samedi 27 février 2010

LE CRUCIFIX: NE PLEUREZ PAS SUR MOI

Le débat sur la présence de symboles religieux dans les édifices publics, tout particulièrement de celui du « crucifix », m’inspire ces paroles de Jésus de Nazareth aux personnes qui pleuraient de le voir soumis à autant de souffrances sous le poids de sa croix: « Ne pleurez pas sur moi! Pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants! » (Luc 23, 28) Cette réponse, me semble-t-il, a de quoi faire réfléchir tous ceux et toutes celles dont la foi se réclame de ce Jésus et qui, dans certains cas, sont prêts aux combats les plus passionnés pour défendre les symboles religieux et tout particulièrement le crucifix. Certains en arrivent jusqu’en pleurer.

Si Jésus lui-même n’a pas voulu que ses disciples et amis pleurent sur lui, mais plutôt sur eux-mêmes, c’est sans doute pour les inviter à prendre conscience des forces dans le monde qui rendent possible pareilles souffrances et injustices. Le monde vers lequel il dirige leurs regards est celui en qui le mensonge, les ambitions, les luttes de pouvoir, la cupidité font et feront tout au long des siècles des centaines de millions de prisonniers, de torturés, de morts. Tout cela se fera, le plus souvent, sous le regard indifférent des multitudes. C’est comme s’il disait qu’il n’est pas venu pour attirer sur lui les regards, mais plutôt pour que les regards se tournent vers ce monde dans lequel ils peuvent être tout à la fois les bourreaux et les victimes de ces bourreaux. « Pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants! »

C’est justement de ce monde dont nous parlons sur Vigile et sur de nombreux autres sites internet. C’est avec ces préoccupations que, croyants et non croyants, se donnent la main pour que cette indifférence à l’endroit des vrais problèmes qui interpellent nos sociétés se transforme en un éveil de conscience et en actions de transformation. Si nos préoccupations, portant sur les symboles religieux en arrivent à nous faire oublier l’essentiel de la réalité qu’ils représentent, pas surprenant alors que le débat sur la laïcité et la religion occupe autant de place et que les problèmes de ce monde vers lequel il a dirigé nos regards soient encore si absents des préoccupations de plusieurs.

Dans une réflexion, portant sur cette réplique de Jésus de Nazareth à ceux et celles qui pleuraient à le voir porter sa croix, j’écrivais ceci :

« Si nous sommes bouleversés par autant d’acharnement à frapper, à ridiculiser, à faire souffrir, n’oublions pas que nous portons tous quelque part en nous cette capacité de cruauté et de haine. Chaque peuple, chaque Église, chaque système politique, chaque classe sociale a son histoire d’horreurs. Le pouvoir religieux représenté par le grand prêtre Caïphe, le pouvoir politique représenté par le gouverneur Pilate, le pouvoir de la suffisance représenté par le roi Hérode ont toujours trouvé, hier et aujourd'hui, de bons motifs pour arrêter, torturer et assassiner. L’histoire récente de l’humanité est remplie de ces horreurs. Et tous y trouvent de bons motifs pour mobiliser les foules en leur faveur. »

Je ne crois pas qu’il soit nécessaire d’être croyant « d’une religion » pour vivre intensément l’espoir d’un monde plus juste, plus vrai, plus solidaire et plus compatissant. Il suffit de croire que ce monde est possible et d’en être un artisan.

Oscar Fortin

27 février 2010

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jeudi 25 février 2010

FIDEL: L'HOMME QU'ON VOUDRAIT MORT

Incroyable destin que celui de ce fils de propriétaire terrien, devenu avocat, puis révolutionnaire en la Sierra Maestra, au début des années 1950. Cible de plus de 650 tentatives d’assassinat, il est toujours là, simplement là, au sommet de ses 83 ans, avec une plume qui lève les ombrages, dissipe les malentendus, pourfend l’hypocrisie, le mensonge et interpelle la conscience de toute personne de bonne volonté. Il est également là, simplement là, accueillant chefs d’État, intellectuels, croyants et non croyants. Il écoute, questionne, réfléchit et discute. Qui est-il donc cet homme que nos médias présentent toujours comme l’homme à abattre, l’ennemi numéro un des droits humains? Ici, en compagnie de Lula, le Président du plus important pays de l'Amérique Latine.

