PENSÉE

LA DÉMOCRATIE QUI NE FAIT PAS DU PEUPLE LE RESPONSABLE DE SES DÉCISIONS EST UNE TROMPERIE.

LA RELIGION QUI NE RECONNAÎT PAS LA FOI COMME UN DON PERSONNEL DE DIEU EST UNE MANIPULATION.

LE BIEN COMMUN QUI NE SE FONDE PAS SUR LA JUSTICE ET LA VÉRITÉ EST UNE ESCROQUERIE.

Oscar Fortin

Blog espagnol

mercredi 25 avril 2012


AU QUÉBEC

BRAS DE FER ENTRE INTÉRÊTS OLIGARCHIQUES ET BIEN COMMUN


Ce qui se passe présentement au Québec est plus qu’une simple manifestation étudiante contre la hausse des frais de scolarité. Cette problématique est plutôt le point de départ d’un questionnement plus fondamental sur nos priorités, la gestion de nos biens, de nos richesses et sur la responsabilité de ceux et celles qui ont le mandat d’agir pour répondre prioritairement aux exigences du bien commun de la collectivité. Pour une grande majorité de cette dernière, l’éducation gratuite, accessible à tous et à toutes, fait partie de ce bien commun.

Dans la situation actuelle, le Peuple Québécois a le sentiment que nos responsables politiques agissent davantage comme représentants d’oligarchies financières et économiques que comme représentants du peuple. Ils mettent au service de ces dernières les outils de l’État ainsi que ses richesses tout en modifiant subtilement les engagements de l’État à l’endroit des travailleurs, des étudiants, des groupements sociaux, des soins de santé.

Ce qui se passe au niveau des organisations sociales, des associations étudiantes, des groupes écologiques, des regroupements des travailleurs ne peut être, pour ces gouvernants et oligarchies, que marginal et le produit de quelques radicaux en mal de publicité. S’il y a des déficits, c’est à cause d’eux et s’il faut serrer la ceinture quelque part c’est vers eux qu’il faut se tourner. Leurs manifestations, leurs lamentations n’ont pas de quoi ébranler la sérénité de ces gouvernants qui ont déjà tout pensé à l’avance. Il n’y a donc rien pour prendre la cause de ces contestataires au sérieux et encore moins pour les prendre eux-mêmes au sérieux.

L’humour cynique de Jean Charest à l’endroit des étudiants et de leurs manifestations en a été une expression sans équivoque. D’ailleurs, le rire de son auditoire n’a fait que confirmer la nature de ceux et celles au service desquels il se met.


Pourtant, des peuples, beaucoup plus pauvres que le Québec et le Canada, ont la conscience sociale suffisamment développée pour assurer « gratuitement et solidairement » l’éducation à tous et à toutes. C’est, entre autres, le cas de Cuba, de la Bolivie, de l’Équateur, du Venezuela, du Nicaragua. Pourquoi ces derniers peuvent-ils le faire et pas nous?

Une des réponses est que ces peuples se sont dotés d’une constitution, ce qui n’est pas encore le cas pour le Québec, dans laquelle l’éducation et la santé sont inscrites comme des biens essentiels, devant être accessibles à tous et à toutes. Ainsi, l’État a la responsabilité de trouver les ressources nécessaires pour répondre à cette obligation. Pour y arriver, il puise, entre autres, dans les richesses du pays, dans une fiscalité équitable et dans une saine gestion, sans privilèges ni corruption. Lorsque nécessaire, il y a des nationalisations, des prises de contrôle par l’État de certains secteurs de l’économie et des finances. Des mises au pas de certains secteurs habitués à puiser sans contrôle dans la caisse ont été nécessaires. Plusieurs ont poursuivi leur collaboration avec des conditions avantageuses, mais non irraisonnables. D’autres sont partis. Ces pays ne s’en portent que mieux.

Si les oligarchies financières et économiques ont toujours leur place dans le développement de la société, ce n’est plus en tant que maitres de l’État, mais en tant que participants, au même titre que toutes les autres composantes de la société. Elles sont parties du bien commun, mais elles ne sont pas le bien commun. Leurs intérêts doivent s’y subordonner comme c’est le cas pour tous les autres groupes de la société. La liberté des uns a pour frontière celle des autres tout comme les droits des uns ont pour frontières le droit des autres.

Lorsqu’on dit qu’il n’y a plus d’argent, que les déficits s’accumulent et qu’on ne peut laisser aux générations à venir le poids des dettes accumulées, a-t-on vraiment fait le tour de toute la question? A-t-on scruté tous les recoins de la fiscalité pour en vérifier l’équité solidaire de tous et de toutes avec la société? A-t-on révisé si les conditions d’exploitations des richesses du Québec répondent aux valeurs réelles de ces dernières et si les montants investis par l’État ont un rendement compétitif aux marchés?   A-t-on regardé de plus près la gestion de nos sociétés d’État, Hydro-Québec, la SAQ et tous les autres services, sujets à l’influence des lobbies et à la corruption?

