujourd’hui, conduisent bien trop vite. Ils sont un peu fous, je pense. Les gens ne font pas toujours attention. Tout doit aller vite.

J’aime participer au groupe des francophones qui se réunit tous les mercredis après-midi. Nous échangeons sur divers sujets. J’aime bien aussi retourner au Café en après-midi pour y prendre un autre breuvage. Je vais vous avouer aussi que j’aime, à l’occasion, prendre un petit coup. Il y a un bar à l’hôpital et l’on sert du vin, de la bière, des boissons gazeuses, ou autres breuvages alcoolisés, tous à moitié prix pour les résidents de l’hôpital. Il y a même des « Bloody Mary’s » pour 3 dollars. J’aime le rhum et le coke, mais je n’en bois pas souvent. Richard, un bénévole, m’accompagne au bar à l’occasion. Il est parti à son chalet d’été présentement. J’ai rencontré Richard l’année dernière et il est bien avenant. J’aime participer au BBQ annuel dans le jardin à l’extérieur de l’hôpital, et j’y suis allée récemment m’y régaler.

Tous les vendredis je vais magasiner avec mon amie Suzanne. Elle réserve l’autobus Para-Transport et nous nous rendons au Centre d’Achats St-Laurent. Nous allons nous promener à la Baie, et à l’occasion je m’achète une belle robe et d’autres articles. Tout dernièrement je me suis acheté une belle robe beige toute brodée. J’ai profité d’une bonne aubaine. La robe était réduite de 50%, quelle chance! Ensuite, Suzanne et moi allons prendre une petite fouffe au restaurant. Cette sortie m’est tellement agréable. Il faut le dire, ça brise la monotonie.

Autant j’aime m’amuser, autant il m’est important de prier. Je vais à la messe ici à St-Vincent tous les matins à 11h00. Après avoir reçu la communion, je me sens plus forte, plus courageuse. J’ai beaucoup souffert de solitude au fil des ans, surtout après avoir quitté le foyer familial. Ma famille ne me visitait pas souvent, ni à Montréal, ni à Cornwall. Présentement, ma sœur Claire passe me voir, habituellement le dimanche. Elle fait mon lavage et à l’occasion, nous allons à la messe à l’Église St-Jean-Baptiste (è côté de l’hôpital).

Je me suis fait quelques amis au fil des ans. Par exemple, je connais Suzanne depuis 15 ans. Elle est une bénévole qui a fait ma connaissance par l’entremise de la Légion de Marie. Suzanne vient me visiter au moins une fois par semaine. Nous sommes devenues de bonnes amies Suzanne et moi. Nous sommes allées fêter ce 15ièmeanniversaire dans un restaurant. Quelle belle sortie! Nous sortons tous le vendredi, mais je dois avouer que j’aimerais sortir plus souvent qu’une fois par semaine. À mon avis ce n’est pas assez.

Il y a un collège de prêtres Dominicains prêcheurs, tout près de l’hôpital. Les jeunes prêtres avaient l’habitude de venir visiter les patients ici de temps en temps. Aujourd’hui, il n’y a presque plus de prêtres. J’ai réussi au fil des ans à me lier d’amitié avec environ trois ou quatre d’entre eux. Ils venaient me rendre visite assez souvent, mais je les ai perdus de vue lorsqu’ils sont partis en mission. Ils avaient l’habitude de passer me voir lorsqu’ils revenaient de mission,  mais ce n’est plus beaucoup  le cas maintenant. Par contre, un prêtre m’a rapporté une cassette sur laquelle est enregistrée la voix du pape qui récite le chapelet. Cette cassette m’est bien précieuse. J’ai correspondu, à l’occasion avec mes amis prêtres, mais avec le temps je leur écris moins souvent. Ils me manquent parfois. Je souhaiterais pouvoir les revoir.  Il y a un prêtre que je vois de temps en temps. Il n’a pas encore fini d’étudier au Collège des Dominicains. Mais présentement il est en pension à Québec. J’ai bien hâte de le revoir au mois de septembre. 