Il est et continue toujours d’être ce jeune cubain brillant, de famille aisée, converti, dès sa jeunesse, au drame des injustices qui accablaient alors des millions de cubains et de cubaines, toujours enchaînés à un système d’exploitation et de domination qui en faisait plus des bêtes de somme que des êtres humains. La nouvelle dictature de Batista, dominant la vie politique, économique et sociale, ne faisait que raffermir cette situation en y ajoutant son lot de corruption et de répression. Dans sa défense, en octobre 1953, lors du fameux procès faisant suite à l’attaque de la Moncada, il a ces paroles qu’il adresse à ses accusateurs et au jury: « Si en vos âmes il y reste un brin d’amour pour la patrie, d’amour pour l’humanité, d’amour pour la justice, alors écoutez-moi avec attention. Je sais que l’on me forcera au silence pendant de nombreuses années; je sais que l’on cherchera par tous les moyens possibles à taire la vérité; je sais que l’on fera tout pour qu’on m’oublie. Mais ma voix ne s’éteindra pas pour autant : elle recouvre d’autant plus de force dans ma poitrine que quand je me sens seul et elle trouve dans mon cœur toute la chaleur que les âmes orgueilleuses ne peuvent ressentir. » (Traduction libre : La Historia me absolvera, p.33) Cette prédiction, qu’il faisait en pensant aux années de prison qui l’attendaient et aux efforts déployés par ses adversaires pour que « son message » tombe dans l’oubli, deviendra la prédiction de ce que sera toute sa vie : prisonnier d’une désinformation des plus persistantes faisant de lui, faute de pouvoir en effacer le souvenir, un monstre d’humanité.

Mais voilà que l’Histoire prend sa revanche et nous livre de plus en plus l’étoffe de l’homme, ses véritables traits de révolutionnaire, sa passion pour une Humanité ouverte et non refermée, sa préoccupation pour l’éducation et la santé, sa conviction profonde que le développement passe par la solidarité et se nourrit de justice, de vérité, de compassion, de fraternité. Nous sommes loin de ces dictateurs qui ont occupé les premières places de la vie politique de ce Continent et qui ont semé la terreur auprès des plus démunis et la corruption auprès des plus opportunistes. Ce n’est pas pour rien que les victimes de ces régimes se reconnaissent de plus en plus dans ceux qui, comme eux, ont connu cette terreur. Rien de surprenant qu’ils trouvent en Fidel ce rocher qui a résisté aux tsunamis médiatiques et terroristes des plus variés pendant autant d’années sans perdre pour autant ce qui le rend si humain : sa simplicité et son humilité.

Il fut un temps où la Revue Forbes classait Fidel Castro parmi les hommes les plus riches de la planète. En 2006, je crois, il a mis tous ses détracteurs au défi de trouver un seul dollar de cette fortune dans quelque banques ou paradis fiscaux d’où qu’ils soient. « Si vous en trouvez un seul, je donnerai sur le champ ma démission comme Président de Cuba. » Une aubaine pour ses détracteurs. Depuis le temps qu’ils voulaient s’en débarrasser, l’occasion était belle et surtout facile, à en croire la revue Forbes, d’y arriver sans avoir à le tuer. Mais, il semble que les recherches n’aient pas donné les résultats attendus, puisqu’il est demeuré à son poste jusqu’à sa maladie en 2008 et que nous n’avons plus jamais réentendu parler de cette soi-disant fortune. Ce n’est pas tout. On évalue à plus de 95 milliards de dollars, les pertes encourues par Cuba en raison du Blocus économique qui perdure depuis plus de 50 ans. L’objectif recherché est que la Révolution cubaine soit un fiasco. Là encore, Cuba, tout en étant un pays très pauvre et en dépit des écueils semés sur sa route, a pu sortir, grâce à sa révolution, de la dépendance et se doter d’un système d’éducation et de santé qui fait l’envie de bien des pays développés. Chez lui, la solidarité fait partie de son destin. Il est actuellement un des plus actifs pour aider son voisin d’Haïti, victime de ce terrible tremblement de terre qui l’a secoué en janvier dernier. Avec ses 350 médecins y de nombreux éducateurs ils apportent assistance, supportent et accompagnent ce peuple courageux à se relever et à se reprendre en main. Pourtant, Cuba et Haïti ont eu longtemps la même histoire, le même destin d’esclaves. Il y a 55 ans et plus, ils étaient tous les deux sous la gouverne de dictateurs. Les populations vivaient en grande majorité sous la dépendance et l’esclavage. Que s’est-il donc passé pour que leur destiné ne les ait pas conduit au même endroit? Pendant que des milliards $ étaient régulièrement dépensés pour que la révolution cubaine échoue, des milliards d’autres étaient investis en Haïti, soit disant, pour assurer son développement. Nous en voyons, aujourd’hui les résultats. Qui, des deux systèmes, a permis les meilleures conquêtes humaines et institutionnelles? Qui compte le plus de morts violentes tout au long de ces 55 ans ?

