lundi 18 mars 2013

LA PRÉSIDENTE D'ARGENTINE AVEC LE PAPE FRANÇOIS










Cristina Fernandez dont nos médias parlent peu en bien et beaucoup en sous-entendus, devient, avec cette élection, une personnalité incontournable pour comprendre ce qui se passe dans cette région du monde. Celle à qui on accordait peu de crédibilité et de compétences pour diriger l’Argentine, ce pays de plus de quarante 40.6 millions d’habitants, en est à son deuxième mandat qu’elle a gagné dès le premier tour de scrutin, le 23 octobre 2010.  Une femme de caractère et d’idées qui a su s’imposer, se faire respecter et  aimer.


Il est certain que l’élection du cardinal Mario Bergoglio comme chef de la catholicité place l’Argentine à l’avant-scène des projecteurs du monde qui y scruteront la réalité pour en découvrir les multiples facettes de l’histoire de ce peuple.  L’actuelle présidente y occupera une place centrale. Le monde la découvrira dans ses engagements en faveur des plus déshérités, des plus faibles, mais aussi sa détermination et fermeté à l’endroit des oligarchies qui se refusent à céder ce pouvoir qu’ils ont eu sur le peuple argentin pendant des décennies. Une femme de fer, non pas pour faire plier le peuple, mais pour faire plier ces oligarchies aux intérêts individualistes et corporatifs.

Dans ce contexte il sera donc fort intéressant de voir comment ce nouveau pape qui veut une Église pauvre au service des pauvres, se comportera avec les gouvernements et les peuples des pays émergents de l’Amérique latine et qui, d’ailleurs, s’attaquent justement à la pauvreté, cella même qui est générée par l’exploitation de leurs richesses au profit d’intérêts oligarchiques et étrangers.

Ses espoirs seront vite mis à l’épreuve des solidarités incontournables des peuples qui luttent pour vaincre cette pauvreté et cette exclusion. Dans ce domaine, les zones grises ne peuvent pas exister, pas plus qu’elles n’ont existé en Jésus de Nazareth. Il a payé de sa vie pour rester fidèle aux paradigmes de ce nouveau règne du Père sur terre. À ce niveau, c’est le cas de le dire, il n’y a pas de place pour servir deux maitres à la fois, Mammon ou Dieu, l’argent ou les pauvres qui en sont victimes. C’est soit l’un ou l’autre, mais pas les deux.

Tout indique que le pape François a choisi la pauvreté et la simplicité dans sa propre vie et qu’il souhaite que l’Église en fasse autant. Reste à savoir maintenant s’il l’a également choisie pour être avec les pauvres et les personnes de bonne foi pour les accompagner dans leurs luttes en vue du règne de justice, de vérité, de solidarité, de compassion, annoncé en Jésus de Nazareth.

LÀ SEULEMENT NOUS VERRONS JUSQU’OÙ VA LA CONVERSION DU PAPE FRANÇOIS AU SERVICE D’UNE ÉGLISE PAUVRE AVEC LES PAUVRES EN VUE DU ROYAUME, INAUGURÉ EN JÉSUS DE NAZARETH. IL NE PEUT PAS SERVIR DIEU EN SERVANT LES PAUVRES TOUT EN SERVANT, EN MÊME TEMPS, CEUX QUI GÉNÈRENT LA PAUVRETÉ DE CES PAUVRES.

Un choix radical, fondamental, doit être fait, ne prêtant à aucune équivoque pour le monde et pour les croyants. Dans les premières communautés chrétiennes, les croyants donnaient leur vie pour garder l’intégrité du message évangélique au service d'un autre monde fondé sur les grandes valeurs évangéliques, plus haut mentionnées.

Oscar Fortin
Québec, le 18 mars 2013



jeudi 14 mars 2013

FRANÇOIS


 
PAPE D’ÉGLISE OU D’HUMANITÉ?






En écrivant une brève présentation du personnage, à la suite de l’annonce de l’élection d’un nouveau pape, en la personne du cardinal argentin Jorge Mario Bergoglio, je voulais partager quelques informations générales et mes premières impressions sur l’élu de cette élection.

Je réalise que cette brève présentation a suscité beaucoup d’intérêts et a donné lieu à de nombreux commentaires, tous aussi intéressants et pertinents les uns que les autres. Loin de me scandaliser, j’y trouve un intérêt renouvelé pour permettre à la vérité d’émerger de ce qui se dit et se raconte. Je suis bien conscient que la méfiance est bien là devant les nouveaux venus qui se présentent sous leurs plus beaux attraits.

