mardi 16 juillet 2013

L’AMÉRIQUE LATINE À LA CROISÉE DES CHEMINS (Partie 2)




L’ARGENTINE


Dans le texte précédent, j’ai surtout abordé la mauvaise humeur de l’ONCLE SAM qui ne s’est pas résigné à se délester de son arrière-cour, l’Amérique latine et les Antilles. Il sait qu’il est fort et puissant. Il se convainc que ses muscles guerriers et sa banque à corruption viendront à bout des récalcitrants. 

Le Brésil a été le premier pays à être brièvement analysé dans cette confrontation entre l’ONCLE SAM et les ARTISANTS d’une indépendance économique et d’une union de tous ces pays de l’arrière-cour qui rêvent et proclament qu’un autre monde est possible.

Dans le présent texte, je vais poursuivre cette analyse avec l’Argentine.

L’Argentine n’échappe pas aux actions déstabilisatrices de l’empire contre l’actuel gouvernement. Il peut compter sur une presse bien rodée et une oligarchie toujours active pour reprendre l’avant-scène de la vie politique et économique. Des pans importants de la hiérarchie catholique continuent à bien le servir.

Pour bien comprendre la situation de l’Argentine d’aujourd’hui, il faut faire un rappel de la situation économique au moment de l’arrivée au pouvoir du couple Kirchner. Toute cette oligarchie qui s’acharne contre l’actuelle présidente, Cristina Fernandez est la même qui avait conduit l’Argentine au bord du gouffre en faisant le plein des richesses du pays, peu soucieuse qu’elle fût pour les conditions de vie de la grande majorité du peuple.

Dans un article tout récent de Xavier Dupret (Chercheur en économie alternative auprès du Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative (GRESEA www.gresea.be), voici ce qu’il dit de l’Argentine au moment de l’arrivée de Nestor Kirchner.

« En décembre 2001, pour maintenir la liquidité bancaire, au moment même où les capitaux quittaient le pays, le gouvernement impose aux Argentins le corralito. Le corralito définissait un plafond aux retraits d'argent à 250 pesos par semaine. Afin de lutter contre la fuite des capitaux, le gouvernement de l’époque interdisait les envois de fonds à l’étranger. Cette mesure créa un mouvement de panique chez les épargnants. Le gouvernement du président de la Rúa n’allait pas y résister et tombait trois semaines plus tard. L’Argentine entrait dans le chaos. La répression des mouvements sociaux, à l’époque, fait 31 morts. De la Rúa remet sa démission et s'enfuit du palais présidentiel en hélicoptère. Et en dix jours, quatre présidents intérimaires se succèdent à la tête de l’État (Camaño, Rodriguez Saa, Puerta, Duha. Les temps étaient mûrs pour un changement de modèle économique. »

Ces temps seront ceux des Kirchner.


Nestor Kirchner est assermenté le 25 mai 2003. Il prend la tête d’un pays au bord du gouffre et s’attaque dès les premiers instants aux causes profondes de cette crise. Il renégocie la dette publique qui avoisine alors les 100 milliards de dollars. Il parviendra à renégocier les trois quarts de celle-ci et à solder ses comptes avec le Fonds monétaire international, qu’il tient pour responsable de la crise.
En matière de politique étrangère, Nestor Kirchner oeuvre pour l’intégration latino-américaine. Il renforce la coopération avec les pays voisins : le Brésil, le Paraguay, la Bolivie, l’Équateur ou encore le Venezuela qui rejoindra le Mercosur en 2006. Il joue un rôle important lors au IVe Sommet des Amériques, réalisé à Mar del Plata, Argentine, en novembre 2005.
Les disparités économiques ne peuvent conduire à une entende de Zone de libre-échange des Amériques à travers un traité de libre-échange, dominé par les plus puissants et nivelé par le bas au détriment des plus faibles et des plus vulnérables. Ce fut l’échec pour l’empire d’étendre son pouvoir sur l’ensemble des pays de l’Amérique latine et des Antilles.
C’est également à Nestor Kirchner que l’on doit l’ouverture de nombreux procès de 
criminels de la dictature. En 2004, il transforme un ancien centre de détention clandestin en un musée à la mémoire des 30 000 personnes disparues en Argentine entre 1976 et 1983. De cela, les opposants ne parlent guère.
Sur le plan social, il faut noter les correctifs importants apportés aux inégalités sociales, ce que ne font pas ses adversaires. Grâce à la reprise économique et au redémarrage des exportations soutenus par des taux de change favorables, il finance d'importants programmes sociaux.
Le taux de pauvreté diminue de moitié en quatre ans. Dès la première année de son mandat, il passe de plus de 47 % à 16 %. De quoi réjouir les oligarchies et les églises, si soucieuses du bien-être des pauvres et des plus démunis !

