mercredi 19 août 2009

VÉRITÉ "FAUSSE" ET VÉRITÉ "VRAIE"

Tous ceux et celles qui prennent la parole prétendent dire et servir la VÉRITÉ. Il n’y a personne qui se présente en soutenant que ce qu’il dit est pur mensonge. Les plus grands menteurs tout comme les témoins les plus authentiques font de la VÉRITÉ le porte étendard de leurs discours et de leurs actions. Les premiers développent les astuces les plus sophistiquées pour revêtir le mensonge en vérité, alors que les seconds n’y arrivent que par le témoignage de leur vie.

Le discernement de la vraie et de la fausse vérité devient d’autant plus complexe que les moyens de communication par lesquels elles nous sont servies permettent à ceux qui en ont le contrôle de faire à peu près n’importe quoi. Les morts peuvent continuer de parler et de dire ce qu’ils veulent bien qu’ils disent. Combien de fois Ben Laden a-t-il pris la parole depuis qu’il est parti pour un autre monde? Que dire de ces images troublantes, résultat de montages et de sélections bien orchestrés, qui viennent convaincre les bonnes gens de la cruauté de ces adversaires qui ne méritent pas de vivre ? Lorsque la radio, la télévision, les journaux et les revues sont la propriété de ceux qui contrôlent les pouvoirs économiques, politiques et judiciaires, il est fort probable que leur usage et leurs contenus répondront d’abord et avant tout à leurs PRÉOCCUPATIONS ET INTÉRÊTS.

Le jour où des voix s’élèvent pour affirmer la suprématie du BIEN COMMUN sur les intérêts privés et que des leaders arrivent à échapper à leur influence, alors toutes les astuces deviennent possible pour diaboliser ces nouveaux venus aux ambitions « perverses, révolutionnaires et sans dieu ». Les hiérarchies religieuses, dans leur ensemble, uniront leurs voix à celles des maîtres du monde pour faire taire ces nouveaux venus qui veulent réaliser sur terre le Royaume de Dieu alors qu’il ne deviendra réalité que dans les cieux. D’ici là il faut prier, s’aimer les uns les autres, accepter les épreuves de la vie en unissant ses souffrances avec celles du Christ mort pour nos péchés. Évidemment, rien n’empêche de souhaiter que les puissances du monde prennent en compte la misère des peuples et y remédient, selon leur bonne disposition, avec charité et justice. Pas question, toutefois, pour les peuples de relever la tête, de se prendre en main et de reconquérir leurs droits en rompant les chaînes de leur dépendance.

Cette vision, à première vue simpliste, est malheureusement plus réelle que nous ne pouvons le penser. L’avènement d’internet et des réseaux alternatifs d’information viennent démasquer ces bien-pensants et leurs astuces pour tromper le monde. Des études et des analyses de plus en plus nombreuses mettent à jour les subterfuges utilisés pour revêtir le mensonge d’une apparence de vérité. Même si cette information alternative n’arrive pas encore au grand public, elle est là pour rester en dépit des efforts déployés pour en arrêter l’expansion. Il suffit de regarder les contradictions que doivent gérer les promoteurs des vérités fausses. En même temps qu’ils se font les grands promoteurs de la démocratie, ils se font les alliés discrets de coups d’état et d’actions déstabilisatrices de démocraties bien vivantes. Ces contradictions ressortent de façon particulière au Honduras avec l’expulsion, manu militari, du président légitimement élu, Manuel Zelaya tout comme en Bolivie et au Venezuela où ils soutiennent « toujours discrètement » les actions terroristes de déstabilisation de ces démocraties. En même qu’ils se font les promoteurs de la négociation politiques au Honduras pour résoudre le conflit, ils se font les promoteurs, en Colombie, de l’affrontement armée avec les Forces armées révolutionnaires de la Colombie (FARC) en y établissant sept bases militaires avec des contingents armés munis d’armes des plus sophistiqués. Ils sont scandalisés que les pays frontaliers, tels le Venezuela, l’Équateur et le Brésil, puissent se sentir menacés par cette présence militaire, eux pourtant si sensibles aux menaces pouvant porter atteinte à leur propre sécurité nationale.

