samedi 13 mars 2010

LA DÉMOCRATIE: CELLE QUI PLAÎT À WASHINGTON

 Pour faire bénéficier les peuples de la liberté que permet la démocratie, les États-Unis et leurs alliés investissent annuellement des centaines de milliards de dollars, sacrifient la vie de milliers de leurs soldats, absorbent des dizaines de milliers de blessés sans compter les centaines de milliers de civils, femmes, enfants et hommes qui deviennent des victimes innocentes de ces guerres. Il n’est donc pas superflu de regarder de plus près cette « démocratie » pour laquelle autant de sang y est versé et autant d’argent y est investi

Dans notre Occident nous avons développé une démocratie qui trouve tout son sens dans le vote des citoyens et citoyennes qui élisent, tous les 4, 5 ou 6 ans, leurs représentants et représentantes pour diriger les destinées de l’État. À première vue nous pourrions penser que là où il y a vote, il y a démocratie et que là où il n’y a pas de vote, il n’y a pas de démocratie.

Les choses ne sont pas aussi simples. Notre Occident démocratique, pendant qu’il s’accommode parfois de gouvernements dictatoriaux comme ce fut le cas avec les nombreuses dictatures latino-américaines, il lui arrive de plus en plus souvent de s’opposer avec acharnement à certaines « démocraties » où les citoyens et citoyennes votent, pourtant, pour élire leurs dirigeants et dirigeantes. Le commun des mortels peut penser qu’il y a là une contradiction, mais qu’il s’en garde bien.

Augusto Pinochet, ce dictateur qui a renversé par la force des armes le gouvernement démocratique de Salvador Allende et s’est imposé comme Président du Chili, définissait son gouvernement comme une « démocratie autoritaire ». Tout récemment, au Honduras, le gouvernement légitimement élu a été renversé par un coup d’État militaire sous prétexte de sauver la « démocratie ». Un simulacre d’élection a consacré le nouveau président en la personne de Porfirio Lobo que félicite, sur la présente photo, la Secrétaire d’État des États-Unis, Hilary Clinton. En 2002, au Venezuela, il y a eu un coup d’État militaire qui n’aura duré que quelques heures, mais dont l’objectif était, là encore, de « sauver la démocratie ». Dans ce dernier cas ce fut le peuple qui a décidé de « sauver sa démocratie ».

Ces exemples nous obligent à repenser un peu plus notre définition de la démocratie et surtout à mieux comprendre la démocratie pour laquelle nos soldats combattent. Le vote des citoyens et citoyennes ne semblent plus être l’élément le plus important. Si c’était le cas, la majorité des conflits que nous retrouvons en Amérique Latine et ailleurs dans le monde n’existerait tout simplement pas. Alors qu’a-t-elle de particulière cette démocratie, celle à laquelle l’Occident tient tellement?

Une bonne question et pas simple à répondre. Toutefois, pour aller à l’essentiel, certaines constantes permettent d’en circonscrire les principales caractéristiques. Ces constantes se ramènent principalement à quatre.

La première est que les intérêts et la sécurité nationale des États-Unis ont primauté sur toutes les autres valeurs : la vie, les droits de la personne, le droit des peuples, la Charte des Nations Unies, le droit international, les libertés fondamentales. Ces intérêts et cette sécurité nationale sont définis par l’élite dirigeante qui se garde bien d’en faire connaître les avenants et aboutissants. Il suffit de dire, pour justifier toute intervention, qu’il s’agit de l’intérêt et de la sécurité nationale des États-Unis.

La seconde est que le bloc des pays développés, y compris le Vatican, se retrouvent en partie dans ces intérêts et cette sécurité. En ce sens, les États-Unis peuvent compter sur leurs solidarités et leurs engagements dans les conflits qu’ils provoquent là où ils le décident. Ils sont comme tricotés serrés à l’intérieur d’un même système.

La troisième est l’effort déployé, dans chaque cas, pour mettre à contribution le Conseil de sécurité des Nations Unies. Cette couverture revêt une grande importance devant la communauté internationale. Toutes les initiatives, pouvant la favoriser, seront prises, mais si elles n’aboutissent pas, ils iront tout de même de l’avant, comme ce fut le cas en Irak et dans d’autres parties du monde.

