PENSÉE

LA DÉMOCRATIE QUI NE FAIT PAS DU PEUPLE LE RESPONSABLE DE SES DÉCISIONS EST UNE TROMPERIE.

LA RELIGION QUI NE RECONNAÎT PAS LA FOI COMME UN DON PERSONNEL DE DIEU EST UNE MANIPULATION.

LE BIEN COMMUN QUI NE SE FONDE PAS SUR LA JUSTICE ET LA VÉRITÉ EST UNE ESCROQUERIE.

Oscar Fortin

Blog espagnol

lundi 21 septembre 2015

FIDEL CASTRO: “L’HISTOIRE M’ABSOUDRA”




LA DOUCEUR DE DIEU PARTAGÉE ENTRE FIDEL ET FRANCISCO






Il y a de ces moments dans l’Histoire qui transcendent le temps et qui nous interpellent dans ce que nous avons de plus humain en chacun de nous. Ici, nous voyons deux hommes dont les chemins, pour différents qu’ils furent, les conduisirent vers un monde plus humain, plus solidaire avec les pauvres et les humbles, libéré du poids de l’ « avoir » pour laisser toute la place à l’ « être », à la personne, à la solidarité, à la justice, à la douceur et à la miséricorde.

Fidel, de famille aisée, laissa ses privilèges de classe pour se consacrer  à la libération des pauvres et humbles de son peuple. Très jeune, il a compris les lois d’un système qui fait toujours plus riche une minorité et toujours plus pauvre une majorité. Dans un premier temps, il a voulu procéder à des changements fondamentaux en empruntant la voie démocratique. Au moment où son organisation politique prenait de l’ampleur et qu’il devenait une menace réelle au pouvoir en place, Batista, ex-président de Cuba, renverse le gouvernement de Carlos Prío Socarrás, le 10 mars 1952, trois mois avant la tenue des élections présidentielles. La seule alternative qui restait à Fidel et à ses compagnons était celle de la lutte armée.

Ce fut le début d’une guerre qui allait les conduire, après de multiples péripéties, jusqu’à la victoire du 1er janvier 1959. Il faut relever ici cette attaque, en juillet 1953, à la caserne de la Moncada. Une attaque qui coûta la vie à plusieurs compagnons de combat et où la majorité fut fait prisonniers, au nombre desquels figurait Fidel Castro. En 1956, après une amnistie des prisonniers, réclamée par les clameurs du peuple, ces derniers prirent le chemin de la Sierra Maestra   d’où ils allaient vaincre le dictateur Batista le premier de janvier 1959. Suite à cette victoire, Fidel n’a pas voulu être le Premier ministre. C’est le peuple qui est allé le chercher pour qu’il soit à tête de cette révolution et qu’il en dirige le gouvernement. Pour qui connaît Fidel, l’homme qu’il est, il n’y a jamais eu une quelconque ambition de richesse pas plus que de pouvoir personnel. Son ambition et son devoir le plus sacré ont toujours été celui de faire de son peuple la conscience d’un monde solidaire et humain.

Ses ennemis, les grands propriétaires fonciers, les multinationales, les pouvoirs politiques et économiques dominants ne tardèrent pas à transformer Fidel en un véritable diable dont les ambitions personnelles n’étaient rien d’autre que celles de s’enrichir, de tuer tous ceux qui se mettaient de travers sur son chemin, à emprisonner sans jugement ses adversaires, à torturer sans aucun respect des droits humains et à tuer chaque fois qu’il en avait le goût. Encore aujourd’hui, il y a de ces journalistes qui continuent à en parler comme un dictateur aux mains remplies de sang. Heureusement, à sa décharge, d’autres prennent également la parole dont Miguel  D‘Escoto, ex-président de l’Assemblée générale des Nations Unies, qui parle de Fidel Castro comme l’homme d’État le plus solidaire qu’il ait jamais rencontré. Qu’il suffise de rappeler la Mission miracle  qui a permis à des millions de personnes à travers tout l’Amérique latine à recouvrer la vue. Que dire de ces milliers de médecins toujours les premiers arrivés sur les lieux de catastrophe ou d’épidémie mortelle? On peut en dire tout autant de ces milliers de professeurs cubains envoyés dans les régions les plus éloignées pour alphabétiser avec la méthode « Moi, si je peux » et développer la conscience à des valeurs de paix et de solidarité.

Jorge Bergolio, d’une famille d’immigrants, s’est consacré, après des études en chimie, à la vie sacerdotale, chez les Jésuites. Avant d’être évêque et Cardinal, il a été Provincial des jésuites de la région de Buenos Aires. Une période qui fut particulièrement difficile pour lui. Elle coïncidait avec l’arrivée au pouvoir d’une junte militaire qui ne se fit pas scrupule à renverser le gouvernement légitime pour y imposer leurs lois de dictateurs. Ce ne sera que quelques années plus tard que certains en feront un collaborateur de cette Junte militaire qu’on lui reprochera entre autres de n’avoir jamais critiquée.  

