vendredi 8 novembre 2013

QUE SONT-ILS DONC CES GRANDS LIBÉRATEURS DE L’HUMANITÉ?







Chaque année, le Président des États-Unis se présente devant les membres des deux chambres ainsi que de nombreux invités pour dire au monde tous les efforts déployés par le peuple étasunien et ses représentants pour que le monde soit toujours plus libre et plus heureux.

L’éloge qu’il fait des multiples interventions de son pays dans le monde pour combattre, entre autres, le terrorisme et les tyrans qui maltraitent leurs peuples, soulève l’enthousiasme de cette noble assemblée qui entrecoupe par de longs applaudissements les paroles du Président. L’émotion atteint son comble lorsqu’il évoque ces milliers de soldats, morts au combat pour la liberté des peuples, pour la sécurité et les intérêts des États-Unis. Là, ce sont les larmes qui apportent à tous ces applaudissements l’humanité de tout un peuple dont le destin n’est rien de moins que de diriger le monde. C’est ce qu’exprimait Condoleezza Rice, la secrétaire d’État d’alors, à des baptistes réunis en congrès en juin 2006. Ce qu’elle y disait vaut pour tous les présidents.




« Le président Bush et moi-même partageons votre conviction que l’Amérique peut et doit être une force du Bien dans le monde. Le Président et moi croyons que les États-Unis doivent rester engagés comme leader d’événements hors de nos frontières. Nous croyons cela parce que nous sommes guidés par le même principe persistant qui donna naissance à notre propre nation : la dignité humaine n’est pas un don du gouvernement à ses citoyens, ni un don des hommes les uns aux autres ; c’est une grâce divine à toute l’humanité. »


On ne peut s’y tromper. Les États-Unis d’Amérique ont pour mission divine de guider le monde et d’assurer à l’humanité le bonheur de la paix, tout en poursuivant les grands objectifs de leur sécurité et de leurs intérêts nationaux, ces derniers, comme cela va de soi, devant primer sur le reste.

C’est l’histoire qu’une grande majorité de citoyens et citoyennes de nos sociétés de consommation continue de croire. C’est également celle que nos médias officiels propagent comme une vérité divine.

QU’EN EST-IL DANS LES FAITS?

À les écouter, on pourrait penser qu’ils sont des libérateurs d’humanité, mais à les regarder de plus près on se rend compte qu’ils sont plutôt des fossoyeurs d’humanité. Voyons cela en ce qui concerne leurs relations avec l’Amérique latine. Voyons jusqu’où va leur amour pour les grandes valeurs humaines de justice, de liberté, de respect, de démocratie.


BLOCUS ÉCONOMIQUE APPLIQUÉ AU PEUPLE CUBAIN DEPUIS PLUS DE 50 ANS





Il faut savoir ce que signifie dans les faits ce blocus économique et surtout ce qui en est l’inspiration.