Ce bref rappel est un devoir de justice et d’humanité à l’endroit de cet homme que déjà l’Histoire reconnaît comme un des plus grands des 60 dernières années et sans doute qu’elle proclamera un jour comme le Père de la seconde indépendance des pays de l’Amérique Latine et des Caraïbes. N’en déplaise à ses détracteurs, sa mémoire survivra à tous ces présidents et dictateurs qu’ils auront soutenus et corrompus, durant toutes ces années, pour mieux régner.

La flamme que porte Fidel en sa poitrine est toujours aussi chaleureuse et forte que celle qu’il évoquait dans ses premières années de lutte. La vérité, comme la lumière avec l’obscurité, finit toujours par faire reculer les frontières du mensonge.

Oscar Fortin

25 février, 2010

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mardi 23 février 2010

POUR UNE LAICITÉ HUMANISTE

Le débat sur la laïcité nous conduit, me semble-t-il, dans bien des directions. Plusieurs penseront que la laïcité est antireligieuse et que ses promoteurs en sont les athées qui veulent faire disparaître du panorama culturel et sociétaire toutes les formes de représentations religieuses. D’autres diront que la laïcité est cet espace « neutre » que se réserve l’État pour que tous les citoyens et citoyennes de quelques religions ou tendances qu’ils soient puissent s’y retrouver sans aucun irritant de nature religieuse. Pour d’autres, le débat sur la laïcité est l’occasion toute indiquée pour régler leurs comptes avec une religion qui ne leur aura laissé que de mauvais souvenirs. Dans tous les cas, le mouvement du balancier des idées et des passions risque de nous en faire oublier l’humain que nous partageons tous.

Dans mon esprit, la laïcité n’est ni une foi, ni un athéisme, ni une religion, mais un espace qui permet à tous les visages d’une société de se reconnaitre dans leur citoyenneté et leurs engagements solidaires au service de la justice, de la vérité, de l’entraide et de la tolérance à l’endroit des plus faibles et démunis de cette même société. En somme, une laïcité qui va au-delà de la « neutralité » en affirmant haut et fort les fondements sur lesquels elle fonde le devenir de la société. C’est ce que j’appellerais « une laïcité humaniste ».

Chacun et chacune pourront bien puiser leurs ressources spirituelles là où ils voudront bien pour autant qu’elles deviennent un véritable ferment au service de cet humanisme qui se nourrit des valeurs plus haut mentionnées. S’il fallait qu’elles deviennent tout le contraire de ce que la société est en droit d’en attendre, il faudrait alors qu’elles soient jugées sur cette base. Dans une société laïque, les véritables croyants et les véritables athées qui méritent tout notre respect sont ceux qui sont, pour l’ensemble de la société, de véritables ferments de justice et de vérité. Ce n’est pas par les signes religieux que l’on va transformer le monde, mais par l’engagement généreux au service de l’ « humain ». À ce titre personne n’y échappe, du plus petit au plus grand, du plus faible au plus puissant, du plus croyant au moins croyant.