François, nouveau nom de l’élu, n’échappe pas à ces interrogations d’autant moins qu’il est perçu par les uns comme ayant les deux pieds avec la droite oligarchique de son pays, par d’autres, comme un allié discret de la gauche émergente et inspirée par la théologie de libération, enfin pour un certain nombre d’autres comme quelqu’un qui a un pied avec l’un et un pied avec l’autre.

Je pense qu’il y a suffisamment d’éléments, certains plus sérieux que d’autres, pour justifier des interrogations. Dans tous les cas, il y a place à l’analyse et aux échanges.

Il y a deux grands problèmes qui reviennent régulièrement pour disqualifier, selon les points de vue, les actions de Jorge Mario Bergoglio.

LA QUESTION DES PRÊTRES EXPULSÉS EN COLLABORATION AVEC LA JUNTE MILITAIRE

Le plus important est sans nul doute celui, alors qu’il était provincial des jésuites, de sa soi-disant collaboration avec la junte militaire de l’époque (1976-1983). Il lui est reproché d’avoir dénoncé et fait expulsé du pays deux prêtres, engagés en solidarité avec les populations les plus persécutées et les plus défavorisées du pays. L’auteur du livre « El silencio », publié en 2005, s’appuie sur le témoignage d’un de ces deux prêtres, malheureusement décédé en 2001. Le second prêtre, pour sa part, n’a jamais confirmé ces faits et chaque fois qu’il se rend en Argentine pour y revoir des amis, il rend visite au  Cardinal avec qui il mange et célèbre la messe. Une relation qui ne semble pas marquée par l’horreur du récit qui est présenté.

En 2010, une militante de la gauche chrétienne, Clelia Luro, la compagne du regretté Jeronimo Podesta, Évêque marié de la diaspora ecclésiale, transmet une note en relation à la politicaillerie argentine qui cherche par tous les moyens de créer un affrontement entre le gouvernement et l’Église catholique. C’est comme si ces gens voulaient que la gauche discrédite en tout l’Église.

Toujours est-il que cette femme s’est portée à la défense du cardinal Bergoglio en réfutant les affirmations du journaliste Horacio Verbitsky, auteur du livre, à l’effet que les deux prêtres avaient été livrés aux militaires par Bergoglio. Elle rappelle qu’Alicia Olivera, alors membre des droits humains, témoigna, en son temps, qu’elle était présente lorsque Bergoglio se confronta avec le militaire Massera, lui arrachant la liberté et la sortie du pays de ces deux prêtres détenus par ce dernier.

Bergoglio réfuta sans cesse ces allégations de collaboration avec la Junte militaire et tout spécialement celles relatives à  l’arrestation de ces deux prêtres. Il a plutôt déclaré avoir aidé ces deux prêtres ainsi que plusieurs autres militants durant la dictature militaire.

On raconte que le gouvernement de Kirchner et celui de Cristina Fernandez ont fouillé dans toutes les archives pour lui trouver quelque responsabilité que ce soit dans cette collaboration, mais ce fut sans succès.

N’empêche que cette question demeure toujours un point d’interrogation, le témoin principal étant décédé, le doute subsiste selon que l’on croit une ou l’autre version. Dans ces circonstances, à chacun de croire qui il veut. Dans mon cas, je crois la version de l’innocence.

L’AFFRONTEMENT DU CARDINAL AVEC LE GOUVERNEMENT SUR DES QUESTIONS DE MORALE.

Le second grand problème est celui de l’opposition du cardinal avec le gouvernement, surtout sur les questions de l’avortement et du mariage des personnes de même sexe. Sur ce point, il faut le dire, le cardinal est ce qu’il y a de plus traditionnel. Sa théologie rejoint celle de ses prédécesseurs.

Cette opposition prévisible ferait partie des choses normales si ce n’était l’usage qu’en font les médias de communication pour y ajouter toute sorte d’ingrédients qui sapent encore davantage les différents. Il y a comme une volonté de couper tout lien, de l’Église incarnée par Bergoglio avec les gouvernements progressifs des Kirchner et Fernandez.

Clarin, le journal de plus grande diffusion en Argentine et propriété des familles les plus riches et puissantes du pays, n’a de cesse de manipuler les faits, d’en inventer, d’en taire, d’en modifier, de les placer hors contexte pour créer cette fissure entre le cardinal et le gouvernement.