La quatrième est que ces interventions doivent se réaliser, autant faire se peut, sous des vocables qui rejoignent la grande majorité des citoyens et citoyennes qui sont autant d’électeurs et d’électrices. Pour se faire, ils comptent d’une part sur un réseau exceptionnel qui met à contribution tous les moyens de communication et d’autre part sur les meilleurs spécialistes capables de transformer le vrai en faux, le noir en blanc, et de faire ressortir qu’à travers tous ces conflits c’est la lutte pour la « démocratie », la « liberté », le « respect des droits humains ». Les adversaires deviendront des « monstres » aux ambitions illimitées et leurs actions seront autant de crimes contre l’humanité.

Ces constantes permettent de dégager certaines caractéristiques de la démocratie compatible avec les intérêts des États-Unis et avec ceux de ses alliés. Je me permets d’en relever cinq :

1. Elle doit assurer en tout temps la primauté de leur pouvoir sur celui du peuple. Advenant un conflit entre ces deux pouvoirs, celui des États-Unis et de ses alliés devra prédominer.

2. Elle doit donner à ce pouvoir toutes les apparences de la démocratie élective de sorte que le peuple puisse s’y reconnaître comme s’il s’agissait du sien et de ses propres intérêts.

3. Elle doit s’assurer que le néo-libéralisme et le capitalisme règnent en maître sur les destinées du pays.

4. Elle ne doit pas hésiter à réprimer les contestataires en les transformant en terroristes et en criminels de droit commun.

5. Elle doit s’abstenir de liens privilégiés avec ceux et celles qui remettent en question ce système de tutelle et de dépendance.

Il ne s’agit évidemment que d’un survol rapide qui permet toutefois de mieux comprendre ce pourquoi des centaines de milliards $ sont dépensés chaque année et que des centaines de milliers de personnes sont tuées.

Oscar Fortin

Québec, le 13 mars, 2010

http://humanisme.blogspot.com

vendredi 5 mars 2010

LAICICITÉ-RELIGION-ATHÉISME

Le débat sur la laïcité donne à penser qu’il s’agit d’une lutte à finir entre croyants et athées. Les thèmes les plus souvent abordés sont ceux des symboles qui affirment dans l’espace sociétaire les diverses appartenances religieuses. Ces symboles viennent heurter ceux et celles qui n’en ont rien à faire, se disant eux-mêmes non croyants. Serait-ce donc que la laïcité soit devenu le cheval de bataille des non-croyants contre ceux et celles qui se réclament d’une foi? Est-ce une lutte contre les religions ou est-ce une lutte contre la foi?

Je pense que la distinction entre religion et foi n’est pas uniquement de circonstance mais revêt, dans l’actuel débat, une importance capitale. Ici au Québec, notre histoire a été particulièrement marquée par la forme religieuse à l’intérieur de laquelle la foi de nos ancêtres s’est exprimée. Cette Église, avec son petit catéchisme, ses sacrements, sa morale et les humeurs de ses évêques et curés fait partie de l’histoire du Québec et sa présence, quoi qu’on en dise et quoi qu’on en pense, demeure incrustée dans nos valeurs culturelles. Il s’agit évidemment de l’Église catholique d’une époque remise en question tant par Vatican II que par la Révolution tranquille. Une Église qui ne saurait perdurer dans le temps comme si rien ne s’était passé. C’est dans ce contexte qu’il faut lever une confusion qui, à ne pas être clarifiée, risquerait d’entraîner le rejet du bébé avec l’eau du bain. La séparation de l’Église et de l’État dont nous débattons dans le cadre de la laïcité réfère surtout à cette Église institutionnelle dont les hiérarchies s’étaient liées aux pouvoirs politiques, judiciaires et économiques. Ils se rendaient tous de mutuels services, peu scrupuleux des alliances qui les éloignaient tous des véritables objectifs de leurs missions propres. Il n’est donc pas étonnant que l’on souhaite qu’il y ait à ce niveau séparation de cette Église et de l’État. Moi, comme croyant, je suis tout à fait d’accord avec les non croyants et les athées pour qu’il y ait cette séparation entre cette Église et l’État. Mais voilà que, dans mon esprit, la foi est quelque chose qui déborde de beaucoup l’Église institutionnelle et les cultes qui l’identifient comme religion. À ce sujet je pense que ceux et celles qui se disent chrétiens devraient se poser des questions sur la foi qu’ils professent et la religion qu’ils pratiquent.

Dans une réflexion sur cette relation de la foi et de la religion je posais ces questions aux croyants qui se disent « pratiquants ».