Je pense qu’une telle approche ne pourra faire autrement que d’obliger les autorités des différentes religions à se réévaluer à la lumière de ce que leur foi leur enseigne sur ces grands objectifs sociétaires et humanistes. Ce ne sera plus la laïcité contre la religion, mais la laïcité contre l’hypocrisie, le mensonge, les injustices, l’intolérance à l’endroit des plus fragiles et démunis de la société. Cette laïcité devient pour l’ensemble de la société un ferment qui unit et engage, mais aussi qui démasque et dénonce.

Je termine en faisant une proposition concernant le « crucifix » comme symbole d’une époque. Je crois que l’évolution culturelle de la société québécoise fait en sorte qu’elle ne trouve plus dans le « crucifix » le symbole de la conscience qui interpelle. Sans dénigrer sa symbolique qui a interpellé la conscience de nombreuses générations, le temps est sans doute venu de lui substituer un autre symbole plus ouvert à l’imaginaire des multiples consciences. Ce symbole je le vois dans celui d’un cercle, type cerceau, symbole de notre terre et de notre humanité. Et pourquoi pas la minute de silence, permettant à chacun et à chacune de s’y retrouver avec sa conscience? À ce que je sache, nous en avons tous unes.

Je souhaite que les religions redécouvrent la foi qui ouvre au service de l’humanité et que les athées et non croyants de tout acabit découvrent, pour leur part, le véritable humanisme au service duquel nous sommes tous conviés.

Oscar Fortin

Québec, le 23 février 2010

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lundi 22 février 2010

L’UNION DES AMÉRIQUES ET DES CARAÏBES AU SUD DU RIO GRANDE

La tendance aux regroupements régionaux s’observe non seulement en Europe, au Moyen Orient, en Afrique et en Asie, mais aussi et de façon toute particulière dans les Amériques, au sud du Rio Grande. C’est au Mexique que 32 des 36 États qui constituent la fresque des pays de l’Amérique Latine et des Caraïbes sont actuellement réunis pour renforcer leur intégration, leur union et leur défense régionale. Le Groupe de Rio et celui des Caraïbes représentent plus de 586 millions de personnes. Le rapprochement de ces deux groupes a été amorcé à l’initiative du Groupe de Rio et a pour objectif l’intégration, l’union et aussi la défense de tous ces pays. En sont exclus les États-Unis et le Canada dont la participation, pour un grand nombre, n’est pas souhaitée ni souhaitable. Leur expérience de l’Organisation des États Américains (OEA), instrumentalisée par les États-Unis, ne les incite guère à poursuivre sur cette voie. La toute dernière expérience, celle du Honduras, en a révélé l’inefficacité la plus complète. Les plus âgés se souviendront également que ce fut sous la pression des États-Unis que l’OEA expulsa, en 1960, sans fondement valable, Cuba qui en était un membre actif. Ce n'est que tout dernièrement qu'elle a reconnu et corrigé cette erreur.

Lors de son discours d’ouverture, le Président Calderon, l’hôte de cette importante rencontre qui se poursuivra sur deux jours à Cancun, donna les grandes lignes des sujets qui seront abordés. Il y aura la signature d’accords dans des secteurs comme celui de la création d’un organisme régional de l’Amérique Latine et des Caraïbes, sans les États-Unis ni le Canada. Des accords seront également signés en relation à la reconstruction d’Haïti, membre des pays des Caraïbes, et une déclaration conjointe rejettera les activités pétrolières britanniques sur les Îles Malouines et appuiera les revendications de l’Argentine qui les considère comme parties de son territoire nationale.

