jeudi 17 octobre 2013

UNE ÉGLISE PRISONNIÈRE DE L'ÉTAT DU VATICAN?


L'ÉTAT DU VATICAN PRISONNIER DE L'EMPIRE



 MON ROYAUME N’EST PAS DE CE MONDE »


 Cette question est d’autant plus pertinente que le nouveau pape François se retrousse les manches pour réformer en profondeur la Curie romaine, véritable intendance de cet État.

Rien dans les évangiles et les premières communautés chrétiennes ne laissait présager que l’Église deviendrait un jour un État avec tous les ingrédients des pouvoirs temporels de conquêtes, de domination, de richesses. Cette grande aventure trouve ses origines dans cette alliance entre Constantin, empereur de Rome et les responsables de l’Église d’alors. 

Les États pontificaux qui se développèrent tout au long de l’histoire témoignent de la présence d’une Église puissante et conquérante. Ce ne sera, toutefois, qu’en 1929, avec les accords de Latran, que l’État du Vatican se taillera une place au sein des nations du monde, avec toutes les prérogatives d’un État.

Il n’est pas nécessaire d’être particulièrement perspicace pour reconnaître que dans le jeu du pouvoir et de l’argent s’infiltre un esprit qui permet de s’accommoder en toute bonne conscience d’un mélange de bien et de mal, de noir et de blanc, etc. L’Église en est ainsi venue à servir Dieu et Mammon avec la même dévotion. Elle n’est évidemment pas la seule à être assujettie à cet esprit subtil de la bonne conscience qui s’habitue à naviguer dans les eaux troubles comme si de rien n’était. Mathieu, dans son Évangile (6,24) met dans la bouche de Jésus ces paroles: « Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon »

La question se pose donc de savoir si l’Église a besoin d’être un État pour mener à bien sa mission, consistant à annoncer aux pauvres et aux gens de bonne volonté la bonne nouvelle de l’avènement du Règne de Dieu sur terre. En quoi l’État du Vatican, enveloppé de tous les pouvoirs d’un État, à l’image de tous ceux de ce monde, peut-il être conciliable avec celui inauguré en la personne de Jésus de Nazareth? Comment l’Église peut-elle se prévaloir de la catholicité tout en étant de mèche avec les puissances de ce monde?

Bien des croyants et non-croyants se posent ces questions. L’État du  Vatican n’est-il pas un contresigne de tout ce qu’est l’Évangile et de ce qu’est Jésus dont elle se réclame?

FAUT-IL RÉFORMER OU METTRE LA CLEF DANS LA PORTE?

S'll n'en tenait qu'à l’Évêque Pedro Casaldaliga du Brésil, la réforme soustrairait le Pape à toute fonction d'État et en ferait le pasteur universel et l’évêque de Rome. 

« L'autorité sera un service. Le Vatican cessera d'être un État et le Pape ne sera plus un Chef d'État. La Curie devra être profondément réformée et les Églises locales cultiveront l'enculturation de l'Évangile et le partage des ministères. L'Église s'engagera, sans crainte et sans détournement, dans les grandes causes de la justice et de la paix, des droits de l'homme et de l'égalité reconnue de tous les peuples. Elle sera prophétique dans ses annonces, ses dénonciations et sa façon de consoler. Comme le disait Pie XI, la politique vécue par tous les chrétiens et toutes les chrétiennes sera “l'expression la plus élevée de l'amour fraternel”.

Un défi énorme qui attend le pape François. A-t-il en arrière-plan cette vision des choses? Ce n’est certes pas à travers le choix de ses collaborateurs que nous le saurons. Les choix de ce dernier nous laissent perplexes par rapport à l’ampleur de la mission qui les attend. Les divers continents y sont représentés, mais les divers courants de pensée y sont absents. Dans pareil cas, comment pourront surgir les véritables alternatives?