« Comment ne pas vous soumettre à un sérieux examen de conscience sur les véritables motifs qui alimentent la foi que vous confessez, la religion que vous défendez et les engagements que vous prenez? Êtes-vous les marionnettes d’une culture religieuse marquée par la moralité d’une époque ou plutôt les prophètes qui font tomber les masques de l’hypocrisie, de la manipulation et du mensonge pour mettre en évidence l’avènement de l’homme nouveau? Êtes-vous plus préoccupés par les attitudes humaines à prendre face à l’isolement et au rejet des laissés pour compte de la société humaine que par la moralité de certains comportements liés le plus souvent à des valeurs culturelles d’une époque ou d’une civilisation? Êtes-vous les apôtres de la foi qui sauve ou de la religion qui asphyxie? »

Par ces questions apparaît clairement que la foi ne peut être d’aucune façon détachée de la société dans laquelle vit le croyant ou la croyante. Au contraire, elle en est une inspiration qui rejoint inévitablement tous ceux et toutes celles, croyants ou pas, qui œuvrent dans le même sens. Lorsque je me retrouve sur des sites où l’information alternative permet de dissiper les écrans de fumée qui cachent la réalité, de lever les masques de ceux et celles qui s’évertuent à tromper, de questionner les religions et leurs fonctions dans la société, qui forcent la reconnaissance et la mise en valeur des personnes et des peuples, je ne me sens pas étranger, tout croyant que je suis, et loin de là.

Je crois que ce qui doit assurer la qualité des relations entre croyants et non croyants est cette option fondamentale de vie au service de ces valeurs en quête desquelles chemine toujours notre humanité. Un jour, dans un effort de faire ressortir le sens sacré de certaines de ces valeurs, dites profanes, j’ai voulu en faire des « sacrements de la vie ».

« Il y a le sacrement de la JUSTICE qui reconnaît que les richesses de la terre doivent être utilisées au bénéfice de l’ensemble de l’humanité, assurant les conditions de vie décente, l’éducation, les soins de santé, la paix pour tous et qui agit à travers hommes et femmes pour qu’il en soit ainsi. Il y a le sacrement de la VÉRITÉ qui soutient et encourage ceux et celles qui lèvent les voiles sur les hypocrisies, les mensonges, les manipulations pour laisser apparaître la transparence. Il y a le sacrement de l’HUMILITÉ qui rend possible des relations humaines qui valorisent et font grandir ses semblables tout en donnant la force de reconnaître ses erreurs. Il y a le sacrement de la MISÉRICORDE qui permet de faire revivre des relations blessées en pardonnant et en ouvrant à la réconciliation. Il y a le sacrement de la SOLIDARITÉ qui rapproche les personnes les unes des autres et qui permet d’être avec les plus délaissés. Il y a le sacrement de la FOI qui permet de reconnaître les lois fondamentales de la nature et le devoir de se mettre au service des valeurs humaines et spirituelles de chaque personne et de chaque peuple. Il y a enfin le sacrement de l’AMOUR qui unit les humains dans une relation qui les transforme en une communauté vivante et fraternelle. »

Je pense que croyants et non croyants ont à partager un terrain fertile pour donner suite à leurs rêves tout en travaillant main dans la main pour que ces rêves deviennent réalité. Nous sommes tous quelque part un peu croyants : certains en l’existence d’un Dieu, les autres en son non-existence. Dans les deux cas il faut croire qu’il en est ainsi. Par contre le monde qui nous interpelle attend de nous tous que nous nous engagions. C’est là le terrain qui met à l’épreuve la foi que nous professons.


Oscar Fortin

Québec, le 5 mars 2010

http://humanisme.blogspot.com


samedi 27 février 2010

LE CRUCIFIX: NE PLEUREZ PAS SUR MOI

Le débat sur la présence de symboles religieux dans les édifices publics, tout particulièrement de celui du « crucifix », m’inspire ces paroles de Jésus de Nazareth aux personnes qui pleuraient de le voir soumis à autant de souffrances sous le poids de sa croix: « Ne pleurez pas sur moi! Pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants! » (Luc 23, 28) Cette réponse, me semble-t-il, a de quoi faire réfléchir tous ceux et toutes celles dont la foi se réclame de ce Jésus et qui, dans certains cas, sont prêts aux combats les plus passionnés pour défendre les symboles religieux et tout particulièrement le crucifix. Certains en arrivent jusqu’en pleurer.

