jeudi 26 décembre 2013

ÉLUE PRÉSIDENTE DU CHILI AVEC 23,79% DE L'ÉLECTORAT


OSCAR FORTIN :
Cette information n’a pas fait la UNE de nos journaux ni des bulletins de nouvelles de nos réseaux nationaux et internationaux d’information. Ces derniers nous ont plutôt parlé d’une victoire éclatante de Michelle Bachelet, saluée avec enthousiasme par les principaux chefs d’État d’Amérique et d’Europe.
La version officielle d’AFP a été reprise par l’ensemble de nos médias :
« La socialiste Michelle Bachelet a largement remporté dimanche l'élection présidentielle au Chili devant la conservatrice Evelyn Matthei. »
Il est frappant qu’ils insistent pour la présenter comme « socialiste » et préciser qu’elle est « largement victorieuse ». On vante ses vertus et son charisme et surtout l’amour indéfectible du peuple chilien à son endroit.
« Grande favorite, Michelle Bachelet, 62 ans, médecin de formation et première femme élue à la tête d'un pays sud-américain en 2006, ont confirmé les pronostics qui lui promettaient une victoire très confortable. »
Il est intéressant de noter que son socialisme ne la rend pas suspecte ni dangereuse pour l’avenir du régime en place. Elle n’est ni un Chavez, ni un Correa, ni un Evo Morales. Tout au contraire, son socialisme est comme quelque chose de rassurant et, à n’en pas douter, ce qui en fait une présidente si aimée par son peuple, Washington et ses alliés.
Que faut-il donc penser de ce socialisme dont s’étiquette Michelle Bachelet ? Est-il de même nature que celui dont se drape François Hollande, président de France? Nous savons que le socialisme de ce dernier fait la joie de Washington et d’Israël. Par contre, les Français, si on se fit aux derniers sondages, ne semblent pas trop s’en accommoder avec 74 % d’insatisfaits.
Je pense que le socialisme de Michelle Bachelet s’inspire plutôt de celui de Ricardo Lagos, président socialiste du Chili, de 2000 à 2006. C’est ce dernier qui l‘initia aux fonctions ministérielles et qui en fut, pour ainsi dire, son mentor.
Je tire cette conclusion de deux faits qui illustrent le type de socialisme dont s’enveloppe Ricardo Lagos. Le premier se réfère à ses six années de présidence durant lesquelles il a maintenu, pour l’essentiel, les mêmes politiques néolibérales du dictateur Pinochet. Il n’y a eu aucune initiative de nature à modifier le régime hérité de Pinochet. Le deuxième fait vient des sympathies de Ricardo Lagos pour le Forum 2000, créé à la fin des années 1990 pour lutter contre le communisme et promouvoir la démocratie telle qu’incarnée en Amérique et en Europe par les gouvernements néolibéraux.  Une initiative prise en l’honneur de Václav Havel, farouche adversaire du  communisme de l’époque et promoteur de la démocratie néolibérale.  Lors du Forum 2000, tenu à Prague en octobre 2007, Ricardo Lagos figure sur la liste des membres participants. D’ailleurs, les participants qui figurent sur cette liste donnent une idée des orientations de ce Forum. 
Je vous invite à consulter cette liste ici. Vous y noterez, entre autres, la présence de  Madeleine Albright, Secrétaire d’État des É.-U. et de Paul Wolfowitz, président de la Banque des États-Unis.
Comme anecdote, je me permets de rappeler qu’à cette occasion, il y eut une rencontre secrète d’un comité restreint, formé, entre autres, par les deux personnages plus haut cités ainsi que par Michaël Jean, alors Gouverneure générale du Canada et de deux représentants de l’opposition vénézuélienne.  Le but recherché de cette rencontre n’était rien de moins que la coordination du sabotage planifié du référendum qu’Hugo Chavez avait convoqué pour le 2 décembre 2007. Il s’agissait, entre autres, d’éliminer la clause limitant à deux mandats l’élection d’un même candidat à la présidentielle. Pour des promoteurs de la démocratie, ce n’était pas ce qu’il y avait de mieux à faire.
Pour revenir au point central de notre réflexion, je pense que cette influence de Ricardo Lagos sur Michelle Bachelet peut se mesurer à la lumière de son premier mandat à la présidence du Chili. Tout comme Lagos, elle s'en est tenue à des politiques néolibérales et elle a pris bien garde d’innover dans le sens d’un authentique socialisme comme le firent Chavez, Morales, Correa.
Il faut bien se rappeler que dans son premier mandat, elle n’a jamais été une alliée convaincue d’Hugo Chavez. Je me souviens, qu'à cette époque, la presse nationale chilienne était ouvertement anti-Chavez et le canal telesurtv.net du Venezuela n’était pas accessible depuis le Chili. Il y avait un mur du silence et une désinformation qui n’avaient pas leurs contreparties. Pourtant le Chili vivait sous le régime d'une Présidente qui se disait socialiste.
À ceci s’ajoute cet autre fait. En tant que présidente pro temporelle d’UNASUR, elle avait reçu, en mars 2009, le vice-président des États-Unis en compagnie de quelques membres d'UNASUR, sans y inviter certains autres qui auraient souhaité y participer.  Ainsi, Hugo  Chavez, Evo Morales et Rafael Correa, fer de lance du socialisme du XXIe siècle et membres importants d’UNASUR, n'eurent pas cette opportunité de participer à cette rencontre.