Dès le tout début de la victoire des révolutionnaires cubains sous la direction de Fide Castro, les principales préoccupations des États-Unis furent que cette révolution devienne vite une grande déception pour le peuple cubain. Pour Eisenhower, le président d’alors, et également pour tous ses successeurs, il ne faut surtout pas que cette révolution porte ses fruits et que le peuple cubain y trouve son compte.
Dans un mémorandum secret remis au président Eisenhower, le 6 avril 1960, l’adjoint du sous-secrétaire d’État d’alors, Lester Mallory écrit ceci :
« La majorité des Cubains appuient Castro (…) Il n’existe pas une opposition politique effective. (…) L’unique moyen possible pour lui faire perdre l’appui interne est de provoquer la désillusion et le mécontentement en provoquant l’insatisfaction économique (...) et la pénurie. (…) Il faut mettre rapidement en pratique tous les moyens possibles pour affaiblir la vie économique (…) refusant à Cuba argent et biens de toute nature de manière à réduire les salaires et l’emploi, provoquant ainsi la faim, le découragement et la chute du gouvernement. »
Ce plan est ce qui donne naissance au « blocus économique contre Cuba  » qui dure depuis plus de 52 ans. Chaque année, l’Assemblée générale des Nations Unies vote à très forte majorité une motion condamnant ce blocus et demandant aux États-Unis d’y mettre fin. Pour l’année en cours, ce vote s’est réalisé le 29 octobre dernier. Encore une fois, plus de 188 pays se sont prononcés contre ce Blocus et demandez que les États-Unis y mettent fin. Les deux pays qui ont voté contre la proposition sont, comme à l’habitude, les États unis et Israël.
Nous savons depuis longtemps que l’oncle SAM n’a pas pour habitude d’obtempérer à la volonté de la communauté internationale et qu’il va continuer d’agir comme s’il n’en était rien. Loin d’en diminuer la rigueur, il en durcit les mesures. J’invite les lecteurs et lectrices à lire ce texte.
Ce sont des dizaines de milliards de dollars que ce blocus coûte à Cuba. Ce sont des milliers de Cubains, hommes, femmes et enfants qui sont privés de médicaments, d’équipements de santé sans parler de toutes les pertes au niveau du développement économique de l’Île. Un véritable combat de David contre Goliath.
Au lieu de se réjouir des solidarités de ce peuple à travers ses médecins et ses professeurs auprès des plus défavorisés du Continent, l’oncle SAM chercher par tous les moyens à lui rendre la vie plus difficile encore. Plutôt que de choisir les voies du dialogue respectueux pour résoudre les différends, il choisit de se comporter comme un empire qui n’accepte de dialogue qu’à condition de lui être soumis, de lui manger dans la main. Pour qui se respecte, il ne saurait en être question.
Que dire de la condamnation à de longues peines de prison de ces cinq Cubains pour avoir infiltré des terroristes de Miami et révélé leurs sombres projets de sabotage contre le peuple cubain? C’est Fidel Castro lui-même, par l’intermédiaire de son grand ami et prix Nobel de littérature, Gabriel Garcia Marquez, qui en a informé Bill Clinton, alors président des États-Unis.
Plutôt que de mettre en prison les terroristes, Bill Clinton a choisi, à travers un système de justice manipulé, de faire condamner les cinq Cubains.

DICTATURES ET MILITARISATION DE L’AMÉRIQUE LATINE ET DES ANTILLES.



L’histoire des dictatures en Amérique latine est une longue histoire de complicité de l’oncle SAM avec ceux qui, dans le Continent, lui ouvrent toutes grandes les avenues pour qu’il y circule en toute quiétude avec ses multinationales et ses armées. Ces dictatures sont bénies des dieux parce qu’elles savent réprimer les récalcitrants que sont en général les peuples et qu’elles permettent, entre autres, l’exploitation des richesses, le commerce florissant des armes et surtout cette paix si précieuses pour les puissants.

Pour n’en nommer que quelques-uns de ces grands hommes pour lesquels la Maison-Blanche a manifesté beaucoup de respect : Batista qui a fait de Cuba le Casino de la mafia étasunienne; Somoza qui fit du Nicaragua son domaine aux riches cultures; Pinochet qui remit le Chili sous contrôle étasunien; Banzer, un des nombreux dictateurs de la Bolivie,     Stroessner, l’homme à la poigne de fer qui mit le Paraguay à ses ordres; Videla, l’homme de main pour faire le grand ménage de la gauche argentine. Ce sera sous le règne des quatre derniers que le fameux plan Condor révèlera toute l’humanité qui les inspire. De quoi combler de joie Washington et ses acolytes.

Le seul dictateur à ne pas faire partie du club sélect de Washington est Fidel Castro.   Ce dernier a ceci de particulier qu’il se porte avant tout à la défense des intérêts de son peuple. Sa dictature réprime ceux et celles qui l’attaquent et commettent des actes terroristes pour remettre le pays entre les mains de l’oncle Sam. On comprendra que pour lui , il ne saurait en être question.