Si Jésus lui-même n’a pas voulu que ses disciples et amis pleurent sur lui, mais plutôt sur eux-mêmes, c’est sans doute pour les inviter à prendre conscience des forces dans le monde qui rendent possible pareilles souffrances et injustices. Le monde vers lequel il dirige leurs regards est celui en qui le mensonge, les ambitions, les luttes de pouvoir, la cupidité font et feront tout au long des siècles des centaines de millions de prisonniers, de torturés, de morts. Tout cela se fera, le plus souvent, sous le regard indifférent des multitudes. C’est comme s’il disait qu’il n’est pas venu pour attirer sur lui les regards, mais plutôt pour que les regards se tournent vers ce monde dans lequel ils peuvent être tout à la fois les bourreaux et les victimes de ces bourreaux. « Pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants! »

C’est justement de ce monde dont nous parlons sur Vigile et sur de nombreux autres sites internet. C’est avec ces préoccupations que, croyants et non croyants, se donnent la main pour que cette indifférence à l’endroit des vrais problèmes qui interpellent nos sociétés se transforme en un éveil de conscience et en actions de transformation. Si nos préoccupations, portant sur les symboles religieux en arrivent à nous faire oublier l’essentiel de la réalité qu’ils représentent, pas surprenant alors que le débat sur la laïcité et la religion occupe autant de place et que les problèmes de ce monde vers lequel il a dirigé nos regards soient encore si absents des préoccupations de plusieurs.

Dans une réflexion, portant sur cette réplique de Jésus de Nazareth à ceux et celles qui pleuraient à le voir porter sa croix, j’écrivais ceci :

« Si nous sommes bouleversés par autant d’acharnement à frapper, à ridiculiser, à faire souffrir, n’oublions pas que nous portons tous quelque part en nous cette capacité de cruauté et de haine. Chaque peuple, chaque Église, chaque système politique, chaque classe sociale a son histoire d’horreurs. Le pouvoir religieux représenté par le grand prêtre Caïphe, le pouvoir politique représenté par le gouverneur Pilate, le pouvoir de la suffisance représenté par le roi Hérode ont toujours trouvé, hier et aujourd'hui, de bons motifs pour arrêter, torturer et assassiner. L’histoire récente de l’humanité est remplie de ces horreurs. Et tous y trouvent de bons motifs pour mobiliser les foules en leur faveur. »

Je ne crois pas qu’il soit nécessaire d’être croyant « d’une religion » pour vivre intensément l’espoir d’un monde plus juste, plus vrai, plus solidaire et plus compatissant. Il suffit de croire que ce monde est possible et d’en être un artisan.

Oscar Fortin

27 février 2010

http://humanism.blogspot.com/

jeudi 25 février 2010

FIDEL: L'HOMME QU'ON VOUDRAIT MORT

Incroyable destin que celui de ce fils de propriétaire terrien, devenu avocat, puis révolutionnaire en la Sierra Maestra, au début des années 1950. Cible de plus de 650 tentatives d’assassinat, il est toujours là, simplement là, au sommet de ses 83 ans, avec une plume qui lève les ombrages, dissipe les malentendus, pourfend l’hypocrisie, le mensonge et interpelle la conscience de toute personne de bonne volonté. Il est également là, simplement là, accueillant chefs d’État, intellectuels, croyants et non croyants. Il écoute, questionne, réfléchit et discute. Qui est-il donc cet homme que nos médias présentent toujours comme l’homme à abattre, l’ennemi numéro un des droits humains? Ici, en compagnie de Lula, le Président du plus important pays de l'Amérique Latine.