J’aime beaucoup échanger avec les gens. J’aime écouter ce qu’on a à me dire et j’aime donner de bons conseils aussi.  Au fil des ans j’ai fait la connaissance de plusieurs patients, ici à St-Vincent. J’ai eu un ami que j’ai beaucoup aimé. Son nom était Hugues. Il était très malade, mais il parvenait à faire des choses pour moi. Il m’a donné un bouquet de fleurs. Nous sommes allés danser en chaise roulante. C’était la première fois de ma vie que j’allais danser. Hugues était un avocat.  Je le trouvais bien beau et j’aurais bien aimé le marier. Mais, hélas, il était déjà marié. Nous sommes demeurés bons amis pendant environ six ans, jusqu’à son décès. Il est décédé du cœur, je crois.

Tout récemment, j’ai demandé que l’on me change de chambre. C’était trop bruyant où j’étais. C’est-à-dire que mon ancienne compagne de chambre tapait constamment sur son lit. Présentement je suis dans une autre chambre, semi-privée, au troisième étage au bout du corridor, un peu trop loin à mon goût. Je ne vois pas beaucoup de gens passer par là. Par contre c’est beaucoup plus tranquille. Ma nouvelle compagne de chambre est une jeune femme qui a environ 46 ans. Elle a la sclérose en plaques. Elle tremble et ne peut pas se nourrir. Peut-être que nous pourrons nous lier d’amitié avec le temps.

Je me suis attachée à certaines infirmières au fil des années. Par exemple, Margo me faisait rire. C’est-à-dire, qu’elle était un peu nerveuse parfois. C’était une personne très rangée, mais un matin, un peu distraite, elle a mis mes souliers et ma robe à l’envers. Nous avons bien ricané! En ce qui me concerne il est très important que mes choses soient placées en ordre. Par exemple, j’aime que ma jaquette soit bien pliée avant d’être placée sur mon lit. Maman était une personne très propre, et elle nous demandait de placer nos choses toujours au même endroit. Malheureusement, mon infirmière Margo a quitté l’hôpital l’an dernier. Shannon, l’infirmière qui s’occupe de moi présentement vient de se marier à l’extérieur du pays. Elle est revenue le mois dernier. Elle est gentille.

J’ai voyagé dans ma vie, surtout depuis que je réside à l’Hôpital St-Vincent. Avec un groupe de résidents de St-Vincent j’ai pris l’avion. C’était la première fois que je voyageais en avion. Je suis allée en France pendant une semaine et j’ai eu la chance de rencontrer Jean Vanier. J’ai passé une journée à l’Arche. Je sui allée également à Notre-Dame de Lourdes pour y prier la Ste-Vierge.

J’ai visité l’Oratoire St-Joseph à Montréal, là où se trouve le sarcophage du Frère André. En plus, j’ai visité le Sanctuaire de Notre-Dame du Cap à Trois Rivières. C’était très beau. Nous avons visité une superbe basilique. J’aimerais y retourner.

Mon nom de famille était « Allen ». J’ai décidé, il y a environ 3 ans, de le changer pour « David de Jésus ». Mon amie Suzanne, s’est occupée des procédures légales exigées pour le changement de nom. J’ai aussi rajouté « Sœur » à mon prénom, c’est-à-dire Sœur Hélène. En ce qui a trait aux choses officielles, je m’appelle Hélène.

Je suis une personne très croyante. J’ai beaucoup prié dans ma vie, seule, avec maman, à l’église et dans les chapelles d’hôpitaux. Tous les matins je prie dans mon lit pour mes amis et pour ma famille. La prière est pour moi une consolation. Elle m’aide à passer à travers les temps durs. La Ste-Vierge a parlé aux enfants à Fatima. Elle a demandé que les gens prient. C’est maman qui m’a raconté cela. J’aimerais bien voir la Ste-Vierge, moi aussi. La Ste-Vierge a aussi parlé à Ste-Bernadette à Lourdes. Ste-Bernadette était religieuse dans un couvent. Elle a connu la souffrance pendant plusieurs années avant de mourir. 

Je me suis marié à Jésus, il y a environ 7 ans. Il y a eu une cérémonie à cet effet chez les pères Dominicains. J’ai une alliance au doigt que je porte avec grande fierté. Je porte aussi une croix au cou. Mon alliance et ma croix ont été bénies. J’ai ressenti quelque chose en moi m’appelant à devenir une religieuse. Le Bon Dieu m’a parlé dans mon cœur, il m’a demandé de donner ma vie à Jésus. J’aime beaucoup les gens, mais j’aime surtout Jésus, de tout mon cœur! Pour moi, les temps durs ne sont pas finis. Je garde par contre un bon moral et je continue de sourire.