LA REMILITARISATION DE L’AMÉRIQUE LATINE

L’émergence de nouvelles démocraties qui reposent sur la participation consciente des peuples n’est pas de nature à tranquilliser l’oncle Sam. Ces démocraties nouvelles lui révèlent que l’intérêt des peuples concernés ne coïncide pas toujours avec ses propres intérêts. Il ne saurait laisser ces démocraties faire la pluie et le beau temps dans son arrière-cour. D’où l’importance de renforcer sa présence militaire, confortant, là où il y a déjà une alliance stratégique, ses appuis aux oligarchies nationales et sabotant, là où la résistance des peuples est coriace, les infrastructures existantes. Loin de présenter ses luttes comme antidémocratiques, il les présente plutôt comme une lutte héroïque contre les narcotrafiquants, les terroristes et pour la liberté des peuples.

Déjà, nous connaissons les sept bases militaires É.-U. en Colombie, celle au Honduras et au Paraguay, mais, à se fier aux dernières délibérations de la Première Conférence sur les Études stratégiques organisées par le Centre d’Investigations de Politique internationale dépendant de l’Institut Supérieur de Relations internationales (ISRI) du Ministère des Relations extérieures de Cuba, il y en aurait plus de 75. Pour la plupart, elles sont « officiellement » justifiées pour lutter contre les narcotrafiquants. Dans certains pays, comme au Honduras et au Guatemala, les soldats étasuniens peuvent, en toute impunité, circuler avec leurs armes dans le pays et tuer, en toute impunité, des civils.

Cette militarisation ne semble pas encore suffisante. Il faut en ajouter et surtout y apporter des dispositifs qui assureront tous les pouvoirs, à ceux qui en sont les maîtres, pour diriger et contrôler ce Continent, leur arrière-cour.

Pour couvrir ce dernier volet de la remilitarisation de l’Amérique latine, je vous réfère à quelques articles récents.






QUE DOIT-ON EN CONCLURE?

Lorsque nous levons le voile sur les grands idéaux, vantés par les présidents successifs des États-Unis dans leurs discours annuels sur l’état de l’Union, nous découvrons des objectifs moins nobles que ceux annoncés et proclamés avec la passion du sauveur d’humanité.

On ne peut s’y tromper : les grands objectifs de l’oncle Sam sont tous liés à ses intérêts nationaux et à sa sécurité nationale dont il est le seul à en connaître les avenants et aboutissants. Sa puissance militaire, jointe au pouvoir de l’argent, lui permet de s’imposer là où il y voit ses intérêts et sa sécurité.

Les intérêts et la sécurité des autres peuples, des autres nations, de l’humanité doivent s’ajuster et se subordonner à ses intérêts et à sa sécurité. Même le droit international et les institutions qui en sont garantes doivent s’ajuster à sa volonté. Un Empire ne saurait faire mieux. L’image du bon samaritain qui va au secours d’une humanité blessée, pratiquement agonisante, en prend tout un coup.


Oscar Fortin
Québec, le 7 novembre 2013


mercredi 6 novembre 2013

LE PAPE FRANÇOIS, COMME CHEF D'ÉTAT, AU SERVICE DE L’EMPIRE










Incroyable, mais vrai, le pape François, comme chef d’État du Vatican, vient de recevoir le candidat défait à la dernière élection présidentielle au  Venezuela, Henrique Capriles, l'homme de Washington pour déstabiliser le Venezuela.