Il est et continue toujours d’être ce jeune cubain brillant, de famille aisée, converti, dès sa jeunesse, au drame des injustices qui accablaient alors des millions de cubains et de cubaines, toujours enchaînés à un système d’exploitation et de domination qui en faisait plus des bêtes de somme que des êtres humains. La nouvelle dictature de Batista, dominant la vie politique, économique et sociale, ne faisait que raffermir cette situation en y ajoutant son lot de corruption et de répression. Dans sa défense, en octobre 1953, lors du fameux procès faisant suite à l’attaque de la Moncada, il a ces paroles qu’il adresse à ses accusateurs et au jury: « Si en vos âmes il y reste un brin d’amour pour la patrie, d’amour pour l’humanité, d’amour pour la justice, alors écoutez-moi avec attention. Je sais que l’on me forcera au silence pendant de nombreuses années; je sais que l’on cherchera par tous les moyens possibles à taire la vérité; je sais que l’on fera tout pour qu’on m’oublie. Mais ma voix ne s’éteindra pas pour autant : elle recouvre d’autant plus de force dans ma poitrine que quand je me sens seul et elle trouve dans mon cœur toute la chaleur que les âmes orgueilleuses ne peuvent ressentir. » (Traduction libre : La Historia me absolvera, p.33) Cette prédiction, qu’il faisait en pensant aux années de prison qui l’attendaient et aux efforts déployés par ses adversaires pour que « son message » tombe dans l’oubli, deviendra la prédiction de ce que sera toute sa vie : prisonnier d’une désinformation des plus persistantes faisant de lui, faute de pouvoir en effacer le souvenir, un monstre d’humanité.

Mais voilà que l’Histoire prend sa revanche et nous livre de plus en plus l’étoffe de l’homme, ses véritables traits de révolutionnaire, sa passion pour une Humanité ouverte et non refermée, sa préoccupation pour l’éducation et la santé, sa conviction profonde que le développement passe par la solidarité et se nourrit de justice, de vérité, de compassion, de fraternité. Nous sommes loin de ces dictateurs qui ont occupé les premières places de la vie politique de ce Continent et qui ont semé la terreur auprès des plus démunis et la corruption auprès des plus opportunistes. Ce n’est pas pour rien que les victimes de ces régimes se reconnaissent de plus en plus dans ceux qui, comme eux, ont connu cette terreur. Rien de surprenant qu’ils trouvent en Fidel ce rocher qui a résisté aux tsunamis médiatiques et terroristes des plus variés pendant autant d’années sans perdre pour autant ce qui le rend si humain : sa simplicité et son humilité.

Il fut un temps où la Revue Forbes classait Fidel Castro parmi les hommes les plus riches de la planète. En 2006, je crois, il a mis tous ses détracteurs au défi de trouver un seul dollar de cette fortune dans quelque banques ou paradis fiscaux d’où qu’ils soient. « Si vous en trouvez un seul, je donnerai sur le champ ma démission comme Président de Cuba. » Une aubaine pour ses détracteurs. Depuis le temps qu’ils voulaient s’en débarrasser, l’occasion était belle et surtout facile, à en croire la revue Forbes, d’y arriver sans avoir à le tuer. Mais, il semble que les recherches n’aient pas donné les résultats attendus, puisqu’il est demeuré à son poste jusqu’à sa maladie en 2008 et que nous n’avons plus jamais réentendu parler de cette soi-disant fortune. Ce n’est pas tout. On évalue à plus de 95 milliards de dollars, les pertes encourues par Cuba en raison du Blocus économique qui perdure depuis plus de 50 ans. L’objectif recherché est que la Révolution cubaine soit un fiasco. Là encore, Cuba, tout en étant un pays très pauvre et en dépit des écueils semés sur sa route, a pu sortir, grâce à sa révolution, de la dépendance et se doter d’un système d’éducation et de santé qui fait l’envie de bien des pays développés. Chez lui, la solidarité fait partie de son destin. Il est actuellement un des plus actifs pour aider son voisin d’Haïti, victime de ce terrible tremblement de terre qui l’a secoué en janvier dernier. Avec ses 350 médecins y de nombreux éducateurs ils apportent assistance, supportent et accompagnent ce peuple courageux à se relever et à se reprendre en main. Pourtant, Cuba et Haïti ont eu longtemps la même histoire, le même destin d’esclaves. Il y a 55 ans et plus, ils étaient tous les deux sous la gouverne de dictateurs. Les populations vivaient en grande majorité sous la dépendance et l’esclavage. Que s’est-il donc passé pour que leur destiné ne les ait pas conduit au même endroit? Pendant que des milliards $ étaient régulièrement dépensés pour que la révolution cubaine échoue, des milliards d’autres étaient investis en Haïti, soit disant, pour assurer son développement. Nous en voyons, aujourd’hui les résultats. Qui, des deux systèmes, a permis les meilleures conquêtes humaines et institutionnelles? Qui compte le plus de morts violentes tout au long de ces 55 ans ?