Que font les médias de communication sur lesquels ils ont plein contrôle? Ils se feront silencieux sur le coup d’État au Honduras et parleront du Président déchu. Quant aux attentats terroristes en Bolivie et au Venezuela, ce sera le silence le plus complet. Il en sera de même pour les tractations de l’entente des sept bases militaires concluent avec la Colombie. Il a fallu la sortie d’Hugo Chavez, Président du Venezuela, pour que les pays de la région se mobilisent et que le « chat sorte du sac ». À ces faits s’ajoute cet autre qui vient tout juste de se passer au Paraguay. Tout récemment le président de ce pays, Fernando Lugo, a refusé de signer une entente sénatoriale voulant confiner la démocratie à sa seule forme représentative, à savoir celle qui ramène la participation du peuple au simple vote émis une fois tous les 4 ans. Pour le Président, cette forme de démocratie ne permet pas une pleine et entière participation du peuple à la gestion et aux orientations politiques du pays. Il y a d’autres formes de démocratie qui permettent une plus grande participation du peuple à son devenir social, politique et économique. Il y a l’exemple de la Bolivie, de l’Équateur et du Venezuela où la démocratie participative donne au peuple un plus grand pouvoir d’intervention. Un journal sérieux de mon pays, plutôt que d’analyser les enjeux de ce débat, a plutôt choisi de reproduire un article de LIBÉRATION qui présente le président Lugo comme PÈRE DE LA NATION, faisant directement allusion aux enfants nés de ses relations intimes, alors qu’il était toujours évêque. Une manière de le discréditer et de le ridiculiser.

L’Évangéliste Jean met dans la bouche de Jésus ces paroles adressées à ceux qui veulent sa perte, paroles qui devraient faire réfléchir tous ceux et celles qui se réclament de la foi chrétienne tout en se prêtant à ce jeu de la désinformation et souvent du mensonge pur et simple:
"Or maintenant vous cherchez à me tuer, moi, un homme qui vous ai dit la vérité, que j'ai entendue de Dieu. Cela, Abraham ne l'a pas fait !

« Vous êtes du diable, votre père, et ce sont les désirs de votre père que vous voulez accomplir. Il était homicide dès le commencement et n'était pas établi dans la vérité, parce qu'il n'y a pas de vérité en lui : quand il profère le mensonge, il parle de son propre fonds, parce qu'il est menteur et père du mensonge. » (Jn 8,40-44)

Les porteurs de la « vérité vraie » se reconnaissent par leur témoignage de vie et leur solidarité avec les pauvres de la terre. Ils n’acceptent aucune alliance avec le père du mensonge ou ces oligarchies qui dirigent le monde selon leurs ambitions et leurs intérêts. ILS DONNERONT LEUR VIE, S’IL LE FAUT, POUR QUE TOUS LES HUMAINS AIENT LEUR PLACE À LA TABLE DE LA VIE. POUR EUX LE BIEN COMMUN DES PEUPLES DOIT S’IMPOSER AUX INTÉRÊTS INDIVIDUELS ET CORPORATIFS.

Oscar Fortin, politologue et théologien
Québec, le 19 août 2009
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jeudi 13 août 2009

JOYEUX ANNIVERSAIRE À FIDEL

Celui qui a survécu à plus de 650 tentatives d’assassinat célèbre, en ce 13 août 2009, ses 83 ans. Ses ennemis sont toujours là aux aguets pour le diaboliser et le discréditer devant l’opinion publique mondiale. Ils ont beau jeu puisqu’ils contrôlent l’ensemble des grands médias et qu’ils ont à leur service les meilleurs spécialistes pour pareille mission. Néanmoins, le succès escompté d’une telle tricherie n’arrive pas à s’imposer à tout le monde. Son expérience, son talent de grand stratège, sa sagesse lui attirent de nombreux chefs d’État qui vont y chercher conseil. Son exemple fait l’admiration de millions de personnes dans le monde, surtout des plus déshérités et laissés pour compte. Par ses commentaires et réflexions que ses ennemis se gardent bien de publier, c’est l’homme profondément engagé qui se laisse découvrir dans ce qu’il a de meilleur.

En dépit de la grave maladie dont il a été victime et de la délicate intervention chirurgicale à laquelle il a été soumis, en 2006, il demeure toujours très actif. Au tout début de sa convalescence, il a mis la dernière main à la révision du livre « Cent heures avec Fidel », publié par le Rédacteur en chef du journal Le Monde diplomatique, Ignacio Ramonet. Ses commentaires et réflexions jettent un éclairage particulier sur l’actualité tout en mettant en évidence des questions fondamentales comme celles de l’environnement et de la création d’un nouvel ordre mondial, fondé sur la justice et le respect des peuples. Il reçoit, en dépit de son état de santé, de nombreux chefs d’État qui souhaitent échanger avec lui. Ce fut le cas, entre autres, des Présidents du Brésil, du Venezuela, de l’Équateur, du Paraguay, de la Bolivie, du Guatemala, du Honduras, du Nicaragua ainsi que des Présidentes du Chili et de l’Argentine. Beaucoup d’autres chefs d’État des Antilles et de l’Afrique ont également été reçus. Le Président de l’Assemblée générale des Nations unies, Miguel d’Escoto, qui connaît bien cet homme, déclarait tout récemment à son sujet:

« Nous vivons le meilleur moment de l’histoire d’Amérique latine, un moment durant lequel le rêve de Bolivar, de Morazán et de Martí ne sont plus un simple rêve, mais s’est transformé en un projet réalisable dans lequel nous pouvons nous engager. Pourquoi ce moment-ci? Je crois que nous sommes en train de voir les fruits de l’exemple et de la lutte de Fidel, diabolisé par l’Occident pour avoir prêché la solidarité. Fidel ne l’a pas seulement prêchée, il a prêché par l’exemple. Pour moi, et cela je le dis aux Nations unies, il est le héros mondial de la solidarité.»

En 1953, lors du fameux procès où Fidel assumait sa propre défense, il avait terminé son plaidoyer en disant « L’Histoire m’absoudra
». Aujourd’hui nous pourrions dire : « L’Histoire me donnera raison». C’est que le voile couvrant les tricheries tombe tout comme celui couvrant la lutte pour les vrais causes que sont la justice, le respect des peuples, la solidarité humaine. Le monde voit et comprend mieux ce qui se passe. De nouveaux leaders ont pris la relève, poursuivant ce combat pour un monde plus humain et solidaire. Leur lutte demeure tout aussi ardue que celle menée par Fidel, ses compagnons de combat et le peuple cubain. C’est que les oligarchies et ceux qui les soutiennent se résistent à une Humanité qui va au-delà de leurs propres frontières et de leurs propres intérêts. C’est ce qui se passe au Honduras, au Venezuela, en Équateur, en Bolivie, au Nicaragua et d’une certaine façon aux États-Unis où les bonnes intentions d’Obama sont durement mises à l’épreuve des intérêts corporatifs dont le pouvoir est immense.


Longue vie et bon 83ième anniversaire à Fidel sur qui veillent toujours ces colombes qui étaient venues saluer la victoire de la Révolution lors de son premier grand discours, en janvier 1959. Déjà les dieux le prenaient sous leur protection.

Oscar Fortin
Québec, le 13 août 2009
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mercredi 22 juillet 2009

NE PAS UTILISER EN VAIN LE NOM DE DIEU


Nous connaissons tous la formule utilisée par les Présidents étasuniens à la fin de chacun de leurs discours: « GOD BLESS AMERICA ». Ce fut le cas des Eisenhower, Kennedy, Johnson, Nixon, Ford, Carter, Reagan, Clinton, Bush et Obama, qui, pour la plupart, ont été, au cours des 50 dernières années, à l’origine d’initiatives peu compatibles avec le nom de Dieu, révélé en Jésus de Nazareth et auquel ils se disent profondément croyants.

Un survol rapide de quelques unes de leurs initiatives met en évidence les contradictions profondes qui existent entre la foi qu’ils professent et les actions qu’ils déploient dans le monde et tout particulièrement sur cette partie du Continent latino-américain ou vivent plus de 500 millions de latinos, d’indiens mayas, incas et métis. Depuis les cinquante dernières années, qu’a-t-elle fait en Amérique latine cette « AMÉRIQUE » qui se réclame de la bénédiction de Dieu?

1. Elle a continué, évidemment, à se servir en richesses naturelles et en produits alimentaires à bas prix: cuivre, nickel, pétrole, étain, fruits et légumes de toute sorte…
2. Elle a lancé l’invasion de la Baie des Cochons, à Cuba, dans le but de reprendre le contrôle du pays qu’une révolution avait enlevé au dictateur Batista, un fidèle allié.
3. Elle a instauré un blocus économique criminel contre le peuple cubain, blocus qui défie le droit international et les droits de l’homme et qui dure depuis 50 ans;
4. Elle a mené des opérations de nettoyage ethnique en Amérique centrale faisant des centaines de milliers de morts parmi les populations indigènes;
5. Elle a donné le feu vert au coup d’État militaire d’Augusto Pinochet qui a transformé la démocratie du Chili en une dictature militaire qui a duré plus de 15 ans et dont les emprisonnements, les tortures, les assassinats se comptent par dizaine de milliers;
6. Elle a autorisé le PLAN CONDOR, dont l’objectif était d’éliminer physiquement tous les opposants militants aux régimes politiques et économiques en place. « Elle » les baptisait tous de communistes comme si cette appellation l’autorisait à les tuer;
7. Elle a soutenu la Junte militaire en Argentine fortement compromise avec le Chili dans la réalisation du Plan Condor et la persécution des opposants au régime de domination. Des milliers de morts et de disparus ont soulevé la colère de millions de personnes à travers le monde.
8. Elle a soutenu et encouragé les mercenaires « Contras » pour mener une guerre salle contre le Gouvernement sandiniste qui avait mis fin à la dictature de Somoza, fidèle allié de Washington;
9. Elle a fait et continue de faire des pieds et des mains pour renverser par la force le gouvernement démocratiquement élu du Venezuela, actuellement sous la gouverne du Président Hugo Chavez;
10. Elle en fait tout autant pour renverser les gouvernements démocratiques d’Évo Morales en Bolivie et de Rafael Correa en Équateur;
11. Elle manœuvre actuellement dans l’actuel Coup d’état au Honduras pour mettre un terme aux réformes amorcées par l’actuel Président, Manuel Zelaya, qui vient d’être expulsé, manu militari, de son pays.
Cette énumération s’en tient que très succinctement à l’Amérique latine et demeure très partielles. Elle ne fait pas mention de ce qui s’est passé au Vietnam, en Irak, en Afghanistan, à Guantanamo et partout ailleurs. Elle ne parle pas des actions subversives de la CIA et des diverses agences mises à la disposition des oligarchies nationales de chacun des pays. Cependant, il importe de relever que « cette Amérique qui se réclame de la bénédiction de Dieu » est la même qui contrôle les moyens de communication et qui cuisine l’information de manière à servir ses propres intérêts et à diaboliser ses adversaires et leurs initiatives. Le mensonge, la manipulation, la tricherie, n’ont plus de secrets pour « elle ». Elle est passée maître dans l’art de créer la nouvelle qui convient le mieux à la poursuite de ses objectifs.