Que dire maintenant du comportement qu'elle eut, en tant que présidente  du  XVIIe Sommet ibéro-américain, réalisé au Chili en novembre 2007,  lorsque le roi Juan Carlos d'Espagne interrompit Chavez en lui disant de se la fermer.  Michelle Bachelet, en tant que présidente de cette rencontre qui réunissait 22 représentants de pays de l'Amérique latine,  se garda bien de le rappeler à l’ordre en lui rappelant que les les pays de l'Amérique latine ne sont plus des colonies d'Espagne et qu'ils  doivent être respectés ainsi que leurs présidents. Il n'en fut rien. Il faut lire le commentaire qu'en a fait Salim Lamrani sur le Réseau Voltaire.
Cette amitié qu'elle déclare pour Hugo Chavez s'est faite bien discrète lors de son décès. À ce que je sache, elle maintint un mutisme complet. Pourtant, n'avaient-ils pas collaborer pendant quatre ans à l'intégration de l'Amérique du sud et là la promotion d'une société plus juste et plus indépendante? Mes recherches sur google n'ont donné aucun signe de sa part au moment du décès d'Hugo Chavez.
C’est cette même Michelle Bachelet, avec en plus quelques années passées dans les milieux politiques de New York et de Washington, qui est revenue au Chili pour y être élue présidente. Sa candidature avait été annoncée longtemps à l’avance par les médias internationaux. Elle était devenue la candidate incontournable, aimée de son peuple et bien soutenue par Washington et ses nombreux conseillers.
D’ailleurs, elle put compter sur la présence de personnalités hautement qualifiées pour la conseiller dans l’élaboration de son programme électorale. Dans un article ( en espagnol) fort intéressant que m'avait refilé mon ami Serge Charbonneau, Ernesto Camona, nous présentent les personnes qui formèrent son commando de campagne électorale. Ils ont tous en commun une adhésion ferme au dogme de l’idéologie néo-libérale.
Pas surprenant, qu’à peine connus les résultats de son élection, qu’elle donne une conférence de presse pour parler, cette fois, de ses priorités internationales. Ce thème n'avait  été qu'effleuré lors de la campagne électorale. Elle le remet tout d'un coup à la première place de ses préoccupations. Elle aura attendu les résultats confirmant sa victoire pour s’ouvrir sur ce sujet, dont celui auquel elle va accorder une importance de premier plan, à savoir Alliance du Pacifique. Nous savons que cette Alliance du Pacifique est soutenue et encouragée par Washington pour contrer l’ALBA, cette autre alliance, créée comme alternative au Traité de libre-échange des Amériques, qui fut rejeté par les pays de l’Amérique latine, en 2005, lors du Sommet des Amériques à Mar de Plata,  Argentine.
Il n’y a pas de doute dans mon esprit que Michelle Bachelet, la nouvelle présidente du Chili avec 23,79 % de l’électorat chilien saura représenter les intérêts du néo-libéralisme et qu’elle aura ses entrées assurées à la Maison Blanche. Elle les avait déjà avec Bush et Obama lors de son premier mandat. Une alliée inconditionnelle de Washington pour contrer les politiques des pays émergents de l’Amérique latine et contrer la montée des pays de l'ALBA.
Si le club des pays qui font du néolibéralisme le fondement de leurs politiques se réjouit autant de l’arrivée au pouvoir de la « socialiste » Michelle Bachelet, c’est qu’il y a anguille sous roche. La variété des partis politiques intégrant la Nouvelle concertation lui sera d’un secours précieux pour justifier qu’elle ne peut donner suite à telle ou telle promesse, les dissensions au sein de la Concertation ne lui permettant pas d’aller plus loin. Il suffit de voir l’éventail idéologique de cette nouvelle majorité de centre-gauche, composée du Parti Démocrate Chrétien (PDC), du Parti Pour la Démocratie (PPD), du Parti Socialiste (PS), du Parti Radical Social Démocrate (PRSD), du Parti Communiste du Chili (PCCh), du Mouvement vers le Socialisme (MAS) et de la Gauche Citoyenne (IC).
Avec ces 23,79 % de l’électorat chilien qui ont voté pour elle, ce système démocratique, tel que l’aime Washington, lui permettra de diriger le pays avec toute l’autorité de la charge. Les 76,21 % qui n’ont pas voté pour elle devront accepter qu’elle dispose de l’autorité voulue pour parler et agir en leur nom. N’a-t-elle pas été élue avec une forte majorité ? Un peu plus, c’eut été, selon certains commentateurs, un véritable plébiscite.
Deux dossiers importants donneront l’heure juste de ses véritables orientations politiques : la mise en place d’une constituante pour une véritable constitution du peuple pour le peuple et le financement universel de l’éducation pour tous et pour toutes. Deux promesses incontournables de sa campagne électorale. Encore là, les diverses composantes de la Nouvelle concertation n'arriveront pas à s'entendre et le tout se ramènera à quelques modifications cosmétiques. Il en sera de même pour l'Éducation où les conditions économiques ne peuvent permettent d'y donner suite , si ce n'est que par étape...
Je souhaiterais me tromper sur toute la ligne, mais....
Oscar Fortin
Québec, le 23 décembre 2013

