mardi 1 février 2005

TERRORISME ET DÉMOCRATIE

En avril 2001, le Président élu du Venezuela a connu le sort qu’on avait réservé dans les années 1970 au Président du Chili, Salvador Allende. L’armée, soutenue de l’intérieur par les grands patrons et une partie importante de la classe moyenne supérieure, s’est emparé du Président et a renversé le gouvernement légitiment élu pour le remplacer par un soi disant gouvernement provisoire sous la direction du patron des patrons, Carmona Estanga. Nous savons ce qu'ont alors dit nos chefs d’État des Amériques qui avaient proclamé d’une seule voix, lors de leur rencontre de Québec, leur foi dans la démocratie ? Ils ont été tout d'un coup d'une compréhension inattendue pour pour ces terroristes déguisés en gens civilisés.

Y aurait-t-il deux sortes de terrorismes : un bon et un mauvais ? Le bon serait celui porté par les armées conventionnelles au service d’intérêts qui n’arrivent pas à s’imposer par la voie pacifique et démocratique. Le mauvais serait celui porté par des volontaires sans armes conventionnelles au service d’intérêts qui n’arrivent pas plus à s’imposer par les voies pacifiques et démocratiques. Dans un cas, il y aurait le combat conventionnel mené par une armée qui peut compter sur des armes bien définies et dans l’autre cas il y aurait le combat mené clandestinement par des volontaires ne comptant que sur des armes sans cesse à inventer. Dans les deux cas, il y a mort de milliers de personnes innocentes et destruction de toute sorte. Pendant qu’on nous montre un autobus israélien éventré par une bombe et des victimes par dizaines, on voit dans la minute qui suit ou qui précède des quartiers palestiniens démolis entièrement sous l’impact de dynamitage soigneusement préparé ou de bombes lancés par les avions, les chars d’assaut etc. Dans ce dernier cas les décombres ne nous permettent pas toujours de voir les centaines de victimes tout aussi innocentes que les premières.

Tous ces évènements nous interpellent et nous obligent à aller au-delà des informations qui sont bien souvent soigneusement préparées pour mieux nous manipuler. De part et d’autre on se revendique d’une mission divine et on se porte à la défense des grandes valeurs de civilisation et d’humanité. Mais tel n’est pas toujours le cas. Bien souvent, sous le masque de vertu sociale, d’amour du prochain, de défenseurs des grandes valeurs de la civilisation, les belligérants défendent davantage leurs intérêts nationaux pour ne pas dire personnels qu’ils confondent dans bien des cas avec ceux de l’humanité.

Plus que jamais il nous faut être vigilants et décoder les milliers de messages qui nous arrivent comme autant de publicité ventant les mérites des uns et les tares des autres. Dans l’humanité, la frontière entre le bien et le mal passe en chaque être humain qui est porteur tout autant de l’un que de l’autre. Il en va de même pour les peuples et les États. Aucun n’a la mission exclusive d’être le porte étendard du bien ou du mal… Tous ont un examen de conscience à faire.

Oscar Fortin 14 avril 2001

POUR AIMER IL FAUT UN COEUR DE PAUVRE

Pour aimer, il faut un cœur de pauvre.
Pour recevoir et donner,
Il faut aimer.

Si ton regard est suffisant,
ton comportement hautain,
ton jugement sans appel;

Si tu ne peux reconnaître en l'autre
Ce qu'il y a de bon,
D'aimable;

Si tu ne parviens plus à trouver l'excuse,
À comprendre la misère,
À respecter le mystère;

Si tu es seul à tout savoir,
À tout comprendre,
À tout souffrir;

Alors, c'est que ton cœur
N'a pas encore trouvé la pauvreté
Qui rend capable d'aimer.

Pour aimer, il faut un cœur de pauvre.
Pour recevoir et donner,
Il faut aimer.