Ce bref rappel est un devoir de justice et d’humanité à l’endroit de cet homme que déjà l’Histoire reconnaît comme un des plus grands des 60 dernières années et sans doute qu’elle proclamera un jour comme le Père de la seconde indépendance des pays de l’Amérique Latine et des Caraïbes. N’en déplaise à ses détracteurs, sa mémoire survivra à tous ces présidents et dictateurs qu’ils auront soutenus et corrompus, durant toutes ces années, pour mieux régner.

La flamme que porte Fidel en sa poitrine est toujours aussi chaleureuse et forte que celle qu’il évoquait dans ses premières années de lutte. La vérité, comme la lumière avec l’obscurité, finit toujours par faire reculer les frontières du mensonge.

Oscar Fortin

25 février, 2010

http://humanisme.blogspot.com

mardi 23 février 2010

POUR UNE LAICITÉ HUMANISTE

Le débat sur la laïcité nous conduit, me semble-t-il, dans bien des directions. Plusieurs penseront que la laïcité est antireligieuse et que ses promoteurs en sont les athées qui veulent faire disparaître du panorama culturel et sociétaire toutes les formes de représentations religieuses. D’autres diront que la laïcité est cet espace « neutre » que se réserve l’État pour que tous les citoyens et citoyennes de quelques religions ou tendances qu’ils soient puissent s’y retrouver sans aucun irritant de nature religieuse. Pour d’autres, le débat sur la laïcité est l’occasion toute indiquée pour régler leurs comptes avec une religion qui ne leur aura laissé que de mauvais souvenirs. Dans tous les cas, le mouvement du balancier des idées et des passions risque de nous en faire oublier l’humain que nous partageons tous.

Dans mon esprit, la laïcité n’est ni une foi, ni un athéisme, ni une religion, mais un espace qui permet à tous les visages d’une société de se reconnaitre dans leur citoyenneté et leurs engagements solidaires au service de la justice, de la vérité, de l’entraide et de la tolérance à l’endroit des plus faibles et démunis de cette même société. En somme, une laïcité qui va au-delà de la « neutralité » en affirmant haut et fort les fondements sur lesquels elle fonde le devenir de la société. C’est ce que j’appellerais « une laïcité humaniste ».

Chacun et chacune pourront bien puiser leurs ressources spirituelles là où ils voudront bien pour autant qu’elles deviennent un véritable ferment au service de cet humanisme qui se nourrit des valeurs plus haut mentionnées. S’il fallait qu’elles deviennent tout le contraire de ce que la société est en droit d’en attendre, il faudrait alors qu’elles soient jugées sur cette base. Dans une société laïque, les véritables croyants et les véritables athées qui méritent tout notre respect sont ceux qui sont, pour l’ensemble de la société, de véritables ferments de justice et de vérité. Ce n’est pas par les signes religieux que l’on va transformer le monde, mais par l’engagement généreux au service de l’ « humain ». À ce titre personne n’y échappe, du plus petit au plus grand, du plus faible au plus puissant, du plus croyant au moins croyant.

Je pense qu’une telle approche ne pourra faire autrement que d’obliger les autorités des différentes religions à se réévaluer à la lumière de ce que leur foi leur enseigne sur ces grands objectifs sociétaires et humanistes. Ce ne sera plus la laïcité contre la religion, mais la laïcité contre l’hypocrisie, le mensonge, les injustices, l’intolérance à l’endroit des plus fragiles et démunis de la société. Cette laïcité devient pour l’ensemble de la société un ferment qui unit et engage, mais aussi qui démasque et dénonce.

Je termine en faisant une proposition concernant le « crucifix » comme symbole d’une époque. Je crois que l’évolution culturelle de la société québécoise fait en sorte qu’elle ne trouve plus dans le « crucifix » le symbole de la conscience qui interpelle. Sans dénigrer sa symbolique qui a interpellé la conscience de nombreuses générations, le temps est sans doute venu de lui substituer un autre symbole plus ouvert à l’imaginaire des multiples consciences. Ce symbole je le vois dans celui d’un cercle, type cerceau, symbole de notre terre et de notre humanité. Et pourquoi pas la minute de silence, permettant à chacun et à chacune de s’y retrouver avec sa conscience? À ce que je sache, nous en avons tous unes.

Je souhaite que les religions redécouvrent la foi qui ouvre au service de l’humanité et que les athées et non croyants de tout acabit découvrent, pour leur part, le véritable humanisme au service duquel nous sommes tous conviés.

Oscar Fortin

Québec, le 23 février 2010

http://humanisme.blogspot.com/