vendredi 20 décembre 2013

LE NOËL DE LA LIBÉRATION


LE NOËL DE LA LIBÉRATION



NOËL prend bien des sens selon le regard que nous portons sur les célébrations auxquelles il donne lieu.

 
Il y a le NOËL commercial qui s’alimente de tous ces bons sentiments qui conduisent à acheter des cadeaux pour les êtres qui nous sont les plus chers. La publicité, plus que jamais, fait la promotion de ces bons sentiments qui feront sonner les tiroirs-caisses des centres d’achat, au grand plaisir de leurs propriétaires. C’est le NOËL du Père Noël.




Il y a aussi le NOËL familial qui réunit les familles, réconcilie et apporte la paix. Il est traditionnellement célébré autour d’une grande table garnie de tout ce qu’il y a de plus exquis et appétissant. Un NOËL de la bonne humeur où les histoires, les anecdotes, les chants, la danse comblent de joie tous les participants et participantes. Un NOËL plus près de celui de nos ancêtres. 







Il y a également le NOËL des églises avec ses crèches, ses lumières, ses chants portés par les plus belles voix de la paroisse. C’est le NOËL religieux qui exalte la naissance d’un nouveau-né pas tout à fait comme les autres. Il est celui en qui se réalisera la promesse faite par Dieu de libérer toutes les personnes de bonne volonté. Ainsi, les voix de partout à travers le monde s’unissent pour chanter « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur terre aux hommes de bonne volonté. »








Il y a enfin le NOËL du pauvre, de l’exclu, du malade, de celui et de celle qui n’ont pas de quoi acheter des cadeaux,qui sont soumis à des conditions de vie marquées par l’humiliation, la violence, des dépendances. Ce NOËL devient pour ces exclus, ces persécutés, ces malades et ces prisonniers une bonne nouvelle qui leur annonce que leur délivrance est proche. Ce NOËL n’a pas l’éclat des célébrations commerciales, culturelles, religieuses. C’est un NOËL qui se vit dans le secret des cœurs et qui redonne force et courage pour aller de l’avant. Leurs conditions de vie ne sauraient durer indéfiniment, car Dieu est devenu l’un d’eux pour les accompagner et, avec eux, les sortir de cette situation déshumanisante. Le règne qu’inaugure sa naissance ne peut qu’en être un de libération, de délivrance de toutes ces tares d’un monde dominé par la cupidité, l’individualisme, l’avoir, le pouvoir et le paraître.