Qui est Henrique Capriles? Il fut d’abord et avant tout un acteur important du coup d’État militaire qui renversa, en 2002, pour quelques jours seulement, le gouvernement démocratique et légitime d’Hugo Chavez. Lors de ce coup d’État, à l’encontre du droit international qui protège toute représentation diplomatique à travers le monde, il avait assailli avec l’extrême droite, l’ambassade de Cuba, y causant de nombreux dommages : de véritables actes terroristes

C’est, ce même Henrique Capriles qui a incité ses partisans, suite à sa défaite électorale d’avril dernier,  à aller se défouler en saccageant des centres de santé, des centres communautaires, tuant plus de 17 personnes et en faisant plus de 65 blessés. Il est l’homme de main de Washington pour créer le chaos et créer les conditions pour un coup d’État militaire en vue de permettre à Washington et aux oligarchies nationales de reprendre le contrôle du pays, de ses richesses et de ses institutions politiques.  En recevant Henrique Capriles, le pape François reçoit exactement les porteurs de ce projet diabolique.

De cela, le pape François ne peut pas feindre l’ignorance, son nouveau Secrétaire d’État étant l’ex-nonce apostolique  au Venezuela, Pietro Parolin. De plus, comme cardinal argentin, il a pu suivre à travers ses contacts et les divers médias de communication, tous ces évènements qui ont marqué le règne du président Chavez.

Le seul fait de recevoir ce candidat qui s’est refusé, à ce jour, de reconnaître les résultats des dernières élections présidentielles, lesquels furent confirmés par la communauté internationale, le Conseil électoral national, le Tribunal supérieur de justice, est un affront à l’État vénézuélien sous la gouvernance légitime et constitutionnelle du président Maduro. Le seul autre chef d'État à avoir reçu officiellement Capriles est le président de Colombie, Juan Manuel Santos et ça donné lieu à la suspension des relations diplomatiques, le temps que le président Santos explique son geste au président Maduro. Le président Pinera du Chili n'a pas reçus Capriles suite aux pressions de la population et de la communauté internationale.

Quelle autorité morale a Henrique Capriles  pour discuter avec le pape François de l’avenir du Venezuela? Quel message envoie le pape François au peuple vénézuélien et aux peuples émergents de l’Amérique latine, en recevant ce candidat défait, auteur de nombreux crimes et sans respect pour la Constitution de son pays?

A-t-il pris le temps de lui parler de son condo, acheté 5 millions de dollars à New York, peu de temps avant la dernière campagne électorale? Lui a-t-il parlé de l’importance de changer les cœurs avant de vouloir changer les structures, comme ils ont l'habitude de le dire aux mouvements de gauche? Lui a-t-il rappelé qu’il était contre toutes les tentatives de coup d’État et contre tout usage de la violence? Lui a-t-il rappelé l’importance d’agir dans le cadre des institutions existantes et de l’actuelle constitution, voulue et votée par le peuple?

Imaginons un seul instant que Lopez Obrador, candidat défait aux élections présidentielles mexicaines (2006 et 2012) ait demandé une audience au Pape pour y dénoncer la corruption, les irrégularités, etc. Nous pouvons être certains que cette demande n’aurait pas franchi les murs de la nonciature apostolique de ce pays.

Mieux encore, supposons que Xiomara Castro, soit la candidate défaite au Honduras, suite au scrutin du 25 novembre prochain, et qu’elle demande à être reçue par le Pape pour faire état des assassinats politiques, de la corruption et des nombreuses fraudes électorales ayant marqué cette élection. Sera-t-elle reçue les bras ouverts par le Pape, alors que son parcours politique est sans tache? Je peux en douter.

Ce ne sera certainement pas le cardinal Oscar Andres Rodrigues Maradiaga, collaborateur des putschistes qui ont  renversé, en 2009, le président légitime d’alors, Manuel Zelaya, époux de Xiamora Castro, qui va lui ouvrir les portes pour qu’elle aille tout dire au Pape.

Cette audience, accordée par le pape François, est un jour sombre qui marquera encore pour longtemps la dépendance de l’État du Vatican de l'Empire étasunien et des oligarchies nationales. Ce fait démontre, mieux que tous les discours, que le Vatican est toujours une marionnette au service de l’Empire.