Moi, je veux mourir avec un sourire, en ayant bien hâte de voir Jésus au Ciel. Jésus va me prendre dans ses bras. Il m’aime bien!

Le 6 août 2000

UNE DERNIÈRE ANECDOTE PRÉCÉDENT LE GRAND DÉPART D’HÉLÈNE

Lorsqu’en mai dernier, alors qu’était connu le cancer qui allait inévitablement emporter Hélène, je lui ai dit que sa mission tirait à sa fin et que l’heure de la grande délivrance allait bientôt sonner. Elle me regarda dans les yeux et, avec cet air sérieux qui accompagne les grandes confidences, elle m’avoua que sa mission n’était pas terminée et que de toute manière il n’y avait pas de presse. Sur le coup, je n’ai pas accordé plus d’attention à ce commentaire qui pouvait très bien se comprendre dans pareille circonstance.

Lors de ma visite en juin, je l’ai vue dans une condition telle que j’étais assuré qu’elle allait lâcher prise et s’envoler vers cette espérance qui a sans cesse nourrit sa foi. Dans les jours et les semaines qui suivirent, Claire me donnait régulièrement des nouvelles au point où plus personne ne comprenait cette résistance qui la retenait à ce corps porté que par des os. C’est le 30 juin dernier que je me suis demandé si je n’étais pas partie à cette mission,pas encore complétée, et qui la retenait enchaînée à cette vie. Le 30 juin, vers les 10h30 du matin, de retour à mon appartement après avoir accompli certaines activités familiales, m’est soudainement venu à l’esprit qu’il me fallait écrire un texte portant sur l’Église. Je n’en connaissais pas encore le contenu, mais j’ai aussitôt interprété ce fait comme faisant partie de la mission que je me devais d’accomplir pour qu’Hélène puisse enfin partir en paix. 

C’est donc durant les quatre ou cinq heures qui suivirent, que j’ai écrit, sous forme de lettre adressée au Pape et aux Épiscopats catholiques, une réflexion sur l’Église d’aujourd’hui. Je l’ai écrite en ayant toujours à l’esprit Hélène. Une fois terminée, Il me fallait procéder à sa diffusion. Ce que je fis, sur la fin de journée et dans la soirée, en l’envoyant à certains sites internet.Une fois ma mission terminée, j’ai ressenti une grande paix et une voix en moi qui disait à Hélène :« tu peux maintenant partir, je me suis exécuté ». Dans la nuit du 1ierjuillet au matin, je me suis réveillé vers les 2H00, pensant à Hélène, mais cette fois avec beaucoup de tranquillité.  Ce ne sera qu’au petit matin que j’apprendrai qu’Hélène avait finalement pris son envol. Claire avait voulu m’en informer dès les premières heures.

Il s’agit évidemment d’une anecdote qui m’est personnelle et la lecture que j’en fais l’est tout autant. Dans mon esprit, j’étais partie prenante à sa mission et je devais m’exécuter. Une chose est certaine, c’est que le texte que j’ai alors écrit, ne l’aurait pas été sans cette relation particulière qui m’unissait à Hélène et à cette idée qu’elle pourrait partir qu’une fois la mission complétée. Tout le reste ne peut être que pure coincidence.

Pour moi, il s’agissait d’un dernier message d’Hélène que je me devais de porter à son aboutissement. Un message qui rappelle aux successeurs des apôtres l’urgence de retrouver les véritables valeurs que Jésus de Nazareth nous a transmises par sa vie et son enseignement. Également, l’urgence de faire un grand ménage de printemps dans cette Institution ecclésiale, devenue à travers les siècles, l’image d’un monde en tout point semblable à celui que Jésus est venu dénoncer. Déjà, au Concile Vatican II, des fenêtres se sont ouvertes sur le monde et un vent de printemps y est venu semer l’espérance d’une humanité nouvelle. À cette époque, plus de quarante évêques avaient fait un pacte les engageant à retrouver dans leur forme de vie les consignes laissées par Jésus à ses apôtres et disciples.

Un regard sur le monde nous révèle que plus des deux tiers de l’humanité vivent toujours dans la pauvreté, que les guerres se multiplient, laissant sur leur passage des bains de sang, mais aussi des familles brisées, des enfants orphelins, des révoltes inspirées par la haine, la cupidité, la corruption. Dans nombre de cas des populations entières sont maintenues dans l’ignorance par la manipulation de l’information et l’art de transformer en vérité les mensonges les plus grossiers.