Nestor Kirchner se distingue par son opposition au néolibéralisme en appelant les gens au boycott de la compagnie pétrolière Shell, qui avait augmenté ses tarifs. L'Argentine ayant signé le protocole de Kyoto, il annonce en 2005 la création du Fonds argentin du carbone. »

Il n’est pas surprenant que ses adversaires, alliés inconditionnels de l’empire, s’acharnent pour relever tous les travers de l’homme et faute d’en manquer, d’en inventer de toutes pièces.

En dépit d’une forte popularité, Nestor Kirchner renonce à se représenter en 2007 pour soutenir la candidature de son épouse, Cristina Kirchner, qu’il connaît depuis plus de 30 ans. Il était pressenti pour briguer à nouveau la présidence en 2011. 


La présidente Cristina Fernandez arrive au pouvoir à un moment où la conjoncture économique lui est favorable. Elle sera la première femme élue d’Argentine. La présence à ses côtés de son mari, l’ex-président, ne la révélera qu’à moitié, ce dernier continuant à être perçu comme le vrai meneur du jeu politique.

Sans nier l’influence de Nestor Kirchner, c’est méconnaître la femme que de penser qu’elle ne saurait être à la hauteur de la charge sans cette présence qui demeure tout de même importante!

En dépit d’une crise majeure qu’elle connaîtra au milieu des années 2009, comme présidente du pays, elle sera réélue en 2011 avec une forte majorité pour un second mandat.

« Cette victoire attendue permettra à Cristina Fernandez de commencer son second mandat ce 10 décembre avec une position politique renforcée, une grande popularité et une opposition fragmentée et fragilisée.
Il y a quelques mois, l’économiste et prix Nobel Joseph Stiglitz a fait l’éloge de l’accroissement rapide du PIB argentin accompagné par une réduction importante du taux de pauvreté par rapport aux pires moments vécus dans le pays et pour avoir traversé la dernière crise financière bien mieux que les États-Unis ou l’Europe.
Il ajoutait que le chômage n’y dépasse pas les 8 % et que l’Argentine peut laisser définitivement de côté les “magiciens” de la finance. “Ils nous ont mis dans la mouise et exigent maintenant l’austérité et une restructuration retardée. S’il doit y avoir souffrance, elle doit concerner d’abord ceux qui ont profité de la bulle qui a précédé”.

Ses détracteurs n’en continuent pas moins à parler de désastre économique, sans toutefois préciser pour qui. Ils relèvent tout ce qui peut ternir sa réputation, faire oublier ses réalisations.

Je recommande aux lecteurs et lectrices qui veulent en savoir plus sur cette femme qui n’a pas froid aux yeux d’aller ici où vous y trouverez des articles abordant divers sujets relatifs à Cristina Fernandez, présidente d’Argentine.

Je termine cette seconde partie en relevant deux anecdotes qui manifestent que l’empire et l’opposition oligarchique n’ont pas renoncé à détruire l’image des Kirchner.

La première se rapporte à la mise à contribution de Myriam Quiroga, l’ex-secrétaire de Nestor Kirchner et supposément sa maîtresse pendant un certain temps. Cette dernière, mutée, suite à de l’élection de Cristina Fernandez, ne semble pas avoir apprécié cette mutation.