Le pasteur François, lorsqu’il devient chef d’État, perd beaucoup de son indépendance et de sa liberté. Il y perd également beaucoup de son charme et de sa crédibilité. Avec l’entourage qu’il s’est donné, pas surprenant que de tels évènements puissent se produire.

L'Église ne pourra servir indéfiniment deux maitres: Dieu et Mammon


Oscar Fortin

Québec, le 6 novembre 2013 

samedi 26 octobre 2013

L'ÉGLISE CATHOLIQUE À LA CROISÉE DES CHEMINS




Avant le conclave les deux hommes, Marc Ouellet avec le parapluie et Jorge Bergoglio à la plue battante, marchent sur la Place St-Pierre. Le premier rêve être Pape, le second le deviendra. Deux manières d'être Église.



UN CHOIX FONDAMENTAL S'IMPOSE

 

D'ABORD UNE ÉGLISE ENRACINÉE DANS LE POUVOIR POUR DIRIGER

Ce titre eut pu coiffer bien des articles tout au long de l’histoire de l’Église à travers le temps. Ce n’est donc pas d’aujourd’hui qu’elle est à la croisée des chemins.  Toutefois, cette fois-ci, les choix sont plus radicaux, ils touchent plus profondément la doctrine et la foi. Sur la photo qui coiffe le présent article, on y voit le prêtre poète, Ernesto Cardenal, que le pape Jean-Paul II avait sermonné à son arrivée à l’aéroport de Managua, Nicaragua. La seconde photo est celle du cardinal Canizarés. Deux églises, deux mondes.

L’Église institution en est arrivé à un point tel, dans sa doctrine et l’exercice de ses cultes,  que sa crédibilité n’y est plus. Cette Église institution telle qu’elle se présente à travers ses cardinaux, ses nonces apostoliques, ses évêques, tous enveloppés de rouge ecclésiastique, bien empressé, ne répond plus aux aspirations et aux attentes d’une humanité dont le rouge qui la couvre est plus souvent celui du sang. Cette Église, quoi qu’on en dise, résiste toujours aux changements, pour ne pas dire à la conversion qui s’impose. Elle n’est pas prête à troquer ses habits impériaux pour ceux d’une humanité en quête de justice et de respect. Toutefois, des vents forts soufflent pour les en dépouiller. Jusqu’à temps pourront-ils leur résister?




OU UNE ÉGLISE ENRACINÉE DANS LE PEUPLE POUR SERVIR ET TÉMOIGNER

L’autre Église, celle dont on parle peu, est déjà à l’œuvre dans plusieurs milieux de vie, à travers le monde, mais de façon particulière en Amérique latine.

Dans les derniers jours du Concile, le 16 novembre 1965, quarante évêques, en majorité latino-américains, se sont réunis dans une catacombe de Rome sous l’impulsion de dom Helder Camara et ils ont signé ce qui s’est appelé le « Pacte des catacombes » . Un geste profondément prophétique qui indique la direction à prendre pour que l’Église institution retrouve son âme. Je vous invite à lire au complet le contenu de ce pacte dont je me permets d’en relever quelques extraits.