Toute cette histoire a refait surface au moment de son élection comme pape. Des voix personnalités importantes sont venues contredire ces accusations et ont permis de dissiper toute collaboration directe de Jorge Bergoglio avec cette Junte militaire. Une de ces voix des plus crédibles est celle de Adolfo Perez Esquivel, Nobel de la paix, qui confirme le fait que Bergoglio n’a pas eu de liens avec la Junte militaire. Toute cette histoire représente une expérience douloureuse qui lui a permis de vivre dans sa chair ce que c’est que la diabolisation d’une personne et le discrédit que l’on fait de sa personne. Une expérience qui lui permet de comprendre le chemin de croix qu’a été celui de Fidel à travers la presse dominante de l’Occident.

À peine élu pape, Jorge Bergoglio a choisi le nom de François et il s’est aussitôt présenté au balcon de la Place Saint-Pierre pour demander à la foule et au monde entier de le bénir et de prier pour lui. Un geste simple qui porte avec lui un changement profond dans la manière de comprendre l’exercice de l’autorité dans l’Église. En renvoyant au peuple le pouvoir de le bénir, il en reconnaît toute l’autorité dont il dispose. Le nouveau pape Francisco ne se présente plus comme une autorité de pouvoir, mais comme un Pasteur de service et d’accompagnement d’un peuple en qui l’Esprit est déjà à l’œuvre. Dans on Exhortation Apostolique Gaudium Évangelii et dans son Encyclique Laudato si, le pape François reconnaît que le système qui domine les relations entre les personnes et les peuples est pervers, générant toujours plus de pauvreté pour la multitude et toujours plus de richesses pour une minorité. Sur ce point, les deux hommes, Fidel et Francisco, se retrouvent parfaitement. Les deux savent qu’un changement de système s’impose et qu’une nouvelle conscience humaine doit émerger et conduire à la naissance d’un monde nouveau. En cela Fidel et le pape François partagent une même aspiration : celle d’un monde nouveau basé sur le respect de la nature à laquelle fait partie l’humanité. Un monde dans lequel les personnes et les peuples peuvent avoir confiance en la justice et dans le respect de leurs droits. Un monde qui laisse tout l’espace nécessaire au « bien vivre » que nous enseigne les Mayas. Un monde que le pape François veut de douceur et de miséricorde et que Fidel veut de solidarité et de paix.

Comment ne pas rappeler ces paroles prophétiques de Fidel lorsqu’en 1953 il assuma lui-même sa propre défense devant des juges qui allaient le condamner. Il a à leur endroit certains propos qui n’ont pas perdu toute leur acuité.

   « Je vous avertis que tout ne fait que commencer. Si dans vos âmes il y a encore un brin d’amour pour la patrie, pour l’humanité, pour la justice, alors écoutez-moi avec attention. Je sais que vous allez me contraindre au silence pendant de nombreuses années. Je sais que vous ferez tout en votre pouvoir pour  cacher la vérité. Je sais que la conspiration contre moi visera à ce que je passe à l'oubli. Mais ma voix ne s’éteindra pas pour autant : elle prend toujours plus de force dans ma poitrine lorsque je me sens seul et elle apporte à mon cœur toute la chaleur que lui nient les âmes lâches.

Lorsque vous jugez un accusé pour vol qualifié, Honorables Juges, vous ne lui demandez pas combien de temps il est sans travail, combien d'enfants il a, quels jours de la semaine il a mangé et ceux où il n’avait rien à manger. Vous ne vous préoccupez pas du tout des conditions sociales de l'environnement dans lequel il vit. Vous les envoyés en prison sans plus de considération. Par contre, vous ne voyez pas les riches qui mettent le feu à leur commerce et à leur boutique pour réclamer des polices d’assurance, même si, dans ces feux, des êtres humains y périssent. Ils ont suffisamment d’argent pour payer des avocats et corrompre les juges. Vous envoyez en prison le malheureux qui vole parce qu’il a faim, mais aucun, des centaines de voleurs qui s’emparent de millions à l'État, ne passera une une seule nuit derrière les barreaux. Vous mangez avec eux à la fin de l’année dans quelque lieu aristocratique et ils ont ainsi votre respect.


« Je terminerai ma plaidoirie d'une manière peu commune à certains magistrats en ne demandant pas la clémence de ce tribunal. Comment pourrais-je le faire alors que mes compagnons subissent en ce moment une ignominieuse captivité sur l'île des Pins? Je vous demande simplement la permission d'aller les rejoindre, puisqu'il est normal que des hommes de valeur soient emprisonnés ou assassinés dans une République dirigée par un voleur et un criminel. Condamnez-moi, cela n'a aucune importance. L'histoire m'absoudra."

Hier, le 20 septembre 2015, l’Histoire a émis son jugement à l’endroit de Fidel. Le pape François est allé à sa rencontre dans sa petite résidence à la Havane. Tous les deux se sont reconnus comme des frères amant d’un monde nouveau, d’une Humanité où s’imposent la vérité, la justice, la solidarité, la compassion et la miséricorde.

Oscar Fortin
Le 20 septembre 2015-09-21

Note : Je tiens à souligner que la traduction du texte emprunté au discours de Fidel, est de moi et que j’ai récupéré de mon mieux ses propos, sans toutefois y être parvenu comme l’aurait fait un traducteur professionnel.

Je me permets de vous laisser quelques liens sur des articles publiés antérieurement sur Fidel.


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