À QUOI PEUT-ON S’ATTENDRE?

Comme plusieurs l’ont déjà observé, il y a des changements cosmétiques qui frappent les sensibilités, mais qui ne changent pas grande chose dans les fondements. Les véritables changements doivent porter sur les nouveaux paradigmes dont j’ai déjà parlé dans mon article « Un pape pour l’humanité ».

 
« Le Pape, phare d’humanité, doit être d’abord et avant tout un témoin comme Jésus l’a été et comme le furent ses disciples, Pierre et tous les autres. Il doit être le témoin de première ligne du nouveau paradigme du règne du père sur terre. Le plus grand se fait le plus petit et le plus petit devient le plus grand. Les derniers sont les premiers et les premiers sont les derniers. »

Le pape François a, selon ma perception, le profile de celui qui peut non seulement descendre du piédestal pour rejoindre les gens là où ils sont, mais il faire sa demeure. L’avenir nous dira jusqu’où il ira dans cette voie.

À ce changement plus perceptible, il y en a d’autres, moins perceptibles, mais tout aussi importants. Je me permets d’en relever un certain nombre, sans prétendre d’être exhaustif.

Le premier qui me vient à l’esprit est celui qui fera passer d’une Église moralisatrice à une Église d’accompagnement et de témoignage. L’histoire nous révèle que la crédibilité de l’Église n’a pas toujours été au rendez-vous des cultures et des civilisations. D’ailleurs, l’Évangile n’est pas d’abord et avant tout une morale, mais plutôt une façon d’être et d’exister.

Il est certain que cette lutte contre l’avortement et le mariage des personnes de même sexe se poserait bien différemment si la présence de l’Église dans le monde en était une d’accompagnement et de témoignage de vie. Sa prétention à vouloir enrégimenter le comportement des humains ne cadre pas toujours avec sa mission d’annoncer la bonne nouvelle aux pauvres et aux gens de bonne volonté. Elle devrait témoigner de la justice en s’y engageant, sur la vérité en y dénonçant les manipulations, la solidarité en y étant et le compassion en s’élevant au-delà de sa morale et de ses protocoles.

Le second changement est celui de la décentralisation complète de la gestion de l’Église et la reconnaissance à tous les niveaux de la diversité des dons de l’Esprit. Dans l’organisation actuelle de l’Église, tous les dons sont centralisés à Rome, y inclus ceux des prophètes, des théologiens, des gestionnaires.

Les premiers gestes du nouveau pape François révèlent une reconnaissance de la communauté des croyants en leur demandant d’intercéder pour que le Christ le bénisse lui-même. Un geste symbolique qui peut être un geste précurseur.

Le troisième changement est celui d’envisager la nouvelle évangélisation, non pas comme une campagne de récupération des croyants décrocheurs, mais une actualisation des nouveaux paradigmes du nouveau règne de libération de toutes les personnes de bonne volonté. Pour le moment, la nouvelle évangélisation qui est projetée porte principalement sur la récupération des baptisés décrocheurs sans pour autant changer l’approche cultuelle de l’Église.

Je termine en souhaitant qu’un nouveau concile soit convoqué, incluant laïcs, femmes,  hommes, prêtres et religieux, évêques et des représentants des autres confessions chrétiennes. Ce concile traitera de tous les sujets, y incluant ceux reliés à la banque du Vatican et à l’Institut des Œuvres religieuses IOR.

Pour le moment, j’ai confiance en cet homme François qui me donne l’impression de savoir où il va. Je crains même que ses adversaires en viennent vite à le disqualifier. Ne soyons pas leurs marionnettes en tirant sur celui qui peut encore changer quelque chose. Je suis certain que Chavez aurait été heureux de cette nomination et qu’il aurait souhaité le recevoir au Venezuela. Tous les deux ont le Christ et les pauvres au plus profond d’eux-mêmes.

Je n’ai pas de prise sur ce que les autres peuvent en penser et c’est bien qu’il en soit ainsi.  L’important est d’additionner toutes les forces qui tirent dans une même direction, la justice, la paix, fondée sur la vérité et la solidarité, le respect dans la diversité.

Oscar Fortin
Québec, le 14 mars 2013



dimanche 10 mars 2013

UN PAPE POUR L’HUMANITÉ






À lire les journaux, à écouter les nouvelles, à entendre ce qui se dit sur le conclave, sur les candidats qui se détachent le plus pour être au nombre des papables, je réalise que tout tourne autour de l’institution ecclésiale, comme si cette dernière était l’Église qu’il faut sauver à tout prix.