1. Nous essaierons de vivre selon le mode ordinaire de notre population en ce qui concerne l’habitation, la nourriture, les moyens de locomotion et tout ce qui s’ensuit. Cf. Mt, 5, 3 ; Mt, 6, 33s ; Mt, 8, 20.
2. Nous renonçons pour toujours à l’apparence et à la réalité de richesse spécialement dans les habits (étoffes riches, couleurs voyantes), les insignes en matière précieuse (ces signes doivent être en effet évangéliques). Cf. Mc, 6, 9 ; Mt, 10, 9s ; Actes, 3, 6. Ni or ni argent.
3. Nous ne posséderons ni immeubles, ni meubles, ni comptes en banque, etc., en notre propre nom ; et s’il faut posséder, nous mettrons tout au nom du diocèse, ou des œuvres sociales ou caritatives. Cf. Mt, 6, 19-21, Lc, 12, 33s.
5. Nous refusons d’être appelés oralement ou par écrit par des noms et des titres signifiant la grandeur et la puissance (Éminence, Excellence, Monseigneur). Nous préférerons être appelés du nom évangélique de Père.
6. Nous éviterons, dans notre comportement, nos relations sociales, ce qui peut sembler donner des privilèges, des priorités ou même une préférence quelconque aux riches et aux puissants (par exemple par des banquets offerts ou acceptés, par des services religieux). Cf. Lc, 13, 12-14 ; 1 Cor, 9, 14-19).
9. Conscients des exigences de la justice et de la charité et de leurs rapports mutuels, nous essaierons de transformer les œuvres de « bienfaisance » en œuvres sociales basées sur la charité et la justice qui tiennent compte de tous et de toutes les exigences, comme un humble service des organismes publics compétents. Cf. Mt, 25, 31-46 ; Lc 13, 12-14, et 33s.
10. Nous mettrons tout en œuvre pour que les responsables de notre gouvernement et de nos services publics décident et mettent en application les lois, les structures et les institutions sociales nécessaires à la justice, à l’égalité et au développement harmonisé et total de tout l’homme chez tous les hommes et par là à l’avènement d’un autre ordre social, nouveau, digne des fils de l’homme et des fils de Dieu. Cf. Actes, 2, 44s ; Actes, 4, 32-35 ; Actes, 5, 4 ; 2 Cor, 8 et 9 ; 1 Tim, 5, 16.
11. La collégialité des évêques trouvant sa plus évangélique réalisation dans la prise en charge commune des masses humaines en état de misère physique, culturelle et morale – deux tiers de l’humanité – nous nous engageons :
•   à participer, selon nos moyens, aux investissements urgents des épiscopats des nations pauvres ;
•   à demander ensemble, au niveau des organismes internationaux, en témoignant toujours de l’Évangile, comme l’a fait le Pape Paul VI à l’ONU, la mise en place de structures économiques et cu1turelles qui ne fabriquent plus de nations prolétaires dans un monde de plus en plus riche, mais permettent aux masses pauvres de sortir de leur misère.

Après 48 ans de ce pacte, la figure visible de l’Église institution n’a guère changée. Il faut retourner dans les pays du tiers-monde pour y retrouver de ces témoins d’Église des pauvres pour les pauvres. Déjà nous connaissons le témoignage de Mgr Oscar Romero. Moins connus sont ces nombreux prêtres religieux et laïcs engagés, sous l’inspiration de la théologie de libération, dans les milieux les plus défavorisés. Ils sont ceux-là mêmes que le pape Jean-Paul II  a voulu bâillonner avec l’aide de Joseph Ratzinger, devenu par la suite pape Benoît XVI, puis pape émérite. Sur cette photo nous voyons le pape J.P. II sermonner le père Ernesto Cardenal, alors ministre de la culture. Il vaut la peine d’aller au lien plus haut donné sur ce prêtre pour y lire ce qu’il raconte de cette visite du pape.



Un nouveau pacte des catacombes?


Dom Pedro Casaldàliga, évêque émérite de la Prélature de São Félix de Araguaia (Mato Grosso) a publié, en mars 2009, un article pouvant être lu comme un second pacte des catacombes. En voici quelques extraits :

(…) La grande crise économique actuelle est une crise globale de l’humanité qui ne peut être résolue par aucune forme de capitalisme, car un capitalisme humain n’existe pas. Le capitalisme en lui-même reste toujours homicide, antiécologiste et suicidaire. On ne peut servir en même temps le dieu des banques et le Dieu de la Vie, ni conjuguer ensemble la toute-puissance et l’usure avec la convivialité fraternelle. La question centrale est la suivante : s’agit-il de sauver le système ou s’agit-il de sauver l’humanité? C’est dans les grandes crises que se trouvent les grandes opportunités. En chinois, le mot « crise » a deux sens : la crise comme danger et la crise comme opportunité.