Si ta présence élève plus qu'elle n’écrase,
Si ton jugement reconnaît plus qu'il ne nie,
Si l'autre devient plus vie que mort;

Si tu es capable de recevoir la critique
Sans voir le complot,
Sans te sentir diminué;

Si tu es capable de tirer plaisir
De la réussite et du succès de l'autre
Sans te mettre en cause;

Si tu parviens à toucher ta grandeur et ta misère,
À goûter les splendeurs du mystère,
À vivre à cœur ouvert;

Si tu parviens à saisir
Que l'humilité, la Vérité et la pauvreté
Ne font qu'un

Alors, c'est que ton cœur peut aimer.

Oscar Fortin, 94-01-25

LE MAL QUI TUE L'HUMAIN

Bien des maux existent. Ils sont tous porteurs d'une brisure, d'une souffrance. Pour certains, ce sera la maladie, pour d'autres, des conditions matérielles de vie intenables, pour certains autres, ce sera un travail perdu ou inaccessible, une famille brisée, un couple démantelé, une dépendance incontrôlable...Si tous ces maux affectent profondément la vie, blessent à divers degrés l'être humain dans sa personne et sa dignité, ils ne tuent pas l'humain.

Le mal qui tue l'humain n'est pas toujours celui que l'on retrouve dans la pauvreté qui sillonne les rues de nos grandes villes, qui se cache derrière les portes closes de demeures anonymes, qui se manifeste dans les larmes de l'enfant affamé, qui se révèle dans la situation du père et de la mère mis à pied ou dans celle de la personne âgée abandonnée. Tout en étant des tragédies, ces maux peuvent souvent se transformer en sources de vie, en gestes de solidarité, en forces de courage et de lutte, en prises de conscience de valeurs qui élèvent et humanisent. Ils peuvent donner naissance à de nouvelles relations humaines fondées sur le respect et l'estime, sur la simplicité et la vérité, sur la gratuité et le partage. Ce sont des maux qui rappellent les limites de notre itinérance et forcent au dépassement dans la recherche d'une plus grande vérité et justice. Ils sont souvent un passage incontournable qui humanise et fait grandir.

Le mal qui tue l'humain est, pour sa part, beaucoup plus discret, mais combien plus dévastateur. Il prend souvent la forme de la vertu, de l'intelligence, de la beauté, de la bonté, de la générosité. À la manière d'un caméléon il se fond dans les couleurs de son environnement. Comme un parfum, il se répand sur toute la personne, mais comme un cancer il détruit tout. Ce mal porte plusieurs noms: la suffisance des arrivistes, la servilité des misérables, l'hypocrisie et le mensonge des opportunistes, le calcul intéressé des ambitieux. Il vit de la manipulation et de la tricherie. Ce mal pous­se à écraser pour mieux s'élever, à dominer pour mieux régner, à charmer pour mieux posséder. C'est le mal de l'âme. Il sape à sa base toute possibilité de relations humaines vraies et par le fait même toute possibilité de véritables communautés de vie.

Ce mal qui tue l'humain est latent en chaque être humain, en chaque personne. Il est là derrière chaque masque que nous portons, chaque rôle que nous nous donnons. Personne n'en est exempt. Tous, nous pouvons en être atteints et, à moins d'une bonne dose d'humilité et d'une grande liberté intérieure, ce mal s'installera aux commandes de nos vies. Il s'im­posera et tuera lentement mais sûrement toute possibilité de relations humaines fondées sur l'estime, le respect, la vérité. Il tuera l'humain et avec lui l'amour qui lui donne son sens.

Croyants ou pas, l'histoire de ce Jésus crucifié pour avoir démasqué les mille et une facettes de l'hypocrisie et de la supercherie n'est pas sans nous inviter à prendre conscience de ce mal qui tue en nous et chez les autres ce qu'il y a d'humain. Cette seule prise de conscience sera déjà le commencement d'une vie nouvelle. L'humain y retrouvera son sens.


Oscar Fortin

À NOS CHERS AÎNÉS

Je profite d'un mardi gras plutôt tranquille pour vous écrire un mot. Je pense à vous souvent et je vous trouve bien extraordinaires d'assumer comme vous le faites la situation qu'est la vôtre. La perte progressive d'autonomie pour des personnes qui ont toujours eu une grande autonomie dans l'organisation de leur vie n'est pas chose facile. Votre sens de la réalité, nourri par une grande foi, vous permet de prendre chaque jour à la fois et de le vivre avec sérénité.