Voici la liste des conseillers du pape pour cette réforme :

Comme coordonnateur, le cardinal hondurien Óscar Andrés Rodríguez Maradiaga, le cardinal Giuseppe Bertello (Italie), président du gouvernorat de l'État de la cité du Vatican, Francisco Javier Errázuriz Ossa, ancien archevêque de Santiago (Chili), Oswald Gracias, archevêque de Bombay (Inde), Reinhard Marx, archevêque de Munich et Freising (Allemagne), Laurent Monsengwo Pasinya, archevêque de Kinshasa (République démocratique du Congo), Sean Patrick O'Malley, archevêque de Boston (États-Unis), et George Pell, archevêque de Sydney (Australie).
Au premier coup d’œil, il n’y a personne dans ce groupe qui laisse présager la fermeture des portes de l’État du Vatican. Bien au contraire. À écouter celui qui en est coordonnateur, l’État du Vatican pourrait devenir un super État.
Parlant de son groupe, baptisée le G 8, il suggère qu’il devienne en quelque sorte ce qu’est pour les Nations Unies le Conseil de sécurité et que les évêques du monde en soient pour leur part l’Assemblée générale. Toujours dans la foulée de leurs échanges comme groupe-conseil, il annonçait que les divers dicastères seraient regroupés dans un ministère de justice, créé à cette fin.
Il parle ouvertement de toutes ces questions comme s’il avait l’autorité pour décider et déclarer des choses. Il ne manque évidemment pas d’ambition.
Très diplomatiquement, il a été rappelé à l’ordre à travers un communiqué de presse du responsable des communications du St-Siège.
 “Il n'est pas prévu de rencontres avec des personnes extérieures au groupe”, a précisé le père Federico Lombardi, porte-parole du Vatican, ajoutant que les huit cardinaux devront avant tout faire preuve de “discrétion”.
Ce cardinal du Honduras a sa petite histoire, dont celle de sa participation, au coup d’État militaire au Honduras, le 29 juin 2009. Il a participé à des rencontres préparatoires avec les putschistes et a couvert de son silence la falsification de la signature du président Manuel Zelaya au bas d’une lettre dans laquelle on lui faisait dire qu’il démissionnait. Voici l’éloge qu’il rendait au dictateur Micheletti :
“Aujourd’hui est un jour spécial pour rendre grâce à Dieu, par la Vierge Marie, pour notre Honduras, pour la liberté, la souveraineté et l’indépendance que Don Roberto Micheletti a su défendre avec les forces armées et aux côtés des milliers de Honduriens qui veulent faire partie des solutions, non des problèmes”, clama t-il lors d’une messe célébrée le 3 février 2010, en présence du nouveau chef d’État Porfirio Lobo. |1|
Voilà un bref portrait de celui que nombre de nos médias meanstream présentent comme le cardinal des pauvres, de la théologie de libération. Il n’a pas changé et il continuera avec la même pensée et les mêmes alliances à vouloir imposer sa marque. Il n’est certainement pas celui qui va mettre la clef dans la porte du Vatican.
À moins d’une autre Pentecôte, transformant tous ces personnages en de véritables témoins d’Évangile, les perspectives d’un changement radical n’est toujours pas visible à l’horizon.
Des miracles de cette nature ne se produisent pas tous les jours.
Un signe que ce miracle ne s’est pas encore produit, c’est que, selon une dépêche toute récente du candidat défait à la présidentielle au