On parle des nombreux problèmes reliés à la gestion de la banque du Vatican, des scandales d’abus sexuels d’un certain nombre de prêtres, de religieux et de quelques évêques. On parle du silence des autorités épiscopales et du Vatican pour couvrir ces crimes et protéger leurs auteurs.

On parle également de la doctrine catholique à renforcer et à promouvoir dans le cadre de la nouvelle évangélisation, de théologie à approfondir, de baptisés à reconvertir pour les ramener au bercail. Dans tous ces cas on ne parle pas beaucoup des Évangiles, de Jésus de Nazareth et de tous ces gens de bonne foi qui vivent les valeurs évangéliques sans pour autant s’identifier à quelque croyance que ce soit.

Le monde est perçu comme un foyer où règne le relativisme, comme une barque sans gouvernail où tout un chacun trouve sa raison de vivre sous la forme qui lui convient le mieux. Donc, un monde qui a besoin, plus que jamais, d’un phare qui puisse l’orienter dans cette mer agitée.

Les cardinaux sont convaincus qu’ils sont ce phare, étant les dépositaires de la foi  et de la doctrine de l’Église. Il ne leur vient pas à l’esprit que la foi est un don de l’Esprit de Jésus qui se vit dans le cœur de millions de personnes qui sont également Église et qui trouve son expression dans leur engagement. À chacun, les dons de l’Esprit sont distribués et c’est en lui que l’unité du Corps qu’est l’Église se révèle.



« Il y a, certes, diversité de dons spirituels, mais c’est le même Esprit  ; diversité de ministères, mais c’est le même Seigneur  ; diversité d’opérations, mais c’est le même Dieu qui opère tout en tous. A chacun la manifestation de l’Esprit est donnée en vue du bien commun. A l’un, c’est un discours de sagesse qui est donné par l’Esprit  ; à tel autre un discours de science, selon le même Esprit  ; (…) Mais tout cela, c’est l’unique et même Esprit qui l’opère, distribuant ses dons à chacun en particulier comme il l’entend. » Cor. 1 : 12,4-11



POUR RÉSUMER, L’APPROCHE DES CARDINAUX DEMEURE ENTIÈREMENT CENTRÉE SUR L’INSTITUTION ECCLÉSIALE, SUR SA DOCTRINE QU’IL FAUT ENSEIGNER ET SUR LES FIDÈLES QU’IL FAUT RÉCUPÉRER. ILS SONT ÉGLISE ET AUTORITÉ  TOUT À LA FOIS.

Je pense bien humblement que cette approche fausse complètement la problématique de ce qu’est l’Église et de son rôle dans le monde.

Les questions que doivent se poser les électeurs du prochain Pape devraient porter à la fois sur cette HUMANITÉ de sept milliards de personnes et sur la présence qu’y assume Jésus de Nazareth. Ces deux questions ne peuvent être évacuées en ne parlant que de doctrine, d’enseignement et d’autorité vaticane, sans faire, comme Jésus, en s’insérant dans le milieu de vie des humbles de la terre, non pas comme des rois et des maitres, mais comme des frères.

Nous savons que dans cette humanité, plus des deux tiers vivent dans la grande misère et qu’une minorité de 10% à 20% contrôle 80% à 90% des richesses de la terre. Les cardinaux et les évêques savent cela. Ils savent aussi que Jésus a voulu que ses disciples ne s’en tiennent qu’à l’essentiel des biens matériels pour témoigner par leur vie et leur parole des nouveaux paradigmes du règne du Père, inaugurés en Jésus.

Ils le savent, mais préfèrent ne pas y regarder de trop près, trahis qu’ils sont par leurs fonctions entièrement assimilées à celles des puissants de ce monde. Je ne parviens pas à imaginer le Jésus des Évangiles, déambulant, tout vêtu comme un prince, dans les grands espaces du Vatican ou dans les palais des cardinaux et évêques à travers le monde. Je ne le vois pas plus se laisser baiser la main et se faire appeler « ma sainteté, mon excellence, monseigneur, etc.. ». C’est pourtant lui le personnage central de l’Église et de tout ce qui se vit dans ses murs. On ne peut pas faire semblant de ne pas le voir.

Il y a de toute évidence un grand ménage à faire dans ces us et coutumes, mais plus justement, une conversion à réaliser.