Le monde est comme malade du vide de la vie. Une fois la consommation épuisée, les passions évaporées, les relations d'intérêts démasquées, le vide s'impose en révélant la grande tricherie des mondes imaginaires dans lesquels, trop souvent, on s'est investi. Les amis d'autrefois se sont, comme par magie, envolés, les projets de rêves se sont vite transformés en cauchemar, les biens accumulés sont demeurés sans utilité et sans âme.

Pourtant tout est là pour que l'être humain sorte de sa coquille, découvre ses profondeurs en même temps que les promesses d'une vie qui répond sans tromper à ceux et celles qui s'y ouvrent et s'y livrent. C'est la voie du dépassement, du partage, de l'entraide, de la solidarité, de l'accueil et du don. C'est aussi la voie des joies profondes, des émotions élevantes, des passions généreuses. C'est enfin la voie des amitiés qui durent et des amours qui libèrent.

Déjà la vie vous a appris toutes ces choses et encore davantage. Votre choix pour un monde ouvert, décloisonné, habité par un amour qui se fait plus fort que la mort vous assure la sérénité et la paix que le vide de la vie n'arrive pas à déloger. Votre seule présence, porteuse d'autant de vie, est comme une flamme qui brise le voile des ténèbres et éloigne les frontières de la solitude.

Plus que jamais nous avons besoin de vous, de votre présence, de votre sérénité, de votre amour gratuit et nourrissant.

De vos enfants qui vous aiment et se cherchent toujours dans ces mirages de la vie.
Oscar Fortin

LES VRAIS MANDARINS DU POUVOIR

Nous avons la conviction, comme électeurs de gouvernements et comme actionnaires d’entreprises inscrites à la bourse, que nous sommes les détenteurs des pouvoirs qui leur sont rattachés. Les campagnes électorales dans nos démocraties ventent le pouvoir du peuple qui s’exprime par un vote individuel longuement et chèrement courtisé. Les analystes et les maisons de courtage font la promotion d’entreprises dont les horizons sont prometteurs pour les investisseurs qui deviennent ainsi des propriétaires d’entreprises. Nous votons librement pour nos représentants et nous achetons librement les actions que nous voulons bien. En agissant ainsi nous donnons légitimité aux gouvernements élus et pouvoir économique aux gestionnaires d’entreprises. Là se termine notre rôle et notre capacité réelle d’intervention individuelle et collective.

Les gouvernements, une fois élus, sont vite pris en charge par les mandarins (hauts fonctionnaires) qui disposent des pouvoirs d’information et d’influence. Ils sont en première ligne des textes de loi qui se rédigent, des règlements qui s’élaborent, des argents qui se dépensent. Ils ont cette position confortable de ne pas être soumis aux fluctuations électorales et peuvent compter sur des budgets qui tout en leur assurant des revenus confortables leur permettent d’agrandir et de consolider leur réseau d’amis dans le monde des grands et des puissants. Leur intervention au niveau de la fiscalité leur épargnera des mesures qui autrement viendraient réduire leurs gains ainsi que ceux de leurs amis courtisans. De nombreuses mesures ont ainsi vu le jour pour permettre des économies d’impôt sur les revenus élevés et les gains en capital. Ces sujets ne sont pas au menu des programmes électoraux. Ils peuvent se régler à l’interne.