Que sont-ils donc les intérêts de cette « Amérique bénie des dieux»? Ils peuvent se résumer, en Amérique latine, de la façon suivante :

1. Avoir dans chaque pays des gouvernements (démocratiques ou dictatoriaux, peu importe) qui lui soient subordonnée;

2. Que ses entreprises et multinationales puissent se servir sans contrainte dans le bassin de leurs richesses naturelles;

3. Que les opposants, menaçant cet ordre, soient détenus ou éliminés.

Tout le reste ne sera que parures. Les problèmes sociaux trouveront leur solution par les œuvres de charité. De quoi donner bonne conscience et faire oublier les crimes commis. Également, de quoi occuper les églises et les organismes à but non lucratif. Les dons, desquels ces derniers seront dépendants, permettront aux donataires d’en garder le contrôle. Pas question de revoir l’ensemble du système qui génère pauvreté, maladies, analphabétisme, la non-participation politique. La seule démocratie valable est celle qui trouve grâce à ses yeux et lui assure une mainmise sur tout.

Qui peut penser que le Dieu, révélé en Jésus de Nazareth, puisse bénir de telles initiatives? L’ambition des richesses, le mensonge et l’hypocrisie sont à l’opposé de ce qu’est Dieu. N’est-ce pas scandaleux de se payer ainsi la tête de « Dieu », sans que ceux qui se font une vocation de le faire connaître n’y trouvent rien à redire? Plus grave encore, ils sont souvent de fidèles collaborateurs qui permettent de couvrir les effets pervers d’un tel système.

La seule référence biblique qui me vient à l’esprit est celle qui relate la tentation de Jésus qui reçoit l’invitation du PRINCE DE CE MONDE à se joindre à lui. Il suffisait qu’il se soumette à ce dernier pour que tous les royaumes lui soient remis. La réponse de Jésus a été sans aucun compromis : « mon seul maître est le Seigneur mon Dieu et à lui seul je rendrai des comptes. » Il y a également, dans le même sens, ce passage de l’évangéliste Mathieu qui fait dire à Jésus : « On ne peut servir deux maître, Dieu et l’Argent. » N’est-ce pas abuser du nom de Dieu que de lui demander de bénir « cette Amérique-là ».

Il appartient aux chefs d’État ainsi qu’à ceux des diverses églises de suivre l’exemple de Jésus qui a dit non au MAMMON du désert tout comme ceux et celles d’aujourd’hui qui disent non aux offres alléchantes qui leur sont faites pour trahir et trompés leurs peuples. Il ne suffit plus de se montrer attaché à la pratique de la messe du dimanche pour témoigner de sa foi. Encore faut-il que la justice et la vérité soient au cœur de ses engagements. La vraie prière qui devrait conclure ces discours serait :

« QUE DIEU BÉNISSE LA BONNE FOI DES HUMBLES ET CONFONDE LES HYPOCRITES ET LES MENTEURS. »

vendredi 17 juillet 2009

LES SILENCES DE BENOÎT XVI; CARITAS IN VERITATE

Lire Benoît XVI n’est pas toujours chose facile. L’intellectuel qu’il est sait manier les mots, les concepts qui s’y rattachent et les logiques qui les mettent en interrelation les uns aux autres. Il a l’art de la sémantique et des sous-entendus qui viennent renforcer les objectifs de son discours. Il sait mettre l’accent sur certains points et en diluer d’autres dans un ensemble de considérations qui en relativisent l’importance. Plus que tout, il y a de ces silences sur des réalités qui viendraient normalement illustrer merveilleusement bien son propos sur l’Amour dans la Vérité, mais il s’en garde bien.