Depuis, elle a écrit un livre dans lequel elle s’en donne à cœur joie pour relever tout ce qui se passait dans le couple Kirchner et révéler des mouvements d’argent dans le bureau de l’ex-président. Certains de ces éléments font l’objet de litiges et la justice sera appelée à clarifier ces accusations.

Or voilà que l’auteure vient d’écrire une lettre au pape et que, par hasard, l’histoire de cette femme au sujet des Kirchner sort au grand jour. Bien plus on précise que le pape lui aurait  répondu “de ne pas se laisser voler l’espérance”.

Cette communication d’une dissidente avec la famille Kirchner avec le pape argentin, François, n’a pu se réaliser que par l’intervention de hauts dignitaires au Secrétariat d’État et en complicité avec certains membres influents de l’opposition.

La seconde se rapporte cette fois à la lettre de 12 pages qu’un ancien élève et ami a écrite au pape. Voilà que le pape, ayant reçu la lettre, téléphone à son auteur. Je vous invite à lire le tout sur le lien qui suit  ici.

Dans ce dernier cas, les artisans de cette communication trouvent le moyen de tracer une image de l’Argentine où le monde crève de faim.

“Préoccupé, comme toujours, par la situation de son pays, il ne pouvait pas croire qu’on manque de blé pour faire le pain. Paradoxalement, je me suis souvenu de ces vers : ‘On ne peut mourir de faim/dans la patrie bénie du pain’. Il a acquiescé avec une certaine amertume, mais il n’a fait de commentaires sur personne.”
Voilà bien le genre d’insinuation qui s’infiltre bien auprès des millions et centaines de millions de personnes qui s’intéressent à tout ce qui se dit au Vatican.
Dans les deux cas, on peut se poser sérieusement la question de savoir qui sont ceux qui rendent possible de tels échanges et surtout qui les rendent publics.
Il ne faut pas oublier que le nouveau pape François a accordé sa première entrevue officielle à la Présidente d’Argentine suite à sa consécration comme Pape. Ils ont même pris le petit déjeuner en tête à tête et procédé à des échanges de cadeaux. La manipulation dont il fait l’objet ne saurait correspondre aux valeurs dont il se fait le témoin. Il est urgent qu’un nouveau Secrétaire d’État, libre des oligarchies et de l’Empire, soit nommé.



CONCLUSION
Les Kirchner ont été des alliés de premier plan de Chavez et ils ont apporté une contribution qui a permis d’avancer sur la voie de la grande patrie dont les deux grands apôtres sont Bolivar et maintenant Chavez.
Seule la détermination des peuples, accompagnés par l’abnégation de dirigeants entièrement consacrés à la cause, sera la clef qui rendra possible ce grand projet.
Dans les semaines qui viennent je traiterai du Venezuela, de la Bolivie et de l'Équateur.
Bonne semaine à vous tous et toutes

Oscar Fortin
Québec, le 18 juillet 2013









jeudi 11 juillet 2013

L’AMÉRIQUE LATINE À LA CROISÉE DES CHEMINS


1 de 2


Plusieurs des pays de l’Amérique latine, cette dernière, considérée depuis la doctrine Monroe comme l’arrière cour des États-Unis, ont pris la voie de l’émancipation politique et de l’indépendance économique. Un choix qui ne plaît pas à l’oncle SAM à qui les peuples concernés n’ont pas demandé la permission pour choisir leurs dirigeants et pour décider de leur « destin ». Ce choix est d’autant moins apprécié que ces peuples acquièrent de plus en plus d’influence sur les peuples du continent, donnant de plus en plus de consistances au projet bolivarien de l’unification de la Grande Patrie.

L’esprit qui anime ces peuples est celui d’une reprise en main de leurs institutions politiques, culturelles et économiques pour les transformer en pouvoirs au service de leur propre développement. La notion de démocratie y retrouve son plein sens en inscrivant le peuple comme le principal artisan de son devenir et le premier bénéficiaire de ses richesses.