Avec l’Église, nous voulons vivre, à la lumière de l’Évangile, la forte passion de Jésus pour le Royaume. Nous voulons être l’Église de l’option pour les pauvres et devenir communauté œcuménique, mais aussi macro œcuménique. (…)Le Dieu dans lequel nous croyons, celui que Jésus appelait Père, ne peut être en aucune façon celui des fondamentalismes, de l’exclusion, des inclusions absorbantes et de l’orgueil prosélyte. Faire de notre Dieu le seul Dieu véritable, cela a assez duré. « Mon Dieu me laisse-t-il rencontrer Dieu? ». (…) L’Eglise sera prophétique dans ses annonces, ses dénonciations et sa façon de consoler. Comme le disait Pie XI, la politique vécue par tous les chrétiens et toutes les chrétiennes sera « l’expression la plus élevée de l’amour fraternel ».

On peut lire l’ensemble de l’article en suivant le lien donné plus haut.

QU’EN EST-IL DU PAPE FRANÇOIS?

Il ne fait aucun doute dans mon esprit que le pape François appartient, quant à son mode de vie et à sa proximité avec les plus marginalisés, au second groupe, celui des catacombes.

Toutefois, à regarder de près ceux qu’il nomme pour le conseiller et pour diriger les différents dicastères de l’Église, il donne plutôt l’impression de quelqu’un qui veut garder l’Église institutionnelle là où elle est.  

L’Opus Dei qui n’a pas la réputation d’être pauvre avec les pauvres se voit confier de nombreuses responsabilités à travers plusieurs de ses membres. C’est le cas pour les comités visant la transformation de la banque du Vatican. C’est le cas pour le comité visant la transformation de la gouvernance de l’État du Vatican. C’est également le cas avec son comité du G-8 pour le conseiller sur la réforme de la Curie.


Avec le cardinal MARADIAGA comme coordonnateur, les conservateurs et les adeptes du statu quo peuvent dormir tranquilles. Il est là pour veiller au grain.

Il ne faut pas oublier qu’il est le cardinal qui a participé directement au coup d’État militaire au Honduras, en juin 2009, et qui considère, sans plus de nuance, le socialisme du XXIe siècle comme étant le marxisme qui a caractérisé, au siècle dernier, les États de l ‘Union soviétique. 

Pour moi, il est l’ombre qui plane sur le Vatican et qui sait utiliser toutes les opportunités que lui donnent ses fonctions de coordonnateur pour se faire voir et se positionner pour une éventuelle élection à la papauté. Comme pilote, il sait voler, comme musicien, il sait jouer les notes pour ses compositions, et comme politicien, il sait utiliser les moyens qu’il faut pour être toujours du côté des solutions plutôt que du côté des problèmes.

Enfin, la nomination, comme secrétaire d’État, de Pietro Parolin, également lié à l’Opus Dei, n’augure rien de bon pour les grands changements, tant dans les politiques du Vatican à l’endroit des puissances de l’Occident  que dans ceux relatifs au système des nonciatures apostoliques, véritables contre signe d’une Église pauvre avec les pauvres.

Il revient tout juste de Caracas où il agissait, depuis 2008,  comme chef de la  Nonciature apostolique.  Sa pensée idéologique rejoint parfaitement celle du cardinal MARADIAGA, bon ami de Washington et des oligarchies nationales. Sur ces deux personnages, je vous invite à lire les quelques articles écrits sur le sujet.


Faut-il voir dans ces nominations un pape « rusé » qui « sait manœuvrer » ou un pape « naïf et pécheur »  comme il l'a lui-même signalé dans son entrevue avec les jésuites.

On ne peut certes pas reprocher au pape François son engagement personnel et le témoignage de simplicité qui rayonne de sa personne. Mais pour le reste, faudra-t-il attendre une seconde « Pentecôte » ou un « tsunami » au sein même du Vatican?

Oscar Fortin
Québec, le 26 octobre 2013