Comment voulez-vous que les pauvres et les humbles de la terre accordent quelque crédibilité que ce soit à un discours qui est étranger à leur quotidien, à leurs souffrances, à leurs angoisses et espérances?   

Comment voulez-vous prêcher la foi et le royaume en demeurant à l’abri des intempéries et des réalités qui affectent les deux tiers de l’humanité?

Ici s’applique ce dialogue, entre celui qui se réclame de sa foi et celui qui se réclame de ses œuvres, que l’apôtre Jacques transmet à tous les croyants et à toute personne de bonne volonté.



« A quoi cela sert-il, mes frères, que quelqu'un dise : « J'ai la foi », s'il n'a pas les œuvres? La foi peut-elle le sauver? Si un frère ou une sœur sont nus, s'ils manquent de leur nourriture quotidienne, et que l'un d'entre vous leur dise : « Allez en paix, chauffez-vous, rassasiez-vous », sans leur donner ce qui est nécessaire à leur corps, à quoi cela sert-il? Ainsi en est-il de la foi : si elle n'a pas les œuvres, elle est tout à fait morte. Au contraire, on dira : « Toi, tu as la foi, et moi, j'ai les œuvres? Montre-moi ta foi sans les œuvres; moi, c'est par les œuvres que je te montrerai ma foi. Toi, tu crois qu'il y a un seul Dieu? Tu fais bien. Les démons le croient aussi, et ils tremblent. » Jc. 2, 14-19

Le Pape, phare d’humanité, doit être d’abord et avant tout un témoin comme Jésus l’a été et comme le furent ses disciples, Pierre et tous les autres. Il doit être le témoin de première ligne du nouveau paradigme du règne du Père sur terre. Le plus grand se fait le plus petit et le plus petit devient le plus grand. Les derniers sont les premiers et les premiers sont les derniers. Ne soyez pas, dit Jésus à ses disciples, comme ces scribes et pharisiens assis sur la Chaire de Moïse :


  
« Ils lient de pesants fardeaux et les imposent aux épaules des gens, mais eux-mêmes se refusent à les remuer du doigt. En tout, ils agissent pour se faire remarquer des hommes. C'est ainsi qu'ils font bien larges leurs phylactères et bien longues leurs franges. Ils aiment à occuper le premier divan dans les festins et les premiers sièges dans les synagogues, à recevoir les salutations sur les places publiques et à s'entendre appeler” Rabbi » par les gens. « Pour vous, ne vous faites pas appeler » Rabbi » : car vous n'avez qu'un Maître, et tous vous êtes des frères. N'appelez personne votre » Père » sur la terre : car vous n'en avez qu'un, le Père céleste. Ne vous faites pas non plus appeler » Directeurs » : car vous n'avez qu'un Directeur, le Christ. Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. Quiconque s'élèvera sera abaissé, et quiconque s'abaissera sera élevé. » Mt. 23, 3-12

Voilà tracé le paradigme de la gouvernance du Règne du Père sur terre. Qu’en est-il de ce paradigme dans l’institution ecclésiale?

Le vrai problème de l’institution  ecclésiale est qu’elle a décroché depuis longtemps de ce paradigme de la bonne nouvelle annoncée aux pauvres. Elle a gardé la partie du discours qui lui convient et a choisi d’anticiper sur terre les conditions du royaume dans les cieux plutôt que d’assumer sur terre les conditions de solidarité avec les pauvres et ceux et celles qui sont porteurs (ses) d’un esprit de vérité, de justice, de solidarité, de compassion, de lutte contre tout ce qui est mensonge, domination, manipulation, hypocrisie, injustice.

Le pape qu’attendent les croyants et l’humanité dans son ensemble doit assumer les consignes de Jésus de Nazareth et rejoindre les personnes de bonne volonté au milieu des pauvres et des déshérités de la terre. Là, il trouvera sa demeure et témoignera avec crédibilité de la bonne nouvelle, livrée en Jésus de Nazareth.

Point n’est besoin d’être un grand théologien, un administrateur hors pair, mais simplement un pasteur libéré du paradigme du règne de ce monde et un passionné du  paradigme du règne de Dieu sur terre.