Au nombre de ces pays, quatre se démarquent tout particulièrement : la Bolivie, le Venezuela, l’Équateur et le Nicaragua. À ces derniers s’ajoutent d’autres pays qui avancent sur cette même voie, mais à un rythme différent : l’Argentine, le Brésil, l’Uruguay et le Pérou. Cuba, dont je ne parlerai pas dans cet article, demeure une espèce à part et un phare de référence dans cette lutte à finir contre les prétentions impérialistes des États-Unis.

L’ONCLE SAM, le grand apôtre de la démocratie dans le monde, n’aime pas ça. Il n’aime pas ça parce que la démocratie dans ces pays ne répond plus à ses attentes ni à ses volontés. Il n’aime pas ça parce que ces pays lui demandent de se comporter, tel que l‘exige la Charte des Nations Unies, comme un pays respectueux du droit des autres à l’auto détermination et à l’indépendance.

L’ONCLE SAM, cet exemple d’honnêteté et de justice, ne peut plus puiser à volonté dans les richesses de ces pays, n’arrive plus à corrompre leurs présidents ni leurs chefs d’armée pour remettre au pas ces peuples devenus trop entreprenants.

Que lui reste-t-il alors comme alternative, lui qui n’a pas renoncé à son arrière-cour ni à ses prétentions de diriger ce Continent en s’asservissant ses dirigeants et en puisant comme bon il l’entend dans ses richesses. Cette approche justifiée par sa doctrine de la sécurité nationale et de ses intérêts internationaux.

Depuis quelques années, nous pouvons observer qu’il a développé un art spécial pour mener à terme ses projets de conquête et de reconquête. Il fait de plus en plus appel à des intermédiaires au sein des populations ainsi qu’à des forces de l’opposition pour créer des mouvements de foules, froidement manipulés pour faire monter la pression du mécontentement et du désordre social. Les médias de la désinformation, pour leur part, couvriront ces situations en les présentant comme un cri du cœur des peuples contre leurs gouvernants indignes des fonctions qu’ils occupent. Ce sera un appel urgent à la communauté internationale pour un retour à la véritable démocratie.

Cette approche a donné et continue de donner d’assez bons résultats dans les pays où, d’une part, les dirigeants demeurent plus soucieux des opportunités d’enrichissement que des responsabilités que commande leur mission et, d’autre part, la conscience des peuples demeure à un niveau plus près du bien-être individuel que du bien-être collectif. Un terroir idéal pour faire de la corruption l’arme tout indiquée pour y réaliser tous les projets visant l’écroulement de gouvernements et la prise de contrôle des pouvoirs et des richesses. Dans pareil contexte, la machine à imprimer des billets verts devient plus efficace que les avions et les bombes.

Pour le moment, cinq pays font l’objet d’interventions clandestines de déstabilisation et de discrédit de leurs dirigeants : le Brésil avec Dilma Rousseff, l’Argentine avec Cristina Fernandez, la Bolivie avec Évo Morales, le Venezuela avec Nicolas Maduro et l’Équateur avec Rafael Correa.

D’ABORD LE BRÉSIL 

Le Brésil est présentement aux prises avec une des plus importantes crises politiques des dernières décennies. Tous les ingrédients y sont pour neutraliser un gouvernement, dont la présidente, Dilma Rousseff fait partie de la mouvance des pays émergents. Des évènements majeurs vont se réaliser au Brésil au cours des prochaines semaines et des prochaines années, plaçant le Brésil au cœur de l’actualité mondiale : les Journées mondiales de la jeunesse, juillet 2013, la Coupe du monde de soccer 2014, les Jeux olympiques d’été de 2016. Il s’agit là d’évènements qui ne doivent surtout pas servir l’image d’un Brésil moderne, indépendant, ouvert et dynamique. Mieux vaut qu’il apparaisse comme un pays où le peuple est malheureux, les conflits toujours plus aigus et les dirigeants, corrompus et dépassés par les évènements.