UNE LUEUR D’ESPÉRANCE À L’HORIZON

Le NOËL qui vient me chercher est celui qui est espérance vraie pour les pauvres et les humbles de la terre. Il y a dans cette petite lumière qui prend vie à Bethléem une espérance qui ne s’éteint pas, un reflet qui pénètre les cœurs et qui redonne espoir pour ceux qui n’en ont plus. Le mystère qui enveloppe la naissance de cet enfant enveloppe également le mystère de cette étincelle qui rejoint à travers le monde les cœurs brisés et les laissés pour compte.

UN MONDE NOUVEAU ÉMERGE

Sans donner plus d’importance qu’il ne faut aux prédictions mayas, à celles de Nostradamus et de Malachie, on ne peut s’empêcher de relever le fait que le monde dans lequel nous vivons est plus que jamais en mutation profonde. Les consciences s’éveillent, les masquent tombent, ce qui était caché apparait au grand jour, la gouvernance de ce monde, dominé par la cupidité, l’argent et le pouvoir ne parvient plus à dissimuler son ignominie. Des voix s’élèvent pour la dénoncer, des peuples agissent pour la contrer.

Je me permets de relever deux grands signes qui pointent dans la direction d’une ère nouvelle où liberté rythme avec solidarité,

L’EFFONDREMENT D’UNE ÉGLISE DOMINÉE PAR LE CLÉRICALISME ET LE LÉGALISME

La présence de ces deux personnages ne sont là que pour symboliser les deux grandes tendances qui s'affrontent actuellement dans l'Église: celle d'une institution devenue pouvoir et celle d'une Église devenue prophétie. La photo de gauche est celle du cardinal Oscar Andres Rodriguez Maradiaga du Honduras et celle de droite est du prêtre Ernesto Cardenal du Nicaragua. Celui que le papes Jean-Paul 11 avait sermonné à son arrivée officielle à l'aéroport de Managua, Le premier a soutenu le coup d'État militaire au Honduras, le second a été militant sandiniste et ministre de la culture dans le premier gouvernement révolutionnaire.


 Depuis le Concile Vatican II, l’Église a connu bien des conflits internes. Mais voilà qu’avec l’arrivée du pape François les portes s’ouvrent, non pas pour y entrer, mais pour en sortir et aller à la périphérie, là où sont les marginalisés et les laissés pour compte. C’est là, dans cette Galilée contemporaine, que les attend le Ressuscité pour œuvrer à l’avènement d’un Règne de liberté et de solidarité.

Finies les grandeurs des hiérarchies qui se drapent dans l’élégance de leurs grandes robes et qui se font servir au lieu de servir. Dorénavant, les doctrines devront s’ajuster aux Évangiles et les préceptes devront se transformer en une présence de proximité et d’accompagnement auprès des pauvres. Il s'agit d'un appel à une véritable conversion de l’Église à ses origines et à ceux et celles qui ont toujours été les élus de prédilection de Jésus : les pauvres, les pécheurs, les laissés pour compte.

Le 16 décembre dernier, le pape François en a rajouté, d’une part, en condamnant tout cléricalisme et légalisme, véritables éteignoirs de la vie de Dieu au milieu de son peuple et, d’autre part, en faisant l’apologie des prophètes et de la prophétie comme source de vie.

« Quand la prophétie se fait absente, la vie même de Dieu se fait absente et prédomine alors le cléricalisme » et il ajoute que « lorsqu’il n’y a pas de prophétie la légalité s’impose… et quand règne le légalisme, la Parole de Dieu n’y est plus et le peuple de Dieu qui croit, pleure dans son cœur parce qu’il ne rencontre pas le Seigneur. »

Un pape qui renvoie vers les pauvres ses princes et qui ramène aux évangiles ses docteurs de la loi, doit s’attendre à ce que ces derniers résistent tout comme ceux, au temps de Jésus, ont résisté lorsqu’il les a confrontés à leur propre hypocrisie et à leur suffisance. Il reprend à son compte les paroles de condamnation de Jésus à l’endroit des pharisiens et des docteurs de la loi qui mettent sur les épaules des autres des fardeaux qu’ils ne peuvent eux-mêmes portés. Il ne fait aucun doute que le couvercle de la marmite va sauter et que cette Église qui remonte au temps de Constantin va s’écrouler pour laisser la place à celle portée par l’Esprit des Évangiles.