Les théologiens pourront continuer à discuter de théologie et de bons administrateurs laïcs pourront gérer et éventuellement concéder aux Nations Unies le Vatican avec ses archives, ses tableaux et ces vêtements qui auront pendant des siècles fait la gloire de papes, de cardinaux et d’évêques. Un véritable dépouillement, signe d’une conversion profonde de cette frange  de l’Église qui reprend à son compte ces paroles du maitre « laisse tout, viens et suis-moi »

Oscar Fortin
Québec, le 10 mars 2013

http://humanisme.blogspot.com

samedi 9 mars 2013

CHAVEZ LE PREMIER-NÉ D’UNE ÈRE NOUVELLE





Les Mayas nous avaient annoncé, pour décembre dernier, la fin du calendrier marquant l’ère de l’individualisme, de la cupidité, de l’ambition, de la domination, de la manipulation du mensonge. Une ère caractérisée par la discrimination, le racisme, les luttes religieuses, les idéologies aux intérêts et aux horizons confus.

Aujourd’hui, le peuple vénézuélien, l’Amérique latine et le monde ont rendu hommage à Hugo Chavez, cet homme qui a marqué le début de ce XXIe siècle. Il fallait voir ces 55 représentants de gouvernements venus des quatre coins de la planète, ces millions de personnes gonflant les rues de Caracas, passant des jours et des nuits pour aller dire un dernier adieu à celui qui leur avait donné un toit, un médecin, une école, une fierté et une nouvelle solidarité. Ces manifestations grandioses d’affection et de respect témoignent d’un Chavez qui a su comprendre et incarner les grandes aspirations des hommes, des femmes, des enfants et des peuples de notre temps.

C’est en entendant ces cris, « nous sommes Chavez, Chavez vit en nous, le peuple est Chavez, je suis Chavez », que j’ai compris que l’esprit et le cœur de Chavez venaient de naitre de nouveau, cette fois, dans le cœur et l’esprit de son peuple et dans celui de millions de personnes à travers le monde.

Qu’a-t-il donc été et fait pour atteindre si profondément ces personnes et ces peuples?

Sans être exclusif, je dirais qu’il a fait éclater certains grands mythes ou bulles qui retiennent toujours la marche des peuples et de l’humanité vers un monde plus juste, plus vrai, plus solidaire, plus compatissant, plus humain. Parmi ceux-ci, je me permets d’en relever cinq, m’apparaissant plus déterminant que d’autres.

1.     Il a brisé le mythe des puissants et des empires qui se donnent tous les droits comme s’ils étaient marqués d’un sceau spécial venant directement des dieux. Il a dénoncé leur cupidité et leur hypocrisie. Il s’en est pris à leur suffisance, comme s’ils étaient les seuls à pouvoir diriger le monde. Il leur a rappelé que l’heure était arrivée pour descendre de leur piédestal et de reconnaître que chaque personne, chaque peuple ont les mêmes droits qu’eux. Il s’est battu pour qu’un changement complet d’attitudes de la part de ces puissants accompagne ce nouveau paradigme des relations entre personnes et nations du monde. Le monde unipolaire est une aberration face à la fresque multicolore de l’humanité. L’avenir doit se construire sur les bases d’un monde multipolaire et s’il y a gouvernance mondiale, elle devra être immanquablement multipolaire. 

2.     Il a brisé le mythe du capitalisme et du néolibéralisme qui se présente comme la voie à suivre pour assurer la liberté, la justice, la vérité, la démocratie, la solidarité entre tous les humains de la terre. Il a fait comprendre, par des gestes et des exemples, que ces deux faces d’une même médaille idéologique portaient dans son essence même le principe de la division, de la confrontation, de la corruption, du mépris et de la haine. Il suffit de regarder le portrait de l’humanité, assujettie à ce mythe, pour réaliser que c’est un grand fiasco humanitaire. En effet, alors que les deux tiers des humains vivent dans la pauvreté, les 2 % des plus riches contrôlent les 80 % des richesses de la terre. À cela s’ajoute ce qui se passe en Grèce, en Espagne, en Italie et bientôt en France et aux États-Unis où, pour sauver les banques, on sacrifie les humains. C’est là un système qui ouvre toutes grandes les portes de la bergerie à des loups dont l’appétit ne se tarira jamais. De quoi réjouir les industries militaires pour qui, les guerres sont leur gagne-pain. Chavez a dit non à cette voie.