Les ministres des relations extérieures, qui ont travaillé à ce projet d’Union, d’intégration et de défense, se disent optimistes quant à son acceptation par les Présidents et prévoient, si tout va bien, sa mise en opération pour 2011. Cette Union, dont l’appellation n’est pas encore arrêtée, constituera la plus large et la plus importante plateforme réunissant les chefs d’État de tous les pays de l’Amérique Latine et des Caraïbes. Il faudra toutefois en attendre les conclusions pour mesurer, entre autres, l’influence que continuent d’y exercer les États-Unis à travers certains pays qui leur sont inconditionnellement liés. Les analystes scruteront à la loupe les fractions auxquelles donneront lieu ces débats. Ce serait naïf de croire que le « grand-frère du Nord » demeurera inactif au moment même où les principaux acteurs de son « arrière cour » trament leur seconde indépendance, celle leur permettant de reprendre le contrôle des principales ficelles du pouvoir. Si leur première indépendance leur a permis de devenir des États souverains, les peuples n’en sont pas moins demeurés les otages de plus puissants qu’eux. La faiblesse de certaines institutions tout comme celle de nombreux acteurs politiques, peu scrupuleux et beaucoup ambitieux, ont rendu possible la prise de contrôle de ces États par des puissances étrangères pour qui la corruption est une vertu et le contrôle des principales ficelles politiques, économiques et judiciaires une mission de solidarité et d’entraide.

Donc, une histoire à suivre. Vous pouvez compter sur nos médias pour en être informés dans ses avenants et aboutissants. Plus de 32 pays des Amériques et des Caraïbes, représentant plus de 586 millions de personnes, qui se donnent une nouvelle plateforme régionale, sans la présence des États-Unis et du Canada, a de quoi susciter l’intérêt de ceux et celles qui s’intéressent aux questions internationales. Demain, ce sera le moment des premières conclusions. Quant au bilan, il faudra attendre que la poussière retombe.


Oscar Fortin

Québec, le 22 février 2010

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samedi 20 février 2010

L’INDÉPENDANCE ET LE PEUPLE

DES ÉCUEILS À ÉVITER

Libération.fr, quotidien français, titre, en ce 20 février 2010 : « Majorité de «oui» à l'indépendance au Québec, selon un sondage » et il poursuit : « Les partisans de la souveraineté du Québec devancent les adversaires de cette solution, selon un sondage publié hier par le quotidien La Presse. Si un référendum sur la souveraineté du Québec avait eu lieu la semaine dernière, 45% des Québécois auraient voté pour et 41% contre. 14% des 1.509 personnes interrogées ont affirmé ne pas avoir encore fait leur choix. »

Si ce sondage qui donne déjà 45% en faveur de l’indépendance et 41% contre, alors que le véritable débat n’occupe encore que peu de place dans nos médias, qu’en sera-t-il lorsque ces derniers, pour en débattre, ouvriront leurs portes et leurs fenêtres à ceux et celles qui s’en font les grands promoteurs ? Il ne fait aucun doute que les principaux stratèges du fédéralisme et de ceux qui en tirent les ficelles sont très conscients que l’indépendance du Québec est plus que jamais à portée de main.

La population n’est pas dupe. Elle réalise qu’il y a plein de choses qui ne tournent pas rond. Les scandales se multiplient, la crise économique vient écoper une classe moyenne qui voient ses économies fondre au soleil, la Caisse de dépôt est laissée entre les mains dont on ne sait trop de qui. Harper met la clef sur le Parlement pour échapper aux questions de l’opposition et se donner du temps à faire le plein de photos à Vancouver et en Haïti pour la prochaine campagne électorale. Charest ne fait guère mieux en refusant des commissions d’enquête sur les 40 milliards $ évaporés de la Caisse de dépôt et sur les collusions dans le secteur de la construction. La liste peut s’allonger dans bien d’autres champs d’intervention. L’électorat québécois commence à avoir son voyage et les peurs d’antan sur l’indépendance laissent la place à un avenir meilleur.