Après 2000 ans d’histoire, la conscience des peuples n’est plus ce qu’elle était et les manipulateurs et prédateurs ne peuvent plus vendre leur salade comme ils le faisaient autrefois. L’Église ne pourra plus être pareille après ces confrontations où le ton donné par le pape François s’imposera inévitablement. D'ailleurs, le support mondial de toutes les personnes de bonne foi qu'il reçoit de partout à travers le monde confirme que l'orientation prise est la bonne.

« Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes et qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous ne l'avez pas voulu! Voici, votre maison vous sera laissée déserte; car, je vous le dis, vous ne me verrez plus désormais, jusqu'à ce que vous disiez : béni soit celui qui vient au nom du Seigneur! » Mt.23, 37-39

EFFONDREMENT D’UN EMPIRE DOMINÉ PAR LA CUPIDITÉ ET L’ARGENT

Il est évidemment question de cet empire qui traite les humains comme des biens de consommation et lorsque, devenus inutiles, il les abandonne comme des déchets. Cet empire est de plus en plus condamné à travers le monde et ces derniers temps, de façon percutante, par le pape François. Ce n’est pas coutume qu’un pape s’en prenne de front aux forces de l’empire, devenues les plus grandes fabriques de la pauvreté dans le monde.

« Tant que ne seront pas résolus radicalement les problèmes des pauvres, en renonçant à l’autonomie absolue des marchés et de la spéculation financière, et en attaquant les causes structurelles de la disparité sociale, les problèmes du monde ne seront pas résolus, ni en définitive aucun problème. La disparité sociale est la racine des maux de la société. (Exhortation apostolique E.G. # 202)

Cette voix du pape François ne peut que conforter les orientations prises par plusieurs pays de l’Amérique Latine, de s’attaquer, entre autres, à ces causes structurelles. Trois pays se démarquent de façon tout à fait particulière, dans cette lutte,  en se soustrayant aux forces   de l’empire et en développant un nouveau régime de gouvernance et de développement, appelé le socialisme du XXIe siècle. Ils en sont d’ailleurs les artisans. Ce socialisme place la personne humaine et les peuples au premier rang des préoccupations des politiques de l’État.  Ce dernier est l’outil principal, mis en place pour servir prioritairement le bien commun de l’ensemble de la société. L’État n’est plus au service de l’empire ni d’oligarchies dominantes, mais au service des personnes et des peuples toujours plus conscients et participatifs. Cette approche n’a rien pour plaire à l’Oncle Sam, pas plus qu’aux oligarchies qui régnèrent en maître sur ces États et les richesses abondantes de leurs territoires.  

L’Équateur a su se tenir debout devant le Fonds monétaire international pour se soustraire à des trop-perçus sur la dette. Il a également affronté avec succès une des plus puissantes multinationales, Chevron, dans le secteur de l’exploitation pétrolière. Sur le plan interne, il a résisté à une tentative de coup d’État, en 2010, et il a su mettre au pas les magnats des communications. Son président, Rafael Correa, a remporté la dernière élection avec un au taux très élevé de participation du peuple et une majorité incontestée sur ses adversaires. De quoi faire grincer des dents l’empire et ses alliés.

La Bolivie a connu, depuis 2005, une croissance inégalée de toute son histoire, tant sur le plan économique que social et culturel. Les pauvres sont de moins en moins pauvres et les riches sont de moins en moins riches. La distribution de la richesse se fait sur la base des impératifs du bien commun et non des intérêts des classes privilégiés. Là encore, l’empire n’a de cesse d’intervenir de toutes les manières pour déstabiliser le gouvernement et mettre fin à ce régime. Jusqu’à ce jour, ce petit peuple a résisté à l’empire et à toutes ses manoeuvres de corruption.