Les voies de Dieu sont bien mystérieuses et Hélène aura certainement été une ressource de grande force, un peu comme David contre Goliath, pour briser bien des chaînes et ouvrir la voie à la liberté du Règne de Dieu. Dans la fragilité de son corps s’est exprimée la force de Dieu.

Je me considère privilégié d’avoir connu Hélène et d’en avoir partagé quelque peu le mystère. Puisse-t-elle nous couvrir de sa protection. 

Le texte de la lettre suit à la page suivante

 

LETTRE OUVERTE AU PAPE ET AUX ÉPISCOPATS CATHOLIQUES

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Je m’adresse à vous qui êtes les successeurs des apôtres et les témoins, pour le monde d’aujourd’hui, du message évangélique, tel que révélé en Jésus de Nazareth. Je le fais en tant que croyant en ce Jésus et en tant que membre de l’Église dont il est toujours la Tête vivante 

Le regard que je porte sur vous et sur l’Église s’inspire, d’une part, de ce Jésus de Nazareth qui se laisse découvrir à travers les Évangiles et, d’autre part, du monde contemporain qui nous met en contact avec une humanité à la recherche de toujours plus de justice, de vérité, de solidarité et de liberté.

Lorsque je relis les Évangiles et que je m’attarde sur les diverses consignes adressées par Jésus à ses apôtres et disciples, je n’arrive plus à les y reconnaître dans ce que vous êtes devenus. J’ai comme l’impression que vous acceptez plus facilement la « tradition » qui fait de vous des « maîtres », disposant d’autorité, des « personnages », se démarquant par leur hiérarchie, des « collaborateurs », s’identifiant aux classes dirigeantes. Cette « tradition », héritée d’une longue histoire, semble vous aller comme un gant. Toutefois, elle ne saurait se substituer à cette autre traditionqui nous vient, celle-là, directement de Jésus de Nazareth. Plus contraignante, mais aussi plus authentique, elle est à la base de cette conversion qui ouvre au Règne de Dieu. Vous savez, cette bonne nouvellequ’il vous a envoyé annoncer à toute personne de bonne volonté 

 « Et tandis qu'ils faisaient route, quelqu'un lui dit en chemin : " Je te suivrai où que tu ailles. Jésus lui dit : " Les renards ont des tanières et les oiseaux du ciel ont des nids ; le Fils de l'homme, lui, n'a pas où reposer la tête. "Lc. 9,57

« N'emportez pas de bourse, pas de besace, pas de sandales, et ne saluez personne en chemin. »

«Les rois des nations dominent sur elles, et ceux qui exercent le pouvoir sur elles se font appeler Bienfaiteurs. Mais pour vous, il n'en va pas ainsi. Au contraire, que le plus grand parmi vous se comporte comme le plus jeune, et celui qui gouverne comme celui qui sert. Quel est en effet le plus grand, celui qui est à table ou celui qui sert ? N'est-ce pas celui qui est à table ? Et moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert ! » Lc. 22, 24-27

Cette tradition est tout à l’opposé de la tradition héritée des empires royaux. Elle fait appel à une autorité ecclésiale dépouillée de ses honneurs, de son prestige, de ses sécurités, de ses ambitions et de ses luttes de pouvoir. Cette relation nouvelle, inaugurée en Jésus, transformant le maître en serviteur, le plus grand en plus petit, fait partie de cette bonne nouvelle du Règne de Dieu. Pouvez-vous, en toute honnêteté, témoigner du Règne de Dieu en étant captifs de tous ces apparats et dépendances institutionnelles? 

Qu’en est-il dans les faits? Combien d’entre vous vivent avec  les plus défavorisés des diocèses dont vous êtes les « pasteurs »? Qui sont les invités les plus fréquents avec lesquels vous aimez partager vos repas? Quelles sont les grandes préoccupations qui retiennent le plus vos énergies et vos engagements? Sont-elles celles qui portent sur l’avènement du Règne de Dieu dans le monde d’aujourd’hui ou celles qui portent plutôt sur l’organisation sacramentelle d’une Église toute centrée sur le culte et les liturgies?

Un survol rapide de ce qui se passe dans le monde d’aujourd’hui, nous révèle une humanité dont les deux tiers vivent dans la pauvreté, générée en grande partie par la cupidité d’oligarchies qui dominent les pouvoirs politiques, économiques, judiciaires et même religieux. Les mensonges, bien déguisés en vérités et diffusés à grande échelle, contaminent l’esprit des gens qui en arrivent ainsi à soutenir des guerres de conquête et de domination. 