Venezuela, Enrique Capriles, aurait reçu une missive du Vatican à l’effet que le pape avait accepté de le recevoir. Il ne sait pas encore la date, mais il devrait le savoir dans les jours qui viennent. Ce candidat défait a été l’instigateur des émeutes qui ont fait plus de 16 morts et plus de 65 blessés ainsi que de nombreux dommages à des dispensaires et centres communautaires, suite à l'annonce des résultats d'élection. Il a été un acteur important dans le  coup d’État militaire de 2002. Il est un mandarin de Washington pour mener une guerre sale contre le gouvernement du Venezuela. Il est plus près d'un chef de mafia que d'un représentant politique responsable. Il s'obstine à reconnaître les résultats d'une élection que la communauté internationale et les plus hautes autorités judiciaires du pays ont reconnus.
Si cette information s’avérait fondée, ce serait alors la confirmation que l’OPUS DEI a bien en main les destinées du Vatican et qu’elle a une bonne prise sur le pape François. Avec de pareils collaborateurs, Washington n’a qu’à se faire discret et, à l’occasion, de n'avoir que de bons mots pour le pape François. Le nouveau Secrétaire d'État qui arrive directement du Venezuela où il fut nonce apostolique de 2008 à 2013, confirmera ainsi la continuité dans les bonnes relations entre le Vatican et l'Empire. 
CONCLUSION
En 2012, les réseaux internationaux “NOUS SOMMES ÉGLISE” se sont réunis à Rome pour célébrer les 50 ans du Concile Vatican II et pour y transmettre un communiqué de presse indiquant les voies à suivre pour retrouver l’Église portée par l’Esprit et les Évangiles. Ce communiqué comprend 14 points. Je n’en mentionnerai que deux :
11.        L’Église institutionnelle a mis en place une structure non démocratique, reflet de l’Empire Romain plutôt que du Royaume de Dieu. Il est triste de constater que le monde dans son ensemble a vu plus clairement la nécessité de la démocratie et de l’égalité que l’Église issue du message de Jésus. Dans le monde laïc, les décisions non démocratiques n’ont pas de crédibilité, et sont en réalité beaucoup plus instables. La démocratie n’est pas contre la nature de l’Église, puisque l’Esprit est donné à chacun et que la démocratie signifie moins la dictature d’une majorité que le dialogue respectueux.
13. C’est très différent de l’absolutisme monarchique. Dans une Église vraiment collégiale, la conscience n’est pas moins sacrée que le Magistère. La monarchie est autant en contradiction avec la tradition évangélique de l’Église qu’avec les nécessités pastorales contemporaines. Il fut un temps où Jean XXIII nous rappelait que nous n’avions rien à craindre du monde sécularisé et que nous n’avions aucun droit de devenir des prophètes de malheur. La monarchie n’a aucun droit intrinsèque de principe dans l’Église, alors que la collégialité y a une autorité biblique, conciliaire et pastorale. IMWAC et le Réseau Européen soutiennent qu’il faut que l’Église soit pluraliste et inclusive, aussi bien dans ses structures et ses politiques internes que dans sa relation au monde.
Plus je lis et plus je consulte ici et là sur ces sujets, plus je doute de la capacité de cette commission d’entendre et de rapporter au pape François les attentes du peuple chrétien. Ils ont tous l’habitude de remodeler ce qu’ils entendent de manière à ce que tout s’ajuste à leur propre vision des choses. Il est urgent que des représentants laïcs, comme ceux des réseaux internationaux incorporent une telle commission. Autrement, nous nous retrouverons avec du pareil au même.
Dans pareille circonstance, seul un tsunami, venant je ne sais d’où,  pourra faire table rase d’une institution profondément enracinée dans son patrimoine de pouvoir temporel.
Je termine par cette pensée du pape François, prononcée lors de sa messe du 16 octobre 2013. Il est comme une voix qui crie dans le désert…
“UNE ÉGLISE QUI S’ENFERME DANS LE PASSÉ TRAHIT SA PROPRE IDENTITÉ”
Oscar Fortin
Québec, le 16 octobre 2013