Les fédéralistes sont déjà à l’œuvre. D’abord, il leur faut diviser les indépendantistes entre eux, question de briser la cohérence du vote. Ils favoriseront tout ce qui peut créer des dissensions. Ils profiteront du fait qu’il y aura les indépendantistes qui voudront régler tous les problèmes d’un seul coup en même temps qu’il y en aura d’autres qui voudront sauver le système économique et le système démocratique tels qu’ils existent actuellement. De quoi faire oublier le débat sur l’indépendance. En second lieu et sans pour autant négliger le premier point, ils feront valoir que la tenue d’un référendum n’est pas ce que la population veut actuellement. Il y a trop de problèmes urgents à régler pour penser à s’investir dans un nouveau référendum. Ces approches s’inspireront, entre autres, des propos de Lucien Bouchard et seront repris, dans tous les sens, par ceux qui ne veulent pas que le peuple se prononce maintenant. Nous pouvons en imaginer le pourquoi.

COMMENT ÉVITER CES ÉCUEILS

Je pense que la bonne foi des promoteurs et promotrices de l’indépendance du Québec devra être mise à l’épreuve sur le fait que l’indépendance est d’abord et avant tout la prérogative du peuple qui devra en être toujours le souverain. Cette indépendance est le premier pas lui donnant pleine autorité pour définir la configuration des institutions qui lui assureront son plein développement. De spectateur qu’il était devenu, il redeviendra le principal artisan de son destin. Une manière de redonner à la « démocratie » son véritable sens et de rallier tous les indépendantistes et souverainistes de bonne foi. C’est dans le cadre de cette indépendance acquise que les débats devant conduire à une nouvelle constitution devront se réaliser et être sanctionnés par le peuple. C’est également dans le cadre de cette nouvelle indépendance que devront se faire tous les débats plus hauts mentionnés. Tous ces sujets devront être débattus et discutés à tous les niveaux de la population, mais en son temps et lieu. Le débat actuel, celui qui doit rallier toutes les parties, est celui de l’indépendance : l’affranchissement du Peuple Québécois de toute autorité qui ne soit émergente de sa volonté, démocratiquement exprimée. Un référendum sur l’indépendance ne peut pas être de même nature et avoir la même portée qu’un référendum sur une Constitution ou un régime politique et économique etc. Les objets sont différents et il ne faut pas les mêler.

Au fond, il faut que le point de ralliement soit l’indépendance du Peuple Québécois et sa capacité d’intervenir par ses divers regroupements dans la vie de la société et de l’État. Le débat devrait s’en tenir à son affranchissement des pouvoirs fédéraux et à sa capacité d’assumer par lui-même son propre développement. Toutes les autres questions non essentielles à ce débat devraient être reportées au lendemain de la conquête de son indépendance. Cette dernière n’est conditionnelle à aucun régime. En ce sens, le référendum sur l’indépendance n’est pas le lieu désigné pour trancher sur des questions de modalités et de régimes. Le peuple ne doit plus être pris en otage par quelque groupe que ce soit et n’être qu’un spectateur étranger à l’organisation de son propre devenir. Il doit en être l’acteur principal. L’important c’est qu’aucun groupe ne s’arroge les pouvoirs qui appartiennent au peuple.

Si tous les artisans de l’indépendance du Québec, qu’ils soient néolibéraux, anarchistes, socialistes, communistes, de droite, de gauche, catholiques, protestants, athées, musulmans, mariés, séparés, célibataires, gais, lesbiennes, etc. s’accordent pour dire que le peuple doit être celui qui assume en dernière instance les grandes orientations de son devenir politique, économique et social, il sera alors possible de s’unir et de gagner cette indépendance du Peuple auquel nous appartenons tous et toutes.

Pour conclure, je me dois de préciser que cet article se veut une réponse à la stratégie des forces fédéralistes qui se profile en filigrane dans les évènements qui se produisent actuellement. C’est également un réajustement des affirmations que j’ai faites dans mes interventions antérieures, non pas quant à leur contenu, mais à la pertinence du moment pour en débattre. Les véritables débats portant sur la particularité des régimes à adopter devraient, pour éviter les pièges de ceux qui ne veulent pas de l’indépendance du Québec, se faire dans le cadre d’une indépendance acquise. Dans tous les cas de choix structurants, ils devront être sanctionnés par le Peuple. Le temps des constitutions, rédigées et acceptées par d’autres, sera du passé. Il faut que le peuple soit toujours l’artisan de son propre devenir.


Oscar Fortin

Québec, le 20 février 2010

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