Si le Brésil a connu des progrès importants au cours des dernières années, il n’en demeure pas moins un pays où les problèmes demeurent nombreux et les défis à relever toujours plus importants les uns que les autres. Depuis plusieurs semaines, le peuple est dans la rue pour dénoncer la corruption, des politiques incohérentes, pour exiger, de toute urgence, la solution à un certain nombre de problèmes spécifiques.

La Présidente a pris l’initiative de se déclarer en accord avec de nombreuses revendications des manifestants et a rencontré les principaux représentants de ces mouvements encadrant ces manifestations. Elle a promis la tenue d’un référendum ou plébiscite sur les principaux changements à apporter ce à quoi les organisations ont répondu positivement. 

Le bras de fer entre les prétentions impériales  de discréditer les actuels dirigeants du Brésil et de fissurer cette majorité du peuple en appui à la Présidente, constitue un moment charnière pour l’avenir du pays. Je mise sur la capacité de l’actuel gouvernement de mettre à découvert les prétentions de l’empire et, prenant prétexte de ces soulèvements, de procéder à des changements constitutionnels majeurs, entre autres, dans l’organisation et le financement des partis politiques. Déjà les sénateurs de l’opposition s’opposent  à de tels changements. Pour le moment sa popularité est en baisse. L'ex-président, Ignacio Lula, demeure toujours très populaire et seconde fortement l'actuelle présidente. Il est inévitable que les campagnes de discrédit finissent par porter fruit. Mais tout n'est pas fini. 

La présence, dans les jours qui viennent (23 au 28 juillet), du  nouveau pape François aux Journées mondiales de la jeunesse sera l’occasion de découvrir la direction de ses véritables engagements politiques et du rôle que joue l’Église dans ces manifestations populaires. Nous sommes habitués à une Église hiérarchique qui respire l’air de la mouvance impériale et oligarchique. Qu’en sera-t-il avec ce nouveau pape, issu de ce continent et soucieux des pauvres et des laissés pour compte? Se permettra-t-il la liberté qu’il affiche au Vatican dans ses interventions ou sera-t-il encadré par ceux qui lui dicteront quoi dire et ne pas dire?

Je dois m’arrêter ici, devant m’absenter plusieurs jours. Je me propose de vous revenir en poursuivant cette fois avec les pays émergents comme le Venezuela, la Bolivie et l’Équateur.

Oscar Fortin
Québec, le 12 juillet 2013

vendredi 5 juillet 2013

ÉVO MORALES PRIVÉ DE SON IMMUNITÉ INTERNATIONALE





Quatre pays européens, la France, l’Espagne, l’Italie et le Portugal interdirent, dans la nuit du 2 au 3 juillet, leur espace aérien à l’avion présidentiel du président légitimement élu de la Bolivie, Évo Morales. Cette interdiction est survenue après que le plan de vol du retour en Bolivie du Président en visite officielle à Moscou ait été accepté par ces mêmes autorités.

Le 2 juillet, le président Morales, au terme de sa mission à Moscou, entreprend son voyage de retour à son pays, la Bolivie. Il est prévu une escale pour faire le plein de carburant avant la traversée de l’Atlantique. C’est donc au moment où il est en plein vol que cesdits pays interdisent le passage de l’avion présidentiel dans leur espace aérien et pas question qu’il y atterrisse, même si ce dernier est de plus en plus à court de carburant. Ce sera finalement en Autriche, plus précisément à Vienne, que l’autorisation d’atterrir lui sera accordée pour faire le plein.


Mais voilà, une fois à l’aéroport de Vienne, l’ambassadeur d’Espagne en Autriche intervient pour demander, à l’encontre du droit international et contre la volonté du Président, une fouille complète de l’avion. Ce dernier sera retenu plus de 13 heures à cet aéroport comme le serait un délinquant de droit commun.