mardi 1 octobre 2013

JEAN XXIII ET HUGO CHAVEZ



 « PAIX SUR TERRE »-« SOCIALISME DU XXIe s.»

Voilà un titre qui va en faire sursauter plus d’un. Pourtant, le rapprochement de la pensée de ces deux hommes de foi ne peut que conduire à ce rapprochement. Jean XXIII, avec son encyclique PACEM IN TERRIS (PAIX SUR TERRE), et Hugo Chavez, avec son Socialisme du XXIe s.

Il y a 50 ans, le monde et tout particulièrement l’Église eurent un PAPE dont les qualités en ont fait un PASTEUR aimé de tous.

On le connaît surtout pour avoir convoqué le Concile Vatican II, véritable fenêtre d’ouverture sur le monde, mais aussi pour son encyclique sociale, Paix sur terre, véritable testament, laissé à l’humanité peu de temps avant sa mort.

Si le monde des humbles de la terre y a vu l’expression d’une espérance pour un monde plus juste, plus vraie, plus humain et solidaire, les puissances de ce monde et les apôtres du néolibéralisme sans frontière y ont plutôt vu un document subversif, voir communiste.

Ce n’est donc pas par hasard que cette encyclique de Jean XXIII ait été ignorée, non seulement par les hommes et les femmes politiques de notre Occident chrétien, mais aussi par ses successeurs sur le siège de Rome. Benoit XVI, dans son encyclique sociale, Caritas in Veritate (Charité dans la vérité) ne fait aucune référence explicite au contenu de cette encyclique, alors qu’il se réfère amplement à celles de ses autres prédécesseurs.

Que dit donc cette encyclique pour qu’elle ait été mise sur les tablettes tant par les successeurs de Jean XXIII que par les gouvernements de notre Occident chrétien ?

JEAN XXIII : PAIX  SUR TERRE

En voici les principaux extraits


11 - Tout être humain a droit à la vie, à l'intégrité physique et aux moyens nécessaires et suffisants pour une existence décente, notamment en ce qui concerne l'alimentation, le vêtement, l'habitation, le repos, les soins médicaux, les services sociaux. Par conséquent, l'homme a droit à la sécurité en cas de maladie, d'invalidité, de veuvage, de vieillesse, de chômage et chaque fois qu'il est privé de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté (8).

Droits relatifs aux valeurs morales et culturelles

12 - Tout être humain a droit au respect de sa personne, à sa bonne réputation, à la liberté dans la recherche de la vérité, dans l'expression et la diffusion de la pensée, dans la création artistique, les exigences de l'ordre moral et du bien commun étant sauvegardées ; il a droit également à une information objective.

32 - Ainsi, il ne suffit pas de reconnaître et de respecter le droit de l'homme aux moyens d'existence ; il faut s'employer, chacun selon ses forces, à les lui procurer en suffisance.

35 - Voilà pourquoi une société n'est dûment ordonnée, bienfaisante, respectueuse de la personne humaine, que si elle se fonde sur la vérité, selon l'avertissement de Saint Paul : « Rejetez donc le mensonge ; que chacun de vous dise la vérité à son prochain, car nous sommes membres les uns des autres (25). » Cela suppose que soient sincèrement reconnus les droits et les devoirs mutuels. Cette société doit, en outre, reposer sur la justice, c'est-à-dire sur le respect effectif de ces droits et sur l'accomplissement loyal de ces devoirs ; elle doit être vivifiée par l'amour, attitude d'âme qui fait éprouver à chacun, comme siens, les besoins d'autrui, lui fait partager ses propres biens et incite à un échange toujours plus intense dans le domaine des valeurs spirituelles. Cette société, enfin, doit se réaliser dans la liberté, c’est-à-dire de la façon qui convient à des êtres raisonnables, faits pour assurer la responsabilité de leurs actes.

56 – (…) citant Léon XIII : « On ne saurait en aucune façon permettre que l’autorité civile tourne au profit d'un seul ou d'un petit nombre, car elle a été instituée pour le bien commun de tous (40). » Mais des considérations de justice et d'équité dicteront parfois aux responsables de l'État une sollicitude particulière pour les membres les plus faibles du corps social, moins armés pour la défense de leurs droits et de leurs intérêts légitimes (41)