Ces véritables détenteurs du pouvoir vivent pour la plupart dans l’ombre et se contentent de cultiver les cercles privilégiés qui regroupent les principaux acteurs du politique, de l’économique, du culturel, du social et du juridique. A ce niveau l’information privilégiée circule et les tractations les plus avantageuses pour chacun se négocient et se décident. Tout le reste n’est plus que mécanique à mettre en place pour que ces décisions se réalisent dans le respect des institutions et des lois qu’ils prennent la précaution d’ajuster, le cas échéant, à ces dernières. Les dirigeants des sociétés d’État, les membres de leurs conseils d’administration, les sous-ministres et les chefs de cabinets ministériels constituent l’essentiel de ces mandarins. Les grands bureaux d’avocats, les représentants d’entreprises, certains chefs syndicaux auront accès à ce cercle privilégié. Par contre le député, l’élu, demeurera loin de ce gratin et le citoyen encore davantage. Ces derniers n’ont pas grand poids sur les salaires qu’ils se votent, les comptes de dépenses qu’ils s’octroient, les décisions qu’ils prennent. Ils seront toutefois subtilement manipulés par des stratégies de communication et des exercices de relations publiques qui auront été préalablement ciblés à cette fin. La ligne de parti en fera un appui indispensable aux décisions législatives. Ils auront la responsabilité de faire passer la pilule à leurs commettants. Ils sont les fantassins de première ligne.

Ce qui est vrai pour les gouvernements, l’est tout autant pour les entreprises qui vivent, entre autres, de l’investissement des actionnaires. Les conseils d’administration et la direction de ces entreprises ont entre leurs mains plein pouvoir pour faire à peu près n’importe quoi. Les assemblées annuelles de ces entreprises ne sont que des simulacres de participation. La grande majorité des actionnaires ne se rendent pas à ces assemblées structurées davantage pour des initiés que pour le commun des petits actionnaires. Ces derniers sont d’ailleurs plutôt des analphabètes de ce monde de la haute finance et n’ont que très peu de ressources pour se rendre et se faire valoir aux assemblées annuelles des membres. Le système est à ce point organisé que les dirigeants prennent le contrôle de la situation et la mène à leur guise. Ils ont la main haute sur l’argent des actionnaires et sur l’entreprise. Ils se donnent des conditions qui les mettent à l’abri de tout risque tout en s’assurant le maximum d’avantages. Ils peuvent se faire financer l’achat d’actions privilégiées par l’entreprise en guise de complément de salaire. Ce dernier a l’avantage de soustraire à l’impôt 50% de ce revenu considéré comme gain de capital. Les administrateurs se font voter une bonne allocation annuelle tout en ayant droit à un revenu supplémentaire pour chaque conseil, qu’ils soient physiquement présents ou autrement. Dans une entreprise dont je suis actionnaire, la rémunération annuelle des administrateurs est de 5 000 $ et 1 000 $ par rencontre que ce dernier soit ou non présent physiquement. Il ne s’agit que d’une petite entreprise dont les actions ont planté magistralement au cours de la dernière année. Si les langues se déliaient nous verrions que la liste de ces horreurs est beaucoup plus longue que celle qui nous parle d’ENRON et de NORTEL

Il est urgent que nos systèmes démocratiques prennent acte de cette usurpation de pouvoirs et que des mesures drastiques soient adoptées pour que les représentants élus aient la main mise sur l’appareil de l’État et les budgets qui lui sont alloués. La relation du député avec le parti ne doit pas faire passer en second plan sa relation avec ses commettants. Autrement, la démocratie est une mascarade qui ne fait que légitimer le pouvoir des mandarins.
Il est tout aussi urgent que des mesures soient également prises pour que l’intérêt des petits actionnaires ne soit manipulé au profit d’intérêts d’administrateurs et de gestionnaires gourmands et peu scrupuleux. Les centaines de milliers de petits actionnaires qui ne peuvent se rendre présents collectivement aux assemblées annuelles de leurs entreprises doivent pouvoir compter sur des mesures légales et fiscales qui sauront encadrer l’action de ces administrateurs et de ces gestionnaires de manière à éviter de tels dérapages.
Faute d’agir sur ces deux fronts nous demeurerons les otages de mandarins souvent peu scrupuleux, plus près de leurs intérêts individuels que de ceux de l’ensemble de la collectivité. Le bien commun dont on se fait les gardiens est bien loin des préoccupations de ces derniers dont la devise "qu'on est jamais aussi bien servi que par soi-même" occupe la premièr place. Beaucoup d'autres "Robin des Bois" (Yves Michaud) doivent se faire entendre et poser des gestes pour que ça change. Il en va de notre foi dans nos institutions démocratiques.

Oscar fortin