1. JEAN XXIII ET PACEM IN TERRIS
Dès l’introduction, le lecteur est frappé par l’absence de références explicites au Pape Jean XXIII et à son encyclique PACEM IN TERRIS. Ses principales références seront prises chez Paul VI et Jean-Paul II. Un relevé des 159 notes de bas de pages, données en référence, indique que trois se réfèrent à PACEM IN TERRIS. Dans les trois cas, Benoît XVI, ne mentionne pas PACEM IN TERRIS. Il se contente d’un renvoi, indiqué par un chiffre, sans que le lecteur sache qu’il s’agit d’une référence à PACEM IN TERRIS. Dans un seul cas (p.67), il mentionne Jean XXIII, de vénéré mémoire. Ces trois références sont en relation avec la nécessité de réformer les Nations Unies et d’en arriver à la constitution d’une instance internationale avec des responsabilités et des pouvoirs pour assurer le BIEN COMMUN à l’échelle de la planète.

Pourquoi ce silence sur une encyclique qui a rejoint tellement de monde et de mouvements sociaux, en dépit du fait que bien des pays et, on pourrait presque dire le Vatican lui-même, l’aient mises sur les tablettes ? Cette encyclique qui parle des droits et des devoirs a su mettre en évidence l’importance des États pour assurer et gérer les exigences du BIEN COMMUN. Dans un langage simple et accessible à la grande majorité, Jean XXIII a su indiquer, entre autres, que les libertés individuelles ne pouvaient pas être absolues et qu’elles devaient se soumettre aux exigences de ce Bien commun. De nombreux passages de cette encyclique gardent toute leur actualité et trouvent dans certaines régions du monde et dans certains pays des mises en application de ses principes et objectifs.

2. LE SOCIALISME DU XXIème siècle


Nous savons tous que l’Amérique latine est une des régions du monde où l’Église catholique compte le plus grand nombre de fidèles. Elle est, comme dit Saint Paul, le Corps du Christ aux multiples dons avec à sa Tête, le Christ. Au N. 21 de son encyclique, Benoît XVI rappelle les grandes attentes de Paul VI dans son encyclique POPULORUM PROGRESSIO et constate qu’elles n’ont pas été réalisées.

« Paul VI avait une vision structurée du développement. Par le terme « développement », il voulait désigner avant tout l’objectif de faire sortir les peuples de la faim, de la misère, des maladies endémiques et de l’analphabétisme. Du point de vue économique, cela signifiait leur participation active, dans des conditions de parité, à la vie économique internationale; du point de vue social, leur évolution vers des sociétés instruites et solidaires; du point de vue politique, la consolidation de régimes démocratiques capables d’assurer la paix et la liberté. Après tant d’années, alors que nous observons avec préoccupation le développement des crises qui se succèdent en ces temps, ainsi que leurs conséquences, nous nous demandons dans quelle mesure les attentes de Paul VI ont été satisfaites par le modèle de développement qui a été adopté au cours de ces dernières décennies. »

Benoît XVI ne semble s’attarder qu’à un modèle de développement, passant sous silence les autres. L’actualité des divers modèles de développement qui se développent en Amérique latine est complètement mise de coté. Il y a Cuba qui a atteint des sommets dans les secteurs de l’éducation, de la santé, de la solidarité internationale et de la participation politique de tout un peuple grâce auquel il a su résister à ce jour à un blocus économique et politique criminel de la part de son voisin du nord. Il y a la Bolivie qui a fait des pas de géant pour devenir un pays libre d’analphabétisme et en voie d’assurer de plus en plus d’accessibilité aux soins de santé, à l’éducation et à la participation à la vie politique et économique des autochtones au passé millénaire . Il y a le Venezuela qui a développé le concept du Socialisme du XXIème siècle et qui reprend pratiquement à son compte les grands énoncés de l’encyclique PACEM IN TERRIS de Jean XXIII. Il y a l’Équateur, le Paraguay, le Nicaragua et le Honduras dont le Président vient d’être mis à la porte « manu militari » par les forces oligarchiques, qui développent également des modèles s’inspirant du socialisme du XXIème siècle. POURQUOI CE SILENCE? Serait-ce parce que la cupule ecclésiale de ces régions se solidarise avec ces oligarchies, habituées de faire la loi et de s’assurer que les institutions de l’État répondent à leurs attentes et intérêts? Pourtant ce sont des modèles qui se rapprochent des grands principes évangéliques, qui donnent à la démocratie son vrai sens et au Bien commun la place qu’il doit occuper dans les priorités de l’État. Curieusement, la majorité de ces gouvernements sont dirigés par des croyants catholiques qui prennent à cœur la justice sociale, le respect des peuples et la solidarité internationale.