64 - II est donc indispensable que les pouvoirs publics se préoccupent de favoriser l'aménagement social parallèlement au progrès économique ; ainsi veilleront-ils à développer dans la mesure de la productivité nationale des services essentiels tels que le réseau routier, les moyens de transport et de communication, la distribution d'eau potable, l'habitat, l'assistance sanitaire, l'instruction, les conditions propices à la pratique religieuse, les loisirs. Ils s'appliqueront à organiser des systèmes d'assurances pour les cas d'événements malheureux et d'accroissement de charges familiales, de sorte qu'aucun être humain ne vienne à manquer des ressources indispensables pour mener une vie décente. Ils auront soin que les ouvriers en état de travailler trouvent un emploi proportionné à leurs capacités ; que chacun d'eux reçoive le salaire conforme à la justice et à l'équité ; que les travailleurs puissent se sentir responsables dans les entreprises ; qu'on puisse constituer opportunément des corps intermédiaires qui ajoutent à l'aisance et à la fécondité des rapports sociaux ; qu'à tous enfin les biens de la culture soient accessibles sous la forme et au niveau approprié.

65 - L'intérêt commun exige que les pouvoirs publics, en ce qui concerne les droits de la personne, exercent une double action : l'une de conciliation et de protection, l'autre de valorisation, tout en veillant soigneusement à leur judicieux équilibre. D'une part, on veillera à ce que la prédominance accordée à des individus ou à certains groupes n’installe dans la nation des situations privilégiées ; par ailleurs, le souci de sauvegarder les droits de tous ne doit pas déterminer une politique qui, par une singulière contradiction, réduirait excessivement ou rendrait impossible le plein exercice de ces mêmes droits. « Une chose demeure acquise : l’action de l'État en matière économique, si loin qu'elle porte, si profondément qu'elle atteigne les ressorts de la société, ne peut supprimer la liberté d'action des individus ; elle doit au contraire la favoriser, pourvu que soient sauvegardés les droits essentiels de chaque personne humaine (48). »
Voilà l’essentiel de la vision du pape Jean XXIII quant aux responsabilités de l’État à qui revient le pouvoir d’assurer le respect des droits des personnes et des peuples et le devoir de promouvoir le bien commun de tous et de toutes.


Lorsqu’ Hugo Chavez prend le pouvoir en 1999, le pays est déjà depuis longtemps un riche producteur de pétrole qu’il expédie aux quatre coins du monde. Les ressources sont abondantes et les revenus ne manquent pas.

Les gouvernements qui se succédèrent tout au long de ces trente années ont été bénis par les Conférences épiscopales vénézuéliennes. Les églises célébraient l’amour de Dieu, la liberté des biens nantis et la compassion pour les pauvres. La paix régnait, l’argent circulait au sein des classes privilégiées et le Venezuela était devenu une terre où il faisait bon vivre pour ceux et celles qui en avaient les moyens. Pour les autres, les oubliés des médias et des gouvernements, c’était l’enfer de la pauvreté et de la misère. La paix des uns générait frustration, souffrance, humiliation des humbles et des laissés pour compte. Les soulèvements étaient réprimés avec force et les morts n’étaient plus des humains, mais des révolutionnaires, des fauteurs de trouble, des ennemis de la paix.

Le fossé des revenus

Une étude, menée en 2003 par l’Institut national de la statistique, établit la relation entre la valeur d’un panier de base nécessaire pour une famille de 5 personnes et le revenu de cette même famille. Cette approche considère comme extrêmement pauvre « " toute personne qui, avec son revenu, ne parvient pas à se procurer un panier alimentaire de base (lequel équivaut en fait à la moitié du panier de base). Le tableau qui suit donne un aperçu de la distribution de la richesse et de la pauvreté. On peut réaliser que ceux qui doivent se partager 20%, 25% et un panier complet totalisent 15 millions de personnes et ceux qui peuvent se partager 4, 5 et 6 paniers totalisent 1 700 000.

À l'aide de ces données, on constate que le groupe des personnes extrêmement pauvres est très important, alors que celui des riches est extrêmement restreint.


Il apparaît que 2,9 millions de personnes ne sont pas en mesure de satisfaire un quart de leurs besoins élémentaires (= la moitié de leurs besoins alimentaires), 7,9 millions de personnes sont extrêmement pauvres et ont à peine assez à manger. À l'autre bout du spectre, les personnes qui peuvent couvrir plus de cinq fois leurs besoins de base sont à peine plus de 300 000, sur une population totale de 25 millions d'habitants (soit 1,2 %).
Conscient de ces clivages entre les classes dirigeantes et oligarchiques et le peuple, Hugo Chavez passe à l’action en réalisant une de ses promesses électorales, à savoir la création d’une constituante et la rédaction d’une nouvelle constitution.