3.     En tant que chrétien, il a brisé le mythe d’une Église institutionnelle toute puissante et autoritaire, s’interposant entre le Christ et les personnes de bonne foi. Chavez, profondément croyant et fortement inspiré par la théologie de libération, a dit non à cette puissance intermédiaire et a rappelé que le Christ était toujours la Tête de son Église et que son Esprit pouvait communiquer avec qui il voulait, sans demander la permission au Vatican. Il a dénoncé le pharisaïsme de ces hiérarchies, leurs alliances avec les forces des empires et des oligarchies. Il les a invitées à retrouver la voie des évangiles et la compagnie des humbles et des laissés pour compte de nos sociétés. Il aura été plus près d’un Jésus qui chasse les vendeurs du temple et qui invective ces pharisiens et docteurs de la loi qui mettent sur les épaules des autres des fardeaux qu’ils ne peuvent eux-mêmes porter, qu’un pratiquant, docile aux directives de ces autorités institutionnelles. Il faut dire que les hiérarchies catholiques, en Amérique latine et au Venezuela en particulier, s’identifient davantage avec les oligarchies qu’avec les pauvres. Lors du coup d’État militaire de 2002, au Venezuela, le cardinal était partie prenante des putschistes, célébrant avec ces derniers le renversement du gouvernement Chavez. Un plaisir, toutefois, qui n’aura duré que peu de temps.

4.     Il a également brisé le mythe qui veut que les peuples ne puissent, par eux-mêmes, assumer leur propre destin. Un mythe qui sépare ceux qui sont destinés à gouverner et ceux qui sont destinés à travailler dans les divers secteurs de la société. Par hasard, les premiers appartiennent aux classes favorisées et ont un droit absolu aux études supérieures, alors que les autres, les moins favorisés, doivent être orientés dans les formations techniques et de service. À ce sujet, Chavez a dénoncé cette vision des choses ainsi que l’hypocrisie des défenseurs des démocraties représentatives qui font figurer le peuple uniquement pour voter, mais une fois au pouvoir, ces gouvernements représentatifs se tournent de bord pour servir les intérêts des oligarchies au service desquelles ils mettent les pouvoirs et les richesses de l’État.

5.     Un autre grand mythe qu’il fit éclater est celui de la désinformation présentée comme pure vérité par les médias au service d’intérêts privés. Il a dénoncé les excès d’une presse privée dominante qui ne se gêne pas pour dire n’importe quoi, pour mentir sans gêne et souvent pour inciter à la violence. « Sur 111 chaînes de télévision, 61 sont privées, 37 communautaires et 13 publiques. Avec cette particularité que la part d’audience des chaînes publiques n’est que de 5,4 %, celle des privées dépassant les 61 % [3] ... Même chose pour la radio. Et 80 % de la presse écrite sont contrôlés par l’opposition ; les deux quotidiens les plus influents - El Universal, El Nacional - étant hostiles au gouvernement. » (1) 

À ces mythes dénoncés et combattus, Chavez apporte des alternatives, ouvrant ainsi la voie à un autre monde. Un monde où peuvent coexister le respect, la dignité, la solidarité, la participation responsable, la liberté, la justice, la vérité et l’amour. Un monde qui se construit sur la dignité des plus déshérités et le respect de leurs droits les plus fondamentaux

1.     Son premier geste comme président élu du Venezuela, en 1999, fut de mettre sur pied une constituante pour que les Vénézuéliens aient une constitution qui soit à leur image. Une constitution qui encadre les droits et les devoirs de tous et de toutes. Cette dernière fut votée et approuvée par référendum en décembre 1999. Dans cette constitution, le peuple a de véritables pouvoirs sur ses gouvernants  et ses droits y sont clairement inscrits.

Puis, il a réorienté l’usage de la principale richesse du pays (PDSVA) pour la mettre au service de l’ensemble des Vénézuéliens. Une richesse énorme que se partageaient les multinationales qui en assuraient la distribution et les oligarchies locales qui profitaient de cette manne. Elles seront dorénavant utilisées à 43 % au développement du secteur social. Ce sera les grandes missions de lutte contre la pauvreté et l’analphabétisme, la mise en place de centres médicaux dans tous les coins du pays de manière qu’aucun Vénézuélien n’en soit privé. Des politiques ont été développées pour assurer une distribution équitable d’une saine alimentation. Les centres délinquants qui retenaient indûment ces aliments dans des entrepôts pour déstabiliser le pays ont vite été ramenés à l’ordre. Que dire de cette grande mission d’un logement pour chaque famille? Ce sont des centaines de milliers de logements qui ont été construits, apportant dignité et respect à des millions de personnes. Pour une fois, les classes les plus pauvres ont pu toucher leur part des revenus générés par cette  richesse pétrolière.