3. LA FORCE DE L’EMPIRE

Ce n’est plus un secret pour personne que les puissances économiques et politiques de notre Occident chrétien se mobilisent et n’ont pas l’intention de rendre les armes pour répondre aux impératifs du Bien commun des peuples et du monde. Ils ont intérêt à garder l’entière accessibilité aux richesses naturelles des peuples ainsi qu’à leur exploitation. Ils ne sont pas disposés à perdre leur pouvoir sur les institutions politiques et économiques des divers pays qui leur sont assujettis. Si la démocratie participative met en échec les démocraties traditionnelles, placées entièrement sous leur contrôle, ils n’hésiteront pas à utiliser les armes, la corruption, la cupule des églises, la désinformation systématique et le terrorisme, pour reprendre le contrôle de la situation et y régner en maître. Ils sont les premiers à vouloir garder leur emprise sur les Nations Unies par l’intermédiaire du Conseil de sécurité qui leur assure un droit de véto sur l’ensemble des 192 membres de l’Assemblée générale. POURQUOI ALORS NE PAS EN PARLER? Des milliers de vie humaine sont en cause. Il suffit de regarder ce qu’ils font actuellement au Honduras et ce qu’ils trament dans les autres pays de la région. Pourtant la grande majorité confesse leur foi en Dieu dont ils ne cessent d’invoquer sa bénédiction.

4. LES MOYENS DE COMMUNICATION

Un des thèmes principaux de l’encyclique de Benoît XVI est la VÉRITÉ. Bien que celle-ci n’ait fait l’objet d’aucune définition formelle, permettant de la reconnaître dans les milieux de vie et dans notre environnement international, elle n’en reste pas moins une référence qui doit nous rattacher à la réalité et à sa compréhension. Nous reconnaissons tous l’importance des moyens de communication et le rôle qu’ils jouent dans la diffusion de cette vérité, indispensable à toute participation politique responsable. Ce n’est qu’à la toute fin de son encyclique (N.73) que Benoît XVI y fait référence.

« Pour le bien et pour le mal, ils sont insérés à ce point dans la vie du monde, qu’il semble vraiment absurde, comme certains le font, de prétendre qu’ils seraient neutres, et de revendiquer leur autonomie à l’égard de la morale relative aux personnes. De telles perspectives, qui soulignent à l’excès la nature strictement technique des media, favorisent en réalité leur subordination au calcul économique, dans le but de dominer les marchés et, ce qui n’est pas le moins, au désir d’imposer des paramètres culturels de fonctionnement à des fins idéologiques et politiques. »

En raison de l’importance des media et des techniques de communication, ce sujet aurait mérité un développement plus substantiel et une analyse plus circonstancielle de l’usage qui en est fait par ceux qui en ont le contrôle. Ils ont la capacité de transformer en saint un diable et de faire d’un diable un saint. Sous leur emprise, le mal peut devenir bien et le bien devenir mal. Il s’agit donc d’une question fondamentale qui va au-delà des simples intérêts économiques. Il suffit de penser à leur usage dans le secteur politique et social. Nous vivons dans un monde enveloppé de mensonges et nous nous taisons. L’information produite par les empires est complètement différente de celle obtenue sur le terrain. Il y en va de la Vérité au quotidien et aussi de la Vérité dans ce qu’elle a de plus sacrée : la liberté responsable. « La vérité vous rendra libre ». POURQUOI ALORS NE PAS EN AVOIR FAIT UN THÈME ACCOMPAGNANT CONSTAMMENT LE THÈME DE LA VÉRITÉ? Nous avons vu la capacité de créer la nouvelle lors des dernières élections en Iran et maintenant avec ce qui se passe au Honduras et dans les autres parties de l’Amérique latine. POURQUOI ÊTRE DEMEURÉ SI DISCRET SUR CET OUTIL QUI DOIT PORTER LA VÉRITÉ À TOUTE PERSONNE DE BONNE VOLONTÉ?

5. LA VOIX DES PROPHÈTES

Benoît XVI comme pasteur universel de l’Église n’est certes pas à lui seul l’Église. Saint Paul dans sa lettre aux Éphésiens parlent des Apôtres et des Prophètes comme étant les fondations de l’Église.