Les Constitutions précédentes avaient toutes été élaborées et votées par les classes dirigeantes et  les mandarins de l’État. Dans le cas présent, ce sont les différentes composantes de la société qui participent avec l’État à sa rédaction et c’est le peuple qui lui donne le poids de son autorité en l’acceptant par la voie référendaire. Le 15 décembre 1999 le peuple dira oui et le 20 décembre de la même année elle sera promulguée comme loi fondamentale du pays.

Sur le plan du contenu, la constitution renforce la participation de la population en stipulant également, outre la démocratie représentative, la démocratie participative. Elle s'oppose au néolibéralisme et se fait la promotrice d’une économie mixte, comprenant, entre autres, le modèle coopératif et la possibilité d'autogestion. De plus, elle met particulièrement l'accent sur la mise en place d'un important volet social : soins de santé, enseignement, emploi, etc.


Sur le plan économique, le tout nouveau président déclare en février 1999: " Notre projet ne veut pas une étatisation de l'économie, mais il n'est pas non plus néolibéral. Nous cherchons une voie moyenne, où la main invisible du marché collabore avec la main visible de l'État : autant d'État que nécessaire, autant de marché que possible. " (19 Richard Gott, Hugo Chávez and the Bolivarien Revolution, Verso, Londres, 2005, p. 175)

Dans la vision d’Hugo Chavez, LE BIEN COMMUN constitue la référence principale de l’État et l’objet central de sa responsabilité par rapport à l’ensemble de la Société. L’État est là pour assurer ce BIEN COMMUN et ordonner les interventions de l’ensemble des autres acteurs.


Ce socialisme n’est pas le produit d’une idéologie, mais de la mouvance d’une société qui fonde son développement sur des valeurs de justice, de vérité, de solidarité et qui fait de l’État l’outil du peuple pour assurer le Bien commun de l’ensemble de la société. La démocratie participative dont il se fait le promoteur prend forme et se développe avec la conscientisation et l’organisation des divers intervenants sociaux pour qu’ils soient impliqués dans les décisions et les orientations politiques et économiques. Il est foncièrement anticapitaliste, sans être toutefois contre l’entreprise privée qui accepte de subordonner ses intérêts individuels et mercantiles à ceux de la collectivité.

Ceux qui ramènent ce socialisme aux expériences socialistes du siècle dernier ou qui utilisent le spectre du marxisme-léninisme pour discréditer le socialisme du XXIe s. font preuve de mauvaise foi intellectuelle. C’est évidemment le cas de la Conférence épiscopale du Venezuela et des oligarchies nationales et internationales. Ils en sont encore avec l’épouvantail de la lutte contre le communisme et le marxisme pour contrer les changements de nature à  modifier les relations de pouvoir ainsi que leurs privilèges.


QUE CONCLURE ?
Le rappel du 50e anniversaire de la publication de l’encyclique de Jean  XXIII permet d’éclairer de façon particulière les engagements inspirés par la théologie de libération ainsi que les changements profonds amorcés par les dirigeants des pays émergents. 
À lire les extraits plus haut mentionnés de Paix sur terre,  on y reconnaît les mots et les accents d’un Hugo Chavez, d’un Rafael Correa et d’un Evo Morales. Tous les trois se déclarent croyants et socialistes du XXIe s. . Tous les trois ont été soumis aux critiques de leurs épiscopats respectifs. Tous les trois sont les cibles virulentes des oligarchies et de l’Empire.
Le pensée de Jean XXII est parvenue, en dépit des silences entretenus par ses adversaires, à percer jusqu’en Amérique latine et à porter ses fruits.
De quoi faire réfléchir le nouveau secrétaire d’État du Vatican, Pietro Parolin.
Oscar Fortin
6 octobre 2013