Le Venezuela est celui qui a donné l’élan initial aux changements de régimes, mais aussi aux changements de mentalité. Hugo Chavez en a été le principal artisan. Il a fait l’objet d’un coup d’État militaire, en 2002, de plusieurs tentatives d’assassinats, de diabolisation dans les journaux officiels de ses adversaires. Dans tous les cas, il est sorti vainqueur de ces attaques. Suite à son décès, Nicolas Maduro lui a succédé et il ne l’a pas eu facile. Rien ne fut épargné pour faire échouer les dernières élections municipales. Encore là, l’empire a connu un échec sans appel.

Dans cette lutte, il faut noter que les représentants hiérarchiques de l’Église catholiques sont, en majorité, des alliés des oligarchies et de l’empire. Tout le contraire de ce que demande le pape François qui condamne présentement ces forces de domination et d'exploitation. Il faudra voir ce qu'il en sera pour l'avenir.

Dans ces trois pays, le respect des droits fondamentaux à la santé, à l’éducation, à l’habitation, au travail a été de tous les instants et les résultats sur tous ces plans parlent par eux-mêmes. L’analphabétisme est ramené à zéro, les services de santé arrivent dans les zones les plus éloignées et sont gratuits, la pauvreté a diminué et la démocratie, dite participative, permet à plus de personnes et d’organismes populaires, économiques et autres de participer au développement des politiques de l’État et de leur application. L’Éducation est accessible à tous les niveaux et elle est gratuite.

L’émergence de cette conscience nouvelle chez les peuples et leurs leaders confirme qu’un autre monde est possible et qu’il s’imposera de plus en plus à travers tous les pays de la terre.

À partir du moment où la lumière apparait au bout du tunnel, l’espoir se transforme en espérance.

La mouvance de ces changements dans l’Église et dans le monde vont, me semble-t-il, dans le sens de ce monde nouveau que préfigure ce nouveau-né en la personne de Jésus et que les croyants chrétiens considèrent comme l’Emmanuel, nom qui veut dire Dieu avec nous.  

Oscar Fortin
Québec, le 19 décembre 2013

Les Noëls tels que vécus au cours des dernières années

2006 : Noël : une bonne nouvelle, mais pour qui?
2008 : Le visage humain de Dieu
2009 : La conscience des consciences
2010 :
Une pensée pour Noël et la vie
Jésus de Nazareth : un retour qui dérange
Noël : une bonne et une mauvaise nouvelle
2011 : Le Noël de la culture et celui de la  foi
2012 : Une naissance hautement politique









dimanche 15 décembre 2013

MICHELLE BACHELET ÉLUE PRÉSIDENTE DU CHILI


UNE BIEN DRÔLE DE DÉMOCRATIE



Le 15 décembre était le second tour pour le choix de la nouvelle Présidente du Chili. Les 13 millions 500 mille électeurs et électrices étaient convoqués de nouveau aux urnes pour choisir entre Michelle Bachelet et Evelyn Matthei.

Sur les 13,5 millions d’électeurs et d’électrices, 5 319 385 se sont rendus aux urnes pour y exprimer leur choix. Il s’agit d’un taux de participation de 39,40 %, de quoi soulever bien des interrogations. Il y a évidemment les coûts élevés pour les classes pauvres du transport en commun qui n’était pas gratuit pour ceux et celles qui devaient l’emprunter pour aller voter. C’est le cas d’une grande majorité de personnes. Il y a également l’absence de véritables choix sur le régime qui domine la vie politique depuis Pinochet. L’alternance entre la coalition tant de Lagos que de Michelle , dans son premier mandat, n’a guère marqué des changements profonds du régime dominant.

Il s’agit d’une alternance qui peut ressembler à celle que nous trouvons aux États-Unis entre les démocrates et les républicains. La différence porte sur des accents et non sur le fond du régime. Cette situation démobilise ceux et celles qui veulent un changement de régime, ce qui est le cas de la majorité du peuple chilien, celui qui ne voit pas de raison particulière pour aller voter pour du pareil au même.

Toujours est-il que Michelle Bachelet a reçu 3 212 353 votes en sa faveur, soit 23,79 % de l’électorat chilien et 62,16 % de ceux qui sont allés voter. Son adversaire politique, Evelyn Matthei, a reçu 2 107 032 votes en sa faveur, soit 15,60 % de l’électorat et 37,43 % des votes de ceux qui sont allés voter.