« Vous êtes intégrés dans la construction dont les fondations sont les apôtres et les prophètes, et la pierre d'angle Jésus-Christ lui-même. 21 C'est lui qui assure la solidité de toute la construction et la fait s'élever pour former un temple saint consacré au Seigneur. »

Benoît XVI ne sent pas le besoin de faire appel à ces voix chrétiennes qui se font entendre sur l’Église, le monde, la justice, la vérité et surtout sur le bon combat à mener à la suite de Jésus pour que le Royaume et l’homme nouveau deviennent réalité pour tous les hommes dans la plénitude de leur être. Il y a des prophètes qui témoignent comme ce fut le cas de Mgr Romero, de Don Elder Camara, de ces jésuites assassinées en Amérique centrale et de tous les autres, laïcs ou religieux, qui risquent quotidiennement leur vie pour la justice et la vérité. Il eût été intéressant que le Pasteur de l’Église universelle donne la parole à certains de ces prophètes dont la caractéristique principale est de n’avoir les mains liées avec aucun pouvoir. Benoît XVI a plutôt choisi d’être à la fois apôtre et prophète.

"En elle (doctrine), s’exprime la mission prophétique des Souverains Pontifes: guider d’une manière apostolique l’Église du Christ et discerner les nouvelles exigences de l’évangélisation." (N. 12)

"Éduquée par son Seigneur, l’Église scrute les signes des temps et les interprète et elle offre au monde « ce qu’elle possède en propre: une vision globale de l’homme et de l’humanité ». (N.18)

Heureusement que le prophète poursuit sa route et témoigne de la Parole de Dieu en discernant également les signes des temps. Il a l’avantage d’avoir l’écoute du peuple qui se reconnaît et reconnaît son sauveur dans ses propos.

6. LETTRE DE L’APÔTRE JACQUES

Dans le Nouveau Testament, nous avons le Sermon de Jésus sur la montagne qui nous parle des Béatitudes de justice, de paix, de sincérité, de solidarité, ainsi que la narration du Jugement dernier qui nous donne des indications pertinentes sur le comportement que nous devons avoir les uns envers les autres. Il y a aussi la Lettre de l’apôtre Jacques qui s’est avancé passablement sur la question de la foi et des œuvres. Pour Benoît XVI le développement sans la foi en Dieu ne peut conduire à la fraternité.

« La raison, à elle seule, est capable de comprendre l’égalité entre les hommes et d’établir une communauté de vie civique, mais elle ne parvient pas à créer la fraternité. » (N.19)

Benoît XVI n’a pas jugé pertinent de mettre en relief cette affirmation en relation avec ce que nous dit l’apôtre Jacques à ce sujet.

« Mes frère, que sert-il à quelqu'un de dire qu'il a la foi, s'il n'a pas les œuvres? La foi peut-elle le sauver? Si un frère ou une sœur sont nus et manquent de la nourriture de chaque jour, et que l'un d'entre vous leur dise: Allez en paix, chauffez-vous et vous rassasiez! et que vous ne leur donniez pas ce qui est nécessaire au corps, à quoi cela sert-il? Il en est ainsi de la foi: si elle n'a pas les œuvres, elle est morte en elle-même, Mais quelqu'un dira: Toi, tu as la foi; et moi, j'ai les œuvres. Montre-moi ta foi sans les œuvres, et moi, je te montrerai la foi par mes œuvres. Tu crois qu'il y a un seul Dieu, tu fais bien; les démons le croient aussi, et ils tremblent. Veux-tu savoir, ô homme vain, que la foi sans les œuvres est inutile? » (Jc. 2, 14-20)

Oscar Fortin

Québec, le 17 juillet 2009

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lundi 13 juillet 2009

L'AMOUR DANS LA VÉRITÉ OU LA VÉRITÉ DANS L'AMOUR



UNE PREMIÈRE RÉACTION À L'ENCYCLIQUE DE BENOÎT XVI:
CARITAS IN VERITATE

Lire Benoît XVI n’est jamais facile. Non pas en raison de son style, lequel a la qualité de l’intellectuel qu’il est, mais de la manière qu’il a de jouer avec les concepts et les logiques qui les relient les uns aux autres. Le titre donné à son encyclique CARITAS IN VERITATE donne déjà lieu à un débat entre théologiens et exégètes. On se demande si c’est la charité qui doit être reconnue à travers les lentilles de la vérité ou si c’est la vérité qui doit être comprise à travers le vécu de l’amour.

Pour la grande majorité des lecteurs et lectrices, il n’y a pas de différence, que ce soit Caritas in Veritate ou Veritate in Caritas, l'Amour dans la Vérité ou la Vérité dans l'Amour, c'est la même chose. Pourtant, derrière l’usage anodin d’un ordre plutôt que de l’autre, il y a toute une vision de la réalité. Pour m’y convaincre, j’ai réécrit certains passages en inversant l’ordre choisi par Benoît XVI et en y apportant les adaptations correspondantes. Je m’en tiendrai à quelques exemples pris dans l’Introduction.