Pour bien comprendre la nature de cet acte criminel, il faut imaginer un seul instant un scénario semblable impliquant cette fois l’avion présidentiel du président des États-Unis à qui serait interdit l’espace aérien de la Bolivie, du Venezuela, de l’Équateur, de l’Argentine et du Brésil pour faire le plein de carburant. Déjà là ce serait une mobilisation de tous les médias et institutions internationales pour dénoncer et justifier des interventions militaires musclées dans ces pays. D’autant plus justifiée, si ce même avion a fait l’objet d’une fouille complète, obligeant le président des États-Unis à passer 13 heures avant que soit autorisé son départ.

Sans être un spécialiste en droit international, tout président légitime dispose de l’immunité diplomatique et son avion présidentiel a les mêmes attributs qu’ont les ambassades dans tous les pays du monde. 

Hier, le 4 juillet, les pays membres d’UNASUR se sont réunis d’urgence à Cochabamba, en Bolivie, pour exprimer leur solidarité au président Evo Morales, mais aussi pour condamner de la manière la plus forte ces quatre pays européens ainsi que ceux qui en tirent les ficelles. On demande que toute la lumière soit faite sur ce qui a amené ces pays à déroger au droit international, mettant ainsi en péril la vie d’un président démocratiquement élu par son peuple. On exige que ces pays s’excusent, qu’ils reconnaissent leur faute et qu’ils en assument les conséquences. Dans la déclaration de Cochabamba (version espagnole) ils déclarent entre autres :

« Nous dénonçons la flagrante violation des Traités internationaux qui régissent la vie pacifique, la solidarité et la coopération entre nos États, qui constitue un acte insolite, inamical et hostile, constituant un fait illicite qui affecte la liberté de déplacement d’un Chef d’État et de sa délégation officielle. 

Nous appuyons la Dénonciation présentée par l’État plurinational de Bolivie devant le Haut commissariat des Nations Unies pour le non-respect des Droits Humains et pour avoir mis en danger la vie du président Évo Morales. De la même manière, nous appuyons toutes les actions jugées nécessaires devant les Tribunaux et instances compétentes. » (Traduction de l’auteur)

Comment des pays comme la France, l’Espagne, le Portugal, l’Italie et les États-Unis qui se réclament constamment du droit international et de la Charte des droits de la personne peuvent-ils se comporter en de véritables délinquants, faisant fi du respect de ces mêmes droits ?

Lors de la rencontre de Cochabamba, les présidents ont insisté sur ce droit humain inaliénable « du refuge politique » à celui qui voit sa vie mise en danger pour des considérations politiques et idéologiques. Ce droit, reconnu par les Nations Unies, doit être respecté dans toute son intégralité.

CONCLUSION

S’il y a une conclusion à tirer de cette histoire qui nous ramène à la loi des plus forts, des plus puissants, c’est que les vrais visages de ceux qui ont bâti leur empire en se couvrant de toutes les grandes valeurs d’humanité se révèlent dans toute sa laideur. Je ne puis m’empêcher de reprendre ici une invective de Jésus de Nazareth contre ces sépulcres blanchis remplis d’ossements et d’horreurs.

« Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui ressemblez à des sépulcres blanchis : au-dehors, ils ont belle apparence, mais au-dedans ils sont pleins d'ossements de morts et de toute pourriture ; » (Mt. 23, 27)

Ma toute dernière citation, directement reliée à ce qui se passe avec Bradley Manning, Edward Snowden et Julian Assange se présente comme une prophétie :

« Car il n’y a rien de caché qui ne doive être découvert, et rien ne se fait en secret qui ne doive paraître en public. » (Marc 4:22)

L’empire bâti sur le mensonge, l’hypocrisie, le secret, la cupidité ne saurait résister longtemps aux forces de la vérité, de la transparence, de la solidarité. Je mise sur ces dernières pour la grande victoire de l’humanité sur ses fossoyeurs. Autant l’obscurité de la nuit ne peut résister à la lumière du jour, autant ces fossoyeurs d’humanité ne sauraient résister à l’éveil des consciences.

Oscar Fortin
Québec, le 5 juillet 2013


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