Il est facile de couper dans la santé, l’éducation, le social et de laisser aller le navire aux commandes d’oligarchies qui ne demandent pas mieux que de disposer de tous les avoirs. Depuis deux ans, nous parlons de corruption dans à peu près tous les secteurs. Des centaines de millions de dollars s’envolent sans qu’il y ait eu panique dans la demeure. Pourtant les déficits étaient là.

Pendant que l’État reprend de plus en plus sa place dans les pays du sud, ici, on cherche à en réduire le rôle et l’importance. Les oligarchies savent que l’État est le seul à avoir la responsabilité de répondre aux exigences du Bien commun. Elles ne sont pas trop intéressées à ce que les gouvernants prennent ce rôle trop au sérieux.

Le principe qui devrait guider les gouvernants est le suivant : l’État autant que nécessaire et le privé autant que possible. En d’autres mots, il revient à l’État de fixer les frontières du privé et de tous les autres acteurs de la société. L’État est le maitre du jeu, non pas pour un groupe en particulier, mais pour l’ensemble de la collectivité. N’est-ce pas lorsqu’un peuple se reconnait dans ses dirigeants et ses politiques que la démocratie prend tout son sens?  Il faut croire que le Québec est encore loin de la démocratie.

La grève des étudiants marque un départ important pour exiger les réformes qui s’imposent dans tous les secteurs de la gouvernance de l’État. Le Peuple Québécois doit s’approprier les outils d’un État indépendant et souverain et se donner une constitution qui déterminera ses priorités et les voies de son développement. Les gouvernants devront s’y soumettre tout comme l’ensemble des groupes et des personnes composant la société.

Oscar Fortin
Québec, le 23 avril 2012

3 commentaires:

Marius MORIN a dit...

Pour régler le conflit politique actuel entre les étudiants et le gouvernement, et faire cesser les manifestations, il devient urgent de retourner à la table des négociations avec toutes les associations étudiantes. Voici quelques solutions :

1) L’État québécois peut geler temporairement les frais de scolarité, tout en récupérant des millions de dollars, en diminuant les crédits d’impôt accordés aux grandes entreprises financières et économiques.
2) En coupant des millions au sur-financement des universités anglophones;
3) En demandant une PETITE CONTRIBUTION aux banques canadiennes qui ont dégagé des profits de l’ordre de 25 milliards en 2011, en relevant leur taux d’imposition de 0,03%, ce qui dégagerait une somme de 228-240 millions, ce qui est demandé aux étudiants et à leurs parents avec la hausse des frais de scolarité.

Mais le conflit ne s’arrête pas là. Au Québec, il faut revoir les priorités gouvernementales, en santé, en éducation, en services sociaux, en infrastructures, en développement de nos ressources et environnement. Pour remédier au conflit, il faut que cessent la corruption, les paradis fiscaux et les privilèges accordés aux banques et aux grandes entreprises. Des solutions, il y en a, mais si le gouvernement libéral laisse la situation se dégrader encore, il devra sous peu démissionner ou appeler à des élections générales, s’il ne veut pas affronter un soulèvement populaire révolutionnaire.
À l’international :
http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=YqBusTWQOyU#!

Marius Morin

Oscar Fortin a dit...

@Marius Je suis tout à fait d'accord avec vous. Il y a des solutions temporaires qui rendent possible le retour aux classes. Vous énumérez plusieurs de ces solutions. Je pense que, dès les débuts, le gouvernement s'est refusé à voir dans cette grève des étudiants un mouvement porté par des considérations allant au delà de la simple augmentation des frais de scolarité. Il y a des questionnements au sujet desquels il ne peut faire la sourde oreille.

Merci pour votre commentaire.

André Tremblay a dit...

Enfin ! Voilà un excellent article qui fait une véritable analyse de fond, notamment en ce qui a trait à la mascarade que nous imposent Jean Charest et ses acolytes, ces larves de notre société.

Je trouve assez rassurant que des personnes, comme vous, bien informées et conscientisées, fassent état au grand jour de leur opinion. Même si elles sont trop peu nombreuses, ces opinons, non seulement sont-elles rafraîchissantes, mais j’ose aussi espérer, qu’un jour, elles trouveront un nombre suffisant d’adhérents pour que l’on ait enfin un monde meilleur, un monde reposant sur la justice et l’équité, ce qui est loin d’être le cas présentement...hélas !

Merci de partager avec nous ces propos intelligents, lesquels diffèrent complètement du discours robotisé et insignifiant de ceux et celles qui nous « dirigent » aujourd’hui.

André Tremblay. Québec