Plus de 60 % n’ont voté ni pour l’une ni pour l’autre des candidates. Il s’agit là d’une forte majorité du peuple qui ne se reconnaît pas dans l’une ou l’autre de ces candidates. Michelle Bachelet avec 23,79 % de l’électorat chilien peut difficilement parler au nom de la majorité de ce peuple. Ce qui ne l’empêchera pas de gouverner en maître comme le fait depuis plusieurs années notre premier ministre canadien qui gouverne le pays comme bon il l’entend avec moins de 25 % de l’électorat canadien et moins de 40 % de ceux et celles qui sont allés voter.

Les observations faites dans mon article suite au premier tour du scrutin se retrouvent renforcer avec cette élection du second tour.

Nous sommes loin de la définition que nos dictionnaires donnent de la démocratie « le pouvoir du peuple pour le peuple ».

Comment faut-il appeler cette démocratie lorsque plus de 50 % du peuple n’y est pas?

Oscar Fortin
Québec, le 15 décembre 2013

mercredi 11 décembre 2013

PARLER DE DIEU EST-CE LE PLUS IMPORTANT ?




 Voilà une question bien particulière de la part d’un croyant en Dieu et, qui plus est, de quelqu’un qui veut en témoigner. Je dois évidemment m’expliquer.
De fait, plus je médite sur ce mystère de Dieu, plus je m’en approche à travers le personnage de Jésus de Nazareth, moins je vois Dieu comme quelqu’un qui souhaite que l’on parle beaucoup de lui et qu’on lui rendre des hommages à ne plus finir.
Je le vois plutôt discret sur lui-même, mais très préoccupé du sort réservé aux hommes, aux femmes et aux enfants de cette humanité que les livres anciens nous disent avoir été créés à son image et à sa ressemblance.
Ce même Dieu-Père sur lequel je médite, loin de tourner le dos à une humanité aux mille travers, choisit de nous envoyer son fils, pas tellement pour parler de Lui, mais plutôt pour nous réapprendre à découvrir l’humanité et le véritable visage de celui qui en est le créateur.
En ce Jésus de Nazareth, c’est l’Humanité qui retrouve son véritable visage  ainsi que la voie par laquelle seront vaincues les forces du mal qui la hantent. En lui et par lui surgit de nouveau la vie.
L’action et le message de ce Jésus sont tous orientés à redonner vie à cette humanité. L’amour du prochain à la hauteur de l’amour que l’on se porte à soi-même est au cœur de ce message. Il ne saurait y avoir amour de Dieu sans l’amour du prochain. L’apôtre Jean (1Jn 4,20) nous dit que ceux et celles qui disent aimer Dieu, sans aimer leur prochain sont des menteurs. La seule voie pour atteindre Dieu est celle qui passe par l’humanité. En ce sens, il importe davantage de parler du destin de notre humanité que de parler d’un Dieu, détaché de nos vies. De toute manière, en parlant de cette humanité, c’est de Dieu que nous parlons.
De nombreuses interventions d’autorités religieuses expliquent les grands problèmes que vit le monde d’aujourd’hui par le fait que ce monde ignore ou rejette Dieu. Ils parlent d’un monde sans Dieu.
Il m’a été donné, à plusieurs reprises, de rappeler que les causes profondes de ces malheurs se retrouvaient, comme par hasard, chez nombre de ceux qui se réclament justement de Dieu. Nous connaissons tous le GOD BLESS AMERICA qui coiffe le grand empire des temps modernes, celui qui ne se fait aucun scrupule pour déclarer des guerres à qui il veut bien, pour s’emparer des richesses des autres sans leur demander la permission, pour tromper et manipuler l’opinion publique mondiale par des médias sur lesquels il a plein contrôle. Il est le roi du mensonge, de la tromperie et des guerres. Il parvient même à se faire cautionner par des autorités religieuses qui se font les grands-prêtres tout désigner pour parler de Dieu.
Il ne suffit donc pas de parler de Dieu et de faire référence à Dieu pour sauver le monde. Il faut que les actions soient celles qui correspondent à sa volonté qui est d’aimer les autres comme soi-même. Il n’y a pas de place dans ce paradigme de l’amour pour quelque supériorité que ce soit entre les personnes et les peuples, pour des intérêts qui ne soient pas également ceux des autres, pour une sécurité nationale qui ne s’harmoniserait pas avec celle des autres. En un mot, il n’y a pas de place pour quelques empires que ce soit. Le respect de la dignité de chaque personne est au cœur de la solidarité humanitaire.