Point 3 : « Dépourvu de vérité, l’amour bascule dans le sentimentalisme. L’amour devient une coque vide susceptible d’être arbitrairement remplie. C’est le risque mortifère qu’affronte l’amour dans une culture sans vérité. Il est la proie des émotions et de l’opinion contingente des êtres humains ; il devient un terme galvaudé et déformé, jusqu’à signifier son contraire. » (B.XVI)

« Dépourvu de l’amour, la vérité bascule dans la complaisance de l’intellectualisme qui confond ses concepts avec la réalité, sa foi avec des idéologies, sa vie avec sa logique. C’est le risque mortifère qu’affronte la vérité dans une culture sans amour. Elle est la proie de la logique de ses prémices souvent puisées dans des appartenances idéologiques sécurisantes. » (of)

« La vérité libère l’amour des étroitesses de l’émotivité qui le prive de contenus relationnels et sociaux, et d’un fidéisme qui le prive d’un souffle humain et universel
. » (B.XVI)

« L’amour libère la vérité de l’étroitesse conceptuelle qui la prive de contenus relationnels et humains authentiques, et d’idéologies d’autosuffisance qui la privent d’un souffle humain et universel. » (of)

Point 4 « Parce que l’amour est riche de vérité, l’homme peut le comprendre dans la richesse, partagée et communiquée, de ses valeurs. La vérité est, en effet, lógos qui crée un diá-logos et donc une communication et une communion. » (B.XVI)

« L’amour est communication et communion. Il est le foyer à l’intérieur duquel se découvrent et s’illuminent les diverses facettes de la vérité qui ouvrent toujours plus à des horizons porteurs de vie, de simplicité et d’humilité. » (of)

« Dans le contexte socioculturel actuel, où la tendance à relativiser le vrai est courante, vivre la charité dans la vérité conduit à comprendre que l’adhésion aux valeurs du Christianisme est un élément non seulement utile, mais indispensable pour l’édification d’une société bonne et d’un véritable développement humain intégral. » (B.XVI)

« Dans le contexte socioreligieux actuel, où la tendance à réduire le vrai, le bien, l’amour, la vie à des concepts vides de tout contenu existentiel conduit à comprendre que l’expérience des valeurs profondément humaines est un élément non seulement utile, mais indispensable à l’édification d’une société bonne et d’un véritable développement intégral. » (of)

« Un Christianisme de charité sans vérité peut facilement être confondu avec un réservoir de bons sentiments, utiles pour la coexistence sociale, mais n’ayant qu’une incidence marginale. » (B.XVI)

« La vérité sans la charité peut facilement être confondue avec un réservoir de beaux idéaux, idéologies pour certains et foi pour d’autres, mais n’ayant qu’une incidence marginale et souvent trompeuse. » (of)

Ces quelques exemples illustrent, j’espère bien, de manière éloquente que l’usage de mêmes mots dans des ordres différents conduisent souvent à des logiques qui donnent à la pensée des orientations radicalement différentes. L’intellectuel qu’est Benoît XVI a choisi la voie des concepts que recouvre le mot Vérité, pour traduire la logique de sa conception sociale du développement de l’homme et des sociétés. Le Concile Vatican II, dans Gaudium et Spes, et Jean XXIII, dans son Encyclique PACEM IN TERRIS, ont plutôt choisi la voie d’un vécu qui grandit dans l’amour. L’Amour ne s’oppose évidemment pas à la Vérité, pas plus que la Vérité à l’Amour. En Jésus, l’un et l’autre trouvent leur plénitude. Lorsque Jésus dit qu’il est la VOIE, la VÉRITÉ et la VIE il les unit toutes en lui. D’ailleurs Benoît XVI le reconnaît et l’affirme dès le tout début de son Encyclique :

« L’amour donne une substance authentique à la relation personnelle avec Dieu et avec le prochain. Il est le principe non seulement des micro-relations: rapports amicaux, familiaux, en petits groupes, mais également des macro-relations: rapports sociaux, économiques, politiques. » P.2

Ce n’est que par la suite qu’il inverse discrètement l’ordre donné aux concepts de l’Amour et de la Vérité. Pour lui la Vérité est le phare par lequel toutes les réalités doivent s’éclairer et se comprendre. Pour d’autres c’est l’Amour qui est le phare par lequel toutes les réalités doivent s’éclairer et se comprendre.

Oscar Fortin
Québec, le 13 juillet, 2009