Pour contrer la désinformation, Chavez s’est donné des outils pour communiquer régulièrement avec son peuple : toutes les semaines, il avait son émission, « Allo président », lui permettant un véritable dialogue avec son peuple. Ces émissions duraient des heures. Elles étaient là pour assurer ce lien fondamental du chef e l’État avec le peuple. Un moment privilégié pour parler également de la révolution bolivarienne, du socialisme du XXIe s. , des défis à relever et des espoirs pour le présent et l’avenir. Il leur parlait de solidarité, de justice, de participation, d’éducation, de soins de santé, mais aussi des problèmes rencontrés dans cette marche vers une société plus juste et plus solidaire. Un moment fort de prise de conscience collective.

À cette première initiative, s’est également ajoutée télésurtv, réseau public de télévision, mis en place pour contrer le monopole des principales télévisions privées du pays. Il a ainsi donné la parole au peuple et à ses principaux représentants, contrant ainsi la désinformation nationale et internationale. Un outil indispensable dans ce long processus de libération.

 Chavez a toujours voulu résoudre les conflits et les diverses embûches mises sur sa route par des voies pacifiques et démocratiques. Il est le président de l’Amérique latine qui a connu le plus grand nombre de consultations populaires durant ses 14 ans de règne. À l’exception d’une seule, il les a toutes gagnées. Celle qu’il a perdue, ce fut par moins de 200 000 voix et en bon démocrate, il en a accepté les résultats. 

La Fondation Carter a reconnu que le Venezuela avait le meilleur système électoral au monde et que sa démocratie était bien vivante. Ceux qui considèrent Chavez comme un dictateur sont loin de sa moyenne au bâton en ce qui a trait à la démocratie. À titre d’exemple, ici au Canada, nous avons un premier ministre qui dirige le pays en chef absolu avec moins de 25 % de l’électorat canadien. C’est le même qui a souhaité qu’avec la mort de Chavez vienne un gouvernement plus démocratique. Une véritable honte.

5.     Finalement, Chavez a ouvert le Venezuela à l’ensemble de l’Amérique latine et du monde. Il a regroupé les pays de l’Amérique latine sous divers chapeau : ALBA, UNASUR, MERCOSUR, CELAC. Il s’est fait leader de l’intégration de la grande Amérique latine souhaitée par Bolivar et Marti. La présence, à ces derniers adieux, de tous ces présidents et représentants de gouvernements en témoigne.

Chavez a également pris le bâton du pèlerin, le conduisant aux quatre coins du monde. Il a tissé des liens humains de fraternité avec de nombreux chefs d’État, mais toujours dans le respect mutuel et dans un esprit de coopération selon les intérêts de chacun. D’ailleurs, leur présence massive à ce dernier adieu en dit long sur l’estime et le respect qu’il a suscité dans toutes ces régions du monde.

Chavez a semé une semence qui ne pourra que croitre dans le cœur et l’esprit de ces centaines de millions de personnes. 

Si le Christ a été pour Chavez le premier-né d’une humanité nouvelle, Chavez est sans nul doute le premier-né d’une ère nouvelle nous conduisant tous et toutes vers cette humanité nouvelle, nourrit de paix, de justice, de liberté, de solidarité, d’amour, de compassion, de responsabilité.

Le socialisme du XXIe s. dont il s’est fait un grand promoteur n’a rien de la rigidité idéologique contrairement à ce qu’en disent ses détracteurs. Il s’inspire tout autant de sa vision évangélique d’un monde solidaire et communautaire, porté par la justice, la vérité et l’amour, que d’une vision humaniste d’un monde en quête de respect, de dignité, de liberté, de justice, de participation à son propre destin. Entre la vision de Jean XXIII, exprimée dans son encyclique PACEM IN TERRIS (PAIX SUR TERRE) et le SOCIALISME DU XXIe s., il y une grande concordance. Je vous invite à lire cet article en référence ici.

Que les détracteurs de Chavez se le tiennent pour dit : Chavez est devenu un peuple, une patrie, un Nouveau Monde en mouvement. Une présence contagieuse qui se fera toujours plus sentir.



« Si vous voulez savoir qui était Chávez, regardez qui pleurent sa disparition, et regardez ceux qui s’en réjouissent, là vous aurez votre réponse ! » Fidel Castro

Oscar Fortin
Le 9 mars 2013

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