Ceux et celles qui s’opposent aux forces de ces oligarchies sont diabolisés, persécutés, arrêtés, torturés, assassinés. La voix des hiérarchies se fait, plus souvent que moins, complice de ces mêmes oligarchies. Combien d’Évêques élèvent fortement la voix pour dénoncer cette grande tricherie internationale et les injustices qui en résultent?  En Occident, là où l’Église est en plus grande proximité avec les puissances dominatrices, le Pape et les Évêques, dont vous êtes, demeurent plutôt discrets. Le monde est loin d’entendre cette voix forte des successeurs des apôtres qui dénoncent à temps et à contre temps ces guerres fondées sur le mensonge et la cupidité des conquérants. Il est plutôt témoin de la bénédiction qu’ils apportent aux soldats qui partent en guerre, du maintien des bonnes relations qu’ils continuent d’entretenir avec les conquérants et, dans nombre de cas, des condamnations répétées de ceux et celles qui résistent à ces forces impériales. Les discours sur les forces armées, la violence, les guerres, se font discrets et souvent, ambigus. 

Qui d’entre vous a envoyé des lettres pastorales, à être lues dans toutes les églises de vos diocèses, dénonçant l’intervention armée de l’OTAN en Libye et les ambitions de conquête des belligérants un peu partout dans le monde? C’est évidemment plus compromettant que de parler des moyens contraceptifs, de l’avortement, du mariage des personnes de même sexe, des méfaits du terrorisme, sans toutefois, dans ce dernier cas, en préciser ses différents visages. En somme, un discours complaisant pour les puissants et trompeur pour les humbles de la terre.

On raconte que lors du Concile Vatican II, un groupe d’évêques, réunis autour de Don Helder Camara, avait conclu un pactele pacte des Catacombes, visant à ce retour auprès des pauvres et à ce dépouillement inévitable pourque ce retour  soit pleinement authentique. De toute évidence, un geste prophétique. Il aura été une inspiration pour plusieurs évêques du Tiers-Monde dont certains seront morts martyrs. Mgr Oscar Romero, de San Salvador, est l’un de ceux-là. 

Il est évident que dans le cadre de cette tradition évangélique, les prétendants aux hautes fonctions ecclésiales seraient moins nombreux. Les luttes de pouvoir se transformeraient en mille excuses pour ne pas être de la compétition. Les bidonvilles, les fonctions sans honneur et sans prestige, les affrontements inévitables avec les puissances qui s’imposent aux laissés pour compte, tout cela n’aurait pas de quoi attirer les carriéristes et les ambitieux. 

Alors, en tant que croyant et membre de l’Église catholique, je vous demande, quelles sont vos priorités, comme pasteurs et successeurs des apôtres, pour que le Règne de Dieu, inauguré en Jésus, soit proclamé avec force et courage dans chacun de vos diocèses et dans l’Église universelle. Il s’agit bien d’un Règne de justice, de vérité, de solidarité, de compassion et d’amour. Comment voulez-vous que le monde croit en ce message si les lois qui vous régissent, comme institution et comme autorité, s’inspirent davantage de celles qui régissent les puissances de ce monde que de celles qui s’inspirent du Règne de Dieu, inauguré en Jésus? 

« Nul ne peut servir deux maîtres : ou il haïra l'un et aimera l'autre, ou il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l'Argent. » Mt. 6,25 

Le temps n’est-il pas venu de choisir entre une Église de culte et de sacramentalité et une Église, phare et témoin d’humanité?

Oscar Fortin

Québec, le 30 juin 2011

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http://www.ecoutetpartage.fr/spiritualite.htm#Le_Pacte_des_Catacombes frontière, habitée par l'amour, la joie, le partage, la sincérité. Nombreux sont les bras tendus qui t'y attendaient pour enfin te serrer fortement sur leur cœur et t'envelopper de ces fleurs aux parfums éternels. Cette joie retrouvée est un baume de grande fraicheur sur la douleur que ton départ laisse en tous ceux et toutes celles qui t'ont profondément aimée. Par le dedans de nos cœurs nous continuerons à te parler, à te raconter nos peines et nos joies, à chanter et à danser avec toi. Par le quotidien de nos vies nous nous inspirerons de ton éternel sourire, de ta patience légendaire et de ta grande foi.