On se souviendra de la grande célébration d’anniversaire du pape Benoît XVI dans les jardins de la Maison-Blanche, le 16 avril 2008 et de sa visite à Ground zéro. Il était en compagnie de ceux qui se réclament de Dieu pour dominer et diriger le monde. Son hôte, G.W. Bush, était celui-là même qui, 5 ans auparavant, avait déclenché, unilatéralement et sur la base d’un immense mensonge, la guerre en Irak, une des guerres les plus sanglantes du début de ce siècle. Ce sont les mêmes qui depuis l’élection, en 1998, d’Hugo Chavez au Venezuela s’acharnent par tous les moyens possibles à renverser son gouvernement légitimement élu. Il ne suffit pas de parler de Dieu. Dans certains cas, en parler devient indécent et honteux. Ici, plus que jamais, s’appliquent ces paroles du prophète Isaïe :
« Cessez d’apporter de vaines offrandes : j’ai en horreur l’encens, les nouvelles lunes, les sabbats et les assemblées; je ne puis voir le crime s’associer aux solennités. Quand vous étendez vos mains, je détourne de vous mes yeux; quand vous multipliez les prières, je n’écoute pas : vos mains sont pleines de sang. Apprenez à faire le bien, recherchez la justice, protégez l’opprimé; faites droit à l’orphelin, défendez la veuve. (Is.1, 13-17) »
Cette pensée, exprimée par le prophète, est pourtant simple et claire : faire le bien, rechercher la justice, protéger l’opprimé, faire droit à l’orphelin, défendre la veuve. Jésus, 600 ans plus tard, ramènera l’essentiel de son message à la recherche de la justice, à la protection des étrangers et des sans défense, à la bonne foi des personnes. (Mt.23,23)
 Malheur à vous, maîtres de la loi et pharisiens, hypocrites! Vous donnez à Dieu le dixième de plantes comme la menthe, le fenouil et le cumin, mais vous négligez les enseignements les plus importants de la loi, tels que la justice, la bonté et la fidélité : c’est pourtant là ce qu’il fallait pratiquer, sans négliger le reste. 2
Plus que jamais, il faut parler à temps et à contre temps de cette humanité mutilée, profondément blessée, qui porte en elle tous les droits à la dignité, au respect, à l’amour, à la solidarité, à la compassion, à la justice, à la vérité que les puissances de ce monde lui refusent. Il faut en parler en mettant en lumière les forces conspiratrices qui en sont la cause structurelle et morale. C’est à la lumière de cette humanité qu’il faut parler des conversions à faire, des changements à apporter, de l’espérance qu’un autre monde est possible, un monde qui réponde à ces droits et à ces attentes. C’est également à la lumière de cette humanité qu’il nous faut redécouvrir les grandes consignes laissées par Jésus à l’humanité entière. Elles nous apprennent toutes à retrouver notre humanité dans ce qu’elle a de plus noble et à découvrir le véritable visage de Dieu toujours présent dans ses entrailles et dans sa vie. Pour nous, croyants en ce Jésus qui a  vaincu par sa résurrection les tyrans de ce monde, avons tous les motifs d’espérer en cette grande victoire de l’Humanité. Une espérance également partagée par de nombreux incroyants en Dieu, mais profondément croyants en ce devenir de l’humanité. Pour moi, l’Esprit agit sans tenir compte des frontières qui séparent croyants et non-croyants, mais de la bonne foi qui conduit à des engagements concrets au service de la justice, de la vérité, de la solidarité, de la compassion, etc.
Si Dieu est au cœur de nos vies, s’il est le souffle qui nous inspire et nous fait vivre, c’est moins pour faire de nous des adorateurs de son être que des témoins authentiques, œuvrant à l’édification de cette Humanité créée à son image.

Je n'ai pas l'image d'un Dieu qui crée des êtres pour se faire adorer, mais plutôt pour partager l'amour, l'unité, la paix, la justice, la vérité, la compassion ainsi que la plénitude de sa vie. Un Dieu qui se fait proche et qui essuie les larmes de nos yeux au moment des grandes tristesses et des grandes souffrances. Il n'attend pas que nous soyons près de lui pour être près de nous.


Oscar Fortin
Québec, le 12 décembre 2013